lundi 24 septembre 2018

Riz et sanctuaires

J'ai adoré Calasparra. Tout d'abord la route pour s'y rendre, d'une feria à une autre, de Villaseca de la Sagra à Calasparra. Cette route qui vous fait traverser en diagonale La Mancha, et où l'on peut commencer par une halte à Consuegra, au pied de ses célèbres moulins. Vent léger et frais d'un matin de septembre, horizon désert, pas un touriste : quel pied.
Mais depuis Consuegra, il reste encore 300 bons kilomètres avant d'arriver dans la région de Murcie. Alcázar de San Juan, Tomelloso, Villarrobledo, Albacete, puis Hellín... si l'on continue tout droit, on va à Murcie. Peu après les panneaux d'entrée dans la région, il faut tourner à droite pour aller à Calasparra. Si le paysage est montagneux, l'air et la végétation font tout de suite deviner la proximité de la Méditerranée.
Juste à l'entrée de Calasparra, on peut aller faire un tour au sanctuaire de la Virgen de la Esperanza. Un sanctuaire troglodyte et fascinant. Du haut du sanctuaire, c'est un panorama sur les rizières de Calasparra, qui font la notoriété de la ville.
Les novilladas à Calasparra ne sont qu'à 18h30, et laissent le temps d'errer dans les environs. Jusqu'à Caravaca de la Cruz par exemple, où se trouve une arène, qui n'a pas donné de toros depuis 2015, mais possède une splendide et unique façade rouge, de style "Néomudéjar". Caravaca de la Cruz est située tout près de Cehegín, le fief du vaillant Pepín Liria.
Retour à Calasparra, où hormis celui de la Virgen de la Esperanza, l'autre sanctuaire est la plaza de toros dite "La Caverina". Très coquette, avec du charme, datant de la fin du XIXème siècle, grande pour une arène de novilladas, aux gradins très verticaux, et avec assez peu d'escaliers y menant.
Côté soleil, pour celui qui n'était pas au courant, figure l'inscription "Riz de Calasparra, le meilleur du monde, avec dénomination d'origine".
La feria du riz de Calasparra, qui a toujours lieu du 3 au 8 septembre, est la plus longue d'Espagne en matière de novilladas avec picadors, car il y en a six d'affilée. On pourrait aussi évoquer Algemesí (région de Valencia), mais cette dernière propose des courses avec quatre novillos seulement.
En entrant dans les arènes, les peñas locales distribuent des fascicules intéressants sur la course du jour, dont les novillos ont toujours préalablement couru l'encierro dans les rues le matin.
Le public de Calasparra est à la fois chaleureux, attentif et exigeant. Venu en nombre (bien plus de trois quarts d'arène), le jeudi 6 septembre, il invita les trois novilleros à saluer à l'issue du paseo. Curro Márquez, Maxime Solera et Cristóbal Reyes allaient donc affronter six exemplaires de Prieto de la Cal, avec tous des pelages clairs, devant une forte affluence.
La veille au soir, alors que se terminait à peine la novillada de Dolores Aguirre qu'il toréait à Villaseca de la Sagra, Maxime Solera passait à l'infirmerie afin de faire une évaluation de son genou qui lui cause bien des problèmes depuis le début de saison. A ce moment-là, son entourage faisait grise mine et semblait avoir fait une croix sur les trois novilladas qui restaient à toréer en 2018. Saison terminée, le bulletin du médecin est prêt, et il sera envoyé dès que possible aux organisateurs de Calasparra.
Bien plus tard dans la soirée, finalement, Maxime Solera décida de se rendre à Calasparra, d'honorer ses derniers contrats, et d'aller au bout de l'effort.
Coup de pouce du destin, puisque moins de 24 heures plus tard, il s'offrira une sortie en triomphe des arènes de Calasparra.
La novillada de Prieto de la Cal était bien présentée, et elle fut variée en comportements, avec toujours de l'intérêt. Lidiador, courageux, allant deux fois s'agenouiller face au toril, Maxime Solera a pris l'avantage dès le combat de son premier novillo, face auquel il réalisa une faena vibrante, avec de très bons passages de la main droite comme de la gauche. Face au second, plus arrêté et moins évident, il fut encore très sérieux dans le combat et décrocha un autre trophée après une grande estocade. Son picador Gabin Rehabi avait auparavant été fortement ovationné du fait d'un excellent tiers de piques.
On était là devant le véritable esprit de la novillada, avec des défis, car voyant Solera triompher, Cristóbal Reyes alla lui aussi a portagayola face au dernier Prieto de la Cal, tentant le tout pour le tout. Beaucoup de détermination, mais malheureusement sans résultat à la clé.
Le novillero qui avait ouvert l'après-midi, Curro Márquez, accusa pour sa part énormément de manque de métier et de pratique, et connut une vraie galère.
Quand s'achèvent les novilladas aux arènes de Calasparra, il fait toujours nuit car les neuf heures du soir ont déjà retenti. Cette sortie tardive est entre autres due à la "merienda" après le combat du troisième novillo, où la course s'interrompt, pendant vingt minutes, et où le public ouvre le contenu de sa glacière ou bien se rend au bar situé en haut des gradins.
Des six novilladas de la feria de Calasparra 2018, et sur dix-huit novilleros, deux sont sortis en triomphe. Adrien Salenc face aux Valdellán, et Maxime Solera face aux Prieto de la Cal. Deux français. Certes, il n'y a pas de drapeaux sur les habits des toreros, ni même en piste face au toro, mais cela donne espoir. Comme un joli symbole.

