vendredi 22 mars 2019

La Navarre, entre vert et désert


Quand j'étais petit, je pensais que l'Espagne était un pays plat, avec des palmiers partout. Des arènes dans chaque commune, que ce soit un hameau, une ville ou un village. Avec des corridas du 1er janvier au 31 décembre, et une fête permanente.
Un pays où les manteaux n'existent pas, et où il ne fait jamais moins de 25 degrés. Au fil des années, j'ai pu mesurer à quel point je m'étais planté.
Fitero, Navarre. Samedi 16 mars. 17 heures. Corrida des fêtes de San Raimundo. Deux novillos d'El Madroñal (encaste Murube) pour le rejoneador Mario Pérez Langa, et quatre toros de Hermanos Cambronell (encaste Domecq) pour Manuel Jesús "El Cid" et Javier Marín, le sobresaliente étant Enrique Martínez "Chapurra".
Et là, tu rigoles, tu te moques, en te disant à quoi bon aller voir un tel cartel en bois. Quelque part, tu as raison. Et puis, le même jour, il y avait à Valencia la réapparition du grand Paco Ureña, pour ce qui était le véritable événement tauromachique du week-end.
À Fitero, dont les belles arènes (qui ont une architecture très similaire aux anciennes d'Arnedo) datent de 1897, il y avait donc une corrida avec un rejoneador et deux matadors. Fitero, à ne pas confondre avec le picador préféré de beaucoup d'entre nous, le regretté André Floutié dit "Fritero", disparu au printemps 2013.
Sur le papier, l'affiche de cette corrida était moins intéressante que celles des dernières années dans les mêmes arènes.
C'est le premier paseo de l'année en Navarre. La météo est de la partie, et aux gradins soleil, les locaux, joviaux, sont pleins comme des huîtres.
El Cid, qui a choisi 2019 comme année de retraite, est à l'affiche. Et si, une fois de plus, il venait à livrer des gestes de grande classe ? Ce fut effectivement le cas, mais devant une opposition indigente. Car la majorité des toros de Cambronell, de mauvaise présentation, étaient invalides. Seul le dernier toro se sauva du naufrage. Javier Marín, matador du village voisin de Cintruénigo, sortit en triomphe accompagné du Cid après avoir coupé trois oreilles, en étant généreusement primé par un public venu le soutenir.
Quant au rejón, il est bien d'en regarder de temps en temps un échantillon afin de se faire une opinion. Assez bon cavalier, Mario Pérez Langa eut toutefois tendance à être théâtral voire de mauvais goût face à de bons novillos d'El Madroñal.
Fitero est un bled situé au Sud de la Navarre, une région agricole aux paysages tellement variés et étonnants. Le vert et les montagnes au Nord, et au Sud, le désert des Bardenas près de Tudela.
Une région où plusieurs élevages de toros sont purement destinés aux corridas, et d'autres, de caste navarraise, et majoritairement de pelages roux, vont dans les "festejos populares". Ceux qui remuent la poussière, montent aux arbres, ou sur les gradins d'une arène, comme ce fut le cas l'été dernier lors d'une fête de village. Ces toros de Navarre, Céret s'était aventurée à en annoncer et à en faire combattre. Des Merino Gil, des La Bomba, des El Ruedo, et des José Arriazu.
Si Pamplona est mondialement connue, il est aussi agréable d'aller dans toutes ces arènes de villages à l'identité forte. Tafalla, Sangüesa, Peralta, Lodosa, et bien d'autres.
Le long de la petite route qui mène aux Bardenas, on peut même trouver par hasard un petit élevage aux origines diverses. La Navarre, une région taurine propice aux rencontres improbables.

