vendredi 23 septembre 2016

Floirac

Demain, 24 septembre. Les dix ans de la dernière corrida célébrée aux arènes de Floirac, face à Bordeaux, de l'autre côté de la Garonne. De nombreux souvenirs à cet endroit, la plaza dite la "plus au Nord du monde" de 1991 à 2006. Toute en fer, elle était située entre un stade de rugby et des immeubles. Ce dimanche 24 septembre 2006, la dernière journée taurine s'était ouverte le matin avec une novillada sans picadors de la famille Jalabert pour le colombien Santiago Naranjo et le biterrois Tomás Cerqueira. Le cartel de l'après-midi n'avait rien de particulièrement attrayant. L'empresario, Alain Lartigue, avait par ailleurs concocté une corrida avec trois élevages différents sans qu'il ne s'agisse d'un concours. Deux toros d'Antonio Bañuelos (un élevage toujours fréquent à l'heure actuelle dans les arènes de l'organisateur bayonnais), deux d'Andrés Ramos et deux de Mercedes Pérez-Tabernero. Les trois toreros à l'affiche : Sánchez Vara, Julien Miletto et Mehdi Savalli. Une corrida peu passionnante, puisqu'il ne s'était rien passé d'extraordinaire, mis à part le toro "Dibujoso" d'Andrés Ramos qui avait failli atterrir dans les gradins après un saut ! Il y avait ce jour-là tout de même 3.000 personnes assises sur lesdits gradins. Preuve qu'il existe dans la région bordelaise un noyau important d'aficionados.
Pour cette corrida, il n'y avait pas eu de cérémonie particulière, alors que tout le monde savait pertinemment que ce serait la dernière. Une arène de 7.200 places, dont le nom était "Plaza de Goya" (la résidence érigée à l'heure actuelle à l'emplacement du ruedo porte par ailleurs ce nom). Démontée peu de temps après cette corrida, la grande arène fut mise aux enchères. Il y avait, à Floirac, un projet faramineux avec une arène de 10.000 places (avec toit amovible, sur le modèle de San Sebastián et Logroño), succédant à celle-ci. Mais le projet ne vit jamais le jour.
A Floirac, il y eut donc des corridas au pied des immeubles depuis le 25 octobre 1987, et un cartel réunissant Ruiz Miguel, Nimeño II et Miguel Cubero (frère du Yiyo) face à des toros portugais de Samuel Lupi. Le travail afin de renouer avec la tauromachie à Bordeaux avait été difficile jusqu'en 87. Deux décennies plus tard, en 2006, ce fut la dernière corrida de Floirac, et un abandon sans même l'aide des antis-taurins. Triste adieu.
On pourra toujours dire que La Brède se maintient sur la carte taurine, 20 kilomètres plus bas. Mais Floirac, quelque part, c'était la dernière arène aux abords d'une grande ville française. Deux rendez-vous taurins par an, le premier en mai, et l'autre fin septembre, pour ce qui était traditionnellement la corrida de clôture de la saison française. Ce jour-là, Bordeaux a rejoint Marseille et Toulouse au rang des grandes villes aux arènes en sommeil.

