dimanche 27 décembre 2009

Non maman, l'afeitado ça n'existe pas

"Le ganadero nous a présenté deux toros pour participer à la corrida concours, l'un d'eux pourrait être du voyage." C'est par ces mots que Jean-Jacques Baylac, président du Club Taurin Vicois, a exprimé au journal Sud-Ouest il y a une quinzaine de jours sa volonté de présenter pour la corrida-concours de Vic un exemplaire de Alcurrucén. Dans cet article, le président du CTV évoque les noms de Victorino Martín, Palha, Escolar Gil pour les corridas, Flor de Jara pour la novillada. Quant au concours, il cite plusieurs noms, dont celui de Alcurrucén... Ce n'est pas que cela me dérange de présenter un exemplaire de cet élevage pour le concours, mais est-ce nécessaire ?

Vous devez sûrement savoir que la ganadería (qui en réalité compte trois fers : Alcurrucén, Lozano Hermanos et El Cortijillo) de la province de Cordoue a fait lidier cette année près de cinq-cent bêtes, novilladas et corridas comprises. Parmi ces cinq-cent, il y a ce toro que vous pouvez contempler et qui fut "combattu" cet été dans un village de Castille... De bien belles armures pour cette véritable "estampe" d'origine Núñez. Mais remarquez, il ne devait pas être le seul bestiau arrangé de la promotion 2009 au sein de son élevage. Chez Alcurrucén il y a un peu de tout, du joli et du moins joli, mais également des trucs dans ce genre...

De là à en présenter un exemplaire à Vic, est-ce bien indispensable ? De plus, Victorino Martín, Palha et Escolar Gil témoignent d'une certaine redondance... Et cela commence à faire quelques temps que l'on n'a pas vu d'innovations lors de la Feria de Pentecôte à Vic-Fezensac, ce qui est bien dommage.

Florent

vendredi 11 décembre 2009

Rideau sur les Raso de Portillo

Cela faisait longtemps me direz-vous... Mais pour dire vrai, il y a bien plusieurs raisons à la non-affluence d'articles en ces lieux depuis quelques temps. La première raison est évidente : la saison est finie, et il ne me semble guère intéressant de rabacher ici les rumeurs publiées par quelconque site internet concernant la prochaine temporada. La seconde raison, c'est que je suis lassé ! Je ne peux en effet vous cacher que cela me froisse de lire quotidiennement toutes sortes d'inepties sur la tauromachie à droite et à gauche. A croire que la corrida c'est comme les frites Mac Cain, c'est toujours ceux qui en parlent le plus... (vous connaissez la suite).
Chaque jour, des personnes pensant être au top niveau de l'information taurine nous condamnent au statut d'ayatollah et de penseurs uniques alors qu'elles ne sont elles mêmes que de simples photographes de prisunic à la connaissance taurine assez étroite. Ah ces médias ! Ca me rappelle quelque chose...
Souvenez vous de cette fameuse novillada de Raso de Portillo il y a deux ans à Parentis. A Parentis-en-Born début août, les médias taurins affluent très peu et préfèrent aller voir ailleurs ce qui est moins intéressant pour l'aficionado lambda. Je me souviens qu'en 2007, peu ont couvert la course par le biais d'informateurs présents sur les lieux. On pourrait croire que certains "journalistes" au don d'ubicuité étaient à cette novillada même si on ne les a pas vus. Malgré leur absence, ils ne se sont pas gênés pour faire leur propre interprétation et s'offusquer devant tant de caste, de présence en piste et de bravoure.
Ce dimanche 5 août 2007, le ciel était incertain et les eaux agitées, mais nous sommes ressortis avec des yeux émerveillés. Nous allions pourtant lire la semaine suivante que ce qui s'était passé dans le ruedo parentissois ne devait plus jamais se reproduire, trop de caste, trop d'incertitudes, trop de peur ! Rebelote en 2008...
Je garderai pour ma part un précieux souvenir de la première course de Raso de Portillo, avec ce quatrième exemplaire au pelage blanc moucheté de roux, ce soldat inconnu porteur du numéro 79. Un toro d'exception pour lequel la vuelta posthume ne fut pas accordée (je me demande d'ailleurs toujours pourquoi)
Mais les médias ont parlé encore, encore et encore... Ils ont dit qu'il était criminel de mettre ce type de bétail dans un ruedo, ils ont même inventé le principe de "toréabilité minimale". En bref, ils ont beaucoup déblatéré sans même avoir assisté à ces courses.
Mais étrangement, l'heure de la rédemption est venue pour eux début 2009 quand ils ont qualifié la troisième venue des Raso d'"évènement". Ils ont peut-être porté la poisse car le mois d'août venu, ce n'était pas la déconvenue, mais cela avait tous les symptômes du rendez-vous manqué...
Depuis, tous ont mis le rideau sur les Raso de Portillo ! Cette dernière cuvée un brin décevante mais pas désespérante a carrément éclipsé les deux grands millésimes de 2007 et 2008. Deux courses extraordinaires et authentiques. Mais malgré la déception de cette année, espérons que les Raso de Portillo ne tomberont pas dans l'oubli...
Florent

lundi 23 novembre 2009

La sauvagerie salvatrice

Il m'était impossible en cette fin d'année 2009 de ne pas revenir sur les déclarations du "ganadero" Jean-Pierre Domecq à Nîmes en septembre dernier. Lors d'une conférence qui se tenait durant la feria des Vendanges, l'immense personnalité du mundillo affirma qu'il fallait apporter de sérieuses modifications au déroulement de la corrida.
A en voir ses arguments, on peut estimer qu'ils ont autant de qualités que les reseñas publiées à longueur de temporada sur son propre site internet : mundotoro pour ne pas le citer.
Selon Don Juan Pedro, il serait bénéfique d'abroger le tercio de piques. Au meilleur des cas, on pourrait selon lui remplacer le picador par un rejoneador, original ! Aussi, on devrait supprimer le "reconocimiento" dans les grandes plazas, on devrait allonger les faenas, multiplier les indultos et se référer à tant d'autres lumières révolutionnaires.

Cela est bien triste me direz-vous. Mais l'on ne peut s'empêcher de sourire quand on sait que l'intelligentsia mundillesque dont Juan Pedro Domecq fait partie a mené une croisade il y a deux mois contre les "toros à Las Vegas". Cependant, le concept proposé par Juan Pedro Domecq n'est-il pas similaire à celui de Las Vegas ? L'organisation américaine a au moins eu le mérite d'annoncer qu'il n'y aurait que des parodies de corrida, sans piques, ni banderilles, ni mise à mort. Or, lorsque vous dépensez entre dix-huit et cent euros un matin du mois de mai à Nîmes, on vous annonce comme "corrida de toros" quelque chose qui ne le sera pas.
Et la différence entre Nîmes et Las Vegas, c'est que la seconde n'est pas hypocrite même si son concept est indéfendable. Ces gens là veulent changer la tauromachie, mais en s'attaquant à Las Vegas, ils défendent une tauromachie dont ils ne sont même pas les représentants.