Florent

lundi 4 mars 2019

L'îlot de barbarie, il t'emmerde


En parcourant la presse quotidienne régionale la semaine dernière, on pouvait apprendre que le CRAC Europe avait ajouté une ligne à son catalogue de procédures. Cette fois, après avoir été déboutée en première instance, il était question de l'appel de l'association en question devant la CAA de Marseille, pour la demande d'interdiction des écoles taurines aux moins de 18 ans. Il faut dire qu'à chaque échec juridictionnel, le CRAC – et d'autres association anti-taurines – innovent en cherchant systématiquement un nouvel angle d'attaque.
La décision a été mise en délibéré et a bien peu de chances d'aboutir. Dans ses conclusions, si le rapporteur public M. Michaël Revert a demandé le rejet des requêtes car n'étant pas fondées en droit, il a également tenu des propos invraisemblables.
"Les corridas en France continuent de constituer une forme d'îlot de barbarie légale".
Loin de toute impartialité, ces propos ne correspondent à aucune réalité juridique, et méconnaissent complètement la jurisprudence : judiciaire, administrative et constitutionnelle, qui a toujours été favorable à la tauromachie.
Cette considération, au fond, est aussi dangereuse que scandaleuse.
Elle signifierait que chaque commune, chaque organisateur de courses, chaque acteur en piste, chaque spectacteur, est détenteur d'une parcelle de barbarie ! Cet ensemble formant un îlot, légal... mais barbare !
Ces propos inédits dans ces circonstances, s'ils ne risquent pas de jouer sur la procédure en cours, sont quand même fort contestables.
Car la barbarie, en saisissant le premier dictionnaire à portée de main, on remarque que c'est le caractère de quelqu'un ou de quelque chose d'inhumain.
Et la France a assez souffert en matière de tragédies barbares ces dernières années, depuis le début de l'année 2015 notamment, pour que ce terme puisse être utilisé pour qualifier des choses qui n'ont aucun rapport.
Mais nous sommes à une époque où la petite phrase et son impact importent davantage que le fond et les idées. Il est effrayant, et ce n'est pas nouveau en lisant de nombreux commentaires sur la toile, de voir que la corrida figure pour certaines personnes dans les hautes sphères d'une pyramide de l'horreur.
En France, la corrida existe depuis maintenant bien longtemps. Elle vient d'Espagne, le pays voisin, et son implantation chez nous dans des communes ou dans des régions est due à des raisons aussi nombreuses que passionnantes.
Aussi, elle perdure et intéresse, s'avérant être autre chose qu'une barbarie. Les territoires de la tauromachie en France, de la Méditerranée à l'Atlantique, sont par ailleurs bien plus qu'un petit îlot.
Et historiquement, il y eut même des corridas à Bordeaux, Marseille, Toulouse, Paris, Le Havre, Roubaix, ou même Vichy récemment encore.
Aujourd'hui, l'existence de la tauromachie est concentrée sur les régions méridionales du pays, là où elle s'est le plus profondément ancrée, pas si loin de sa terre natale.
Du fait des habituelles polémiques amplifiées par les moyens de communication actuels, la corrida est un thème qui fait parler, débattre, et couler de l'encre. Qui, pourtant, pourrait le mieux s'exprimer à son sujet que ceux qui s'intéressent à elle et en ont fait leur passion ?
Si certains médias parlent de barbarie ou d'atrocité, ils n'interrogent jamais ou presque les personnes qui aiment la corrida, afin de connaître leur vérité, et les raisons pour lesquelles elles se rendent aux arènes. Le résultat serait surprenant, et contre-productif pour les polémistes, dont l'hypothèse de spectateurs barbares et sanguinaires serait complètement contrecarrée.
Car en tant qu'aficionado, on parle avant tout d'un milieu naturel unique, celui de taureau de combat, et dans l'arène, de valeurs, de solidarité des hommes face au danger, de beauté, de force, de courage. Tant de choses.

