samedi 27 juin 2020

Saltillos noirs

Ce qui est intéressant en tant qu'aficionado, c'est de pouvoir apprécier la grande variété de ce qui existe en matière de toros de combat.
Avec certaines raretés, dont fait par exemple partie l'élevage de Miguel Zaballos, que l'on aurait dû voir ce samedi 27 juin sur la piste de Boujan-sur-Libron.
Les "Saltillos noirs" de la province de Salamanque, qui devaient partager l'affiche ce week-end avec l'historique fer de Saltillo, propriété de Joaquín Moreno de Silva.
Le toro de Zaballos se distingue de par sa morphologie typique de l'encaste Saltillo, une silhouette fine, avec une armure développée, mais au pelage noir, lorsque la grande majorité des toros de cette origine arborent à l'heure actuelle des robes grises.
Il est un crève-coeur d'avoir appris que le lot destiné à Boujan, faute d'avoir pu être combattu dans l'arène, avait pris le chemin de l'abattoir.
Zaballos est associé aux noms de toreros courageux. Les rares sorties des dernières années ont toujours eu de l'intérêt. Notamment un lot de novillos en 2013 à Orthez avec un exemplaire primé d'un tour de piste, et un toro de réserve en 2016 à Céret, qui permit à Manuel Jesús Pérez Mota d'obtenir un trophée.

Florent

(Image de Laurent Larrieu : Novillo de Miguel Zaballos en 2013 à Orthez)

samedi 9 mai 2020

Sauver 2020 ?

Tandis qu'elle venait à peine de commencer, la saison taurine européenne s'est arrêtée brutalement le 8 mars dernier. Il y a deux mois. Deux mois qui semblent être une éternité, mais qui si on les relativise, à l'échelle du temps, ne sont pas grand-chose.
Entre temps, on a assisté à une avalanche d'annulations pour l'année 2020. Compréhensible, à cause des normes sanitaires provisoires étendues dans le temps, du principe de précaution, et aussi du fait ne pas risquer un budget communication pour une arène avec une feria dont la célébration serait en suspens.
Toutefois, il semblerait qu'il soit un sacrilège aux yeux de certains d'oser penser qu'il pourrait encore y avoir des toros en 2020 ! Pour quelques uns, perchés sur leurs indéboulonnables convictions : rien avant le printemps 2021 !
Si l'actuelle saison taurine est profondément anéantie, il n'est en revanche pas interdit de s'interroger sur la possibilité de courses d'ici la fin de l'année civile. Et par ailleurs, il y a encore des courses en lice en septembre et des reports toujours en vigueur en octobre, comme Saint-Martin-de-Crau ou Garlin.

Dans le domaine du sport, sous des formes variées et parfois implicites, les idées du public sont prises en compte. Il y a même des débats d'idées et de propositions dans des émissions dédiées comme à la radio. En tauromachie, on ne peut pas dire que l'aficionado soit souvent écouté. La moindre idée suggérée est parfois même considérée comme grotesque et vite écartée d'un revers de la main. La dérangeante et permanente impression qu'il y a "ceux qui savent" et les autres. D'ailleurs, c'est quelque chose que l'on voit hélas souvent au niveau local avec la moyenne d'âge élevée des décideurs taurins qui n'ont pas voulu partager le gâteau ou les connaissances avec les plus jeunes.
Il faudrait pourtant un jour remédier à ce fonctionnement obsolète.

La temporada 2020 s'est donc arrêtée il y a tout juste deux mois. Ainsi, qui peut prédire – sans être présomptueux – quelle situation vivrons-nous ne serait-ce que dans quatre ou cinq mois ?
Alors, même si cela pourrait paraître bizarre, pourquoi ne pas réfléchir à se sauver d'une saison complètement blanche ?

Il serait possible de s'appuyer par exemple – même si d'autres moyens de financement sont imaginables – sur le budget recueilli par l'UVTF ces dernières années avec 50 centimes sur les places de corridas ainsi que sur le prélèvement des cachets des acteurs de l'arène.
Convictions personnelles : je suis complètement en faveur d'une réorientation d'un tel fonds dans ces circonstances afin de répondre au premier impératif concernant l'afición : qu'il y ait des courses et que la tradition taurine perdure.

