mercredi 4 juillet 2018

Pas comme nous...


On assiste, de nombreuses fois par an, à des démonstrations en piste de ce don qu'ont les toreros de se surpasser. Ce stoïcisme, cette manière si spécifique d'oublier l'adversité, comme si de rien n'était. L'inverse de la vie normale, du moindre bobo domestique qui implique soupes de dolipranes, camomilles et verveines.
Enrique Guillén, dernier matador à avoir pris l'alternative à Barcelone, est l'apoderado du français Maxime Solera. Après avoir arrêté sa carrière, il s'est mis à consacrer son temps aux jeunes toreros catalans et d'ailleurs, pour désormais toujours jouer à l'extérieur, car les corridas en Catalogne n'existent plus. Enrique Guillén avait toréé en 2007 à Boujan-sur-Libron, dans autre une arène démontable, beaucoup plus rudimentaire que ce que l'on connaît en matière de plazas portatives. Ce jour-là, son premier novillo avait quitté la piste, pour se retrouver au beau milieu des spectateurs. Soirée dramatique, un aficionado de Béziers, encorné, n'avait pas survécu à l'opération à l'hôpital. Cette histoire, peu médiatisée à l'époque, aurait certainement conduit à un gros foutoir aujourd'hui au niveau des infos et de la rubrique faits divers. Toutefois, il y avait eu un jugement et des condamnations pour manquement aux obligations de sécurité. Heureusement, cette histoire n'a pas mis fin à la tauromachie à Boujan, mais cela aurait pu être le cas par les temps qui courent.
Enrique Guillén raconte, de cet après-midi médiéval, qu'il avait été obligé d'estoquer le novillo hors de l'arène, sur un terrain de sport. Et quand ce fut chose faite, en revenant vers les arènes, secouées par le chaos, lui et sa cuadrilla furent ovationnés, comme les héros qui reviennent au village après la bataille.
Ce week-end, la bataille était importante pour Maxime Solera, son protégé. Un rendez-vous double, samedi et dimanche, avec Hoyo de la Gitana et Raso de Portillo. Ses deux premières novilladas de l'année, car il dut renoncer aux précédentes à cause d'une blessure et d'une longue convalescence. Avant que ne commence cette feria de Boujan, on pouvait se demander, et après tout, si ces longs mois avaient apporté des doutes ? Emporté la fraîcheur ? Tout ce que l'on peut redouter dans la carrière d'un jeune torero confronté à une situation difficile. En plus, la tâche n'était pas des moindres, avec des élevages dont beaucoup de matadors n'envisageraient même pas d'en combattre un lot.
L'entrée en matière de Maxime Solera ne laissa aucune place au doute. Au centre de la piste, face au toril, les pieds cloués au sol, pour des tafalleras, puis des gaoneras, faisant passer le novillo très près du corps. Sur la dernière, le novillo crocheta Maxime Solera avec la patte, avant de le reprendre de manière terrible. Un accrochage qui laissera des contusions sur tout le corps, mais le novillero restera en piste, pour mener le combat à bien jusqu'à sa fin. Après un long passage à l'infirmerie et un ordre de passage changé, il revint affronter son second adversaire en sixième position. La novillada de Hoyo de la Gitana – un élevage que l'on voit peu à l'heure actuelle –, charpentée, peu armée, a manqué de puissance et de continuité. Les six novillos, bravitos en quinze rencontres au cheval, se sont généralement éteints. Certains nobles, d'autres très vites arrêtés. Et face au sixième, on vit le sérieux et la volonté de fer de Maxime Solera, dès l'accueil à la cape, et dans une tauromachie l'emmenant fouler des terrains risqués. Oreille méritée pour conclure l'après-midi.
El Adoureño a obtenu un trophée, et il a été mieux que toutes les autres fois depuis le début de saison. Mais la marche vers son alternative de septembre à Dax semble encore extrêmement haute. Quant au biterrois Carlos Olsina, dont c'était seulement la troisième novillada piquée, il s'accrocha avec courage et un bagage technique restreint devant un lot compliqué et arrêté, mais avec toujours le désir de bien faire.
L'intermède entre les Hoyo de la Gitana et les Raso de Portillo fut la non piquée de Robert Margé du dimanche matin, où se révéla le nîmois Niño Julián, épatant de sens torero pour son très jeune âge, à la cape, aux banderilles et à la muleta.
Le soir, les Raso de Portillo, bien présentés et armés, ont été plus nobles que d'habitude. Braves en dix-huit rencontres au cheval, en poussant droit et fixement, ce qui n'est pas rien ! En comparant les sorties de cet élevage en corridas et en novilladas, on se dit que la place des Raso de Portillo est dans les secondes, et que c'est à cet échelon qu'il doit avancer.
Des novillos nobles pour la plupart, caractéristique aléatoire dans cet élevage, chose dont les novilleros devaient dès lors profiter.
Le premier d'entre eux, Alejandro Fermín, fut violemment pris par le quatrième Raso de Portillo, sur un cambio au centre de l'arène en commençant la faena. Le Raso de Portillo, aussi noble soit-il, n'est pas le genre de toro permettant ce geste. Heureusement, Alejandro Fermín retomba bien de cet accrochage vertigineux, et put continuer sa faena... bien trop inégale en intensité. Il avait auparavant fait, au novillo précédent, un joli quite.
Le deuxième novillero, c'était Maxime Solera, revenu contre l'avis des médecins. Et malgré ce mal physique et cette boiterie qui le handicapaient, il a été très courageux, hiératique, et lidiador. De son premier combat devant un novillo exigeant, on apprécia son honnêteté, cette façon d'être centré, et de citer les toros de face. Avec patience d'ailleurs, car le Raso de Portillo n'était pas évident. Une oreille lui fut accordée après une bonne estocade. Avec le cinquième, brave au cheval mais très arrêté ensuite, Maxime Solera tenta tout, avant de connaître des difficultés à l'épée. Mais il avait tenu à honorer cette double prestation, malgré la blessure, comme si de rien n'était. Un sacré geste. Un geste de torero.
Enfin, Cristóbal Reyes, assez peu vu en France jusqu'à présent, a montré une double facette. Avec des difficultés face au troisième, du fer d'El Quiñón, qu'il estoqua d'une grande épée en s'engageant pour de vrai. Et avec de la sérénité face au dernier, brave au cheval mais en s'employant surtout à la première rencontre, noble et mobile par la suite. A celui-là, Cristóbal Reyes, qui est de Jerez, laissa de très beaux gestes, surtout de la main gauche, avec des naturelles très inspirées. Vraiment une bonne impression de la part de ce jeune novillero qui obtint lui aussi un trophée, et qui mérite bien mieux que la seule novillada qui lui reste à combattre cette année en France.
Il en faut plus des novilladas, et surtout des novilladas comme celle-là. C'est primordial pour l'avenir. Et puis, contrairement aux idées reçues, qui voudraient que la tauromachie moderne soit plus facile pour absolument tous ses protagonistes, être novillero est en réalité quelque chose de très compliqué. Peu d'opportunités, moins de novilladas qu'avant, et une exigence du public qui en attend d'eux parfois autant voire plus que pour les matadors d'alternative.
Grand mérite à ceux qui aujourd'hui s'aventurent sur ce chemin. Et encore plus à ceux qui prennent les dures...