Florent

jeudi 20 septembre 2018

Les arènes du port


Depuis le printemps, j'ai dû changer une vingtaine de fois l'itinéraire de ce petit périple. Le samedi 8 septembre, j'avais prévu d'aller à Béjar, dans la province de Salamanque, qui est l'une des deux plus vieilles arènes d'Espagne et donne toujours une corrida à cette date.
Mais l'annonce à Béjar d'un lot de toros de Vellosino, aussi beau soit l'édifice, avait de quoi refroidir les ardeurs.
En ajoutant à cela que le motel correspondant était modifiable, et que Santoña pour sa part dévoila une affiche avec six toros de Victorino Martín pour El Cid, Juan del Alamo et Saúl Jiménez Fortes, le changement paraissait évident et inéluctable. Béjar, ce sera pour une autre fois.
Santoña, au Nord donc, dans la région de Cantabrie, donne également une corrida chaque 8 septembre, dans le cadre des fêtes de la Virgen del Puerto.
Un véritable régal que de découvrir cette petite ville et ses arènes. Paysage océanique et montagneux à la fois. La plaza de toros qui date de 1907 est au bord de l'eau, à l'entrée du chenal, et pourrait très bien être l'emplacement d'un phare ou d'une capitainerie.
Santoña est située au bout d'une presqu'île que l'on rejoint en traversant un parc naturel. Pour se garer en ce jour de fête, ce n'est pas évident car le territoire de la commune est vraiment petit.
Près des arènes, la promenade en bord de mer rappelle l'Histoire tragique et tumultueuse de l'Espagne. L'avenue qui y mène ainsi qu'un monument imposant sont à la gloire de Luis Carrerro Blanco, amiral né à Santoña, et président du gouvernement sous Franco. Il fut tué par un commando de l'ETA en 1973 à Madrid.
Outre les considérations historiques, Santoña est une cité fort agréable, du fait de son emplacement, et ce paysage est vraiment fabuleux. Aller aux arènes comme si l'on allait prendre un bateau, ou bien à la criée ou à la pêche à pied. Le littoral m'a rappelé celui de La Rochelle et ce qu'aurait (utopiquement) pu être une arène dans cette ville. Au bord de l'eau aussi.
A Santoña, incontournables sont les anchois, produit local par excellence, car il existe plus d'une cinquantaine de conserveries dédiées. Il convient d'en consommer et d'en ramener.
Il faudra revenir aussi un plus tard sur cette corrida fort intéressante de Victorino Martín qui fut proposée ce jour-là.
Les arènes sont assez grandes (environ 5.000 places), et les entrées réalisées sont plus que respectables, car il y avait cette année un quasi-plein malgré les places les moins onéreuses à 45 euros le jour de la corrida.
Avant le paseo, sur les gradins, des jeunes de Santoña scandèrent des "Viva la Virgen del Puerto", à l'occasion de ces fêtes où elle était célébrée, sur terre et sur l'eau.
Une très belle plaza, où la tradition taurine doit absolument être perpétuée. Assis sur les gradins soleil, on peut apercevoir en face au travers d'une porte les navires passer.
Le 8 septembre, Santoña donne très envie d'aller voir des toros en bord de mer...