Florent

dimanche 24 février 2019

Céret


L'ADAC a fait paraître ce dimanche les noms des six matadors et des trois novilleros qui prendront part à la trente-deuxième édition de Céret de Toros, les samedi 13 et dimanche 14 juillet.
Pour la novillada de Monteviejo du dimanche matin, ils semblent avoir retenu le meilleur trio possible sur le papier pour une novillada torista à l'heure actuelle : Juan Carlos Carballo, Aquilino Girón et Maxime Solera. Tous les trois expérimentés en la matière.
L'après-midi, la corrida de Saltillo sera combattue par Fernando Robleño, Javier Cortés et Gómez del Pilar.
Et pour commencer la feria, le samedi après-midi, il y aura une corrida de Juan Luis Fraile pour Javier Castaño, Iván Vicente et José Miguel Pérez "Joselillo".
Il s'agira du retour fort mérité de Javier Castaño à Céret. En 2011, et alors que cela n'était plus arrivé depuis plusieurs années lors de cette feria, il avait obtenu deux oreilles d'un même toro, "Cortesano", brave et encasté, de l'élevage de José Escolar Gil. Castaño avait ce jour-là été parfait dans la lidia, réalisant ensuite une faena limpide et vibrante. Les grandes années de Javier Castaño. L'année suivante, dans la même arène mais avec une autre organisation que l'ADAC, il était sorti en triomphe après avoir affronté un lot de Prieto de la Cal. C'est à ce jour sa dernière venue à Céret.
Avec deux corridas et une novillada, c'est au final bien peu de noms que les organisateurs peuvent faire rentrer sur une affiche. Car forcément, bien d'autres viennent en tête. Et c'est bon signe, preuve qu'il y a une génération fournie de toreros candidats à ce style de corridas.
On pouvait ainsi penser à Octavio Chacón, qui est le meilleur lidiador à l'heure actuelle ; à Alberto Lamelas, qui n'est pas venu depuis plusieurs années et avait été plus qu'honnête lors de sa dernière venue ; ou encore à Imanol Sánchez, qui s'entraîne durement, y compris face à des toros de caste navarraise, et aurait bien sa place dans une arène comme Céret.

Florent

vendredi 22 février 2019

Bon oeil


"Vázquez perdit les oreilles à l'épée. On aurait tendance à dire que cela nous est égal, car beaucoup trop de toreros s'esquivent au moment de la vérité. À l'inverse de Javier qui, depuis son accident où il perdit l'usage d'un oeil à cause d'une banderille, ne s'est jamais déballonné. Fermez donc un oeil et tentez juste d'ouvrir la portière de votre automobile".
Certains écrits marquent davantage que d'autres. Des papiers que l'on conserve précieusement quelque part, et que l'on apprécie toujours de retrouver. C'est le cas de cet article de Zocato dans Sud-Ouest, datant d'il y a un peu plus de vingt ans.
Il relate une corrida de Conde de la Corte à Dax, et la prestation du torero madrilène Javier Vázquez, qui ce jour-là remplaçait Richard Milian.
Éloge à un torero borgne, car Javier Vázquez, qui était sorti en triomphe à Madrid en début de carrière, perdit totalement l'usage d'un oeil à cause d'une banderille en 1996 en estoquant un toro à Villanueva de Perales, un bled.
Bien sûr, depuis, l'afición a fait connaissance de son matador borgne le plus célèbre, en la personne de Juan José Padilla, qui réalisa un effort titanesque pour surmonter une gravissime blessure, avec la perte d'un oeil, afin de continuer à toréer.
À l'époque, et bien avant la terrible blessure de Padilla à Saragosse, plusieurs toreros en activité hormis Javier Vázquez avaient cette particularité d'avoir perdu un oeil face aux toros. Lucio Sandín, Luis de Pauloba, Niño de la Taurina, entre autres.
L'oeil du maître. Et voilà que cet article, vingt ans plus tard, nous renvoie directement à l'actualité.
Avec inévitablement une pensée pour Paco Ureña, torero tant aimé par l'afición, qui vient de perdre son oeil gauche après des mois de calvaire. Ce sont les séquelles de sa blessure du 14 septembre dernier à Albacete. Pourtant, cet après-midi là, il était resté en piste jusqu'à la fin du combat, comme s'il s'agissait d'une blessure anodine.
Malgré cette lourde intervention chirurgicale, Paco Ureña a affirmé qu'il reviendrait bientôt dans les arènes, au mois de mars à Valencia. Les toreros ont cette force et ce don, même en possédant un oeil en moins, de faire oublier l'adversité supplémentaire.
On en revient à cette anecdote d'ouvrir la portière de l'automobile avec l'oeil fermé. Alors affronter ainsi un toro de combat vingt minutes durant, c'est encore autre chose.