Florent

(Photo d'Alexandre Blanco : Maxime Solera face au premier novillo de Hoyo de la Gitana, le 30 juin à Boujan-sur-Libron)

dimanche 17 juin 2018

Étoiles filantes


Si l'on devait raconter ce que représente Iván Fandiño à une personne ignorant tout de la tauromachie, on évoquerait très certainement l'histoire d'Ayrton Senna. Car il y a un an, le monde des toros perdait Iván Fandiño comme le sport automobile perdit en son temps le brésilien Senna.
De ceux qui un jour, au sein de leur discipline, pour bousculer la hiérarchie, prirent davantage de risques que leurs pairs. Tout cela afin de se distinguer et d'atteindre le plus haut niveau. En ayant sûrement aussi, dans un coin de l'esprit, une idée du risque et la conscience du fait que rien n'est éternel.
Aire-sur-l'Adour, samedi 17 juin 2017, corrida de Baltasar Ibán pour Iván Fandiño, Thomas Dufau et Juan del Alamo. Forte chaleur cet après-midi là, et puis ce quite par chicuelinas au troisième toro, cet accrochage, ce flottement qui suivit, et puis, toute cette incertitude.
Vint plus tard le choc, l'annonce terrible et irrémédiable.
Le soir déjà, commencèrent à pleuvoir des hommages, partout, et ils se poursuivirent dans le temps dans plein d'endroits et d'arènes. Certains s'interrogèrent sur ces innombrables hommages. Mais la question ne devrait pas se poser. On parle là de tauromachie, et un torero est pour les aficionados un être à part. Il y a cette exposition au public, ce risque, ce stoïcisme devant les blessures, cette sérénité face au triomphe.
Avant, on avait pu voir des drames de l'arène, par le biais d'images anciennes ou venues d'ailleurs, lointaines dans le temps ou la distance. La blessure d'Iván Fandiño, elle, est arrivée juste devant nous.
Drame, choc, et tourbillon émotionnel qui ramène tant de souvenirs.
Iván Fandiño, jusque tard dans sa vie de jeune homme et de torero, personne ne l'avait vu venir. Ce n'était pas un novillero prometteur, d'ailleurs, en non piquée, il lui arrivait même parfois d'être au poste de remplaçant.
Mais au prix d'un effort colossal, aux côtés de son fidèle et indéfectible ami Néstor García, le basque Iván Fandiño parvint à éclore. Avec force, grande force, en atteignant les sommets. Combien de fois l'a-t-on vu se sublimer ? Ce début de faena de la main gauche à Madrid en citant de loin un énorme toro de Cuadri, cette faena à Mont-de-Marsan à un Fuente Ymbro sans laisser un pouce de terrain, ces estocades de folie, avec ou sans muleta. Et bien sûr, tant d'autres souvenirs. Iván Fandiño est arrivé au premier plan, avec cette vérité de torero qui se dégageait à chaque fois. Y compris dans les échecs, en essayant de revenir, toujours, pour combattre, et vaincre.
Un torero à part, un torero aimé. Un jeune homme que personne ne regardait à ses débuts mais qui un jour devint le centre de toutes les attentions. Les gens aiment ça, ces histoires-là, et ils ont raison, cela contribue tellement à la grandeur. Deux fois, les auditeurs de Radio Nacional de España accordèrent à Iván Fandiño le prestigieux trophée dit de la "Oreja de oro", au triomphateur de la saison. Un trophée sans jury désigné d'avance. Les aficionados l'avaient choisi lui.
Nous reviennent en mémoire tant d'images de l'homme et du torero. Incrédules, on cherche parfois même encore le nom d'Iván Fandiño sur une affiche, sur un calendrier, dans les cartels d'une feria.
Le plus dur, en fait, c'est de se dire qu'on ne le reverra plus.