Pour sauver l'année taurine 2020, on pourrait imaginer des courses isolées, sans qu'elle n'aient de rapport avec un format feria. Par exemple de fin octobre à mars, avec des corridas et novilladas. Dans des arènes couvertes, ou à l'air libre, le dimanche à 11 heures ou 14 heures, en profitant d'une météo pas toujours rugueuse dans les contrées méridionales à cette saison. Et puis, il y aurait forcément une solidarité de l'afición et l'envie de voir des toros.

Cela pourrait être un coup de pouce pour élevages, matadors et novilleros français. Sans qu'il ne s'agisse d'un concept de "préférence nationale", car c'est une notion politique et le but recherché n'a rien à voir avec cela. D'ailleurs, la tauromachie ne doit pas faire de politique.
Il s'agirait plutôt d'une aide au patrimoine taurin français, en sachant qu'il y a encore des toros et des novillos dans le campo, et aussi un important vivier de toreros pour les affronter. Combien de toreros français avec moins de dix ans d'alternative ? Pour ne parler que d'eux, car il sont assez nombreux.

On pourrait imaginer un modèle de corridas ou de novilladas avec quatre toreros différents, accompagnés au total de quatre subalternes à pied, et de deux picadors, avec à chaque fois une alternance dans la cavalerie au paseo.
Cela permettrait de finir sur une bonne note avant de commencer une autre saison, en permettant de faire participer le plus de protagonistes possibles, et en sollicitant les professionnels taurins à tour de rôle. Leur assurer un minimum confortable pour leur participation, et pourquoi ne pas fixer un cachet identique pour chaque catégorie de la profession lors de ce type de courses.
Quant au prix des places, il conviendrait de réfléchir à des entrées abordables, en tenant compte de l'immense difficulté des derniers mois pour l'économie. Une entrée générale à 10, 15 ou 20 euros ? 5 euros pour les moins de 25 ans ? Gratuité pour les moins de 18 ans ?

Chercher l'équilibre et étudier la viabilité de courses de ce type pour sauver un peu l'année 2020. On peut émettre des critiques, des réserves, en contredire la viabilité. Mais cela n'a rien de démagogique. Et si le plus important était de dire que ce n'est pas perdu et qu'il ne faut en aucun cas s'avouer vaincu ?

Florent

vendredi 8 mai 2020

Manolo Vanegas

J'aime bien cette photo de Mélanie Huertas, captant un sourire qui retranscrit pleinement l'état d'esprit de ce torero. Manolo Vanegas, un torero jeune, courageux, prometteur et ambitieux.
Dans ce costume turquoise et noir, il fait ce jour-là un tour de piste avec un trophée aux arènes de Saint-Martin-de-Crau, après avoir combattu un toro de Fernay. C'était en avril 2018, il y a deux ans.
Et il est terrible de se dire que ce fut à ce jour la dernière corrida de Manolo Vanegas.
Lui qui, comme tant d'autres compatriotes vénézuéliens venus au fil des décennies en Europe pour s'illustrer, fut grièvement blessé quelques semaines à peine après cette corrida de Saint-Martin. Une blessure en s'entraînant en privé dans les arènes de Ledesma, et qui le laissa paralysé. Quelle stupeur fut la nôtre en apprenant cette nouvelle.
Jusque là, Manolo Vanegas avait réalisé un parcours remarquable, souvent dans l'adversité de novilladas et de corridas où peu sont ceux qui se bousculent pour être à l'affiche. Mais Vanegas, avec sérénité, a montré que dans ce créneau il avait les capacités physiques et techniques pour y parvenir. Un torero tout terrain, dont l'afición ne peut que se réjouir de le voir au cartel.
En 2017, il avait connu la douleur de perdre son mentor Philippe Cuillé, quelques semaines à peine avant son alternative aux arènes de Vic-Fezensac. Et pour une alternative, la barre était très haute, avec une corrida d'Alcurrucén de toute première catégorie en présentation, avec des toros âgés, et un lot âpre pour Vanegas. Mais le vénézuélien s'en est parfaitement sorti. Tout comme ensuite à Orthez face à une corrida du Curé de Valverde et à Mont-de-Marsan avec les Victorino Martín.
Un très joli début de carrière, et en prenant son temps. A l'intersaison, avant que ne commence 2018, il avait même déclaré qu'il serait trop tôt cette année-là pour aller confirmer l'alternative à Madrid. Et c'est bien, car c'est signe de lucidité, de patience, quand bien d'autres hélas sont tentés de brûler les étapes.
Après avoir toréé au Venezuela, on avait vu Manolo Vanegas remarquable de sang-froid et de courage à Aignan face à un toro de Concha y Sierra. Après cela, il y eut Saint-Martin-de-Crau... puis cette blessure si terrible et si handicapante.
Conforme à ce qu'il incarne dans l'arène, Manolo Vanegas combat depuis les séquelles de cette blessure comme un grand maestro. Et avec énormément de force.