Florent

mardi 12 février 2019

Les cheminées de Valdemorillo


Il existe beaucoup de lieux sur la planète taurine que l'on reconnaît du fait d'une seule caractéristique. Sans équivoque. Parfois un personnage, parfois un élément du patrimoine local.
À Valdemorillo, dans la région de Madrid, et pendant longtemps, ce furent trois cheminées. Des cheminées en briques d'une fabrique de porcelaine.
Au pied de celles-ci était dressée une arène portative, où il y avait des corridas et novilladas d'hiver, pour les fêtes de Saint-Blaise. Du froid très souvent, et même des corridas sous des tempêtes de neige, le blizzard.
Sur des affiches anciennes, on repère de nombreux élevages méconnus, de la région. Et face à eux, des toreros que l'on appelle des seconds couteaux, pas destinés à être des vedettes. Les toros à affronter étaient souvent âgés, des tontons qui n'avaient pas été combattus la saison précédente. Souvent incertains, âpres et coriaces.
Avec celle de Cenicientos, cette arène portative de Valdemorillo était l'une des plus connues de la planète taurine. Mais maintenant, aussi bien qu'à Cenicientos, il y a une arène en dur.
Celle de Valdemorillo a été inaugurée il y a maintenant un peu plus de quinze ans. C'est une arène couverte, davantage éloignée du centre du village et des cheminées. Mais pour la feria, on a gardé la référence à celles-ci, sur les affiches, ou bien avec les trophées "Chimenea de Oro" ou "Chimenea de Platino".
Récemment, c'est à Valdemorillo que le regretté Víctor Barrio avait relancé sa carrière, en 2015, face à une corrida de Cebada Gago. La course était télévisée, et le torero avait remporté le prix au triomphateur.
Deux ans plus tard, en février 2017, dans cette même arène de Valdemorillo, Iván Fandiño avait adressé un émouvant brindis au père de Víctor, assis en barrera. En lui disant que si un brindis n'était rien et n'avait aucune valeur de consolation, il l'assurait de tout son soutien. Et puis Iván a rejoint Víctor à peine quelques mois plus tard. Impitoyable réalité, tellement dure.
Cette année, une solution de dernière minute fut trouvée entre la mairie et l'empresario Tomás Entero pour que la feria ait lieu. Une novillada piquée le 4 février, et deux corridas les 9 et 10.
Les trois jours, le matador Miguel de Pablo, qui avait été récompensé l'an passé du prix à la meilleure faena de la feria, s'est habillé d'un costume noir et or et est resté devant les arènes pour protester et réclamer une opportunité. Il était là avec son apoderado Jesús Pérez "El Madrileño", et les passants ne pouvaient que déplorer son désespoir. Il est un cas extrême que d'en arriver là.
Le lundi 4, c'est Rafael González qui a triomphé face à la novillada de Hato Blanco.
Le samedi 9, il y avait une corrida de La Palmosilla, un élevage d'origine Juan Pedro Domecq et Osborne par Núñez del Cuvillo, qui va notamment être à Séville cette année et va débuter à Pamplona. Le troupeau de la Palmosilla est basé à Tarifa, tout au Sud de l'Espagne, au niveau du détroit de Gibraltar. À Valdemorillo, les toros ont été bravitos au cheval et ont généralement laissé de quoi toréer. Curro Díaz et Juan del Alamo connaissent beaucoup de doutes ces derniers temps. Curro Díaz ne profita pas réellement du très bon premier toro, tandis que Juan del Alamo coupa une oreille généreuse au cinquième, après une glissade durant la faena qui aurait pu avoir de dures conséquences. Román a été le plus en vue, face à un premier toro de charge irrégulière, et un sixième au pelage blanc, mobile et encasté. Mais un mauvais maniement des aciers le priva de toute récompense.
Le lendemain, dimanche 10, et avec une belle entrée, plus de trois-quarts d'arène, il y avait une corrida de Miura, pour la première fois à Valdemorillo. Il est rare de voir un lot de Miura aussi tôt dans la saison en Europe. Et, chose également rare dernièrement : voir un lot de Miura avec peu ou pas de cornes abîmées et escobillées. Le lot était assez sérieux, avec une présentation supérieure au niveau d'une plaza de troisième catégorie. En morphologie, il n'était pas toujours dans le style historique de la maison. En revanche, certains exemplaires comme le premier toro arboraient une silhouette typique. En comportements, ils furent compliqués à divers degrés.
Soulevé dès l'entame à la cape face à son premier toro, Pepe Moral a été malchanceux. Il ne put affronter au final que deux des trois exemplaires qui lui étaient destinés. Le Miura lui laissa une blessure handicapante, le genre de lésion qui peut davantage gêner qu'un gros coup de corne, et durer davantage dans le temps. Pour se déplacer, Pepe Moral, touché au genou et au coude, connut un véritable calvaire.
Manuel Escribano, lui, vécut un bel après-midi et laissa l'image d'un torero très en forme. Il accueillit plusieurs toros par des largas à genoux et le cinquième a porta gayola. Aux banderilles, certaines poses furent exposées et valeureuses, avec par exemple un magnifique quiebro au centre de l'arène.
A la muleta, devant des toros de Miura pas évidents, possédant souvent un danger sourd, il sut transmettre et toréer avec une technique aboutie. De l'aisance, ce qui n'est pas facile du tout avec ce genre d'adversaire. Et il porta même deux belles épées. Sortie en triomphe méritée.
Par ailleurs, c'est avec l'élevage de Miura que Manuel Escribano avait définitivement été propulsé dans le circuit. À Séville, il y a quelques années, il avait coupé deux oreilles à un toro porteur du mythique A. S'il est de terrible réputation dans l'histoire de la tauromachie, il y a aussi des toreros qui lui doivent énormément.