Florent

(Iván Fandiño aux arènes d'Aire-sur-l'Adour, le 17 juin 2017 : photo de Romain Tastet)

jeudi 14 juin 2018

Verte et noire


Dans les conversations d'aficionados relatives à l'élevage de Miura, si l'on devait énumérer une liste des mots-clés, l'un de ceux arrivant en tête serait probablement "avant".
Car c'est vrai, en observant les sorties des toros de Miura, on a l'impression qu'ils ont évolué. Et pourtant, l'élevage conserve toujours autant de particularités. On dit certainement "avant" car on ignore ce qu'il en sera à l'avenir, et puis, un tel mythe, forcément, fait resurgir le passé.
À en discuter avec les toreros en revanche, pas de différences entre des choses actuelles ou d'un autre siècle. Beaucoup de ceux qui en ont affronté vous feront remarquer, de par leur propre expérience devant le toro de Miura, que celui-ci est très différent par rapport aux autres, incomparable, à part. Car que le Miura soit dur, noble ou faible, il donnerait cette impression de vous dévisager en permanence, créant ainsi une sensation inconfortable.
Vues des gradins, les corridas de Miura de ces dernières saisons semblent très aléatoires. Mystère d'un élevage qui attire toujours autant, et souvent un peu voire beaucoup plus que pour les autres corridas dites toristas.
Ce dimanche 3 juin à Madrid, entre soleil et nuages, près de 22.000 personnes avaient fait le déplacement à l'annonce de ce nom sur cette affiche.
Particularité à Madrid, les toros de l'élevage sortent en piste avec une devise verte et noire. Tandis que dans toutes les autres arènes, dites de "province", indifféremment de la France et du Portugal, puisque Madrid est la capitale, ils arborent la devise verte et rouge. L'explication remonterait au XIXème siècle. La plus plausible affirme qu'un élevage possédait déjà à Madrid le vert et le rouge comme couleurs, obligeant ainsi Miura à en changer. D'autres prétendent qu'en compagnie du vert, le noir a été adopté à une période où Miura venait de semer le deuil dans les arènes.
Un seul autre élevage possède deux devises, c'est celui de José María Escobar, situé à La Isla Mínima, mais où il ne reste plus aucun toro, seulement l'une des plus belles fincas au monde.
Alors, voir une corrida de Miura à Madrid, pour un aficionado, et avec incertitude, cela fait toujours quelque chose. L'autre jour, on découvrit une chose inhabituelle, un Miura blanc avec une tête noire. On avait déjà vu à de nombreuses reprises des toros salineros (poils roux et blancs mélangés) ou sardos (poils noirs, roux et blancs mélangés) chez Miura, mais pas un tel blanc comme celui-là, avec la tête noire.
Au mois de mai à Osuna, dans la province de Séville, j'ai assisté à une corrida de Miura qui paraissait davantage dans le type de la maison. Avec certes pas mal de cornes abîmées, mais plus forte, plus longue, plus charpentée, plus lourde, plus typique en pelages obscurs. Ce n'était pas une impression du fait de la taille, car la piste est vaste à Osuna. Pepe Moral s'était vaillamment accroché ce jour-là, et El Cid avait réalisé une grande faena... El Cid, donnant de belles séries, courtes, intenses, et avec du temple. "Como ha estado El Cí en Osuna" diraient les andalous !
À Madrid, trois semaines plus tard, les toros de Miura ne semblaient pas aussi typiques de l'élevage. Certains furent protestés pour leur présence, curieux quand on sait que cet élevage fait partie de ceux qui fournissent des toros avec les charpentes les plus impressionnantes. A fortiori pour Madrid. Des toros variés, plusieurs faibles, plus ou moins intéressants, mais rien de retentissant. Rafaelillo connut une frayeur en se faisant cueillir à l'estocade au premier. Il avait précédemment connu le succès à Las Ventas face aux toros de Miura, et on le vit par le passé avec davantage de générosité dans les efforts. Petite San Isidro pour lui, aussi bien face aux Miura que face aux Escolar Gil.
Pepe Moral eut de beaux gestes face à son faible et noble premier, surtout de la main gauche, lui qui a récemment affirmé qu'il lui tardait de "quitter les corridas dures pour pouvoir développer son toreo".
Román lui, eut du mal à peser sur ses adversaires. Deux toros qui au premier abord ne faisaient pas penser aux classiques toros de Miura, mais eurent des fulgurances. Le premier, le blanc, éclata une rangée de barrières, alors que le sixième, qui sauta dans le callejón, fut le plus encasté de l'après-midi et donna de l'intérêt.
L'irrégularité semble dominer à l'heure actuelle chez Miura. En retenant seulement les cinq dernières années, on peut distinguer des sorties complètement différentes au sein du même élevage : des scandales à cause de la faiblesse ou des cornes, mais aussi des corridas passionnantes avec puissance, danger, et sans aucune seconde d'ennui.
De quoi avoir du mal à s'y retrouver, mais des Miuradas, certainement que l'on ira en voir, encore...