Florent

dimanche 26 avril 2020

Jour de course

Ce qui est malheureusement en train d'arriver met à mal la vision simpliste qu'ont les opposants à la corrida. Et il faut le clamer haut et fort. Avec des clichés et à la lecture d'articles de presse ces derniers jours, on s'aperçoit avec stupeur que déjà beaucoup de toros prévus pour combattre en cette année 2020 sont partis à l'abattoir à cause des innombrables annulations. Une catastrophe... forcément riche en enseignements.
Un lot de toros ou de novillos qui sort dans une arène est toujours la vitrine d'un élevage. Mais cela permet avant tout de maintenir cette agriculture de luxe, une agriculture extensive, celle du toro de combat. Et la place du toro, elle est dans l'arène, aux couleurs de sa devise, avec un nom, une origine et un prestige.
L'été dernier, à Villaseca de la Sagra, l'ami Josue Moreno, qui fait partie du staff, nous proposa le grand honneur d'aller faire "pastor" avec lui, et d'accompagner la course des novillos pendant l'encierro. Il m'en avait déjà parlé l'année d'avant, mais j'avais préféré observer. Villaseca est un village qui possède une très belle feria, dans cette province de Tolède qui regorge d'événements taurins à toute saison. Une sacrée expérience, avec Josue et Jonathan, que fut ce privilège d'accompagner la course des novillos vers les arènes.
Il ne s'agissait pas de courir "devant" les cornes, ce qui est encore une discipline à part, qui nécessite un courage énorme, une connaissance de l'endroit où l'on va courir, ainsi que du placement. Surtout les jours où il y a de l'affluence, et où l'on n'est pas forcément maître de ses mouvements. Dans certaines villes, pour un coureur d'encierro, il y a le facteur chance, et c'est presque du 50/50.
A Villaseca, il n'y a pas beaucoup de coureurs si l'on compare à d'autres lieux, comme Arganda del Rey ou bien sûr la Navarre. A Villaseca, la rue de l'encierro est très large.
Ce jour-là, les novillos sont de Cebada Gago. Et d'ailleurs, quelques jours auparavant, il y a eu à Villaseca d'autres toros de cet emblématique élevage. Ceux qui étaient prévus pour la corrida de Pamplona en juillet ! Mais à Pamplona, la corrida a été annulée à cause de l'orage, et Villaseca en a racheté la plupart pour les faire sortir lors d'une course de recortadores.
Quant à l'encierro avec les novillos de Cebada Gago, il a lieu le lundi 9 septembre. La subtilité dans l'encierro à Villaseca, c'est que le troupeau part des arènes jusqu'au centre du village, pour ensuite devoir faire demi-tour et revenir ! C'est ce demi-tour qui doit bien être négocié, et il convient de faire repartir le lot dans l'autre sens, et en groupe, afin d'éviter tout désordre.
Pour accompagner la course des novillos, il y a devant un groupe de cabestros, les boeufs, qui sont ceux qui ont créé la discorde à Pamplona, car ils sont rapides, ont l'habitude de courir en tête devant les toros, et de gêner les coureurs ! Ce sont exactement les mêmes, appartenant à l'élevage El Uno, avec notamment un qui s'appelle Messi et l'autre Ronaldo. Du fait qu'à Villaseca il y ait un demi-tour sur le parcours, le risque est que les cabestros distancent trop les novillos et repartent dans l'autre sens bien avant eux.
Mais attention, parce qu'en matière d'encierros, les bêtes de Cebada Gago ont une réputation de coureurs véloces. Et ils étaient magnifiques à voir, à arpenter cette grande rue. Un superbe lot. Avec notamment le 75, de pelage burraco, qui recevra le prix au meilleur novillo de la feria. Il y a le colorado aussi, qui est une copie conforme en type morphologique d'un toro qui avait eu une vuelta à Vic il y a quelques années. C'est un petit-frère qui porte exactement le même nom que ce toro là, "Sonámbulo".
Alors, les Cebada Gago, venus de Medina Sidonia, dans la province de Cádiz, qui est une terre d'élevage par excellence, firent ce dernier voyage, cette dernière course, à belle et vive allure. Ce chemin, c'est celui qui mène vers l'arène, la véritable place du toro de combat, pas celle de l'abattoir.