Florent

samedi 19 janvier 2019

Chamaco


A Arles, le 21 avril prochain, pour sa réapparition après quasiment vingt ans éloigné des arènes, Antonio Borrero "Chamaco" a déclaré qu'il avait choisi un habit "de couleur sobre et sérieuse". Certainement différent de ce bleu électrique intégral qu'il portait au début des années 90.
On dit qu'il faut réserver de nombreuses places aux jeunes sur les affiches d'aujourd'hui, et que les revenants, parfois, sont trop nombreux. C'est bien vrai.
On ignore si ce retour de Chamaco aura des lendemains. Il était à la fois apprécié et critiqué à sa grande époque, il y a plus de vingt-cinq ans. Certains lui reprochaient que le sens du spectacle prédominait sur le reste.
Mais s'il y a au moins une chose qu'on ne peut absolument pas lui enlever, c'est qu'il a attiré beaucoup de monde aux arènes.

Florent

lundi 14 janvier 2019

La Puebla del Río

 Souvenirs de La Puebla del Río, au bord du Guadalquivir, dans la province de Séville, où va s'ouvrir ce samedi 19 janvier la saison taurine 2019 en Europe.
Morante de la Puebla y organise, pour la cinquième année d'affilée, une journée taurine, avec un encierro et une novillada sans picadors dans une arène portative installée calle Manuela Álvarez.
Une course à La Puebla del Río aussi tôt dans la saison, cela pourrait étonner, mais ce sont les fêtes de San Sebastián, saint-patron du village.
À La Puebla, la "Huerta de San Antonio", propriété de Morante, fait beaucoup parler ces dernières semaines. Elle a été taguée au mois de décembre, après que le torero ait affiché son soutien au parti politique Vox. Et ce matin, lundi 14 janvier, elle a partiellement été incendiée, sans que l'on ne connaisse pour le moment le motif exact, une enquête de la Guardia Civil étant en cours.
C'est une finca surprenante, car elle est vraiment collée au village, possède une petite plaza de toros... et un terrain de football !
En parcourant les rues de La Puebla del Río au printemps dernier, alors que le thermomètre dépassait largement les trente-cinq degrés, il y avait de jolies couleurs à apprécier. Le vert et blanc d'une peña du Betis Séville, et des symboles rappelant que l'on était à La Puebla del Río, fief de Morante. Entre autres, une affiche XXL de la réapparition du torero à Jerez de la Frontera le 12 mai 2018.
Morante de la Puebla avait entamé un retrait éphémère en août 2017 sur un coup de tête et après une grosse bronca écoutée aux arènes du Puerto de Santa María...