Florent   

jeudi 22 septembre 2016

Dernière cuvée

Il existe dans l'histoire des toros en France une tradition des courses de fin saison. Selon les endroits, soit elles se sont maintenues dans le calendrier, soit elles ont disparu. Corrida des Vendanges à Nîmes (devenue feria complète), corrida des Vendanges à Arles (devenue feria du Riz), Saint-Matthieu à Vic-Fezensac, Saint-Ferréol à Céret, entre autres.
Dimanche à la sortie des arènes de Vic, il se murmurait que cette date ne serait plus à l'avenir reconduite, à cause des trop modestes affluences (Barcial 2014, Granier 2015, Dolores Aguirre 2016). Beaucoup de toro, peu de public. Comme pour la sensationnelle novillada de Valdellán au mois d'août 2013, devant là-aussi une affluence réduite.
La ganadera Doña Dolores Aguirre Ybarra est décédée le 12 avril 2013. Ses novillos de dimanche à Vic étaient nés entre novembre 2012 et mars 2013. Sa dernière cuvée, les derniers qu'elle ait pu voir naître. Mais l'on peut en revanche être certain que l'histoire de ce si bel élevage durera encore.
À Vic, six novillos splendides et d'une présence remarquable. Dignes représentants de la devise jaune et bleue, du "mucho toro", qui s'oppose au "poco toro" de nombreuses ferias actuelles. La caste en permanence, à fleur de peau. Solides, encastés, et à leur actif, les plus beaux tiers de piques de la saison 2016. Vingt piques à y laisser leur peau, à terrasser les chevaux avec une force incroyable, les faire tanguer, les soulever, les envoyer aux planches. Et après cela, les pensionnaires de Dolores Aguirre gardèrent toujours de l'allant, finissant même souvent leurs combats au centre de l'arène.
La course, qui n'était pas évidente du tout, a été de bonne tenue grâce à des cuadrillas expérimentées. Même si les tiers de banderilles n'ont pas toujours été évidents, plusieurs subalternes y sont allés avec cran et ont été ovationnés : David Adalid et El Pela au troisième, Jesús Talaván et José Antonio Ventana "Toñete" au quatrième.
Il faut dire que la course avait commencé avec "Pitillito II", le fameux numéro 32, qui éblouissait déjà sur les photos. Magnifique de présentation, quatre piques avec puissance et caste, et de l'émotion dans la muleta. Manolo Vanegas, qui l'affronta, connaît une grande saison et ne passa pas à côté. Quel beau combat, avec des naturelles très valeureuses en fin de parcours, et une belle estocade. Une oreille méritée, et grande ovation à l'arrastre. Cela ne pouvait guère mieux débuter. Et si le quatrième Aguirre aura été le moins intense du lot, il possédait lui aussi de la caste !
Mais pas autant que le deuxième de l'après-midi, "Comadroso", qui poussa avec grande bravoure en trois piques, faisant mordre la poussière à l'équipage à la deuxième rencontre. A la muleta, il était encasté avec des charges vibrantes. Tout comme le cinquième, "Pitillito III", un autre grand novillo. C'est le colombien Juan de Castilla qui affronta ces deux-là, et si certes tout ne fut pas parfait, il eut le mérite de faire face, avec courage, dans un esprit bagarreur, et en s'engageant toujours à l'épée.
Les deux Dolores Aguirre destinés au mexicain Gerardo Rivera, vêtu d'un costume tout noir, étaient aussi des cornus fidèles à la réputation de la maison. Le troisième, "Guindoso", fut surpuissant face au cheval, avant que sa caste ne déborde le novillero à la muleta. Enfin, le novillo combattu en dernier aurait initialement dû sortir en troisième position. Mais le personnel des arènes n'arrivant pas à lui faire quitter le toril, il fut finalement sorti en sixième. Un novillo très compliqué, manso, encasté, violent et dangereux, face auquel Gerardo Rivera montra encore son métier insuffisant. Ce dernier alla rapidement chercher l'épée, reconnaissant quelque part et avec honnêteté ses lacunes, avec son impossibilité d'en faire davantage. Silence et silence pour Gerardo Rivera. Applaudissements aux trois novilleros à la sortie des arènes, même pour Rivera, car c'est toujours une performance d'aller affronter les toros marqués du fer de Dolores Aguirre.
Un élevage qui aura connu une superbe année 2016, en étant malheureusement boudé par les grandes arènes. On se souviendra de cette novillada de dimanche à Vic, de la caste et de la puissance des Dolores Aguirre, de leur entrée en piste jusqu'à l'estocade. Le mayoral aurait dû saluer. Et de cette cuvée, on aimerait bien en reprendre encore...

Florent

lundi 12 septembre 2016

L'irremplaçable

Je n'étais pas à Céret cette année-là. Le dimanche soir vers 18 heures 30, Yannick me laisse un message inquiétant, à peu de choses près c'était : "Dramatique coup de corne pour Esplá, il y a des gens qui pleurent". La raison, un moment de flottement, un coup de vent, et surtout les cornes d'un toro du Curé de Valverde. Fabien, qui plus tard deviendra membre de l'ADAC, était sur les gradins ce 15 juillet 2007 et filmait la course avec un petit caméscope. Une fois Esplá évacué du sable, il ne lui reste que le toro de Valverde à l'image. Il me dira qu'il avait sur le moment l'impression de filmer un équivalent d'Islero, d'Avispado ou de Burlero. Au patio de caballos, Juan José Padilla, alors pétrifié en attendant des nouvelles de son aîné, ne voulait pas reprendre la corrida. Né sous une bonne étoile, Luis Francisco Esplá, qui a déjà beaucoup morflé avec les accrochages et les coups de cornes depuis des décennies, se sort de cette épreuve.
La chose frappante et impressionnante l'année suivante, pour son retour à Céret, c'était l'ovation qui masquait complètement les sons de la Cobla Mil.lenaria au moment du paseo. C'était en 2008, et la corrida de Pepe Escolar était redoutable. Sur ce sable, Esplá avait franchi sa dernière épreuve en gardant le sourire tout au long de la corrida, lui, le torero de Céret et de tant d'autres arènes. 2008, et déjà une corrida aux souvenirs, avec plein de nostalgie. La première fois qu'Esplá avait toréé en France, c'était en 1975 ! L'impression de la corrida de Céret ce soir-là était émouvante, tout en respectant la retraite prochaine de Luis Francisco Esplá, qui décidait de partir au bon moment. L'année d'après, en 2009, il sortait en triomphe à Madrid, puis toréait sa dernière corrida en France à Nîmes, face à des Juan Pedro Domecq. 2010, l'alternative de son fils à Alicante, puis rideau.
En voyant les images télévisées de la corrida goyesque de ce samedi à Arles, il y avait encore matière à ressasser des souvenirs. Les toros de Zalduendo au programme n'étaient pas le quotidien d'Esplá pendant sa carrière, mais le voir là, à cette occasion, faisait plaisir. Des gestes, des attitudes, et un torero tellement à part et sans successeur dans son genre. Esplá est celui qui portait des costumes bourrés d'ornements, possédait une cape au revers bleu. C'est celui qui repartait directement vers les planches car il était le premier à voir que l'épée allait être suffisante. Mais surtout, c'était bien plus que cela. Une autre façon de voir le combat face au toro, des airs anciens, une capacité à s'extirper de situations périlleuses face à des toros durs, le sens de la lidia, des terrains, de la malice et de la roublardise aussi. Et surtout, une pureté et une authenticité inexplicables. S'il n'a pas exercé son domaine de prédilection samedi, Esplá aura aussi été un sacré torero-banderillero, qui parfois partageait l'affiche avec d'autres spécialistes du genre comme Nimeño II, Morenito de Maracay ou Víctor Mendes. Si le tiers des banderilles n'a rien d'essentiel en tauromachie, avec des toreros comme ceux-là, il était un moment à part entière du combat. La mention "corrida de toreros-banderilleros", d'ailleurs, n'existe plus de nos jours sur les affiches. Et c'est dommage, car cela a pu à une époque attirer du monde aux arènes. Esplá brillait avec les bâtonnets en main, passant même parfois dans des trous de souris avec des poses "por dentro". En voyant Esplá parcourir la piste sur le sable d'Arles samedi, toutes ces choses-là revenaient en mémoire. Luis Francisco Esplá, et la place importante qui est la sienne pour la France des toros. Le coeur d'Esplá, torero irremplaçable.