Florent






lundi 13 avril 2020

Mugron

Je me souviens de la première fois en passant à Mugron, alors qu'Internet n'était pas tellement en vogue, et les smartphones encore moins... Et ce sans jamais avoir vu une seule fois en photo à quoi pouvaient bien ressembler les arènes de la commune ! Il fallut à l'époque – tout début des années 2000 – demander à un autochtone où elles se situaient.
Alors si on l'ignore complètement, elles s'avèrent bien difficiles à trouver. Car elles sont sur une place, étonnantes, adossées à une grande maison à l'architecture typique du département des Landes. Depuis, faire la découverte d'arènes que l'on a pu "prévisualiser" en photo a forcément moins de charme !
Sur le calendrier, Mugron est l'une des toutes premières novilladas de la saison, le lundi de Pâques.
C'est une association qui gère et essaye de bien faire les choses chaque année. Une non piquée le matin et une novillada avec picadors l'après-midi.
Dans les années 90, Mugron et ses arènes centenaires ont été témoins de la venue de très nombreux novilleros punteros, parmi eux José Tomás.
Et ces dernières années, place a été faite à la variété en terme de ganaderías. Avec par exemple Baltasar Ibán en 2015 et 2019, Murteira Grave en 2016, El Añadío en 2017, Pincha en 2018.
Avec parmi toutes ces courses, une très forte impression du lot d'Ibán en 2015, qui prit dix-sept piques pour quatre chutes de la cavalerie, et fut combattu par Alejandro Marcos, Louis Husson – qui s'était accroché de façon remarquable face au cinquième novillo – ainsi que Pablo Aguado.
En 2020, les organisateurs de la Peña Taurine Mugronnaise avaient encore opté pour une affiche de premier choix, avec six novillos du prestigieux élevage de Torrestrella pour Francisco Montero, Tomás Rufo et le nîmois Solalito.