Florent





mercredi 9 janvier 2019

Diego de Arnedo


Beaucoup de toreros possèdent un lien particulier avec la France. Triomphes ou dates clés de leur carrière. En nombre d'arènes pourtant, et en proportion, la France ne représente qu'une région taurine d'Espagne.
Pour Diego Urdiales, ce lien, c'est l'alternative, prise le 15 août 1999 à Dax. Paco Ojeda comme parrain, Manuel Díaz "El Cordobés" comme témoin, et des toros de Diego Puerta. Il y a vingt ans.
Cette corrida, Urdiales ne devait d'ailleurs pas la toréer, car il remplaçait ce jour-là Guillermo Marín, forfait, et qui lui-même devait prendre l'alternative.
Cela faisait déjà un moment en 99 que Diego Urdiales était dans le circuit, puisque dix ans auparavant, en 89 à Floirac, et âgé de quatorze ans à peine, il toréait en novillada sans picadors, et se faisait annoncer "Diego de Arnedo" sur les affiches.
Dax, peut-être, songera à fêter les vingt ans d'alternative de Diego Urdiales. Il n'a, pour autant, jamais entretenu une grande histoire avec ces arènes, car il n'y a toréé que cinq fois depuis son alternative. Un succès face aux toros de Victorino Martín, et un autre nuancé devant une corrida de Pedraza de Yeltes (trois avis à son premier toro et deux oreilles à l'autre).
Carrière atypique de Diego Urdiales, qui torée peu. Sept corridas seulement en 2018.
Torero de La Rioja, il avait gagné le prestigieux Zapato de Oro chez lui à Arnedo en 1998. Quand on retrace sa carrière, on remarque que trois arènes l'ont aidé à se maintenir et à garder l'illusion pendant des années. Les trois principales arènes de sa région : Arnedo, Alfaro et Logroño. Car Urdiales a déclaré récemment qu'il avait failli arrêter sa carrière. En 2006, par exemple, il n'avait participé à aucune corrida.
Austère, c'est un torero que l'on n'a pas toujours vu au mieux. Parfois poissard, parfois flemmard dans les corridas dures, et se plaignant aussi d'être privé d'opportunités par un système lui barrant la route.
Pourtant, il est resté au service de la tauromachie, en se préoccupant même du futur, puisqu'il suit de très près le prometteur Tomás Campos, jeune matador qui est son protégé.
L'avantage d'Urdiales, qui a déjà 43 ans, c'est que l'on ne peut pas accuser les empresas de l'avoir surprogrammé. Et l'on ne peut pas non plus dire qu'il est un torero que l'a trop vu.
Il a su se faire rare. Et c'est certainement de Bilbao que sa carrière est repartie de l'avant. Une plaza où pourtant il n'est guère évident d'obtenir deux oreilles à un même toro.
Mais elle semble être sa plaza de prédilection des dernières saisons.
En 2010, il avait même été appelé à trois heures de l'après-midi pour y remplacer au pied levé Miguel Ángel Perera ! Diego Urdiales avait assuré la substitution avec panache, lui qui avait ce jour-là dû s'habiller en vitesse... dans l'infirmerie !
Mais Bilbao, pour lui, c'est avant tout un triple triomphe face à trois corridas d'Alcurrucén. Trois oreilles en 2015, deux oreilles en 2016, et trois oreilles en 2018. Trois sorties en triomphe en quatre ans.
Et le fait que l'immense Curro Romero lui ait affiché son soutien a également permis de lui donner espoir. Car Curro Romero a affirmé que parmi les toreros en activité, Diego Urdiales était celui qui lui rappelait le plus son concept quand il toréait encore, lui donnant ainsi l'envie de se déplacer aux arènes. Un tel compliment, ce n'est pas rien !
En 2018, si Diego Urdiales a peu toréé, c'était à chaque fois pour des grands soirs. La consécration de sa carrière, ce fut cette corrida du mois d'octobre à Madrid, pour une feria d'automne qui avait été composée par le biais d'un tirage au sort !
Les toros étaient de Fuente Ymbro, et ceux destinés à Urdiales s'appelaient Retama et Hurón. Cela soufflait fort en début de course sur Las Ventas. Cela obligea Diego Urdiales à toréer avec patience et à des endroits précis de l'arène, moins exposés au vent. La torería, le classicisme, le relâchement, l'inspiration et une grande épée firent le reste. Une puis deux oreilles.
Et quand la grande porte s'ouvrit, sur la calle Alcalá, il faisait nuit, car c'est une norme des corridas de fin de saison. Pour Diego Urdiales, qui aurait pu mettre un terme à sa carrière quelques saisons auparavant, il n'était pas vain d'avoir attendu.