Florent

(Image de François Bruschet : le maestro Luis Francisco Esplá aux arènes de Céret, le 14 juillet 2008)

Navarre de paroles

Septembre, en tauromachie, est assurément le mois le plus improbable. Après la vague du 15 août, on pense que le calme arrive et que c'est bientôt fini. Erreur, il y a autant de courses en septembre qu'en août, et le calendrier est surchargé.
Beaucoup de ferias de novilladas intéressantes, entre autres. Au Sud de la Navarre notamment, une région qui a de quoi faire le bonheur des aficionados et des coureurs d'encierros. Il y a aussi de vieilles arènes dans ce coin, et celles de Peralta, inaugurées en 1883, en font partie. Si cette région pourtant si proche de la France est dépaysante, c'est qu'elle a quelque chose de différent, un paysage aride, et des arènes qui sont un régal à découvrir. Avec parfois des détails cocasses, à Peralta, la porte des toilettes donne directement sur le couloir du toril !
Peralta, jeudi 8 septembre, jour d'une novillada de Pincha, propriété de José Antonio Baigorri, élevage situé à Lodosa, soit à 30 bornes tout juste de Peralta. UÀ Pamplona, les Marqués de Domecq ont produit pas mal d'encierros historiques. D'après le Diario de Navarra, l'encierro des novillos de Pincha de ce 8 septembre a été intense. Un novillo a même explosé une barrière sur le parcours.
n fer qui fait parler de lui ces dernières saisons en Navarre, et qui aurait pourquoi pas sa place dans une arène française. Chez Pincha, le bétail est d'origine Marqués de Domecq. Le matin, il a fait honneur au prestige de la maison mère (Marqués de Domecq, qu'on ne voit plus sur les affiches) en matière d'encierros.
C'est ce qui a énormément de charme en Navarre, et parfois ailleurs, la journée taurine commence d'emblée tôt le matin avec l'encierro, et non pas en fin d'après-midi. À 18 heures, se pointent au paseo Javier Marín (costume bleu pétrole et or, novillero navarrais), Alvaro García (blanc et argent, de San Sebastián de los Reyes, supporter de l'Atlético de Madrid) et Maxime Solera (vert bouteille et or, français). Solera est arrivé aux arènes dans un véhicule immatriculé 13. Les Bouches-du-Rhône ! Il est de Fos-sur-Mer, une commune qui en des temps immémoriaux (il y a plusieurs décennies) donnait une novillada le 15 août. Mais ici c'est la Navarre, Arles, le Sambuc, les Saintes ou les Alpilles semblent si loin. C'est la deuxième novillada piquée seulement pour Solera. A 23 ans, il n'est jamais trop tard pour débuter avec picadors. Le jeune homme de Fos assiste par ailleurs chaque année aux corridas de Céret, où on peut le voir sur les gradins. Il a un rapport étroit avec la Catalogne, et c'est l'ancien torero de Barcelone, Enrique Guillén, qui le manage. Il a aussi un autre catalan dans son staff, le banderillero Omar Guerra. Et c'est bien Solera qui sera la surprise de cette novillada de Peralta.
Si les gens rentrent aux arènes au dernier moment, le paseo ne subit aucun retard. La piste est dans un état plus que moyen, tandis que le service de piste lui est des plus étriqués et ne comporte que quatre membres. Du boulot en vue entre remise en état partielle du sable, ouverture du toril, sortie de la pancarte. Si le public de l'ombre est assez discret, celui du soleil boit et bouffe des pipas. La novillada de Pincha – un élevage qui donnait envie de se faire une idée – est remarquable de présentation, charpentée, chaque exemplaire est applaudi à son arrivée sur le sable. Les novillos ont beau taper contre les burladeros, les pointes restent intactes et ne bougent pas. À la pique, ils sont braves avec des poussées franches et fixes. Onze rencontres qui en valaient bien plus, des chevaux gigantesques en face, et des piques très appuyées. Malgré cela, les novillos de Pincha sont restés entiers jusqu'à la fin des combats, et n'ont jamais fait signe de faiblesse. De bons novillos, exigeants et intéressants. Le troisième "Oloroso", n°7, fut primé d'une vuelta, tandis que le cinquième "Tranquilo", n°4, semblait encore meilleur. Javier Marín et Alvaro García n'ont rien fait de notable, et c'est même frustrant pour eux et la suite de leur carrière. Leurs cuadrillas ont d'ailleurs eu une mauvaise gestion des lidias.