Florent





dimanche 12 avril 2020

Toros en Arles

Un trajet de trente kilomètres relève de la formalité dans la vie d'un adulte. Pour un gamin, cela peut être un véritable voyage.
Les trente bornes qui séparent Nîmes et Arles, afin d'aller voir une corrida, la toute première. Un dimanche de Pâques. On arrive quand ? J'admire le courage de mon père qui a dû être vraiment solide et stoïque pendant toutes ces années.
Point commun qui pourtant est une rareté sur la planète des toros, les arènes de Nîmes et d'Arles sont romaines. Ce ne seront donc jamais vraiment des plazas de toros, car leur histoire est très ancienne et remonte largement au-delà des premiers traités de tauromachie. Et l'on doit ajouter à la liste des arènes romaines Fréjus, la varoise, qui à cette époque-là donnait également des corridas.
L'enfant compare les choses en fonction de ce qu'il connaît. Les arènes de Nîmes et d'Arles impressionnent. Mais pour des raisons différentes. Les sensations ne sont pas les mêmes. Alors on cherche ce qui change. À Arles, il y a cet escalier devant l'entrée principale, plusieurs tours, ainsi qu'un toril à part. Tandis qu'à Nîmes, les toros entrent en piste par la même porte que les toreros.
Après avoir vu à la télé pendant l'hiver des retransmissions de corridas, l'heure est venue cette fois d'approcher le réel. Les toros et les costumes de lumières, ils sont donc bien vrais ! Ce réel devient vite addictif et irremplaçable. Tout comme les couleurs de l'arène.
Sur l'affiche, des toros de Miura. Des toros dont on dit qu'ils sont les plus durs. Ce qui signifie certainement que pour les affronter, les toreros en face sont les meilleurs. Et ce jour-là, il y avait notamment El Fundi et Stéphane Fernández Meca. Parmi les meilleurs. Aujourd'hui encore, je le pense très fort.
Il y a cette immensité, ce décor et ces innombrables détails. À cette époque à Arles, on apercevait près du toril à l'extérieur des arènes, et en sortant de la corrida, les carcasses entièrement débitées des toros qui venaient d'être combattus. Des images en tête qui font repenser à certains clichés célèbres de Lucien Clergue dans son ouvrage sur les "Toros muertos". Ca fait partie du décor. Les toros brusques que l'on a précédemment vus semer le danger en piste deviennent barbaque. Si en France les normes ont évolué depuis et que l'on ne peut plus voir de dépeçage aux arènes, cela existe encore dans de très nombreux endroits en Espagne. Et grande curiosité, quand on passe par hasard près de là où oeuvrent les bouchers, il y a toujours énormément d'enfants qui regardent. Quelque chose de sûrement aussi instructif qu'un cours de sciences naturelles. À ne pas négliger.
Les années passent mais les arènes continuent toujours à fasciner. Et celles d'Arles un peu plus que les autres. Il y a l'angoissante obscurité de ce long tunnel qui mène à la piste. Il y a cette porte située derrière la présidence où sont débarqués les toros avant la corrida, et qui donne la sensation que ceux-ci doivent descendre d'un étage pour ensuite entrer dans l'arène.
Il y a aussi les souvenirs, avec un fabuleux toro, "Clavel Blanco", de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, combattu dans ces mêmes arènes.
Et bien des années auparavant, l'accident du matador français le plus illustre, Nimeño II. Il y a toujours un soupir en regardant près de ce burladero l'endroit exact d'où hélas il ne s'est pas relevé, et où quelque part l'histoire s'est arrêtée. Il existe une frontière infime entre un accrochage bénin et une très grave blessure. Ne serait-ce que pour cette raison cette profession est indiscutablement héroïque.
Une seule arène et quelques souvenirs peuvent procurer à eux seuls bien des images fortes. Et c'est quand même quelque chose une première corrida à Arles un dimanche de Pâques.

Florent

vendredi 10 avril 2020

Séville... Plaza Monumental

 Déambuler dans une rue quelconque à proximité du centre de Séville, et se dire que l'on pourrait sans problème y vivre. Là plus qu'ailleurs. Faut le reconnaître sous forme d'euphémisme, ça doit quand même être pas mal, a fortiori si tu aimes l'Andalousie, les bêtes à cornes, et ceux qui les affrontent.
Cette année, on célèbre le centenaire de la mort de Joselito El Gallo. Un centenaire qui risque d'être contrarié pour les raisons que l'on connaît. Tué par un toro le 16 mai 1920 à Talavera de la Reina, Joselito inspire, fascine et émerveille toujours.
Roi des toreros. Il y a beaucoup de poésie dans cette histoire. Il n'avait que vingt-cinq ans, mais pourtant une aura extraordinaire. On le remarque dans les images d'époque, ou à sa sépulture au cimetière de San Fernando au Nord de Séville. Et puis, son impact a tellement été fort sur l'Histoire de la tauromachie que chaque 16 mai, de nos jours encore, on respecte une minute de silence au paseo dans toutes les arènes qui donnent une course, après avoir défilé au son de "Gallito".
L'arène de Joselito à Séville, c'était la Monumental, dont il ne reste aujourd'hui qu'une porte, située avenue Eduardo Dato. Une arène dont il était le promoteur, de 23.000 places, mais qui eut une existence éphémère et ne survécut pas longtemps à la disparition du torero. Pour preuve, inaugurée en 1918, fermée en 1921, et détruite en 1930.
Elle était située à moins de deux kilomètres de la Real Maestranza. Il faut imaginer cela dans le contexte de l'époque et la concurrence que cela pouvait forcément engendrer.
Une nouvelle arène avec pratiquement le double de capacité de la Maestranza. Joselito disait que cela pouvait faire venir plus de monde, et à un moindre coût, rendant ainsi la tauromachie plus populaire et attractive.
Il existe un très beau livre qui a récemment été édité à propos de cette gigantesque arène qu'était la Monumental de Séville.
Et c'est à cette même période qu'ont été érigées bon nombre des plus vastes arènes d'Espagne que l'on connaît aujourd'hui. Las Ventas à Madrid en 1931, Pamplona en 1922, Barcelone en 1916, Palma de Mallorca en 1929, Granada en 1928, etc.
Quant à la Monumental de Séville, impulsée par Joselito, elle avait de quoi faire de l'ombre à la Real Maestranza. Un siècle plus tard, cela n'a visiblement toujours pas été pardonné, puisqu'il n'y a pas eu d'évocation de Joselito sur l'affiche des corridas de 2020 à la Maestranza.
Son passage et son héritage fascinent encore les aficionados. À jamais considéré comme Roi des toreros. Il n'avait pourtant que vingt-cinq ans.