Florent

samedi 5 janvier 2019

La Bélugue

Au printemps dernier, au Mas de la Bélugue, l'exposition sur les 150 ans d'histoire de la ganadería Yonnet était toujours visible. Elle avait été érigée en 2009 par Laurent Giner, dernier président de l'ANDA (Association Nationale des Aficionados), pour retracer le siècle et demi de toros au nom de Yonnet. Un sacré travail, avec plein de documents intéressants, des affiches inédites, et aussi des têtes de toros célèbres de la maison.
Il faut remonter à 1859 et à Joseph Yonnet en ce qui concerne la création de l'élevage. Une date quasiment aussi ancienne que celle de la toute première corrida célébrée en France, en 1853.
Yonnet, dans le monde de la tauromachie française, c'est plus qu'un symbole. Et puis, il y a l'emplacement géographique de la ganadería, le Mas de la Bélugue, tout au bout de la Camargue, avec la proximité des étangs et de la Méditerranée. Et aux portes du village de Salin-de-Giraud, à l'architecture si particulière, et dont les briques font penser à celles du Nord de la France.
L'expo, qui est toujours en place, remonte donc à 2009. Une année où pour la famille Yonnet, il y avait notamment eu une corrida complète à Lunel. Et aussi un magnifique toro pour la corrida-concours d'Arles, "Blanquet", de pelage blanc, qui avait été offensif, âpre et passionnant.
Dix ans après, s'il y a encore des toros à La Bélugue, Hubert Yonnet, le maître des lieux, s'en est allé entre temps, et a été célébré dans la plus grande tradition camarguaise.
En tant que ganadero, il fut le premier français à prendre l'ancienneté à Madrid, en 1991, et à se présenter dans de grandes arènes d'Espagne.
Dans les prés de la Bélugue, au printemps dernier, attendait un sérieux lot de toros, de belle présence, à destination des arènes d'Alès. Mais à cause des intempéries, il ne fut jamais combattu.
Actuellement, c'est Charlotte Yonnet, la petite-fille d'Hubert, qui assume le lourd héritage, et mène l'élevage et deux fers différents (Hubert Yonnet et Héritiers de Christophe Yonnet), avec comme mayoral David Fournier.
Cette année, ce sont les 160 ans d'histoire de l'élevage. Espérons que certaines arènes sauront la fêter et l'entretenir. En souhaitant voir encore longtemps des toros de Yonnet franchir des portes de torils.