Florent

mardi 22 mai 2018

Vic 2018


Se rendre à Vic, et forcément penser à Manolo Vanegas. Alors que la feria allait tout juste commencer, le matador vénézuélien a été victime d'une très grave blessure à l'entraînement. Touché aux vertèbres cervicales, le genre de blessure qui peut faire bien plus de dégâts qu'une cornada. Et cela implique toujours une récupération longue, très longue. Ou perd parfois de vue le risque qui peut exister pour les toreros quand ils toréent sans public. Terrible blessure pour Manolo Vanegas, que l'on espère revoir dans les arènes. Lui qui a gagné la sympathie du public avec courage, sueur, force et sincérité. Il devait fêter à Vic-Fezensac sa première année d'alternative, mais sa blessure, et son absence de la feria, auront jeté un froid chez les aficionados.
Sur le papier, c'était une très belle feria de Vic. Avec une telle sélection d'élevages et de toreros, on pouvait s'attendre à des combats épiques, à de grands toros aussi, et globalement à une feria plus brave. Au final, la loterie des toros a procuré une déception. Cela tranche avec la réussite des dernières saisons, puisque l'on voyait au moins une chose exceptionnelle à chaque feria de Vic. Les tiers de piques ont eux aussi provoqué ce sentiment de déception, avec des piques souvent mal administrées. Pourtant, tous les toros ou presque de cette feria auront été au cheval pour au moins trois rencontres.
Le picador le plus en vue, cela aura été Laurent Langlois, qui officia très bien face au dernier novillo d'El Retamar le samedi matin. Un novillo brave en quatre piques, noble ensuite, mais mal exploité. Auparavant, Miguel Angel Pacheco avait profité, avec application, et aussi de beaux gestes, de la noblesse du troisième. L'élevage d'El Retamar, d'encaste Núñez, et que l'on voit rarement, aura livré un lot intéressant.
Quand on ne rencontre rien d'exceptionnel dans une arène où l'on a l'habitude d'aller, il y a cette impression de routine, de déjà vu, même si l'on apprend à chaque course, même quand ce n'est pas bon.
Le samedi après-midi, il y avait un défi ganadero avec trois Valdellán et trois Los Maños. Une corrida d'infirmerie, dans le sens où elle fut dure mais sans transmission. Les toreros n'ont certes pas brillé, mais les toros développèrent souvent un danger sourd et des difficultés. A la pique, les Maños ont été les plus braves, tandis qu'un Valdellán provoqua une grande chute de la cavalerie, avant de désarçonner le même picador deux rencontres plus tard. Un puntillero frôla une effroyable blessure et s'en tira avec le costume cisaillé, alors que Víctor Hugo Saugar "Pirri" fut pour sa part sérieusement soulevé pendant la lidia. Du genio, du danger sourd, pas forcément palpable et dur à percevoir. Mais réel. Et souvent dans la muleta, des toros qui s'arrêtent, et regardent. Manuel Escribano, que cela motive certainement moins qu'à une autre époque de toréer à Vic, a posé les banderilles à corne passée le plus souvent, mais il possède du métier et est parvenu à s'en tirer. Le mexicain Sergio Flores a dû faire face à un Maños brave au cheval, puis dur et très dangereux au dernier tiers. Enfin, chez Sebastián Ritter, qui toréait pour la première fois en France comme matador, on a relevé un évident manque de pratique, mais pas de courage.
Pour la corrida-concours du dimanche matin, on a encore pu apprécier les qualités de lidiador de Domingo López-Chaves. Face au seul toro intéressant de la matinée. Le toro d'ouverture, de La Quinta, âgé, imposant, lourd, brave au cheval, puis noble à la muleta mais gardant systématiquement la tête dans les nuages, à l'image de son pelage. López-Chaves, qui semble indifférent aux oreilles, aux vueltas, et qui se contente de saluer au tiers, a réalisé une faena efficace, probablement la plus adaptée au toro afin qu'il dure. Même si c'est vrai, le matador aurait pu l'obliger davantage dans sa muleta. Il possède en tout cas un très grand professionnalisme, un terme qui n'a rien de péjoratif. Bon dans la lidia et dans la mise en valeur des toros. Mais c'est l'épée qui lui fit défaut.
Les cinq autres exemplaires, de Pallarés, Héritiers de Christophe Yonnet (remplaçant un Vinhas), San Martín (remplaçant un Fraile), Ana Romero, Los Maños, ont été décevants. Dommage pour Pepe Moral, et surtout pour Tomás Campos, inédit et que l'on avait envie de voir dans cette arène et ce contexte.
L'après-midi, ce fut une corrida de Raso de Portillo, avec un exemplaire d'El Quiñón, le second fer de la maison. Une corrida dont trois toros, le 3ème Vedillo, le 4ème Parisino, le 5ème Tallista, étaient déjà l'an dernier, en titulaires ou en sobreros, dans les corrales de Vic pour la novillada de Raso interrompue par les intempéries. Quant à Uño, numéro 30, le 6ème, c'est Maxime Solera qui aurait dû le toréer l'an dernier à Céret en novillada. Mais à cause d'une blessure dans les corrales, il fut écarté du lot au dernier moment.
La mansedumbre de certains toros fit penser, parfois, au comportement typique du corralero. Un toro qui a traîné précédemment en arrière-salle, et qui s'avère souvent coriace. Ce n'est pas une règle absolue, mais cela peut jouer sur le comportement des toros.
Des Raso de Portillo en corridas d'ailleurs, on savait peu de choses, car hormis en 2013 à Orthez, on a essentiellement vu cet élevage en novilladas, avec des exemplaires mobiles, parfois durs, parfois braves, parfois nobles. Diversité d'un élevage où les origines sont bien plus nombreuses qu'on ne le pense.