Maxime Solera est arrivé aux arènes avec le visage en sale état. Un bandage sur le front, et un cocard sous l'oeil. Il a débuté récemment, et beaucoup d'aficionados français ne l'ont jamais vu toréer. J'en fais partie. Une belle surprise, avec une technique limitée et c'est normal, mais un véritable esprit de novillero, avec la décision de bout en bout. Appliqué en mettant en valeur ses adversaires à la pique en deux rencontres au moins, du courage, une volonté de garder la muleta le plus bas possible et de peser sur les novillos. Du combat face au troisième, ce sont plusieurs séries droitières et surtout une de la gauche qui sont à détacher. Une oreille et une oreille pour Maxime Solera, pas volées du tout, une sortie en triomphe, l'anonymat pour ses deux compagnons de cartel, et l'attente légitime de pouvoir figurer l'an prochain sur les affiches de son côté des Pyrénées. Septembre en tauromachie, le mois des choses les plus inattendues.

Florent  

jeudi 8 septembre 2016

La Tour Magne

La gare de Perpignan, un vendredi matin, et un soleil qui se lève encore tôt sur les Pyrénées en arrière-plan. Pas sûr que Salvador Dalí, s'il était encore vivant à 112 balais, aurait cautionné l'extension de la gare, avec des bâtiments modernes, hôtels et petit centre commercial. Son centre du monde, où lui vint un jour une "espèce d'extase cosmogonique". Mais le monde évolue, quelle que soit la patte des maîtres qui sont passés par là auparavant. Et puis le train, à Perpignan, pour aller vers l'Espagne il y a quelques années encore, il passait obligatoirement par le chemin de fer littoral : Collioure, Cerbère, Portbou, entre autres. Plus maintenant, car les trains sur cette ligne ont même tendance à se raréfier. S'il n'y avait pas eu les toros et le sport dans la vie, je me serais peut-être pris de passion pour les trains. Pas de la composition sociologique avec les gens qui les peuplent, mais pour leurs modèles, et surtout, pour les improbables sentiers ferrés qu'ils peuvent emprunter, près de la mer ou en montagne. Pas le feu au lac ce matin-là, la novillada de Bayonne est à 19 heures 30. De l'air de la Méditerranée à celui de l'Atlantique. Une vraie différence, question de salinité des eaux.
Un peu plus à l'Est, à Nîmes, il y a la Tour Magne. Au pied de celle-ci, certains ont connu leurs premiers rendez-vous avec l'afición pour ne plus jamais la lâcher. C'est beau ça l'afición, et c'est même encore plus beau s'il s'en crée encore. D'ailleurs, celui qui sera le plus estimé dans ce siècle n'est pas celui qui saura résoudre la substance de la corrida avec un juste équilibre torista / torerista, mais bien celui qui aura la solution pour remplir les arènes.
La Tour Magne. Une étymologie latine qui a un rapport avec la grandeur. Pas loin de là non plus, il y a les arènes de Vergèze, et celles de Fourques au bord du Rhône. Ce sont les deux premières plazas françaises à avoir fait combattre des lots de l'élevage de Los Maños, en 2005. Il y a seulement onze ans, mais bien des choses se sont passées depuis. Un élevage qui attire de par l'identité de ses toros, leur caste, leur combativité. Il y eut, malheureusement, dans un passé tout à fait récent, le drame de Víctor Barrio aux arènes de Teruel. L'accident redouté, inattendu et irréversible qui peut encore arriver de nos jours. Malchance, c'est tombé sur Los Maños.
L'élevage de Los Maños (qui est le gentilé des gens d'Aragon et de Saragosse) est situé en altitude, près du village de Luesia. Luesia, on dirait un nom Romain. La ganadería de Los Maños était à l'affiche de Bayonne ce vendredi, à 19 heures 30 donc, pour une novillada. Hormis un bémol à mettre sur quelques cornes abîmées, il y avait là une présence remarquable, avec des novillos pour la majorité dignes d'un gabarit de toro adulte. Et puis, au-delà des comportements variés : pas de faiblesse, de la puissance, du moteur, de la caste. On comprend mieux pourquoi cet élevage d'encaste Santa Coloma à l'évolution si récente est autant sollicité. Bons les 1er, 2ème et 6ème, avec vraiment de quoi toréer, encore plus encastés et exigeants les 4ème et 5ème, et très dur le 3ème, qui blessa le banderillero Alexis Ducasse. Au cours de cette novillada, la présidence laissa deux piques minimum/maximum à chaque novillo. Erreur, car l'on aurait pu apprécier la bravoure de plusieurs d'entre eux lors d'une troisième rencontre. Certaines poussées au cheval étaient vraiment belles. Et faute de la présidence aussi, en mettant fin au tiers de piques du troisième novillo dès la deuxième rencontre, avec une superbe pique de Gabin. Ce novillo encasté, mobile et avisé aurait dû être piqué davantage plutôt que d'être laissé cru.
Un beau début de soirée du côté de Bayonne, avec les pensionnaires de Los Maños. Chez les novilleros, Manolo Vanegas a prouvé qu'il était une valeur sûre, en avançant toujours la jambe, sans jamais reculer, en restant sérieux et sans jamais tomber dans la facilité. Il passa à côté d'un beau triomphe à cause de l'épée. Le mexicain Luis David Adame, en revanche, n'est pas aidé par les "bien" intempestifs de son entourage. Et ces "bien", ce n'est pas pour le public qu'ils sont le plus dérangeants, mais pour lui-même. Baser uniquement sa tauromachie sur le superficiel est une chose à laquelle il faut remédier au plus vite, surtout à quinze jours de son alternative. Espérons pour lui qu'au moins une des personnes de son entourage saura élever la voix et lui indiquer. Quant à Adrien Salenc, il est un véritable espoir pour la tauromachie française. En difficultés face au troisième, dangereux, il ne baissa jamais les bras, avec seulement trois mois de novilladas piquées à son actif. Au sixième, "Salta Cancelas", frère du toro primé lors de la corrida-concours de Vic-Fezensac, Salenc montra de beaux gestes, du sérieux et une envie d'aller plus loin.
À la fin, alors que les arrastres avaient été fortement ovationnés, le mayoral de Los Maños a été invité à saluer. Et s'ils sont assez rares à l'heure actuelle, l'élevage de Los Maños est un de ceux sur lesquels l'aficionado peut compter. Los Maños, c'est grand.