Pour en revenir à notre ganadero vedette qui nous prend pour des jambons mais qui ferait mieux de s'occuper des siens, on peut également citer une de ses célèbres déclarations d'il y a quelques années. Il disait en effet qu'un taureau ne pouvait être exceptionnel s'il avoisinait les six-cent kilos ! Sûr de lui, Jean-Pierre n'aurait pas imaginé qu'en 2009, un seul toro un seul, du nom de Clavel Blanco (accusant au passage 610 kilos sur la balance) montrerait bien plus de caste, de bravoure, de fierté et de sauvagerie que trois cent bestioles marquées soit du fer de Parladé soit de celui de Juan Petardo Domecq. Et même s'il continue à prostituer à outrance sa marchandise sans plumage ni ramage, cela ne nous empêchera pas de pouvoir encore rêver avec nos illusions de tauromachie authentique.
Palha, Moreno de Silva, Coïmbra et autres sont là, au coeur d'une époque moderne où l'idée de sauvagerie et de puissance dérange des grands penseurs comme Juan Pedro Domecq qui préfèrent abandonner cette conception et s'en remettre à une corrida-spectacle où le taureau n'est là que pour faire briller l'homme. Une corrida aseptisée au goût terriblement tiède.

Espérons que dans dix ans, on pourra encore voir des taureaux encastés, braves et sauvages. Espérons aussi qu'il y aura encore des hommes pour les affronter. Des hommes auquel on aura appris l'art de la guerre avant l'art moderne du toreo.
Actuellement, c'est devant tant d'hécatombes que la corrida succombe. Mais nous on veut des Corridas de Toros, non pas parce que l'on est masochiste, mais parce que l'on aime ça, le taureau de combat ! Ce n'est pas une douche au lance flamme mais simplement un grand bol d'air.
On veut des tardes de toros où aucun tiers n'est négligé ! Par contre une chose est sûre... des Juan Pedro on n'en veut plus.

Florent

lundi 9 novembre 2009

Orthez 2010

La commission taurine d’Orthez et la Mairie d’Orthez ont le plaisir de vous informer que les lots de toros et de novillos qui seront lidiés à Orthez le dimanche 25 juillet 2010 ont été retenus.

Pour la corrida (18h), ce seront six toros de Doña Dolores Aguirre Ybarra (Constantina, province de Séville) qui fouleront le sable des arènes du Pesqué. Les « Aguirre » feront donc leur retour dans le sud-ouest à Orthez après 7 années d’absence (2003).

Pour la novillada piquée du matin (11h), la commission taurine a porté son choix sur la ganaderia de Saltillo (Palma del Rio, province de Séville) qui fera, pour l’occasion, sa présentation en France depuis que cet élevage est mené par Enrique Moreno de la Cova. La ganaderia provient en ligne directe de celle du Marques de Saltillo et a conservé l’encaste dit "Saltillo" (rafraîchi de Buendia).

Nous espérons que ces choix sauront contenter et séduire le grand public tout autant que les aficionados les plus exigeants à la recherche d’originalité et d’authenticité.

Vous pouvez nous retrouver sur notre blog : http://torosorthez.blogspot.com/
ou nous contacter à l’adresse mail suivante : ctorthez@yahoo.fr

La Commission taurine d'Orthez.

mardi 27 octobre 2009

Prix symboliques à la temporada 2009

En matière de corridas et de novilladas avec picadors, la temporada française a atteint son terme depuis plus d'un mois. Il est donc l'heure de dresser un bilan concernant cette saison écoulée. C'est ainsi que j'ai décidé de demander à une quinzaine de personnes leur avis concernant ce qui s'est passé dans nos ruedos. Seize personnes au total (provenant de : Aire-sur-l’Adour, Bayonne (2), Beaucaire, Béziers, Bordeaux, Carcassonne, Dax, La Rochelle, Mont-de-Marsan, Montpellier, Nîmes, Perpignan (2), Tarbes et Vic-Fezensac) ont "voté" afin de décerner des prix symboliques et évidemment subjectifs qui semblent toutefois être assez représentatifs. Toutes les "ovations" et tous les "pitos" cités sont mentionnés dans cette sorte de palmarès. En voici le contenu :

Meilleur matador de toros : Sergio Aguilar

Meilleur novillero : Juan del Alamo

Meilleur lot de toros (à égalité et dans trois registres différents) : Manuel Assunçao Coïmbra du 11 juillet à Céret, Fuente Ymbro du 19 juillet à Mont-de-Marsan, Ana Romero du 8 août à Bayonne

Meilleur lot de novillos : “Flor de Jara” du 30 mai à Vic-Fezensac (Mention aux Joaquín Moreno de Silva du 22 août à Carcassonne)

Meilleur toro : “Clavel Blanco” n°38 negro 610 kg (né en septembre 2004) de la ganadería María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, combattu par le matador Domingo López-Chaves lors de la corrida-concours d’Arles le 11 septembre

Meilleur novillo : “Diano” n°5 negro entrepelado bragado de la ganadería Joaquín Moreno de Silva, combattu par le novillero Moreno Muñoz le 22 août à Carcassonne

Meilleure faena : Sergio Aguilar face au cinquième Fuente Ymbro le 19 juillet à Mont-de-Marsan

Meilleur tercio de piques : Rafael López pour sa prestation face au toro de Prieto de la Cal lors de la corrida-concours d’Arles

Prix à la placita : Carcassonne


Ovations (dans le désordre) :

- A José Pedro Prados « El Fundi » pour ne jamais avoir baissé les bras dans des moments très difficiles.
- A Luis Francisco Esplá pour l’ensemble de sa carrière.
- A Camarito de Palha combattu lors de la corrida-concours de Vic-Fezensac.
- A Aguardentero de Prieto de la Cal combattu lors de la corrida-concours d’Arles.
- Au novillo Chinchoso de Flor de Jara combattu en quatrième position à Vic-Fezensac.
- Au lot de Dolores Aguirre d’Alès.
- Aux lots de novillos de Joselito à Garlin, Escolar Gil à Saint-Sever, Adolfo Martín à Dax et Baltasar Ibán à Mont-de-Marsan.
- A l’équipe médicale de Carcassonne.
- A la tenue de la corrida-concours d’Arles.
- A l’Association des Aficionados de Parentis pour l’organisation et la tenue de leur novillada-concours.
- Au picador « El Pimpi » pour l’ensemble de sa saison.
- A la famille Yonnet.
- A Alain Bonijol.
- A Saint-Perdon.
- A Orthez et aux arènes qui luttent dans l’optique d’une programmation originale et authentique.
- Aux matadors : Alberto Aguilar, David Mora, Diego Urdiales, Luis Bolívar, Morenito de Aranda, Paco Ureña, Rafaelillo, Raúl Velasco, Sébastien Castella.
- Aux novilleros : “Califa de Aragua”, Daniel Martín, Juan Carlos Rey, Mario Diéguez et Thomas Joubert “Tomasito”.