Florent

mercredi 19 septembre 2018

Toros de pierre et toros de guerre


C'est la vallée du Tiétar, du nom d'une petite rivière qui coule en bonne partie dans la province d'Avila. Par là-bas, vers la source, trois régions sont voisines : Castilla-La-Mancha, Castilla-y-León et Comunidad de Madrid. En tauromachie, cette zone géographique est plus connue sous le nom de vallée de la terreur. Un nom éloquent pour qui s'intéresse aux toros. Synonyme de dureté, de sueur, de démesure et d'après-midi chaotiques. Et des noms de bleds qui vont avec : Cenicientos, Cadalso de los Vidrios, San Martín de Valdeiglesias, Sotillo de la Adrada, Casavieja, La Iglesuela, et bien d'autres.
Pourtant, quand on parcourt son relief prononcé un après-midi de fin d'été, cette région paraît si paisible. Entre Sotillo de la Adrada et El Tiemblo se tient un lieu célèbre qui appartient au territoire de la deuxième de ces deux communes. Ce sont les Toros de Guisando, des toros de pierre, que l'Homme a laissés il y a plus de 2.000 ans. Un endroit historique et source d'inspiration.
Dans la région, forcément, de nombreuses courses sont proposées en saison estivale. Et Sotillo de la Adrada, sur l'affiche de sa feria 2018, présentait une corrida sous forme de défi ganadero, et une novillada annoncée comme "terrorifique", dix-huit ans après la dernière venue de l'élevage de Benjamín Gómez à Sotillo.
Je me suis alors souvenu d'une discussion avec le grand et sympathique aficionado madrilène qu'était Joaquín Monfil, hélas trop tôt disparu, et qui au cours d'une soirée il y a sept ou huit ans, nous avait racontés ses souvenirs de la vallée de la terreur, un endroit qu'il connaissait bien. Parmi ceux-là, il y avait une novillada dantesque de Benjamín Gómez, qui élevait déjà un troupeau d'encaste Santa Coloma dans sa propriété à La Iglesuela. Il connaissait bien le ganadero également, et cette fameuse novillada évoquée avec son castillan chantant, je me demande si ce n'était pas celle-là, d'il y a dix-huit ans à Sotillo de la Adrada... Seul lui aurait pu nous le dire.
L'évocation de cette course, c'était la terreur, la panique, plusieurs fois la sonnerie des trois avis, et le chaos interrompu par la tombée de la nuit.
Vendredi 7 septembre 2018, arènes de Sotillo de la Adrada. Un endroit avec beaucoup de charme. Pas de callejón, mais de nombreux refuges le long de l'enceinte pour les toreros. Un lot volumineux, imposant, avec du trapío, mais pas à ce point "terrorifique" comme pouvait le laisser présager l'affiche. Lors du débarquement le midi dans les petits corrales des arènes, beaucoup de novillos tapèrent et s'abîmèrent les cornes. Il semble y avoir eu de la sélection dans le petit élevage de Benjamín Gómez entre l'époque de la novillada racontée par Joaquín Monfil et celle de l'autre jour.
Car cette course de Sotillo, elle fut vraiment d'un intérêt majeur. Mobile, très brave au cheval, encastée, exigeante, excellente même dans la muleta à condition de s'y mettre et de faire le moins d'erreurs possible. Le troisième novillo, Costurito, numéro 63, fut primé d'un tour de piste amplement mérité.
Seuls cinq novillos de l'intéressante devise de Benjamín Gómez, furent combattus. L'autre novillo appartenait également à un élevage du coin et d'encaste Santa Coloma : Víctor Huertas. C'était un novillo plus petit que ceux de Benjamín Gómez, mais vif et intéressant.
Les trois novilleros à l'affiche cet après-midi là étaient peu connus : José Cabrera, Javier Orozco et Juan Carlos Benítez. Parce qu'il démontra le plus d'envie et le plus de courage, et qu'il resta en piste malgré un énorme accrochage face au dernier, c'est Juan Carlos Benítez qui fut le plus en vue.
Le public, très festif côté soleil, célébra sa sortie en triomphe.
Le lendemain matin, le calme s'était de nouveau emparé de la région. Un endroit qui mérite que l'on s'y attarde. Un beau et grand lac juste après El Tiemblo, avant de prendre la route d'Avila et du Nord...

Florent

mardi 18 septembre 2018

Ville sèche et fête sauvage


Villaseca de la Sagra, province de Tolède, un village de moins de 2.000 habitants. Là-bas, en traversant la rue, ce qu'il y a de plus probable de rencontrer... c'est un toro.
Les toros des encierros du matin, ou bien la monumentale statue qui siège en plein centre du village. Le toro dans toute sa splendeur, érigé sur un socle, et au berceau de cornes admirable.
On arrive à Villaseca de la Sagra comme dans un désert, car autour, l'horizon semble sec et infini, bien que la splendide Tolède soit à un quart d'heure de route à peine.
En 2012 sur les gradins des arènes de Céret, je rencontrai Josue Moreno, jeune aficionado de la province de Tolède. A l'époque, il faisait des recortes avant qu'une blessure ne stoppe son début de carrière, et toréait parfois dans les rues des villages, comme en atteste l'une de ces images où on peut l'apercevoir vêtu d'un maillot bleu et banc. A Villaseca, ce besoin d'adrénaline semble encore le traverser, puisqu'il n'hésite pas à faire des recortes aux toros sur la chaussée.
Mais surtout, Josue a des responsabilités à Villaseca de la Sagra. Cela faisait quelques années qu'il me disait de venir à tout prix voir cette feria de début septembre. A Villaseca, il aide beaucoup dans l'organisation, c'est lui le veedor qui se rend dans les élevages pour choisir les novilladas avec le maire (arènes en gestion directe), gère les corrales, et fait notamment office de "pastor" lors des encierros, en s'assurant avec un bâton du bon trajet aller-retour des novillos à combattre l'après-midi.
C'est une feria de cinq novilladas, et cette année, le choix était une fois de plus particulièrement alléchant pour l'aficionado : Dolores Aguirre, La Quinta, Baltasar Ibán, Cebada Gago et Monteviejo.
Il paraît incroyable qu'une aussi petite municipalité soit en possession d'une telle feria. Mais c'est un choix, car le maire Jesús Hijosa est très aficionado, et les toros sont réellement une politique locale.
Il y en a tout au long de l'année : un bolsín avec des novilleros sans picadors, la feria de novilladas, des encierros, des concours de recortadores, des colloques, des tertulias, etc.
Jesús Hijosa m'expliquait par ailleurs qu'il s'agissait de mettre en lumière la commune. Et cela, on peut dire que c'est particulièrement réussi. La feria attire chaque année plus de monde, et en 2018 l'une des novilladas alla même jusqu'à afficher le "no hay billetes".
Auparavant, il y avait une arène portative à Villaseca de la Sagra. La plaza actuelle, quant à elle, paraît aussi récente que neuve, puisqu'elle date de 2013. Elle est très équipée (infirmerie, corrales, patio de caballos, desolladero, chapelle, bars, etc...) avec même des gradins couverts.
Il y a deux encierros le matin. Le premier avec le lot de novillos à combattre l'après-midi, qui fait un aller-retour entre les arènes et le centre du village. Le second encierro, quelques minutes plus tard, est bien plus périlleux et coupe-gorge, car on lâche un à un trois toros (le premier jour trois Cebada Gago, et le suivant des toros d'élevages différents dont Sagrario Huertas) sur le parcours, les laissant ainsi pendant près de trente minutes. Il convient d'être vigilant, car il peut en arriver des deux côtés.
Le fait majeur dans un jour de feria, c'est bien évidemment la novillada à 18 heures 30. Elles sont très suivies, aussi bien aux arènes qu'à la télé, car la chaîne régionale Castilla-La-Mancha TV les retransmet en direct.
En ouverture, le mercredi 5 septembre, et devant un public plutôt dur et exigeant, c'était un lot fort et très sérieux de Dolores Aguirre qui était proposé. Il s'avéra manso, mobile et difficile. Les Aguirre prirent un total de 18 piques qui auraient dû être davantage, car le président commit l'erreur de changer les tiers alors que certains novillos n'étaient pas suffisamment piqués. La tâche ne fut pas évidente pour les novilleros Fernando Flores, Maxime Solera et Cristóbal Reyes. Le français Solera eut du mérite face à un lot âpre, tandis que Reyes aurait pu obtenir des trophées après de bonnes faenas devant les deux novillos qui affichaient le plus de possibilités. Mais il les perdit malheureusement à cause de l'épée.
Villaseca de la Sagra, en tout cas, a de quoi intriguer.