Ce dimanche, ce fut une corrida dure. Avec une impression de bravoure parfois à la pique, ce qui n'est pas étonnant quand on connaît la rigueur de sélection dans ce domaine de la famille Gamazo. Mais ensuite, des toros distraits, difficiles, âpres, dangereux, hésitants, et hélas, manquant aussi de race.
Le troisième, avec le fer d'El Quiñón, était très dur. Aussi aride et austère que cette foutue route interminable entre Burgos et Valladolid, juste avant d'arriver sur les terres de l'élevage. Toro difficile au superlatif, violent, et qui blessa le banderillero Niño de Santa Rita. Encore une fois, ce toro le plus dur, c'est Alberto Lamelas qui le toucha. D'ailleurs, c'est avec Raso de Portillo que le torero tant apprécié de Vic avait signé son premier coup d'éclat dans le Sud-Ouest, en 2007 à Parentis. Face au terrible toro d'El Quiñón, ce fut une faena au rythme de baston, mais tellement valeureuse.
Le quatrième toro, très armé, pointu, mais manso, décasté et désintéressé du combat, fut ovationné à l'arrastre par une partie du public. Le bon lidiador qu'est Octavio Chacón n'avait là absolument aucune possibilité. Avant l'arrastre, on pouvait notamment entendre "président, il faut donner deux oreilles au toro". En me retournant, j'apercevais une personne en me disant qu'elle devait déjà aller aux arènes tandis que je n'étais pas né. Et là ? Qu'est-ce qu'on fait ? Car c'est désarmant (voire alarmant) d'entendre des conneries pareilles.
Mais Chacón est un torero nécessaire à ces corridas, même si en cette occasion il ne fut pas adroit avec l'épée. Après le combat du troisième, on vit des cuadrillas en panique, et dans le doute. C'était une corrida dure. Antonio Nazaré complétait le trio de toreros andalous et sut lui aussi s'en sortir.
On termina donc la feria sur une gigantesque corrida de Pedraza de Yeltes (avec un sobrero sorti en cinquième). Des toros allant vers les six ans pour la plupart. Des toros impressionnants, longs, lourds, armés, mais... sans cette incroyable bravoure que l'on avait vu ailleurs chez des toros du même élevage. Sur une piste qui semblait plus dure que les jours précédents, on vit des Pedraza dans l'ensemble réservés. Dur public aussi, et durs accrochages pour Curro Díaz et Emilio de Justo. Deux roustes d'enfer. Daniel Luque, quant à lui, montra qu'il possédait beaucoup de technique, mais ses deux combats eurent peu d'intensité. Au sixième, Emilio de Justo sembla jouer le tout pour le tout. Le public, les jours précédents, sembla parfois reprocher aux toreros de ne pas aller jusque-là, face à des toros qui n'avaient rien d'exceptionnel. Emilio de Justo franchira la limite, et une partie du public (j'ose espérer que ce n'est pas la même, ce serait contradictoire, mais les doutes subsistent), lui reprocha ce fait et cette insistance. Il avait à affronter un toro immense, "à hauteur d'homme" comme dirait un Camarguais. Un toro réservé, gardant la tête au niveau de celle du matador. Tête à tête, au propre comme au figuré. Emilio de Justo s'est beaucoup donné dans la bataille, jusqu'à être cueilli pour une effrayante voltereta, soulevé puis quasiment piétiné. Après un K.O technique, c'est diminué qu'il resta en piste, très courageusement, pour porter une estocade tombée au second essai. Et une oreille qui est de celles, dans de telles circonstances, qui ne dérangent pas.
Le samedi après-midi, les gendarmes étaient intervenus sur les gradins à la demande d'on ne sait qui pour déloger une personne qui se manifestait bruyamment et de façon intempestive. Ridicule, car un tel comportement ne nécessite pas l'intervention de la force publique, et après tout, l'expression est libre pour celui qui passe aux guichets. Mais ridicule aussi dans le sens où cette intervention fit passer pour une victime quelqu'un qui gueulait, dépassant parfois dans son vocabulaire la limite du respect.
Ridicule, donc, comme plusieurs interventions du week-end. A croire que certains sont incapables de faire la part des choses. En traitant les toreros qui viennent à Vic pire qu'ils ne dénigrent les agissements des vedettes. De cette façon, ce manque de tact, c'est scier la branche. Car il faut de l'indulgence, un minimum, pour les toreros qui viennent se frotter à cette adversité.
Quand El Fundi a arrêté sa carrière, beaucoup ont poussé des cris d'orfraie. C'est vrai, c'est dur de lui trouver un successeur. Et puis, cette carrière, cette longévité d'El Fundi dans les corridas dures, cela semble difficilement égalable.
On a l'impression qu'une partie du public attend de voir dans les corridas dures des faenas aussi longues et amples que dans les corridas de vedettes. C'est vrai, parfois, dans des élevages réputés et difficiles, sortent des toros un peu plus doux et qui permettent de toréer relâché. Ils sont quand même relativement rares.
Pour le reste, quand s'avancent en piste des toreros comme López-Chaves ou Octavio Chacón, qui ont des vraies qualités de lidiadors, en optant pour le combat, il faut s'y faire. Même si ce n'est pas le plus esthétique, voir des matadors s'imposer en cassant la charge des toros durs, comme le faisait El Fundi, comme je l'espère le feront encore beaucoup d'autres, c'est ce qui fait la beauté du truc. Et il en faut.