Florent

lundi 22 août 2016

En blanc et or

Histoire de costumes. En fonction des superstitions, certains toreros, parfois, se débarrassent des habits avec lesquels ils ont connu de mauvais souvenirs. Souvent des coups de corne. Certains le rangent, s'en défont, le refourguent, voire même, le font cramer et disparaître. C'est déjà arrivé.
Le costume blanc et or avec des broderies noires de son alternative, Thomas Joubert a décidé de le garder. Il l'utilise encore et le portait ce dimanche à Saint-Gilles. Cinq ans après son alternative d'Arles. Une alternative pas catastrophique du tout, mais avec un grave coup de corne à la clé. Un second adversaire de Garcigrande partant de vingt mètres en début de faena, et un torero littéralement cueilli, sérieusement blessé. Temps pluvieux et triste soirée. Aux portes de l'infirmerie, les larmes des gens d'Arles qui ont vu ce torero grandir.
Après cela, l'agenda a été assez peu fourni, et celui qui se faisait appeler "Tomasito" sur les affiches a décidé un jour de ranger les costumes. Courte carrière aurait-on pu dire à ce moment-là. Car Thomas Joubert a toréé sa première non piquée en 2006, dans les anciennes arènes de Saint-Martin-de-Crau. Toujours dans la même catégorie, à l'été 2007 dans le Sud-Ouest, il s'est fait remarquer à de nombreuses reprises. Il a ensuite débuté avec picadors (coupant même une oreille à Madrid), changé plusieurs fois d'apoderados, et pris l'alternative début 2011, à Arles. Plusieurs années de retraite, un retour, et une carrière à rebondissements. Mais dans tous les cas, un espoir toujours vif du fait de sa torería et de sa façon d'être devant les toros.
Être torero français est à l'heure actuelle une arme à double tranchant. D'un côté, il est moins difficile qu'en d'autres temps d'intégrer les cartels, et d'un autre, il n'y a jamais eu autant de matadors français en activité. Jeu de la concurrence.
Ce dimanche, l'arlésien Thomas Joubert toréait à vingt kilomètres de chez lui, à Saint-Gilles. Un cartel intéressant, des toros que l'on n'avait jamais vu en France, de l'élevage de Mollalta (origine Torrealta), et deux intéressants compagnons de cartel : Iván Fandiño et Paco Ureña.
Cela ne devait pas spécialement être un jour important, mais à bien y regarder, l'affiche tenait largement la route. À l'heure où d'autres arènes gardoises font des entrées confidentielles, celle de Saint-Gilles repeuple ses gradins année après année. Et c'est déjà bien.
À vingt kilomètres de chez lui, Thomas Joubert tombe d'abord sur un toro couleur savon, brusque, et face auquel la tâche n'est pas franchement évidente. Le vent violent n'arrange pas les choses, mais le torero d'Arles pose les pieds au sol, multiplie les jolis enchaînements, frôle l'accrochage, mais y retourne pour des naturelles de face. Certains disent que c'est la mélancolie, le regard triste et la fragilité qui attirent chez ce torero. Ce serait une erreur de s'en tenir à ces seules considérations. La tristesse, loin de là, c'est surtout de la torería ! À longueur de saison, on voit des toreros ramer pour pouvoir transmettre, en regardant les gradins, et en prenant à témoin le public pour faire monter la pression. Des images qui parfois désolent et font de la peine. Il y a des toreros qui sont dans l'obligation d'utiliser ces recours, devant des toros qui transmettent peu.
Pour Thomas Joubert, c'est bien différent. Peu de regards vers le public, les yeux rivés sur l'adversaire. En silence, derrière les barrières, c'est Alain Montcouquiol qui le suit. Et l'ancien Tomasito est un torero stoïque, qui paraît beaucoup moins fragile qu'avant. Le sixième toro, "Estudiante", numéro 21, provoque une grande chute de la cavalerie et vient avec beaucoup plus de transmission que ses congénères. Thomas Joubert l'avait accueilli par delantales, en se le faisant passer près. Ce sera aussi le cas avec la muleta, parfois jusqu'à frôler l'accrochage, mais avec toujours le souci de toréer calmement. Il y a là des belles naturelles, et encore des muletazos cités de face. Autre faena inspirée, et qui ne pouvait être réalisée sans un grand courage. Le costume blanc et or est tacheté du sang de l'adversaire qui est passé près. L'estocade au second essai est efficace, le toro tombe, et les oreilles aussi. Triomphe serein, torero à suivre.