Florent








dimanche 23 décembre 2018

Sébastien et Jean-Baptiste


Elle est belle cette image du journal Midi Libre. On y voit Juan Bautista et Sébastien Castella, presque symétriques, pour un même quite, alors qu'ils étaient novilleros. C'était un mano a mano.
Plus tard, il y en eut bien d'autres des "mano a mano" entre ces deux-là, en tant que matadors. Mais celui-ci est probablement le plus emblématique, car il s'agit du premier.
Depuis, Juan Bautista et Sébastien Castella ont mené leur carrière parallèlement, chacun de leur côté, en toréant tout de même ensemble à de nombreuses reprises. Presque vingt ans plus tard, on ne peut d'ailleurs pas parler de la carrière de l'un sans évoquer celle de l'autre. Indissociables.
Dans l'histoire de la tauromachie française, ils sont arrivés après Nimeño, et après une génération de toreros des corridas dures : Richard Milian, Stéphane Fernández Meca et Denis Loré. Ces derniers avaient partagé la même affiche le jour des adieux de Milian, en 2001 à Floirac.
Il ne viendrait en tout cas à personne l'idée de comparer ces trois générations, années 80, années 90 et années 2000. Des époques différentes, et les toros aussi.
Cette année, le jour de la corrida goyesque d'Arles dont il est l'organisateur, Jean-Baptiste Jalabert a annoncé la fin de sa carrière. Certes, il va encore toréer une corrida l'an prochain, mais ce sera la toute dernière.
Son parcours a des allures de prouesse, car quand il était novillero, il passait juste après El Juli, très en vogue à l'époque. Dans ce contexte, il était difficile de se faire une place et de se démarquer.
Comme Sébastien Castella, il débuta très jeune dans le toreo. Juan Bautista connut vite un grand succès, avec sa sortie en triomphe comme novillero en 1999 à Madrid. Avant de prendre l'alternative à Arles la même année, et d'enchaîner un grand nombre de corridas et de succès.
Pourtant, il décida sur un coup de tête d'arrêter sa carrière en plein pendant la saison 2003... et pour revenir presque deux ans plus tard.
Depuis, le torero arlésien incarne une forme presque imparable de régularité, avec énormément de technique, et une épée redoutable. Pour Sébastien Castella, on retient surtout le courage, le stoïcisme, et certainement davantage d'émotion dans son toreo. Alors que chez Juan Bautista, l'émotion, elle, est plus contenue.
Des styles différents, mais beaucoup de succès en commun. Jamais deux matadors français n'avaient par ailleurs autant toréé qu'eux.
Avec une particularité surprenante dans la carrière de Juan Bautista, celle d'avoir été épargné par les cornes des toros. Sauf une fois, en toute fin de carrière, puisqu'il reçut son tout premier coup de corne au mois de septembre 2018 à Logroño par un toro de Victorino Martín.
Depuis quelques années maintenant, Juan Bautista est empresario des arènes d'Arles, après que son père Luc Jalabert lui ait passé le relais. Pas encore 40 ans, toujours en activité dans l'arène, et déjà d'énormes responsabilités dans l'organisation. À Arles, mais pas seulement, et sûrement aussi dans d'autres arènes à l'avenir.
Juan Bautista et Sébastien Castella ont un palmarès enviable à Madrid. Trois grandes portes, dont une comme novillero, pour Juan Bautista. Et cinq pour Sébastien Castella, qui pour sa part est devenu un torero de Madrid il y a maintenant près de dix ans. C'est l'arène où on l'a vu le mieux toréer.
Pour Juan Bautista, si on a toujours pu remarquer sa régularité et sa technique, un aspect froid lui a parfois été reproché. Mais avec émotion cette fois, certainement l'une de ses plus grandes faenas eut lieu l'an dernier à Mont-de-Marsan. C'est la corrida de La Quinta à laquelle aurait dû participer le regretté Iván Fandiño. Ce jour-là, devant un toro qui n'était pourtant pas d'une immense bravoure, Jean-Baptiste Jalabert a déployé un toreo relâché, zen, et en plénitude. Une faena incroyable, et deux oreilles et la queue. Un triomphe parmi tant d'autres dans sa carrière, mais en impact et en émotion, celui-là était vraiment marquant.
Comme reste en mémoire cette novillada matinale du 15 août 1999 à Béziers. Sous un soleil de plomb. Un quite des deux novilleros face au dernier Juan Pedro Domecq. Un présage pour le futur, comme s'il était déjà écrit qu'ils allaient faire carrière. C'était il y a pratiquement vingt ans.
Ce matin-là, Juan Bautista et Sébastien Castella avaient coupé trois oreilles chacun. Comme si le destin n'avait pas voulu les départager.

Florent