Florent

(Image d'Isabelle Dupin : toro de Raso de Portillo)

mercredi 2 mai 2018

La saison des échantillons


Année après année, le constat d'une météo capricieuse autour du 1er mai est presque systématique. Devant un bon millier de spectateurs hier à Aire-sur-l'Adour, le soleil qui vint pointer son nez était inespéré.
Avec cette novillada, c'était un avant-goût de ce à quoi peut ressembler la saison française 2018. Corridas et novilladas-concours, corridas de competencia, défis ganaderos... Beaucoup de courses annoncées avec des échantillons d'élevages. Déjà qu'avec un lot complet de six toros ou novillos, il est délicat d'avoir une vision d'ensemble sur une ganadería, cela l'est encore plus avec seulement un ou deux exemplaires. C'est flatteur pour les élevages qui sortent un ou deux bons éléments, et terrible pour ceux qui sortent mal.
Hier, à la fin de la novillada, le ganadero portugais João Folque de Mendoça et son mayoral Joaquim Isidro dos Santos, sont venus récupérer le prix à la meilleure ganadería.. En corridas, les toros de Palha offrent un panel de comportements très variés. En novilladas, et c'est moins fréquent de les voir, ils sont souvent mobiles, encastés et intéressants. On se souvient d'ailleurs que les arènes de Vauvert avaient programmé des novilladas de Palha pendant plusieurs saisons d'affilée, avec à chaque fois de la régularité et des succès. Les deux Palha d'hier, de petits gabarits, âgés de trois ans tout juste, ont donné beaucoup d'intérêt de par leurs caractéristiques. Les Raso de Portillo ont été compliqués, et les María Cascón faibles et nobles. Une novillada variée.
Le contexte était particulier, puisqu'après le combat du troisième novillo, la musique des Arsouillos interpréta le pasodoble Iván Fandiño en mémoire du matador. Émouvant, et cela serait encore plus saisissant en faisant comme le Zortziko à Azpeitia et Deba, et en lançant cette musique au moment où l'arrastre est encore en piste et s'arrête, et où tous les acteurs sortent sur le sable montera en main.
On a remarqué hier, les débuts comme subalterne, dans la cuadrilla de Dorian Canton, du torero montois Mathieu Guillon. Car l'affiche était recomposée, au lieu d'un mano a mano entre Maxime Solera, toujours convalescent et insuffisamment remis, et El Adoureño, deux novilleros furent ajoutés : Baptiste Cissé et Dorian Canton.
Ces trois novilleros du Sud-Ouest eurent donc à affronter des novillos d'élevages différents, et qui dans l'ensemble n'offrirent pas de tiers de piques pour le souvenir. Deux oreilles furent généreusement accordées par le président Marc Amestoy, et elles sont contestables quand on voit les deux conclusions avec l'épée en question. Et il est bon de rappeler que le tour de piste n'est pas une récompense anodine et péjorative pour un torero ou un novillero. Elle existe, et elle vaut même parfois plus que des oreilles.
El Adoureño, fortement secoué par le premier novillo de Raso de Portillo, distrait et qui protestait en gardant la tête haute dans la muleta, affronta ensuite un Cascón faible et noble. Il toréa sans génie, avec les mêmes enchaînements et approximations. Par exemple un farol avec la muleta, ce qui est original pour commencer une série, mais la suite n'a pas de continuité et d'impact. Détails pueblerinos, quelques sifflets lors d'un desplante en fin de faena, et maladresse lors du quite face au sixième novillo, de Palha. El Adoureño devrait pourtant être dans une année de maîtrise. Il a remporté l'an passé le Zapato de Oro à Arnedo, et ce n'est pas rien. Ce qui signifie que ce garçon est capable de bien mieux, et n'a pas du tout trouvé le déclic pour l'heure dans cette saison. Pour le moment les cartouches s'épuisent une à une : Arles, Mugron, Madrid, Aire... Une réaction semble impérative. Les opportunités ne manquent pas mais ne seront pas éternelles. Dès dimanche, c'est à la Maestranza qu'El Adoureño devra se ressaisir.
On a vu chez Baptiste Cissé beaucoup de volonté de bien faire et un esprit novillero. Il eut l'élégance de partager un quite en duo avec Dorian Canton face au deuxième, de María Cascón. Un novillo faible et noble, qui s'éteignit et se retrancha bien trop vite, après un début de faena relâché de la part du novillero landais. Cissé alla accueillir le cinquième de Palha avec une portagayola. C'était un novillo très noble, presque un bonbon, que Cissé cita de loin, et toréa avec application, avant d'enchaîner sur du toreo de proximité. L'adversaire permettait une faena de deux oreilles, et c'est là que l'on vit que Baptiste Cissé était encore un novillero neuf, qui a assez peu toréé en piquée jusqu'à présent, et possède encore une marge de progression. Un trophée pour les efforts et malgré des aciers qui firent défaut.
Dorian Canton est la grande révélation de ce début de saison, et il l'a encore été à Aire, car son sang-froid a été des plus étonnants face à l'opposition la plus difficile de l'après-midi.
Son premier Raso de Portillo, maléfique, se défendit face au cheval, avec des coups de tête, ce qui laissait déjà présager un comportement incertain. Un novillo dur, qui serra le novillero aussi bien à la cape qu'à la muleta. L'accrochage était inévitable, mais après cela, Dorian Canton ne se découragea pas et termina sa faena sans gilet.
Le sixième de Palha, un manso con casta, sortit seul des deux premières piques, puis s'alluma et s'employa à la troisième. Canton commença par trois courageuses passes changées dans le dos, alors que le comportement du novillo déconseillait de telles choses. Le Palha eut beaucoup de gaz, de mobilité, et des charges vibrantes. Une épée tombée au quatrième essai délivra une oreille généreuse. Mais Dorian Canton se fit passer ce novillo de Palha près, très près, lors d'une faena avec de l'intensité, et plus de coeur que de technique. Mais c'est aussi cela la novillada.