Pitos (dans le désordre) :

- A Juan Pedro Domecq pour l’ensemble de son œuvre.
- A Simon Casas et à la ville de Nîmes pour l’ensemble de leur œuvre.
- Aux organisateurs de Palavas-les-Flots.
- A Román Pérez pour l’ensemble de son œuvre.
- Au président de l’Observatoire pour ses trop fréquents changements de veste.
- A l’escalafón novilleril composé en trop grande partie de novilleros conformistes et sans personnalité.
- A Ismael González de la cuadrilla de Juan Bautista pour son manque de respect envers le taureau de combat.
- Aux taurinos qui insultent les présidents de courses tentant de faire front au populisme ambiant.
- A Béziers pour sa temporada.
- A Dax pour sa temporada et son originalité toujours plus frappante dans le choix des lots.
- A la famille Leal pour la pantalonnade offerte le jour des Miuras à Carcassonne.
- A Juan José Padilla pour une blessure douteuse qui ne l’empêcha pas de toréer en pleine possession de ses moyens trois jours plus tard.
- A la sous-afición qui se délecte de « parodies de tauromachie ».
- Aux Zalduendos de Nîmes et Mont-de-Marsan.
- A Francisco Javier Sánchez Vara.
- Aux présidences laxistes.
- Au manque de professionnalisme parfois à la limite de l’acceptable.
- A Carlos Guzmán pour sa pléthorique prestation parentissoise.
- A Miguel Angel Perera et à tous les apôtres du « destoreo ».
- A Julio Aparicio pour sa prestation dacquoise.
- A la cabale menée contre Orthez.

vendredi 23 octobre 2009

Etranges similitudes

En regardant le dernier volet de l’émission « Signes du Toro » (consacré à la Feria des Vendanges nîmoise), chacun a pu apprécier une phrase qui fera date dans l'histoire de la tauromachie. Une phrase issue de la bouche de Joël Jacobi, grand penseur taurin des XXème et XXIème siècles et tenant de la théorie néo-moderne de la tauromachie. En pleine délectation devant la faena d'Enrique Ponce face une chose de Jean-Pierre Domecq, Monsieur Jacobi se lance dans une envolée lyrique et s'extasie : « Ce n’est presque plus de la corrida, c’est une démonstration de ce que serait la tauromachie dans un monde sous contrôle, sans violence, ni imprévu : un délice ! »
Le philosophe évoque dans cette phrase le grand problème de la tauromachie à l'heure actuelle. Mais de manière paradoxale, il s'en réjouit ! Il ne doit par ailleurs pas être le seul à raisonner ainsi. Car ils sont même majoritaires ceux qui aujourd'hui pensent que l'on va aux arènes pour voir un torero donner une faena, couper des oreilles, et pourquoi pas sauver la vie de son adversaire lors d'une séance d'hystérie collective !
Si Monsieur Jacobi considère que le prévisible est un délice, que doit-il alors penser du domaine de l'imprévu ? Par peur de contredire notre maître à penser, je redoute d'affirmer que la quintessence de la tauromachie provient justement de l'imprévu ! Mais j'erre sûrement dans l'erreur, et Joël Jacobi me remettra dans le droit chemin. Je dois être un ignare moi qui cette année, ai vécu les meilleurs moments de ma temporada grâce à ce foutu "imprévu"...
Je n'en citerai qu'un seul, fier, magnifique, à la couleur noire abyssale et répondant au nom de Clavel Blanco, le plus grand ! Un imprévu sorti de nulle part un soir du mois de septembre en Arles. Un taureau qui a rappelé à tous les présents que la tauromachie c'était aussi et surtout : l'inconnue, l'appréhension, la trouille, le risque, la caste, le poder, la bravoure, et tout simplement : l'émotion ! Je n'irai pas jusqu'à dire que Clavel Blanco m'a fait oublier les deux courses au résultat prévisible qui suivirent, mais on n'en est pas loin. Simplement, après avoir vu un tel TORO, le reste est bien futile...
Il y avait donc deux autres courses ! Totalement différentes sur le papier mais comprenant au final de bien étranges similitudes. D'un côté Arles avec une corrida goyesque et un prélude d'une trentaine de minutes digne du Puy du Fou. De l'autre Dax, pour une clôture de temporada au sein d'un cadre fleuri et avec dans les tribunes toute l'intelligentsia taurine du Sud-Ouest réunie. Au total six matadors de toros, avec pour chacun un concept très différent de la tauromachie. Aparicio jouant dans le registre du fantomatique, El Fundi dans celui du guerrier meurtri. Matías Tejela est commercial, Alberto Aguilar lui est un jeune matador prometteur de par sa vaillance et sa fraîcheur. Manzanares est artiste face à des taureaux doux alors que David Mora essaye de l'être avec des adversaires imposant le respect.
Les points communs ne venaient donc pas des hommes ! D'Arles, on retiendra une démonstration de toreo de salon offerte par Manzanares face à un taureau docile. De Dax, on se souviendra de la vaillance et de l'envie d'Alberto Aguilar malgré une saison blanche dûe à une blessure. Les similitudes venaient donc du bétail ! D'un côté Jandilla, de l'autre Victorino Martín. Deux élevages qui se rejoignent aujourd'hui en fin de compte. Des taureaux collaborateurs en général, deux piques pour les Domecq, deux pour les Albaserrada, un taux de faiblesse quasi-identique ! Seule grande différence, la morphologie. Aussi, les sixièmes taureaux de chaque envoi nous ont montré que récemment encore, il n'y avait rien à voir entre Jandilla et Victorino. Un Jandilla on ne peut plus soso pour Manzanares, et une alimaña d'antan de Victorino pour David Mora. Une alimaña une seule, tel un arbre qui cache la forêt. Car le rapprochement est de plus en plus flagrant entre ces deux choses pourtant fondamentalement différentes. Imaginez la tauromachie dans un monde sous contrôle, sans imprévu : un calice ?
Florent
(Photo de A. P. : un Victorino Martín devuelto à Beaucaire)

vendredi 16 octobre 2009

L'oeil du mensonge

2009 : l'année des crises ! Tel est le constat que l'on peut dresser alors que l'automne est déjà présent et que les courses se font de plus en plus rares. Il y eut tout d'abord la crise annoncée, à savoir celle de l'économie. Cette dernière s'est répandue au secteur taurin, notamment de l'autre côté des Pyrénées. Mais, ce n'est pas la seule crise que le milieu a dû subir...