Florent

samedi 20 août 2016

Les tontons de Doña Dolores

"Ce que je vais dire peut paraître horrible, mais dans l'arène, je préfère que le torero souffre un peu avant d'obtenir le triomphe". Il s'agissait des mots de la ganadera Doña Dolores Aguirre Ybarra, disparue début 2013, et qui un jour avait été interrogée sur ses préférences en matière de toros. Souffrir, mais pas dans le sens où le torero vivrait un calvaire à la merci du coup de corne à chaque instant. Mais souffrir dans le sens de devoir consentir un véritable effort pour aller chercher le triomphe.
Toros en Tafalla. Mardi 16 août. C'est toujours un plaisir, à chaque fois, de voir ce nom annoncé sur une affiche. On aime ces toros, leur présence, leur force et leur sérieux.
En voyant sortir un à un du toril les exemplaires de Dolores Aguirre, il y avait de quoi être admiratif devant leur présence. Des toros de respect. Et de quoi se dire : comment est-ce possible qu'aucune grande arène française n'ait retenu ce lot pour clôturer sa feria ? Un lot superbe en trapío, et qui aurait pu être combattu dans n'importe quelle plaza.
Cette année, les grandes arènes de France et d'Espagne, sauf pour la novillada de Vic, ont boudé les toros de Dolores Aguirre, et c'est bien dommage. Mais ces tontons devaient bien sort quelque part. L'une des explications de la présence de ce sacré lot à Tafalla.
Tafalla, en Navarre, arène du Nord de l'Espagne. Une arène, un contexte et une ambiance à découvrir. Et les Dolores Aguirre : des toros pour toreros couillus. Si souvent dans les comptes-rendus, on cherche bien des détours pour ne pas avoir à mentionner cette formule, c'est bien celle-ci qui est la plus vraie.
Pour triompher du toro de Dolores Aguirre, il faut être en forme et se parer d'un grand courage. Les toros pour Tafalla ont été braves et puissants au cheval, mais ont eu droit à un traitement particulier de la part des picadors. Des piques rechargées et assassines. Mais rien n'y fit, et les piques honteuses et exécrables n'entamèrent pas la force de ces si beaux toros. Dans de grandes arènes, il n'y a pas si longtemps que cela, plusieurs lanciers de service auraient eu droit à une amende. Mardi, un seul d'entre eux avait une pique montée à l'endroit : Juan Antonio Agudo, dit "Titi".
Une épreuve de force à la pique, où les toros ont dominé, et poussé les chevaux sur de belles distances avec la tête fixe dans le caparaçon. Pendant le combat du sixième toro, on entendait au patio de caballos un début de rixe entre un picador et le patron de la cavalerie. On ne connaîtra probablement jamais le motif, mais la police est intervenue pour séparer les protagonistes ! Le charme de Tafalla où il se passe toujours quelque chose.
Si les toros de Dolores Aguirre sont bien plus intéressants que la moyenne des toros combattus dans les arènes à l'heure actuelle, c'est qu'ils possèdent une identité propre. Leur sang Atanasio Fernández – Conde de la Corte, la fierté de leur présence, leur force, leur combativité, leurs charges vibrantes avec une sensation de danger, et l'émotion qu'ils procurent.
Pour beaucoup de toros de Dolores Aguirre, on retrouve dans leurs assauts ce que les espagnols appellent la "bondad". Des toros exigeants, mais qui mettent vraiment la tête dans la muleta quand on fait bien les choses face à eux. C'est aussi pour cette raison qu'il y a encore quelques années, les toros d'origine Atanasio Fernández étaient moins rares face aux toreros vedettes.
De cette "bondad", c'est Alberto Aguilar qui en a le plus profité face au premier toro. "Cigarrero", rugueux et avec une charge forte du côté droit, et plus doux sur l'axe gauche. Aguilar a tiré face à lui les plus beaux muletazos de l'après-midi : des naturelles. Joselillo a pour sa part eu beaucoup d'envie, dans son style, celui d'un torero sans grâce, brut, mais avec beaucoup de courage. Et quant au navarrais Javier Antón, c'était sa toute première corrida de l'année, et la barre était trop élevée.
On retiendra particulièrement de cette corrida les deux paires de banderilles de José Otero face au sixième, le seul manso du lot. Et surtout, le cinquième toro, à l'image, "Caracorta", numéro 16, âgé de cinq ans, qui poussa le cheval sur vingt mètres à la première rencontre, puis cassa la pique à la seconde. Il distilla tout au long du combat une véritable caste. Celle des grands toros. Dans n'importe quelle arène française, où les toros sont mieux mis en valeur, ce "Caracorta" aurait très certainement été fêté par un beau tour de piste.