Florent

lundi 17 septembre 2018

Septembre


Quand tu la regardes d'ici, l'agitation qui existe en Espagne au mois de septembre rend curieux et a de quoi surprendre. Ici, c'est la rentrée des classes, où après le 15 août, l'essentiel de la saison est déjà achevé. Il reste des ferias, certes, mais la saison se termine très vite et les affiches deviennent rares.
Là-bas, dans cette Espagne en fête, tu peux voir des toros toute la journée.
Sur les douze mois de l'année, s'il y en a bien un qui est le plus taurin, c'est celui de septembre.
Et s'il ne devait en rester qu'un seul, cela devrait être celui-là.
Le toro est plus abouti à cette saison, il a passé l'été, c'est là qu'il est le mieux en morphologie, et en comportement aussi. En septembre, les chances de voir de beaux lots de toros ou de novillos sont plus importantes.
Les courses sont très nombreuses, et la liste quotidienne de corridas et de novilladas est impressionnante.
Certes, à la sortie des arènes, la nuit est souvent tombée, mais cette sensation de saison qui bat son plein est fort agréable.
Septembre, aussi, c'est le mois des blessures. Ou bien les toreros sont plus relâchés face aux toros, et se retrouvent en proie au danger, ou bien ils ont tout à jouer, désirant abattre leurs toutes dernières cartes sur le sable.
Sables d'arènes anciennes, et de places de villages où l'on monte scrupuleusement chaque année à la même date un édifice démontable.
Il y a de tout. Cela va des ferias réputées aux courses anonymes. Corridas, novilladas, ou même capeas.
Sur la place principale de la ville ou du village se dresse une arène. Là où toi-même, si l'envie et surtout le courage te prennent, tu peux également aller défier la corne assassine d'un toro de cinq, six ans ou plus. Avec une muleta, une cape, ou bien sans rien dans les mains.
Septembre, avec la profusion de courses, est propice aux découvertes.
Avec l'impression de générations soudées, jeunes et anciens, dans cette fête populaire. A des endroits très différents, géographiquement ou culturellement, mais toujours dans la même Espagne. Enlever cette fête et ces toros semble impensable tellement la chose est ancrée. Sans cela, l'Espagne aurait perdu son visage. Et en voyant tout cet engouement, il paraît difficile qu'un jour tout cela disparaisse...