N'avez-vous pas en effet remarqué que l'escalafón novilleril était en pleine paupérisation ces derniers temps ? On en redéfinirait même le terme de "novillero". Aujourd'hui un novillero, c'est un jeune homme désirant devenir matador de toros en suivant une ligne conforme et le modèle de ses idoles. Le but étant à chaque novillada de tirer le plus de muletazos possibles. Fort heureusement, il existe des exceptions !

Quant à la masse de novilleros conformistes que l'on a du mal à distinguer, on se dit qu'à défaut d'avoir de la personnalité, ils ont au moins le don de rester humble. Malheureusement, ce n'est pas tout le temps le cas. Regardez cet exemple...

Le 12 juillet dernier, il y avait une novillada de Sánchez-Fabrés à Céret. Une course assez décevante avec des novilleros comme bien souvent sans grande personnalité. Je me rappelle vaguement du mexicain Mario Aguilar qui ne fit rien si ce n'est tirer des passes face à un second adversaire possédant une bonne corne gauche. Mais c'est fréquent après tout, jusque là pas de quoi crier au scandale !
C'est récemment que cette novillada qui ne passera pas à la postérité m'est revenue à l'esprit. Et pour tout vous dire, je suis littéralement tombé sur le cul lorsque j'ai lu l'auto-critique de Mario Aguilar sur cette matinée cérétane ! Savourez !

"Allá sí que fue lo contrario, la novillada, de Sánchez Fabre, salió dura y pesó en promedio 600 kilos, fue de lo más grande que he estoqueado en Europa y para malas salió complicada. Pude haber cortado una oreja; sin embargo, me costó trabajo matarlo, de lo contrario corto dos orejas".

Pas besoin de traduire, je pense que vous aurez compris. Sachez juste que le novillo le plus lourd de l'envoi ce matin-là pesait 570 kilos ! Sachez aussi qu'il n'y eut aucune faena de deux oreilles, encore moins de la part de Mario Aguilar.

Novilleros ou aveugles ?


Florent

vendredi 9 octobre 2009

Huis clos


L'autre jour, j'ai assisté à un truc sans queue ni tête dans une capitale de province de Castilla-y-León. A Soria plus précisément un dimanche du mois d'octobre, il était midi. A Soria, il y a une jolie plaza d'environ cinq mille places répertoriée en deuxième catégorie. Cependant, elle n'a absolument aucune valeur sur l'échiquier taurin.

L'autre jour à Soria, je me suis demandé qu'est-ce que je foutais-là. Car pour un évènement d'une telle ampleur, c'est vraiment la première question que j'étais en mesure de me poser. A l'affiche, six taureaux de Cantinuevo pour Juan Luis Pizarro, Mamerto López Díaz et Raúl Velasco.

L'autre jour à Soria, il y a avait donc ces fameux Cantinuevo, issus de râclures d'élevages descendant des "encastes" dominants. Ils s'appelaient Matón, Corremontes, Gafote, Barbaliso, Arrinconado, Organismo, et avaient tous pour point commun d'appartenir à la race de l'ersatz du taureau de combat. Une chance pour le ganadero de voir ses bovidés combattus en catimini. Tous ces déchets marqués du 6 faisaient vraiment peine à voir, mal faits, difformes, décastés.

L'autre jour à Soria, j'ai vu deux types qui n'avaient rien à faire là. Juan Luis Pizarro (céleste et or) et Mamerto López Díaz (violet et or) pour ne pas les citer. C'est sans mal que ces deux-là peuvent postuler à une reconversion. Mais les vainqueurs du jour, c'était pourtant eux. Leurs pathétiques prestations ayant la chance d'être couvertes par l'anonymat.


L'autre jour à Soria, j'ai vu un troisième type qui n'avait rien à faire là. C'est sans aucun problème que ce dernier a été au-dessus de ses opposants et de ses compagnons de cartel. Mais à cause d'un "effet inverse", c'était peut-être lui le perdant. Sa bonne prestation risque malheureusement de ne pas passer à la postérité. Le peu de monde présent retiendra tout de même que face à deux boeufs tout autant insipides que les quatre autres, Velasco a montré que l'on pouvait faire un minimum. Lui a réalisé un double arrimón. Avec ces deux espèces non identifiées, il est allé prouver sa témérité et ses capacités. Mais quel écho ce nouvel effort aura-t-il ?


Triste huis clos.


Florent

samedi 3 octobre 2009

Premier tiers au cimetière

Arnedo était belle à cinq heures moins le quart sous un doux soleil d'automne. Elle paraissait éternelle mais pourtant, ses heures étaient comptées. Bientôt, cette charmante demoiselle au teint bronzé perdra son âme, son cœur, son centre névralgique : sa Plaza de Toros !
Une plaza rendue célèbre par l’institution en matière de novilladas qu’est le Zapato de Oro. Malheureusement, certains ont décidé de l'injuste trépas de la petite arène. Tout cela pour la "remplacer" par un bloc de béton érigé en plein cœur d'un complexe sportif et qui une fois terminé portera le nom peu élégant de "Arnedo Arena". Le Zapato de Oro survivra, mais plus rien ne sera comme avant...

Il n'était pas cinq heures et Arnedo nous remplissait déjà la tête de contresens. Car à quoi bon troquer un tel joyau contre une vulgaire masse de ciment ? Vendredi, Arnedo enterrait sa plaza dans le cadre de l'ultime novillada du Zapato de Oro. Mais ce n’était pas le seul enterrement auquel nous allions assister en ce jour. En effet, les trois premiers novillos (à savoir premier titulaire, premier bis et second) de José Cruz Iribarren (du Daniel Ruíz…) souffraient d’une invalidité affligeante. Le tout premier semblait même être atteint de la maladie de Creutzfeldt-Jakob ! Quelle tristesse ! Avec l’au revoir à la plaza, on était également entrain de dire adieu à l’espèce du taureau brave. Mais avouons toutefois que l’on a de plus en plus l’habitude d’enterrer ce dernier.