Florent  

jeudi 18 août 2016

Moreno of Silver

Saltillo dans la pinède. Enrique, le mayoral, est un personnage discret. Il a une allure tout droit sortie d'un western. Quand on lui évoque, Enrique se souvient très bien de "Diano", numéro 5, le bravissime novillo de la maison combattu en 2009 à Carcassonne. D'ailleurs, il ne dit pas "Diano", mais "el número cinco", et fait le signe avec les cinq doigts de la main. S'il devait un jour en sortir un autre du même genre, il est à parier qu'Enrique signerait immédiatement. À Carcassonne, c'est le modeste novillero colombien Jonathan Moreno Muñoz qui avait eu à affronter "Diano". Lui et sa cuadrilla avaient malheureusement échoué, connaissant une cuisante déroute. Un novillo exceptionnel à un moment et à un endroit où on ne l'attendait pas.
Dimanche 14 août, à Roquefort-des-Landes, il y avait une novillada de Saltillo, puisque c'est désormais avec ce fer que sont marqués tous les cornus de la maison Moreno de Silva. J'aime beaucoup cette arène, toute en bois, surnommée la "Monumental des Pins", un cirque ovale érigé au début des années 50. J'éprouve même une affection pour cette plaza, puisque c'est la première dans le département des Landes où j'ai pu assister à une course.
Dimanche, les Saltillo y ont envoyé du bois. Le matin déjà, on avait eu droit à une sérieuse novillada sans picadors de l'élevage français de Turquay, des erales complexes et exigeants, et face à eux, le courage de deux novilleros : Cristóbal Reyes et Antoine Madier.
L'après-midi, les six Saltillo, dans l'ordre : Vizcaína, Lominado, Rastrojero, Algabeño, Loquerito et Jardinero ont vendu chèrement leur peau. Avec leur superbe présence sur le sable de Roquefort, et malgré plusieurs armures abîmées, ils ont eu de la caste jusqu'au bout de leurs combats. Seize piques et deux chutes face à une cavalerie Heyral d'un bon niveau.
Il est toujours intéressant d'aller voir des lots de cet élevage, car il possède dans ses champs d'Andalousie des toros très intéressants. Ceux de Roquefort, aux pelages argentés, l'ont été tout particulièrement. Certainement l'une des novilladas les plus complètes de l'année.
Cela a commencé avec le premier, "Vizcaína", un très bon novillo face auquel le navarrais Javier Marín, bien que volontaire, a montré qu'il manquait de métier et de pratique. La réduction du nombre de novilladas et donc du nombre de postes en la matière n'est pas étrangère à ce type de constats. Celui qui possède un métier affirmé en revanche, c'est le vénézuélien Manolo Vanegas, et il coupa face au cinquième une oreille très méritée, car l'adversaire n'était pas facile, et lui fut sérieux, sincère, et engagé jusqu'à l'estocade.
C'est Guillermo Valencia qui a touché les deux novillos les plus remarquables de l'après-midi. "Rastrojero" tout d'abord, qui comme son nom l'indique était un frère du toro vainqueur de la corrida-concours de Vic en 2012. "Rastrojero" fut brave en trois piques, avec une chute de la cavalerie à la première. Un Saltillo encasté, et avec des possibilités dans la muleta. De la faena de Guillermo Valencia, ce sont de belles naturelles et une bonne estocade qui ont été à détacher. Oreille méritée là-encore. Cependant, Valencia s'engagea moins face au sixième, "Jardinero", charpenté et armé, et qui clôturait cette belle novillada. "Jardinero" aura été brave à la première de ses quatre rencontres au cheval, sortant de l'épreuve très châtié sans pour autant l'accuser, mais restant au final maître de la piste de Roquefort.
S'il est parfois décrié ou sujet à polémique, on attend chacune de ses sorties l'élevage de Joaquín Moreno de Silva avec impatience et espérances.

Florent  

dimanche 14 août 2016

C'est le Nord

La feria de Parentis avec trois novilladas, c'était le week-end dernier. Parentis, c'est le Nord. Mais pas au sens géographique du terme. D'ailleurs, cela fait un moment qu'il n'y a plus eu de corridas dans le Nord de la France, même si les archivistes pourront toujours trouver des corridas au Havre au XIXème siècle ou encore à Roubaix début XXème.
Parentis, c'est le Nord, au sens tauromachique du terme. Celui qui concerne traditionnellement les arènes du Nord de l'Espagne, axées sur un toro sérieux, et aux gradins festifs. On retrouve tout cela à Parentis. Une volonté de présenter des novilladas sérieuses, et un public hétéroclite. De l'aficionado lambda en passant par la banda bruyante qui a de quoi effrayer celui qui n'a jamais assisté à des courses de villages en Espagne. Et c'est normal, le silence traditionnel des arènes françaises est rompu à Parentis. La banda joue, gueule, boit, chante, et s'unit à chaque entrée de novillo pour vociférer "C'est plus gros qu'à Dax !". On s'y habitue avec les années.
Curiosité de Parentis ces dix dernières années : les grandes courses ont toujours ou presque eu lieu sous un sale temps. Les Raso de Portillo et Lamelas en 2007, avec une chape de plomb menaçante, les Murteira Grave sous la flotte en 2011, les Valdellán également sous l'eau en 2012, les Guardiola Fantoni en 2014, et bien entendu, le grand triomphe de Guillermo Valencia à l'été 2015 face à la novillada de Los Maños, sous un plafond gris impénétrable.
Cette année à Parentis, il faisait beau.
Certes, la réussite d'une feria tient à peu de choses, à des détails, et celle de 2016 n'échappe pas à la règle. Le samedi après-midi, la novillada de Los Maños (dont les novillos portaient une devise noire en mémoire de Víctor Barrio) avait moins de carrosserie que celle de l'an dernier, moins de combativité aussi, notamment au cheval. Néanmoins, trois exemplaires étaient parfaitement exploitables pour les novilleros, et c'est Guillermo Valencia qui a été le plus en vue face à Lorenzo (frère du toro de Teruel), le meilleur Los Maños du lot. Il y eut aussi un passionnant novillo de Raso de Portillo, brave en quatre piques, encasté et difficile.
Le dimanche matin, les novillos d'El Añadío, aux cornes escobillées au débarquement, n'ont pas donné satisfaction. Il faut dire aussi qu'ils sont rares sur les affiches.
Quant à la novillada-concours, elle a été sabordée par les cuadrillas. Pourtant, la dernière novillada-concours aux arènes de Parentis, en 2009, avait été un succès à tous les niveaux. Arènes pleines à l'époque, des novilleros et des cuadrillas jouant le jeu, un novillo vainqueur (le Moreno de Silva) alors que deux autres auraient aussi pu y prétendre (Partido de Resina et Prieto de la Cal). Cette année, plusieurs novillos possédaient de quoi permettre des combats intéressants, certains sont repartis inédits, tels le Santa Teresa (ancien Félix Hernández Barrera) ou le Raso de Portillo. Et les lidias ont été chaotiques. Pourtant, si l'on regarde l'affiche de la novillada-concours de 2009 : Daniel Martín, Julián Simón, Francisco Pajares, on remarque que ce trio n'a pas fait carrière. Probable point commun avec les trois novilleros de dimanche dernier à Parentis, dont l'avenir semble délicat pour au moins deux d'entre eux. Le manque de pratique n'empêche donc pas l'envie et la volonté de bien faire dans la lidia.