Florent

lundi 20 août 2018

Trois gosses en enfer


À la recherche d'une afición loyale,

Le décor était planté. Monumental dite des "Pins", de Roquefort-des-Landes, une superbe arène en bois d'un peu plus de 3.000 places. Une vieille histoire, et une réputation de dureté.
Avec le grand mérite de rester à l'échelon des novilladas, quand d'autres plazas elles se sont tournées vers les corridas. On savait les jours précédant la course l'extrême sérieux du lot de Conde de la Maza.
L'affiche remaniée, les trois novilleros qui s'alignèrent finalement sur la ligne de départ ne furent même pas invités à saluer après le paseo. On préfère réserver cela en d'autres occasions, de moindre adversité, pour des soirées qui ont des gueules de happy end. Cela, pourtant, aurait dû avoir une répercussion, car c'était déjà un geste sur le papier.
Il semblerait aussi qu'une ultra-minorité, hélas, était venue voir le lion croquer le dompteur. En espérant voir sur le sable de Roquefort souffler l'air du démon. Pendant l'une des faenas, on pouvait même entendre un "il mérite de se faire découper", à propos d'un novillero. Désarmant, affligeant. Qu'une personne seulement sur 1.500 présentes dans les arènes ait cette pensée à l'esprit et en fasse part est quelque chose de dramatique. Incohérent, injuste et terrifiant. Cela donne envie de tout arrêter, sincèrement, et de fermer la boutique.
L'autre partie du public, espérons-le, était venue voir le courage qu'il faut pour affronter un lot aussi dantesque, et pour tenter de faire un pas de plus dans la profession.
On dira bien sûr, et c'est logique, que n'importe quel toro peut blesser dans l'arène. Mais il s'agit là de cohérence. Il y a une distinction entre corridas et novilladas. Elle doit être respectée un minimum. Le tout et n'importe quoi, en revanche, est inacceptable. La preuve, la semaine précédant cette course, au fil des discussions, en Espagne, avec des interlocuteurs aux opinions taurines très variées, de l'intransigeant au plus doux, aucun ne cautionnait qu'un tel lot puisse être affronté par des novilleros. L'unanimité, car c'est vrai, c'était exagéré.
Injuste pour les novilleros de passer sous les fourches caudines d'une partie de l'afición qui n'en vaut pas la peine.
Il y a eu, en 2016 et 2017, à Roquefort, des novilladas de Moreno de Silva. Un fer réputé dur, avec un premier lot très bien présenté et conforme à une novillada, et un autre plus décevant à ce niveau-là. En gabarit en tout cas, il s'agissait de novillos et c'est que l'on devrait retrouver quand est annoncée sur une affiche une course de ce type. Les Moreno de Silva de 2016 avaient été passionnants, et au passage, cet élevage est mille fois plus intéressant à voir que celui de Conde de la Maza.
Aucune annonce ne fut faite hier avant la sortie des "novillos", pas de pancartes ou d'annonce au micro, encore moins pour signaler que le réserve combattu en troisième position provenait de l'élevage français de Turquay.
Quand ils entrèrent en piste, les Conde de la Maza, qui n'eurent absolument rien de novillos en présentation et en comportements, furent ovationnés. C'est vrai, c'était du beau bétail, et c'était impressionnant de les voir sortir du toril. Mais la place d'un tel lot était-elle vraiment en novillada ? Ceux qui prétendent le contraire seront rapidement à court d'arguments. Et prétendre que toutes les novilladas devraient être comme celle-là, c'est méconnaître complètement la tauromachie.
Les Conde de la Maza donc, impressionnants, volumineux, armés, avec quelques pointes abîmées du fait de bagarres, et plusieurs balafres sur le corps. Pour le reste, à part deux ou trois poussées au cheval, avec des piques plus ou moins fortes et appuyées, il n'y avait pas grand chose. Des comportements figés dignes de toros âgés, un manque de caste flagrant, et des cornus arrêtés. S'ils étaient ainsi à 3 ans, qu'en aurait-il été à 4 ou à 5 ? Manso et décasté le premier, rugueux, exigeant mais de peu de parcours le deuxième, renvoyé aux corrales le troisième, tardo et décasté le quatrième, décasté aussi le cinquième avec toujours la tête dans les nuages, et enfin invalide et totalement figé le dernier. Le troisième bis, de Turquay, qui ressemblait davantage à un novillo, aux cornes abîmées, fut lui aussi rapidement arrêté.
Pourtant, plusieurs exemplaires de Conde de la Maza quittèrent l'arène à l'arrastre en étant ovationnés comme s'ils avaient été des grands braves. L'afición la plus torista, souvent, milite pour l'éducation du public, notamment celui qui va voir des courses de vedettes, mais elle aurait aussi besoin d'éclairage parfois pour les moins assidus qui se revendiquent d'elle.
Ce fut dur. Entendre des sifflets ou des huées, par exemple quand fut accordé un trophée à Kevin de Luis au quatrième, c'était purement déplacé. Peut-être que dans un autre contexte, effectivement, l'oreille n'aurait quasiment pas été plébiscitée, mais là, vu les circonstances, il n'y avait rien de scandaleux.
Tous les novilleros, à un moment ou à un autre, ont avancé la jambe.
Kevin de Luis a eu de bons passages à gauche au quatrième, et dans l'intention a porté une estocade engagée, même si l'épée termina sur le côté et en arrière.
Aquilino Girón, lui, fut héroïque. Quite par gaoneras, débuts de faena immobile par le haut, quiétude, estocades d'une sincérité sans faille. Vuelta et une oreille, incontestablement l'un des novilleros de l'année.
Pour Maxime Solera, qui connut des difficultés avec l'épée, ce fut mission impossible, avec le sobrero arrêté de Turquay et le sixième Conde de la Maza qui ne se déplaça jamais.
Tous méritent une ou plusieurs autres opportunités. 48 heures avant le paseo, cette novillada était au point mort avec les forfaits de João Silva "Juanito" et d'El Adoureño.
Honneur à ceux qui ont osé faire le paseo pour défier ce lot de Conde de la Maza.
Mais ce type de course provoquera toujours des injustices. A une époque, par ailleurs, où les novilladas et les opportunités pour les jeunes se font de moins en moins nombreuses. Mais ça, ceux qui braillent dans tous les sens, sur les gradins, avec plus ou moins des profils de dispensés de sport, l'ignorent. Pour obtenir le meilleurs des bêtes, certains diront qu'il y avait juste à baisser la main.
Phrases redondantes et souvent entendues par le passé, déjà.
Là où hier on jeta la pièce en l'air, le mérite de ceux qui venaient de s'aventurer en piste était immense.
Mais qui pour s'en souvenir rien qu'à l'hiver venu ?
C'est un métier difficile, c'est incontestable, et les novilladas fortes et sérieuses (sans pour autant arriver à une telle extrémité) existent, c'est un fait et une obligation. Mais quand un novillero rencontre le succès avec, quelle est la finalité et quelles sont les portes ouvertes ? Trop peu malheureusement.
Des novilladas fortes, des novilladas de l'effroi, ces dernières années, on peut dire que s'y sont collés et y ont connu le succès des garçons comme César Valencia, Imanol Sánchez, Emilio Huertas, Daniel Martín, Guillermo Valencia, et un paquet d'autres. Après avoir été dans la lumière pour avoir triomphé dans l'adversité, quelles ont été leurs opportunités en tant que matadors de toros dans les arènes du coin ? Infimes.
Ils sont allés prendre les courses dures, mais les efforts, hélas, sont restés vains.
J'ignore si en programmant un lot aussi redoutable que celui de Conde de la Maza, les organisateurs désiraient passer pour des chevaliers blancs de l'afición, et pensant rendre service à la tauromachie. Je ne pense pas, et ne l'espère pas non plus. Dans tous les cas, ce lot ne passera pas à la postérité. En revanche, ceux qui sont allés s'y mesurer, dans les conditions les plus hostiles, ne doivent pas être oubliés, et auraient déjà mérité le plus grand des respects dès la fin du paseo.