Puis vînt le troisième, baptisé Alocado. Alocado ! Un fou, un taré, un barge qui allait faire oublier ses trois limaces de frères l’ayant précédé. Alocado n’avait pas Creutzfeldt-Jakob ! Lui, c’était une erreur génétique ! Diablement encasté, il sema d'entrée la panique dans le but de tout casser. Plusieurs mètres de planches volèrent alors que la cavalerie explosa littéralement quelques instants plus tard lors d’une première rencontre.
On avait en piste un taureau de respect, possédant poder, bravoure et caste ! Et comme tout bon camé du tercio de piques qui se respecte, je rêvais déjà des deuxième, troisième, quatrième et pourquoi pas cinquième rencontres avec la cavalerie ! On était parti pour voir un beau tercio de piques…
Alors que le personnel de piste relevait la monture secouée lors de la première rencontre, le président de la course sortit le mouchoir blanc, limitant à une pique ce premier tiers ! Le pire dans l’histoire, c’est que cela ne sembla choquer personne. Comme s’il s’agissait d’une norme tout à fait légitime. Après tout, le tercio de piques on s’en fout ! Point barre !

Pourtant, Alocado avait suffisamment de forces pour retourner au moins une ou deux fois au cheval. Par ailleurs, le théorème quasi-mathématique qui veut que « chaque taureau devra recevoir autant de piques que ses forces l’exigent » aurait dû être respecté. Mais il est depuis bien longtemps considéré comme obsolète. Ce qui compte : c’est la muleta ! On dût donc se contenter de cet unique batacazo monumental et de la caste vive du José Cruz au troisième tiers… Un novillo brave et encasté face auquel le jeune Esaú Fernández ne perdit pas les papiers (ce qui est pourtant assez rare à notre époque face à ce type d'adversaire). Fernández coupa deux oreilles et reçut le Zapato de Oro promis au triomphateur du cycle. Aussi, un tour de piste fut accordé à la dépouille d’Alocado... un novillo inédit en réalité.

Pour le reste, on eut dans l'ensemble un lot sérieusement présenté et donnant un jeu très inégal. Avec pour finir un petit sobrero encasté de Baltasar Ibán. Quant aux deux autres novilleros du jour, on saura à l'avenir qu'il faut compter sur la vaillance d'Ignacio González mais qu'il faut en revanche oublier Christian Escribano qui n'est qu'un de plus.

Arnedo elle, ne sera bientôt plus que poussière. Alors que le premier tiers lui, est malheureusement déjà sous terre...

Florent

dimanche 20 septembre 2009

L'insolation chamboule-tout

Borrascón, numéro trente, de cenq cent quatre-vengt kilos, au pelage cardène de Pablo Romère ouvrait la corrida-concours arlésienne de ce vendredi 11 septembre. Car c'est la coutume dans ce type de course, les élevages sortent par ordre d'ancienneté. Corpulent, lourd, Borrascón entra en piste en trottinant, tel un sportif à l'échauffement. Hélas, il s'asphyxia après trois fortes piques et arriva lessivé à la muleta. Domingo López-Chaves n'insista pas et abrégea d'un bajonazo...

La corrida devait ainsi suivre son cours avec l'ordre d'ancienneté des ganaderías. Mais voilà, Sánchez Vara présent au paseo avait disparu du callejón durant la lidia du Partido de Resina. Avait-il attrapé une insolation ?
On saura plus tard qu'il était parti à l'infirmerie ressentant des douleurs dues à une infiltration au bras réalisée le jour même ! Il y en a comme ça qui ne cesseront jamais de prendre les gens pour des jambons. Pour ma part, je n'en veux pas à Sánchez Vara car il a réalisé son plus beau geste taurin de l'année : celui de s'abstenir.
Vu qu'il s'agissait d'une corrida-concours sans sorteo (pléonasme), cela n'aurait rien dû changer dans l'ordre de sortie des taureaux. Et bien non ! Les deux matadors restants décidèrent de combattre les adversaires qui leur étaient initialement destinés de par leur ordre d'ancienneté. Tant pis pour le règlement ! Foutue insolation !

Dans ce "désordre" sortit alors en seconde position l'exemplaire du Comte de la Corte (initialement prévu en troisième). Peu de choses à dire si ce n'est que ce taureau sérieusement présenté fut matraqué à la pique avant de montrer une facette maniable mais sans grande race au troisième tiers. Une relative docilité dont ne profita pas Fernando Cruz.
Cruz visiblement ni dans son jour, ni dans sa période, ni dans sa temporada sombra face à l'exemplaire d'Hubert Yonnet. Un taureau blanc du nom de Blanquet, armé jusqu'aux dents. Face à cet adversaire encasté et peu évident, Fernando Cruz perdit les papiers et recula d'entrée. Taureau inédit ! Pas le premier ! Pas le dernier ! Adieu Blanquet !

En cinquième position fut annoncé le taureau qui aurait dû être combattu en second, soit l'exemplaire de Prieto de la Cal. Un répit supplémentaire pour ce dernier qui attendait déjà son heure il y a un an dans les corrales de Céret. Avec une herbe en plus et le pelage jabonero sucio, "Aguardentère" était frais comme un gardon. Il désarçonna à deux reprises le picador Rafael López pour un total de quatre rencontres prises avec bravoure et puissance. Ce fut un autre grand moment de ce concours et le picador aurait par ailleurs dû recevoir le prix mis en jeu. Mais le jury en décida autrement. Ensuite, Chaves voulut nous faire croire qu'il avait face à lui un piètre de la Cal. Mais pas dupe, le public se rendit compte que le plus gros défaut d'Aguardentero à la muleta, c'était d'avoir López-Chaves face à lui. Qu'en aurait-il été avec Sánchez Vara ? Le Veragua fut lui aussi inédit au troisième tiers. Mais l'on gardera le souvenir de son grand tercio de piques face à Rafael López.

Il y eut pour finir un taureau de Cuadri vite éteint, dans la lignée de ses congénères cérétans. Mais ce n'était pas une surprise. Et après avoir passé vingt-cinq minutes la tête dans les étoiles grâce à Clavel Blanco, cela n'avait que peu d'importance.

Florent

(Photo de A. P. : Aguardentero de Prieto de la Cal)

mardi 15 septembre 2009

Fabuleux !

La fin de l'été se faisait sentir sur les pierres brûlantes de l'amphithéâtre romain d'Arles. Là où nous étions conviés à une mise en scène d'anciennes gloires aujourd'hui devenues poussières de par leur obsolescence. Des légendes condamnées à ne plus jamais renaître de leurs cendres. Pablo Romero, Comte de la Corte, María Luisa Domínguez Pérez de Vargas... Des noms célèbres laissant songeurs les moins de vingt ans qui n'ont pu connaître leur période glorieuse. Et la question de cet après-midi de commémoration était : que reste-t-il de ces gloires du passé ?

A dix-huit heures vingt-six, le fer de María Luisa abattait sa dernière carte en quête de reconnaissance afin de ne pas sombrer dans l'oubli et la simple nostalgie. Mais ce n'était pas une carte, plutôt un monument ! Du nom de "Clavel Blanco", une estampe charpentée, redoutablement armée, arborant fièrement les six cent-dix kilogrammes accusés sur la balance. Le splendide œillet blanc foula d'emblée le sable avec l'envie d'en découdre. Mais nous allions sûrement déchanter de nouveau, et nous apitoyer sur le sort de ce qui n'est désormais plus qu'un lointain souvenir.