Florent





vendredi 3 avril 2020

Que c'est beau un Prieto

Je ne suis pas convaincu que cela puisse seulement être un truc de puristes. Après tout, un toro comme celui-là, dans toute sa splendeur, il ne devrait pas laisser indifférent le grand public.
Il peut intéresser, passionner, émouvoir, même celui qui n'a que peu idée de la tauromachie.
Que c'est beau un Prieto. J'avais titré ça il y a exactement dix ans dans la revue Semana Grande à propos de la corrida-concours de la feria de Pâques 2010 à Arles.
Une corrida dans la grisaille, et ce toro "Limpia botas", numéro 12, âgé de cinq ans et demi, 580 kg sur la balance, de l'élevage andalou de Tomás Prieto de la Cal. Et déjà aux corrales, cette belliqueuse envie d'en découdre, comme en atteste la photo de François Bruschet.
Cette corrida-concours d'avril 2010 succédait à une autre, historique, célébrée quelques mois auparavant dans la même arène, et où l'on avait pu admirer l'immense "Clavel Blanco" de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, l'exceptionnel "Aguardentero" de Prieto de la Cal, et le splendide "Blanquet" d'Hubert Yonnet. Quelle course ! Quels souvenirs !
Les mois défilèrent avec toujours en tête les images de cette fabuleuse corrida.
Alors, si "Limpia botas" fut différent de son congénère précédemment combattu, il dégageait lui aussi une présence incroyable et de la sauvagerie. Image marquante de sa sortie du toril sous une énorme ovation. Quatre piques, un toro difficile, âpre, avisé et dangereux. Un toro de combat, un Prieto de la Cal.

Florent

jeudi 2 avril 2020

Séville... Real Maestranza

L'arrivée du printemps donne forcément envie de s'épargner la vue de ce calendrier taurin 2020 défiguré et endolori.
Repère parmi les repères du début de saison, la feria de Séville. Au cas où tu ne serais pas au courant, quand s'enchaînent jour après jour les paseos à 18 heures 30 au son de "Plaza de la Maestranza", c'est que la temporada a commencé pour de bon !
Mystérieuse Real Maestranza de Séville, dont on ne se lasse jamais et découvre toujours quelque chose, une particularité, un détail.
Séville a une forte préférence pour les vedettes, et c'est ainsi qu'est structurée la feria. Certaines absences toutefois sont regrettables. Comme par exemple celles d'élevages régionaux. Et déjà, sans même sortir de la province de Séville, il y a du choix en la matière.
On aime cette arène, ce monument, ses coulisses. Et regarder des images d'avant permet de montrer les différentes phases de la construction de l'édifice. La Giralda en toile de fond, la forme bizarroïde de cette piste avec l'impossibilité de faire un cercle exact à cause de constructions aux alentours.
La Maestranza de Séville se démarque aussi de par son chauvinisme, ou encore de cette gigantesque porte de toril qui fait sensation lorsqu'elle s'ouvre.
Une arène où couper deux oreilles et sortir en triomphe par la porte des cuadrillas peut être une bonne performance, mais avant tout une énorme frustration, car cela signifie que la porte la plus convoitée, celle du Prince qui donne sur le Guadalquivir, est restée fermée. Il faut dorénavant trois oreilles pour sa conquête, bien que cela n'ait pas toujours été historiquement le cas.
Peu doivent être les toreros qui n'ont jamais rêvé d'une sortie en triomphe par la Porte du Prince, sous les deux mystérieux hublots.
Voir une course à Séville fait envie même hors feria, même une novillada avec des inconnus à l'affiche un dimanche où le soleil andalou cogne très fort.
Il y a aussi l'espoir de ne pas tomber pile derrière un pilier quand on a pris une place en haut, aux gradins couverts.
Et puis, il y a ces silences de la Maestranza, paraît-il moins marqués qu'en d'autres temps. Souvent, ils sont seulement percés par le bruit des clarines, reconnaissables entre mille.
Et l'arrivée des toreros par la Calle Iris. Les idoles d'autrefois, de maintenant et du futur. Forcément, avec son somptueux triomphe de l'an passé, Pablo Aguado y sera toujours plus attendu que d'autres. Avec énormément de ferveur.
Chez nous, les arènes qui un jour ont désiré se forger une réputation de "Séville française" ne sont pas rares. Forcément, cela fait envie et ne laisse jamais indifférent. Mais Séville est unique, à l'image de sa Maestranza. Et il n'y a guère de place pour de pâles copies.