Florent

mercredi 8 août 2018

Ce n'est pas qu'une question de moyens


Le rose et blanc, niveau habit de lumières, ce n'est pas ce qu'il y a de plus conventionnel. Mais Juan Carlos Carballo, ce dimanche à Parentis, face au premier novillo de Couto de Fornilhos presque aussi grand que lui, l'arbore fièrement, pour se croiser, entre les cornes, et toréer avec une vraie sérénité.
Ce rose et blanc, il le possédait déjà avant son repos forcé de quasiment deux saisons. Depuis sa blessure de juin 2016, et avant Parentis dimanche, il n'avait toréé qu'une seule novillada, dans son village d'Extrémadure, à l'été 2017.
Ce costume semble lui avoir porté bonheur en début de carrière. Et puis, quand on est novillero, on ne dispose pas d'une armada d'habits de lumières.
Le matador retiré Fernando Cruz, qui conseille Juan Carlos Carballo, en sait certainement quelque chose. La galère, les difficultés, il a connu et donné lui aussi dans le monde des toros. Aujourd'hui encore, l'afición du Sud-Ouest s'en souvient et elle aura toujours une opinion très respectable de lui.
D'entrée, avec l'entame à la cape, on pouvait remarquer le potentiel de Juan Carlos Carballo, qui ne semble pas avoir oublié ce qu'était se mettre devant un toro. Curieux et étonnant, oui, de trouver autant de métier chez ce jeune novillero, qui pourtant, a connu une longue interruption dans sa carrière ! Courage, répertoire classique, vision intelligente de la lidia, patience et aussi beaucoup de calme.
A 22 ans, il a le potentiel pour être parmi les plus en vue chez les espoirs. Mais Parentis-en-Born, dans son agenda, était seulement sa première de l'année 2018. Cette opportunité, il fallait lui donner à tout prix. Chose faite, et il obtint une oreille méritée après son premier combat, se retrouvant ensuite sans aucune option au second.
C'est surprenant de voir un tel novillero fouler le sable d'une arène pour la première fois au début du mois d'août alors que ses qualités et ses capacités méritent amplement mieux.
On a souvent entendu au cours de cette saison 2018, lors de retransmissions télévisées de novilladas, que tel novillero était le fils d'un humoriste, qu'un autre était celui d'un prestigieux directeur d'hôtels, etc... et que, à demi-mot, c'est en partie pour cette raison qu'ils faisaient carrière et étaient dans l'arène. Et qu'à vrai dire, s'ils toréent beaucoup, c'est parce qu'il y a des moyens derrière. Mais en réalité, ceux-là sont loin d'être les meilleurs sur le sable. Comme l'a prouvé Juan Carlos Carballo, la tauromachie, et particulièrement la qualité pour être un bon novillero, ce n'est pas qu'une question de moyens. L'attitude compte énormément. Juan Carlos Carballo est un excellent novillero, et on espère le revoir.