Mais la tauromachie est parfois magique, magnifique. Et aucun mot ne pourra mesurer ce que nous avons vécu ce jour-là. Inutile de préciser que la caste monumentale de cet inattendu María Luisa avait dès les premiers instants mis en déroute les hommes en piste. Mais c'est lorsque les clarines jouèrent afin d'annoncer le premier tiers que débuta une histoire épique. Le temps de cinq rencontres entre Clavel Blanco et une cavalerie qui n'était que plume face à lui. Cinq fois, il alla terrasser le jeune picador Juan Luis Rivas. Cinq fois, il fut fortement piqué au milieu du dos. Mais rien n'y fit. Par cinq fois, Clavel Blanco est parti de loin, nous montrant sa caste, sa bravoure et sa volonté de tout dévaster. Cinq fois nous eûmes les poils dressés. Clavel Blanco venait de faire trembler l'amphithéâtre vieux de deux millénaires.

Et ce n'était que le début. Gueule fermée, il poursuivit les banderilleros jusqu'aux refuges lors du second acte. Clavel Blanco était imprévisible ! Mais c'est ça qui fait la beauté du taureau de combat. Au troisième tiers, sa charge vibrante offrait vingt-cinq à trente passes pour celui qui saurait les prendre. Nous n'en vîmes que deux, mais l'émotion était intense. Il y avait sur le sable provençal un taureau de respect, très exigeant, brave, encasté.
Taureau encasté ! Torero dépassé ! Domingo López-Chaves s'est confiné dans la prudence avant de douter et d'être à deux doigts de se faire attraper. Mais l'histoire voulait que Clavel Blanco sorte vainqueur de ce combat. On a d'ailleurs du mal à imaginer comment il aurait pu en être autrement.

Cinq fois il avait fait trembler plèbe et pierres millénaires. Que de frissons à la vue de ce monument de bravoure charger dans une si faible muleta. Mais qu'importe, on avait vu Clavel Blanco ! Le bajonazo caché dans son épaule n'allait pas le priver d'une belle mort. Gueule fermée il résista, puis gagna le centre de la piste avant de s'écrouler. L'oreille accordée ne fut qu'accessoire. En revanche, le tour de piste posthume était des plus émouvants. Car ce que l'on venait de voir c'était fabuleux, tout simplement !

Sans qu'il n'y ait besoin de recul, on peut dire qu'il s'agissait là d'un des plus grands moments de cette saison. Et à y réfléchir, c'est peut-être cela le plus beau en tauromachie.
Plus beau encore qu'un taureau cédant rapidement à la muleta de l'homme, il y a ces monuments indomptables, pleins de sauvagerie, de caste, de bravoure. Des monuments dont on se rappellera encore dans plusieurs décennies.

Clavel Blanco, merci.

Florent

(Photo de François Bruschet : Clavel Blanco)

mercredi 9 septembre 2009

Vamos al supermercado


Qui aurait pu se douter qu’un jour, les arènes se donneraient des airs de supermarché ? C’est ainsi que samedi à Bayonne, il nous fut proposé de quoi remplir nos paniers. Avec 244 muletazos profilés, 57 redondos, 38 redonculos et pour finir : 18 Julipiés. Il y eut de la quantité, surtout de la quantité ! Mais peu de qualité. Avec l’approvisionnement donné par le supermarché Juli ce soir-là, on avait ce qu’il fallait pour passer l’hiver. Mais je pense que dans un mois, la bouffe aura déjà un goût amer. Faute à la qualité qui fut globalement absente si l’on excepte la belle variété offerte à la cape.

Sur l’affiche six toros. En réalité, il y avait au moins deux novillos. Le premier - de Puerto de San Lorenzo - de part son âge, né en septembre 2005 et marqué du 6 ! Le second, c'était le cinquième de Ana Romero. Bien que né en janvier 2005, il paraissait très anovillado et était plus proche des 430 kilogrammes que des 486 annoncés. Il faisait quelque peu penser aux modèles réduits de La Quinta envoyés un mois et demi plus tôt à Mont-de-Marsan. Un cartel où figurait par hasard Julián López "El Juli"...

Mais toros ou novillos, une chose est sûre, il y eut peu de respect à leur égard et ils furent tous passés sous les armes de scandaleux Julipiés. Cette course, c'était un peu comme au supermarché. Avec du toreo moderne ultra-profilé, du fuera de cacho, du pico, avec des muletazos où le taureau ne rentrait parfois même pas dans la muleta, ayant la tête totalement à l'extérieur. Au bout de cinq taureaux il n'y avait pas eu de sommet, juste une oreille coupée et dix-sept tentatives de Julipié. La plèbe avait semble-t-il des hormones à revendre. Elle s'enflamma totalement à l'entrée du sixième. Et je n'ai pas compris cette érection spontanée, dont pourtant seuls les éjaculateurs précoces ont le secret. Des banderilles à corne passée, pas de quoi s'enthousiasmer. Moi qui avais rêvé d'un geste face à six Dolores Aguirre.

Mais qu'importe, l'hystérie collective démarrait avec ce sixième Victoriano del Río. A la muleta, on eut du Perera, du César Jiménez, du toreo à genoux et de nouvelles séances de redondos et de redonculos (redondos inversés si vous préférez). En bref, tout ce que vous pouvez trouver dans une bonne superette de France, de Navarre et de Castille. Autre Julipié, cette fois-ci deux oreilles accordées et Lachepaillet en liesse.
Une liesse qui aurait plutôt dû être en laisse après ces 18 Julipiés, soit 18 tentatives d'estocade dignes d'un voleur de grand chemin. La timbale fut décrochée au cinquième avec neuf tentatives infructueuses, sans qu'aucun avis ne sonne ! Ce cinquième Ana Romero était anovillado, assez compliqué, sans pour autant être un assassin capable de vous envoyer à l'infirmerie si vous êtes un matador aguerri. Ce cinquième était aussi difficile à la fin qu'au début de la faena. On m'avait pourtant dit que le Juli avait le don de mettre dans sa poche n'importe quel taureau... Ainsi on m'aurait menti !

A l'âge de deux ans, neuf mois et vingt-quatre jours, El Juli rêvait peut-être d'être torero, mais sûrement pas de devenir matador de toros.

Demain, nous irons au supermarché.