Florent





dimanche 29 mars 2020

Le dimanche 29 mars, un beau jour pour mourir

À cette hauteur du début de saison 2015, et avec un tel geste, Iván Fandiño devait se dire qu'il y avait de quoi changer la donne et bouleverser la hiérarchie pour de bon.
Les jours précédant la corrida, il confiait ses intentions dans les colonnes du journal ABC. "Et si je dois mourir, je mourrai libre !".
Des paroles reprises à titre posthume deux ans plus tard par son fidèle ami et apoderado Néstor García.

Des mots qui démontrent le choix pouvant être fait par un torero face à un grand rendez-vous. Deux options, deux portes : la grande ou celle de l'infirmerie.
Certains ont parfois du mal à croire ces mots, mais ils sont bien réels.
Iván Fandiño avait de quoi réussir ce 29 mars. Les arènes de Las Ventas à guichets fermés, et les près de 24.000 billets vendus sur son seul nom. Un torero au parcours atypique, qui venait de remporter par deux fois le prestigieux trophée "Oreja de Oro" en fin de saison en 2012 et 2013, décerné par les auditeurs de Radio Nacional de España. Symbole d'une régularité dans le succès.
Et puis, il faut dire que Fandiño avait mis la barre haute dans l'arène en matière d'engagement.
On se souvient d'un mano a mano en 2011 à Madrid avec David Mora où il termina en jean's par dessus son costume vert et or qui avait bien morflé.
Et puis, la grande porte de la feria de San Isidro 2014, un grand soir, et un bouquet final avec une estocade en se jetant entre les cornes.

Alors, ce seul contre six du dimanche 29 mars 2015, s'il fonctionne, la saison peut prendre une sacrée tournure. Dans les chiqueros attendent des toros de Partido de Resina, Adolfo Martín, Cebada Gago, José Escolar Gil, Victorino Martín et Palha, rien que ça !

Au final, le résultat de cette corrida fut loin de ce dont Iván Fandiño avait rêvé. Il s'était vêtu d'un costume gris et or. Peut-être avait-il trop songé à cette corrida avant même de faire le paseo ? Et des doutes ?
L'attente, pourtant, était immense, et je me souviens d'une discussion quelques mois plus tard avec Antoine Capdeville, qui faisait partie de l'entourage et de la logistique du torero. Antoine, issu d'une famille très aficionada et qui va voir des toros depuis son plus jeune âge, disait n'avoir jamais senti une telle tension et un tel espoir avant une corrida.

Iván Fandiño avait depuis longtemps dévoilé ses intentions, en faisant part dans l'arène des sacrifices auxquels il était prêt pour triompher. Et au-delà de l'arène, on a besoin de figures comme cela, qui sortent complètement de l'ordinaire. Cette puissance dégagée a de quoi convaincre et rendre optimiste.
Cette force donnait à Iván Fandiño une image de torero invincible. Alors, on a ressenti peine, tristesse et incrédulité lorsqu'il est parti deux ans plus tard.
Mais il était sans craintes ni peurs.

Florent