Florent

lundi 30 avril 2018

Arènes de plage


Souvenir d'une corrida de Robert Margé, le 30 avril 2016 aux arènes de Palavas, avec Juan Bautista en seul contre six. Il y avait un vent infernal ce jour-là alors que le lot de toros était bien présenté et fort intéressant.
Malheureusement, c'est la dernière année où il y a eu des corridas à Palavas. On qualifiait souvent d'arènes de plage les plazas situées sur le littoral, de façon un peu péjorative, du fait de leur emplacement géographique, et à cause de la légèreté dans les critères des publics. Mais ces arènes organisant toutes des corridas et des novilladas permettaient la continuité de la tradition taurine. Un terrible constat, en 2018, sur le littoral méditerranéen, côté français, il ne semble rester qu'une seule arène de corridas : les Saintes-Maries-de-la-Mer.
La liste d'abandons, pour sa part, s'est allongée : Fréjus, Le Grau-du-Roi, Palavas, Le Barcarès, Saint-Cyprien, Argelès-sur-Mer, Collioure... Et côté espagnol, elle est encore bien plus conséquente.

Florent

lundi 23 avril 2018

Adiós, Chulo !

En mémoire de Bernard.

lundi 9 avril 2018

"Pedrajas de Yeltes"


Mais pour aller à Garlin, il faut passer par Aire. Pour la première fois depuis ce foutu 17 juin 2017. A Aire, là où coule l'Adour, il y a cette longue allée, et au bout les arènes. En les regardant, on a encore du mal à réaliser le malheur qui s'y est tramé. Une plaza de toros reste une plaza de toros, mais celle-ci, comme un vaisseau en béton, les jours de pluie, où il n'y a pas de corridas, n'offre guère un paysage joyeux. Il faut dire aussi que l'architecture des années 70, et l'urbanisme de cette époque-là en général, n'a pas fait que des choses heureuses. Mais l'on retournera voir des toros et des toreros à Aire, bientôt.
Pluie constante donc ce dimanche matin, sur le chemin de Garlin. De quoi craindre un effet sur le déroulement ou non des deux courses de la journée. En Espagne, ces derniers temps, il pleut beaucoup... sur les guichets aussi serait-on tenté de dire. Car pas mal de corridas de l'autre côté des Pyrénées ne sont plus annulées au moment du paseo à cause de la flotte, mais quelques jours auparavant pour cause de "prévisions météorologiques de pluie". A Garlin, le temps très maussade n'a découragé personne, pas même le public, et encore moins les organisateurs qui se sont longuement démenés afin de remettre la piste en état.
En appréciant les sorties de Pedraza de Yeltes, qui est encore un élevage récent, avec tant de vueltas aux toros, tant de saluts ou de vueltas du mayoral, et tant de distinctions en fin de saison... on ne peut s'empêcher de penser... à ce qu'étaient les Guardiolas. Jusqu'à quatre fers dans la maison Guardiola. Deux d'origine Villamarta, et bien sûr deux d'origine Pedrajas, dont le célèbre fer de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, plusieurs galeries de trophées à lui tout seul. Toutes proportions gardées, Pedraza de Yeltes aujourd'hui, rappelle l'épopée et la régularité des Guardiolas. Ce n'est pas la même origine, ni la même morphologie, mais il y a pas mal d'éléments en commun qui entraînent la comparaison.
Des six novillos combattus à Garlin hier après-midi, dans l'ordre Campeador, Medicito, Tontillo, Pomposito, Huracán, Fantasioso, aucun ne fut médiocre, et tous avaient du relief. Une belle et grande novillada, sérieuse en prestance, avec des novillos hauts, longs, et cette morphologie qui distingue Pedraza parmi tant d'autres élevages. Ces carcasses qui sont de loin reconnaissables.
Beaucoup de novillos hier furent applaudis à leur entrée en piste, et encore plus au moment de l'arrastre. Tour de piste au brave troisième "Tontillo". Des novillos qui malmenèrent la cavalerie, désarçonnant parfois les cavaliers, et supportant en tout cas les longues piques parfois administrées. Ensuite, de la mobilité, de la caste, de la vivacité, et une noblesse exigeante qui donne beaucoup de relief.
Sur une piste pas forcément évidente à cause de la pluie, les Pedraza ont laissé cinq oreilles, plus ou moins généreuses et justifiées. Mais il faut en tout cas opter pour davantage de novilladas, et aller en voir. Parce que c'est l'avenir, et puis un lot de novillos qui bouge avec en face trois jeunes aux styles différents, c'est toujours d'un grand intérêt.
Angel Jiménez s'était qualifié au cours de la fiesta campera matinale, avec déjà derrière lui de longues années en novilladas piquées. Il est annoncé pour le mois de juillet à Céret, et hier matin, il l'emporta face à son concurrent Rafael González, homonyme du banderillero et ancien matador... qui avait pris l'alternative en 96 à Céret. Lors de la novillada, Angel Jiménez développa un style très sévillan, avec de beaux gestes, du temple, de la profondeur, et par moments un peu trop de marge dans la distance avec ses adversaires, mais il coupa deux fois une oreille et laissa une bonne impression.
Antonio Grande, de Salamanque, est à revoir et doit acquérir plus de métier. Faenas longues malgré de la volonté, un lourd accrochage à son second, et surtout une bonne épée lors de son premier combat, ce qui lui permit d'obtenir un trophée.
On constate que le béarnais Dorian Canton fait venir du monde aux arènes, autant à Mugron lundi dernier qu'à Garlin hier. Et il est un novillero surprenant. A tout juste 17 ans, il affrontait hier deux adversaires au volume beaucoup plus proche du toro que des erales et de la catégorie des non piquées qu'il vient tout juste de quitter. Au troisième "Tontillo", si l'épée lui fit défaut, c'est là qu'il laissa les meilleures sensations. On ne l'attendait absolument pas à un tel niveau technique, et aussi avec un tel courage, en restant avec beaucoup de quiétude face aux charges vives d'un brave Pedraza. Il sut donner la distance dans les cites au cours de cette faena, et se fit sérieusement soulever, heureusement sans conséquences, avant d'enchaîner sur une très bonne série droitière. Là, en estoquant bien, il aurait déjà eu un beau triomphe.
C'est le dernier Pedraza, longuement piqué, qui lui permit de repartir avec deux oreilles, largement plébiscitées par les gens qui avaient fait le déplacement pour le voir. Mais l'on ne va pas gueuler, car après tout, le "paisanaje", c'est-à-dire l'appui au torero ou novillero du coin, est quelque chose qui a toujours existé en tauromachie, aux quatre coins de la planète taurine. Dorian Canton doit avancer pas à pas, mais il semble, malgré son très jeune âge, techniquement prêt, avec quelques réglages supplémentaires, pour des rendez-vous importants, et devant des élevages variés.
Quant à celui de Pedraza de Yeltes, il a permis une fois de plus de passer un après-midi sans ennui.