Florent

(Photo de Victor B. : El Juli et son toreo moderne face au premier Ana Romero)

jeudi 3 septembre 2009

Carcassonne la surréaliste

Depuis deux heures vingt déjà, l’inquiétude s’était emparée du visage des hommes vêtus de lumières. L’humanité avait reculé de plusieurs siècles dans l’arène portative érigée sur les bords de l’Aude. Il n’y avait pourtant point de forêt vierge inquiétante sur le cercle de sable cathare. Mais le comportement des cuadrillas nous fît penser à un semblant de Jurassic Park. A quoi bon cette peur bleue ?
Car les cinq sujets de Joaquín Moreno de Silva ne semblaient point appartenir à une espèce préhistorique ayant le don de vous tuer d'un simple regard. Non, il n'y avait vraiment pas de quoi paniquer, le lot se laissant manœuvrer à divers degrés. D'une intéressante hétérogénéité, il y avait un peu de tout dans cet encierro de Moreno de Silva. Seul problème, il n'y avait personne en face !

On ne vît point le premier exemplaire du jour qui resta malheureusement inédit après quatre simulacres de muletazos. Le troisième était sûrement le plus compliqué, mais après une lidia chaotique, pouvait-il en être autrement ? Le quatrième dépareillait du reste du lot, il était haut, mal armé, laid, pouvant prétendre à une course de rejoneo. Exécuté en trois piques, il s'avéra maniable au dernier tiers et Valentín Mingo lui tira des passes, semblant être davantage expert en matière de desplante genou en terre... Le cinquième se fracassa en deux lors d'une vuelta de campana fatale, mais il offrit une franche noblesse à la muleta nonobstant son invalidité. C'est face à ce cinquième que Moreno Muñoz coupa le seul pavillon du jour, une petite oreillette après une faena de peu de relief. Auparavant il y eut le second, lui aussi envoyé au peloton d'exécution en cinq piques, dont deux après la sonnerie annonçant pourtant le changement de tiers. Exsangue, il fut affronté par le novillero le plus prometteur du jour, Juan Carlos Rey. Hélas, ce dernier fut cueilli au moment de tuer, une cornada à la cuisse l'obligeant à être conduit vers l'infirmerie.

Mais que s'est-il passé dans la tête des cuadrillas ? Est-ce seulement le nom de Moreno de Silva qui leur a foutu la trouille ? Ou bien, était-ce ce sixième Saltillo qui attendait dans le camion posté en tangente du cercle métallique de l'arène portative ? Nous ne le saurons jamais. En revanche, on se doute que les cuadrillas n'auraient pas été contre le fait d'arrêter la course à la mort du cinquième. Valentín Mingo aurait dû affronter le dernier, mais il le laissa anti-réglementairement au colombien Moreno Muñoz. La course devait aller jusqu'à son terme, mais les cuadrillas avaient visiblement déjà la tête au Perthus...

Les clarines annoncèrent l'entrée du sixième. Et ce numéro 5 arriva, avec puissance, caste et fierté. Lorsqu'ils ont vu ça, les types ont immédiatement reculé. L'esprit de rebellion était absent, et ils agitaient déjà le drapeau blanc. Point de mentalité de guerrier de soir de bataille ! Le mot d'ordre c'était : "Courage fuyons !". Après deux avertissements dus à une apathie extrême, Moreno Muñoz et sa cuadrilla allèrent se ranger en callejón avant que n'entre le picador. Mais il y avait un deuxième mot d'ordre, cette fois-ci adressé par de simples regards pourtant très expressifs. Ce mot c'était "Tue-le ! Vas-y tue-le", à l'attention du cavalier seul en piste. Un coup de lance au niveau du bulbe rachidien ne m'aurait point étonné tellement on avait tout vu cet après-midi là. Mais l'homme au castoreño s'y prit autrement afin de soulager les coupables restés au burladero. Armé d'une pique montée à l'envers, il fît venir huit fois le brave Moreno de Silva, lui infligeant jusqu'à dix impacts diversement placés. Les aficionados étaient excédés, mais il ne semblait point y avoir d'autorité. De ce fait, l'attentat se déroulait en toute impunité. Après ce châtiment démentiel, les hommes croyaient en la victoire de leur acte de lâcheté. Le manque de courage et de professionnalisme se fît également sentir aux banderilles. Et le troisième tiers arriva...

Moreno Muñoz alla vers ce qu'il croyait être le diable en personne dix minutes plus tôt. Un démon dont les ardeurs avaient logiquement dues êtres calmées par la pique assassine. Manque de chance, le Moreno de Silva était entier à la muleta ! Gueule fermée, il possédait encore des embestidas malgré les marques de l'attentat. Ce novillo très encasté déborda le colombien et ne parut pas accuser le poids des dix puyazos reçus. Faena il n'y eut pas, faute à des muletazos prudents et impropres. Un avis sonna à l'attention des coupables. Puis un second, avant que le misérable puntillero n'achève de dos ce fabuleux numéro 5... qui était venu tomber comme un grand, toujours gueule fermée, au centre de la piste ! Il venait à lui seul de défaire un régiment d'incapables. Nous fûmes nombreux à demander le tour d'honneur pour ce fier combattant. Mais l'autorité resta aveugle, elle aussi complice. Et quand nous allâmes voir lesdites personnes du palco à l'issue de la course en compagnie de l'ami Frédéric, ces dernières nous expliquèrent qu'ils n'avaient pas accordé la vuelta pour deux raisons. La première, c'est qu'il n'y avait pas de pétition majoritaire... Et la seconde, c'est que le novillo n'avait pas été mis en valeur tout le long du combat. (Je vous laisse juger de la validité de l'argumentaire présenté) Le novillo n'a pas été mis en valeur, c'est vrai. Mais mieux encore, il s'est mis en valeur tout seul ! Un bicho rare, fier, brave, encasté, magnifique, mais lâchement sabordé...

Tous complices ! Tous coupables ! FUERA TODOS !

Florent

lundi 31 août 2009

Perdre un ami

Je sais très bien que certains voient la vie en rose, tombent amoureux d'un molinete, d'un desplante, d'un redondo, d'une simple passe de pecho. Ceux-là qui vont à Dax, affectionnent le déodorant Miguel Angel PererAxe. Ceux-là, ils aiment aussi Castella, le Roue libre, et les Daniel Ruíz ! Oui les Daniel Ruíz ! Ces gros rondouillards qui se cassent souvent la gueule. Mais ils te diront que c'est normal, car l'émotion et les "biennn" doivent rester rares. Pour mieux apprécier la tauromachie, il faut savoir se contenter de peu, afin de mieux savourer. Ils s'en moquent que neuf "toros" sur dix soient faibles, puisque le dixième sera soso. Ils profiteront donc à fond de ce dernier, afin de pouvoir vociférer des "biennn", ou alors gueuler "indultooo" au moment opportun. Ils ne se prennent pas la tête, ils aiment ça tout simplement. Et ils voient la vie en rose !