Florent

dimanche 5 août 2018

Parentis retrouve un grand lot


Deux fers, la même propriété : Aguadulce et José María Aristrain. Une histoire sulfureuse, car José María Aristrain, le patron, fait partie des plus grandes fortunes d'Espagne et a fait les gros titres de la presse à l'automne dernier sur le thème de la fraude fiscale. Restons-en là pour l'aspect extra-taurin.
Pour être honnête, quand les organisateurs de Parentis-en-Born ont annoncé il y a quelques mois l'élevage d'Aguadulce (l'eau douce) pour leur feria, il y avait de quoi être étonné, car on nous habitue beaucoup plus en ces lieux au Santa Coloma, dérivés, ou même à d'autres encastes plus rares que le Núñez d'Aguadulce. On ne s'attendait pas non plus à monts et merveilles quand on remarque quels sont les toreros habitués à affronter ces toros.
Pour retrouver un grand lot de novillos à Parentis-en-Born, il faut arrêter le curseur à la feria 2015 avec celui de Los Maños, qui avait vu triompher le colombien Guillermo Valencia. Depuis, rien de tel ou de comparable. Ce qui est surprenant, car de 2007 à 2015, il y a eu aux arènes de Parentis une série incroyable, avec dans chacune des ferias de ces années-là au moins un grand lot ou presque.
Les quatre novillos d'Aguadulce et les deux avec le fer de José María Aristrain (sortis en premier et en cinquième) ce samedi à Parentis ont composé un grand lot. Du beau Núñez, qui rappelle les meilleurs Alcurrucén, ou même les Retamar que l'on a pu voir à Pentecôte du côté de Vic-Fezensac.
Ces six novillos, élevés dans la province de Séville, à El Garrobo, sur la route de l'Extrémadure, ont vendu chèrement leur peau. Très bien présentés et armés, aux jolis pelages, braves en dix-sept rencontres au cheval, encastés, solides, avec de la mobilité, et beaucoup d'intérêt. Il y eut des exemplaires plus délicats, surtout le premier et à un degré moindre le quatrième, mais tous les autres offraient de belles possibilités.
Tandis que les novilleros, eux, ont navigué en eaux troubles, que ce soit Daniel García Navarrete (ovation et silence) que l'on a vu dans une meilleure forme par le passé et qui là s'est retrouvé décontenancé après un gros accrochage lors de son premier combat, Jorge Rico (sifflets après deux avis et bronca après trois avis), complètement hors du coup, effrayé par ses adversaires et qui a connu un authentique calvaire, ou bien El Adoureño (silence après deux avis et une oreille protestée), qui inquiète techniquement à peine un mois avant son alternative de Dax. Il est très léger de ce point de vue, restant à la merci des novillos sur de mauvais placements, semble malheureusement peu conseillé, et privilégie l'accessoire au basique. Il a obtenu face au sixième un trophée généreux après certes une estocade engagée au second essai... mais aussi une faena de quincaillerie. Ce n'est pas de gaieté de coeur de voir des novilleros passer à côté d'un tel lot. Le sixième exemplaire, Relojero, numéro 24, brave au cheval, provoqua une grande frayeur au picador Jesús del Bosque qu'il renversa et accrocha, le cavalier devant être évacué vers l'infirmerie pour être soigné d'une légère blessure. Fort heureusement, car cela aurait pu être dramatique. Après le tiers de piques, Relojero confirma qu'il était un grand novillo, avec une très belle charge dans la muleta.
Logiquement, à la fin de la course, et avec un si beau lot, le mayoral fut légitimement invité à saluer sous une belle ovation. Et l'on se demandait encore pourquoi certains garçons n'avaient pas été conviés, avec l'obligation de rester à la maison, entre autres, comme Aquilino Girón...

Florent

samedi 4 août 2018

Corridas et papiers cadeaux


Autour des corridas annoncées sur les affiches, il faut toujours se méfier de l'emballage. Curieux papiers cadeaux. Cela devient fréquent de voir apparaître des descriptifs dits novateurs. Souvent des accompagnements musicaux, qui devraient le rester plutôt que d'être protagonistes. Ils sont là pour meubler, quand parfois viendrait à manquer l'essentiel. Musique ou autres ornements, il n'y a parfois qu'un pas entre corridas goyesques et grotesques.
En organisant une corrida de toros, t'essayes de ratisser large, et de vendre un truc qui puisse paraître un peu élitiste. Allons ! Et en musique s'il vous plaît. Tiens, cette mode, cela me fait penser à une scène de film avec les Inconnus. Quand Didier Bourdon singe connement mais de façon marrante un "Mais j'adore l'abstrait". En le prenant en dérision. Ce qui veut tout dire.
Et puis au fond, c'est vrai, cela fait un peu prétentieux de vouloir en rajouter autour de la corrida, enlever de la substance, aller vers des horizons casse-gueule avec des musiques inadaptées. Cela s'appelle le superficiel.
Pour autant, en tauromachie, cela ne veut pas dire que l'uniformité doit être de mise. La preuve, elles sont nombreuses les arènes possédant une identité propre, un caractère, non pas vendu à la dernière minute et à bon prix, mais parce qu'il s'est forgé au fil du temps, longuement, lentement. Et ça, c'est quand même autre chose.
Je pense à Azpeitia, dans la province de Guipúzcoa, dont la feria vient de se finir cette semaine. Un décor, une réputation, une histoire... même si l'on y va un peu fort avec la musique (il y en a même pendant les tiers de piques) et que le manque de rigueur dans les lidias en fait malheureusement une arène torista de deuxième division.
N'empêche qu'au-delà de toutes ces considérations, Azpeitia a énormément de charme. Mardi, c'était le rendez-vous pour les Cuadriphiles. Ah, quand c'est l'appel du toro qui potentiellement va donner de l'émotion dans l'arène, on retrouve les aficionados.
Le toro de Cuadri, qui ne ressemble à aucun autre, continuera à nous fasciner. Même si, hélas, l'irrégularité est là, et les déceptions aussi. Des toros lourds, imposants, diversement armés, avec pas mal de cornes abîmées, et arrêtés en général après souvent de mauvais tiers de piques. Le deuxième fut le meilleur du lot, et l'on aurait aimé que Pepe Moral, peut-être, lui donne davantage de distance, et le torée vraiment plutôt que d'accompagner sa charge.
Le lot de Cuadri de 2017 à Azpeitia, combattu par Paulita, Alberto Lamelas et Sebastián Ritter avait beaucoup plus d'intérêt.
A la mort du troisième toro, on pouvait observer le traditionnel Zortziko, mélodie funèbre basque en hommage au banderillero José Ventura Laca, né à Deba, et mort d'un coup de corne en 1841 à Azpeitia. Le ciel bas laissa tomber des gouttes au-dessus des arènes en fin de corrida, et l'on se retira sans vraiment avoir vibré. Des toros de Cuadri, on en a vu de tellement plus braves, encastés voire sauvages.
Une petite centaine de kilomètres sépare à vol d'oiseau Azpeitia au Pays Basque et Lodosa en Navarre. Ou comment passer du paysage vert au paysage ocre. Climats complètement différents malgré le peu de distance. On peut relier les deux communes par une vertigineuse route de montagne.
Une boucle, il y en a aussi sur le parcours de l'encierro de Lodosa, ce qui permet (en courant, bien entendu) de voir celui-ci à deux endroits différents, tout d'abord au départ des toros, puis au niveau de l'avenue principale. Dans ce village, aussi, beaucoup de cachet, de caractère. C'est l'élevage local de Pincha, propriété de José Antonio Baigorri, qui était à l'affiche de la novillada. Après avoir rapidement parcouru l'encierro matinal, les novillos de Pincha ont dans l'après-midi offert beaucoup de noblesse aux muletas de Javier Moreno "Lagartijo" et Alfonso Ortiz, qui ont coupé des oreilles généreuses mais n'ont pas vraiment donné dans le toreo fondamental.
L'envie de retourner dans les petites arènes du Pays Basque ou de Navarre est inépuisable. Là où même si tout est loin d'être parfait, il y a cette identité et ce parfum authentique qui vous attirent.