Florent

(Photo de Niko Darracq)

vendredi 6 avril 2018

Pedraza Tour


Si la ganadería de Pedraza de Yeltes est en haut de l'affiche, cela fait seulement cinq ans qu'elle s'est présentée en France. Et ce ne sont que six arènes qui ont eu le privilège d'en avoir.
Garlin d'abord, qui depuis 2013, programme chaque année au mois d'avril une journée Pedraza de Yeltes avec huit novillos, deux le matin pour une fiesta campera de qualification, et six l'après-midi en novillada. L'autre arène qui a proposé des novillos de Pedraza, c'est Saint-Perdon, pour la traditionnelle novillada-concours aux arènes de Mont-de-Marsan, à quatre reprises.
L'émotion, en tauromachie, ne se quantifie pas en toros graciés, en tours de piste ou en sorties en triomphe. Mais la régularité de ce récent élevage est plus que surprenante.
44 novillos combattus, entre ceux des novilladas et fiestas camperas de Garlin, et ceux des novilladas-concours de Saint-Perdon. Six exemplaires primés d'un tour de piste, et deux fois le prix au meilleur novillo à Saint-Perdon.
En corridas, ce sont seulement quatre arènes qui en ont vu défiler sur leurs sables respectifs : Dax avec quatre corridas complètes, Arles avec deux corridas complètes, Vic-Fezensac et Nîmes avec un toro. 38 exemplaires au total, six tours de piste, trois fois le prix à la meilleure corrida de la saison dans le Sud-Ouest !
Si parfois on a tendance à déplorer les mouchoirs bleus faciles, en ce qui concerne Pedraza, ils sont très rarement galvaudés, tout cela parce que le toro type de la maison a de quoi satisfaire pleinement l'aficionado. Forte présence physique, combativité à la pique puis à la muleta, où s'ils permettent le triomphe, ces toros-là restent très exigeants. Toros de sueur, qui obligent les toreros à se surpasser.
Cinq ans seulement, et plein de souvenirs déjà, des Miralto, des Bello, des Resistente, des Potrillo, des Brigadier...
Et pour 2018, hormis la novillada de Garlin ce dimanche, trois corridas portant le fer de Pedraza de Yeltes seront combattues en France. Sept toros pour Dax, la plaza fétiche de l'élevage en corridas, une corrida à Vic-Fezensac pour Pentecôte, et aussi une corrida à Béziers, où déçus par la traditionnelle corrida de Miura de l'an dernier, les organisateurs ont cette fois décidé d'opter pour Pedraza de Yeltes en espérant que ce lot sera dans la lignée de ce qui a fait le succès de l'élevage.

Florent

(Image de Niko Darracq : Le toro Brigadier en 2017 à Dax)

mercredi 4 avril 2018

Nîmes et Pablo Romero


En découvrant la programmation de la feria de Pentecôte de Nîmes 2018 ce midi, on pouvait reconnaître des élevages et des matadors habitués de ces arènes, accompagnés de toreros plus jeunes.
Et aussi, en corrida d'ouverture, le vendredi 18 mai, des toros de Partido de Resina, anciens Pablo Romero, pour Rafaelillo, Thomas Dufau et Juan Leal.
Voilà quinze ans qu'il n'y avait plus eu un lot de Partido de Resina aux arènes de Nîmes, et c'était une corrida de la feria des Vendanges 2003 pour les deux nîmois Stéphane Fernández Meca et Denis Loré, ainsi que le catalan Serafín Marín. Il y aurait aussi dû y avoir une corrida de Partido de Resina en ouverture de la feria 2011, mais celle-ci n'avait pu être embarquée et combattue.
Un peu d'histoire, car il y a un club taurin à Nîmes qui porte le nom des "amis de Pablo Romero", fondé au tout début des années 90. En 1994 d'ailleurs, il y avait eu une corrida dite du centenaire, pour commémorer la première sortie nîmoise des toros de l'élevage andalou.
Le maestro Stéphane Fernández Meca en avait aussi combattu dans son arène en 1996, comme on le voit sur cette image de François Bruschet. Et l'on se doute, en voyant la morphologie et l'attitude du toro, que ce n'était pas une promenade de santé. 1996, probablement l'année du début de la remontada de Stéphane Fernández Meca, à qui certains ne voyaient aucun avenir et disaient que c'était impossible. Une remontada qui portera le torero vers une belle carrière, en faisant notamment partie des spécialistes des toros de Victorino Martín, dixit le ganadero lui-même. Une sacrée reconnaissance.

Florent