Lors de cette feria 2016 qui ne fut pas un grand rendez-vous, on pouvait repenser au titanesque combat de Guillermo Valencia face à Tostadino de Los Maños l'an dernier, dans les mêmes lieux. Ce jour-là, le novillero colombien disparaissait parfois derrière son adversaire, plus grand que lui, afin de donner des naturelles de face. Souvenir inoubliable. Valencia est revenu cette année à Parentis, et n'a bien entendu pas atteint le niveau de 2015. Face à la course de Los Maños samedi dernier, Guillermo Valencia a tout de même obtenu sa cinquième oreille en trois novilladas à Parentis. Si les trophées peuvent souvent s'avérer dénués de valeur, leur rare attribution à Parentis fait du score de Valencia un véritable exploit. Et l'autre novillero en vue ce week-end, c'était le vénézuélien Manolo Vanegas, toujours courageux et sincère. En espérant qu'après une prochaine alternative, Valencia et Vanegas ne seront pas oubliés par les organisateurs de corridas du même créneau que Parentis. Malheureusement, la liste des oubliés est déjà longue.

Florent  

mardi 2 août 2016

Souvenirs d'une palmeraie

El Palmeral, devise bleue, verte et blanche, élevage situé à Arraute-Charritte, au Pays Basque, pas très loin de Bidache et Hasparren. Mais ça, c'était avant. Il n'y a pas si longtemps que ça.
Quelques années en arrière, la ganadería, alors gérée par Jean-François Majesté, Yves Bippus, et leurs amis, était fréquente dans les arènes du Sud-Ouest. Se rendre chez El Palmeral, découvrir toute la verdure aux alentours, la belle plaza de tienta, et les toros sérieux dans les champs vallonnés, cela faisait quelque chose ! Paysage impressionnant l'hiver aussi, où l'on pouvait deviner des silhouettes de toros derrière la brume. Des toros au plus profond du Pays Basque.
Pas n'importe quels toros, puisqu'ils sont d'origine Atanasio Fernández – Comte de la Corte, et proviennent de l'élevage d'Antonio Ordóñez. La première fois que les Palmeral sont sortis dans une arène, c'était pour une novillada à Ronda ! Les anciens responsables de l'élevage ont beaucoup travaillé, rigoureusement, pour atteindre des résultats intéressants avec une origine qui l'est tout autant. Car un Palmeral, sur le papier au moins, peut avoir beaucoup de similitudes avec un Dolores Aguirre.
De bons souvenirs. Un novillo vainqueur lors d'une novillada-concours à Soustons face à cinq prestigieux élevages espagnols, et une non piquée aussi, solide, il y a dix ans à Floirac, sous une pluie battante et devant cinquante personnes à tout casser. Des erales respectables, qui avaient été combattus par la "pareja" de l'époque en non piquée : Marco Leal et Julien Dusseing "El Santo", devenus aujourd'hui banderilleros.
Il était donc surprenant, six ans après le changement de gestionnaires, de voir le fer d'El Palmeral annoncé ce dimanche pour une novillada à Beaucaire. D'autant que de nombreux souvenirs pouvaient faire croire à un succès.
Malheureusement, il n'en fut rien. Entrée confidentielle, novillada longue et ennuyeuse. Les novillos d'El Palmeral, de peu de présence, ont été faibles, mansos, et ont manqué de fond. Seules leurs armures astifinas et impeccables avaient de quoi donner satisfaction. Peu de choses à la pique, avec par ailleurs un choix étonnant de la cavalerie de mettre des chevaux très lourds par rapport au gabarit des novillos. Manolo Vanegas et Tibo García ont montré de l'envie et du sérieux, mais le bon usage des aciers leur a fait défaut. Dans la cuadrilla de Tibo García, on pouvait justement apercevoir El Santo, qui avait eu à lidier pas mal de novillos d'El Palmeral en tant que novillero quand la ganadería était encore basée dans le Sud-Ouest.
À Beaucaire, il y avait également Sebastián Castillo, le vénézuélien découvert à Céret. Avec de la volonté, du courage, mais sans métier ni recours. Il eut en sixième position une belle opportunité avec un novillo brave en deux piques, et très bon dans la muleta. Mais faute d'expérience et de moyens, Sebastián Castillo dut rendre les armes, au pied du château.
De tout l'après-midi, la seule consolation que l'on pouvait revendiquer était de savoir que le fer d'El Palmeral, s'il est désormais délocalisé du côté des Bouches-du-Rhône, existe encore.

Florent