Florent

jeudi 26 juillet 2018

Mont-de-Marsan, Chacón, Dolores Aguirre...


Dimanche dernier, c'était la clôture des fêtes de la Madeleine, avec des toros de Dolores Aguirre. L'occasion pour les arènes du Plumaçon de renouer avec une corrida complète de cet élevage, puisque la dernière remontait à 1996.
Elle ne fut pas à la hauteur des espérances et livra même un sentiment global de déception.
Période 15 juillet / 15 août, c'est aussi là que l'on retrouve dans les grandes arènes françaises le "grand public", ce qui n'a rien de péjoratif. C'est factuel, il y a des personnes qui dans cette période, ou à peu près, voient leur quatre ou cinq corridas annuelles. Un public occasionnel, avec parfois des réactions étranges.
L'habitude du tout-Domecq ou presque provoque parfois des protestations en décalage avec la réalité d'une corrida. Cela n'a d'ailleurs rien de nouveau.
Entrait en piste pour ouvrir l'après-midi le toro Burgalés, numéro 28, seul toro colorado du lot de Dolores Aguirre. Charpenté, sérieux, bien armé. Une entrée en douceur sur le sable montois, fuyant tout ce qui se présentait face à lui. Et c'est d'ailleurs l'attitude de beaucoup de toros de cet élevage ou de cette origine Atanasio Fernández / Conde de la Corte. Des toros qui prennent la fuite quand ils entrent en piste, avant de se révéler ou non par la suite.
Dans tous les cas, sans aucune anomalie physique, alors que face à ce comportement qui n'est qu'une caractéristique de début de combat, certains sifflent, s'impatientent, tapent dans les mains. Et le pire, c'est qu'avec des réactions de ce type, des toros ont déjà été renvoyés aux corrales et remplacés par le passé.
Burgalés, numéro 28, fort heureusement, est resté en piste, et ce fut le toro le plus intéressant de l'après-midi. Deux premiers contacts au cheval en prenant la fuite, puis deux autres en s'employant.
Un toro exigeant, parfaitement compris d'entrée de jeu par Octavio Chacón, et qui se réveilla encore plus aux banderilles.
Sacrée saison que celle du matador de Prado del Rey, dans la province de Cádiz, qui aime les costumes aux broderies noires, et qui se hisse depuis un certain temps maintenant au niveau des plus grands lidiadors.
A la cape déjà, dans la façon d'être attentif à tous les combats, et dans celle de s'adapter aux toros.
La charge de Burgalés, il sut la capter et dessiner de superbes séries de la main droite. A gauche, ce fut plus compliqué, car le toro était bien plus court de charge et conservait des caractéristiques de manso. A cause d'une estocade en deux temps, Chacón perdit probablement un trophée acquis.
On dit parfois, et ce sont des clichés, que dans les corridas dures, il est difficile de voir toréer avec style... Mais force est de constater que pas mal de toreros, dont Octavio Chacón, sont en mesure d'apporter la preuve du contraire. Comme en témoignent des images en tête, et des photos.

Florent

(Image de Philippe Wargnier : Octavio Chacón face à Burgalés de Dolores Aguirre, le 22 juillet à Mont-de-Marsan)