Quant à moi mon cher, sache que je la vois en gris à défaut de broyer du noir depuis quelques temps. Et tu as ta part de responsabilité là-dedans. Tu as dû remarquer que je tirais souvent la gueule dernièrement, blazé, l'oeil sombre, triste, défait. Moi qui venais de perdre l'amour, j'étais en train de réaliser qu'il allait m'arriver une autre déconvenue, en amitié cette fois-ci. Je devais l'enterrer elle, ne plus y penser, ne plus la revoir. Désormais, c’est toi que je ne veux plus revoir ! Vendredi 7 août, c'était l'heure de l'apéro dans le Gers. Pour votre part, vous étiez tous au grand complet à Bayonne, pour boire le Rosé Tomás. Alors que j'étais tranquille, dépaysé, j'ai reçu une première claque lorsqu'à midi, tu m'envoyas un message m'indiquant que vous veniez d'accorder un tour de piste posthume à un eral. Cela m'a fortement affecté, même si cela aurait dû me laisser de marbre. Car tu étais également au palco il y a quatre ans lorsque vous indultâtes ce pauvre petit Santafé Martón gacho à l'excès et pouvant de ce fait, se sucer les cornes. Vous l'indultâtes, ils l'indultèrent ! Chose pire qu'un adultère. Cela avait déjà mis plusieurs barrières à notre amitié, et tu ne t'arrêtas pas en si bon chemin. Le samedi 8 août, alors que je me réveillais à peine d'une longue nuit passée dans les bras des Darré vicois, tu m'envoyas de nouveau : "otra vuelta para un buen eral de Jalabert". Perdre un ami ! C'est sûr que cela fait mal, mais on finit toujours par s'en remettre. Et puis c’est moins grave que l'amour. Je t'avoue toutefois avoir pris un sacré coup au moral ce week-end là, mon amitié ayant été cocue. Une chance pour toi que j'eusse préféré le Gers et le Born à la Côte Basque. Je n'ose même pas imaginer ce qui se serait passé si j'avais été là. Avec Carlos Guzmán, vous étiez devenues mes deux têtes de turc du week-end.

Une semaine plus tard, nous étions embarqués pour un week-end gris. Car comme je te l'ai dit, c'est désormais comme cela que je vois la vie. En ce jour de l'Assomption, j'ai un mauvais pressentiment. Je suis seul en gare de La Rochelle, il est six heures, je fume la cigarette du condamné. J'espère ne pas avoir à croiser ce douloureux souvenir dans quelques heures à Bayonne. Pourvu que la novillada finisse assez tôt, pourvu que ce foutu TGV arrive en retard. Car mon cher j'avais espoir, pour que notre amitié renaisse ce samedi 15 août. Malheureusement, tu t'es encore laissé aller. Je suis arrivé trop tôt, et par ta faute, la novillada a fini trop tard. Tu as eu trop de clémence envers ces deux novilleros qui étaient toujours épée en main à respectivement dix-huit et vingt minutes de faena. Le troisième avis ne sonnant jamais. Tu as préféré sauver ces deux jeunes du fracaso réglementaire plutôt que de voir une amitié renaître de nouveau. Au final, j'arrivai aux arènes trop tôt, afin de te rejoindre là haut. Le dernier Fernay allait tomber, mais je sentais comme un malaise, je n'aurais pas dû être là. Si tu avais appliqué le règlement, je n'aurais pas senti ce malaise, cette absence, lorsqu'en contemplant l'abîme des tendidos bajos depuis les gradas, j'ai croisé le regard de mon amour perdu. Ce petit regard méfiant, et hop trente secondes plus tard, elles étaient parties elle et mon ex future belle maman. Notre amitié était à ce moment-là totalement enterrée. J'avais face à moi l'ami que tu n'es plus, et quelques mètres plus bas, cet amour perdu. J'allais devoir te supporter jusqu'au lundi midi.

Mais c'était aussi ma faute qui sait, peut-être aurais-je dû prendre le train de midi, afin d'arriver tout juste pour les Bañuelos du soir. Cela m'aurait évité les 47 degrés de ton coche, ainsi que ton mauvais vin navarrais. Aussi, je n'aurais point eu l'air chancelant et le visage suffocant en arrivant à Lachepaillet pour dix-huit heures. Mais c'était ainsi ! Cette course de Bañuelos fut grise, noire pour notre afición. Du moins pour la mienne, car avec ce genre de course, je suis sûr que tu aurais pu être l'auteur d'un miraculeux mouchoir bleu. Car on ne sait jamais, cela peut toujours arriver. Même aux gens biens... Regarde François Capdeville !


Le lendemain, alors que ma soirée avait été hantée par tous ces souvenirs et notre amitié dépassée, nous changeâmes de décor. Sur la route menant à Bilbao, je repensais à notre périple chez Raso de Portillo, et à cette période où j'avais encore la conscience tranquille. Mais c'est du passé. Voici Bilbao ! Ciel gris sable noir, pour le Fundi une année noire. A sa place, la maison Chopera nous envoya Antonio Barrera qui resta en-dessous de son lot de La Quinta. Sergio Aguilar était semble-t-il un peu emprunté ce jour-là, mais qu’importe, il y avait cette dimension supplémentaire que ce matador apporte. Et puis Iván Fandiño, la grande surprise du jour ! Je ne l’avais jamais vu aussi vaillant et appliqué. Il reçut une oreille totalement méritée.
Quant aux La Quinta, on les rêvait braves, couillus, encastés ! Ils furent nobles pour la plupart. Tant pis, c’était quand même une course intéressante ! Rappelle-toi aussi mon cher compagnon cette aire d’autoroute après Eibar… Le reste, toi seul le sais. Mais c’est vrai que c’était bien Bilbao, notre amitié refaisait surface de nouveau !

Enfin le lundi, nous allâmes à Dax pour terminer ce week-end initialement mal engagé. Nous y allâmes pour voir les Adolfo Martín et rien d’autre ! Adolfo Martín… Car il faut continuer dans la conception de la vie en gris. Le Pays Basque était loin, les cicatrices se refermaient de nouveau, et puis il y avait ces Adolfos ! Le week-end est allé crescendo. Les petits saltillos étaient irréprochables d’armures, manquaient un peu de trapío. Mais ils possédaient de la noblesse et un réel fond de caste. Notez-le bien, car c’est assez rare pour ces lieux ! Javier Cortés et Patrick Oliver ont essayé, mais cela fut monotone. On vît un Daniel Martín assez brouillon face au premier. Avant que ne sorte le quatrième ! El Dani commit l’erreur de le faire très peu piquer. Le pensionnaire d’Adolfo arriva entier à la muleta et, au premier cite, le novillero reçut une terrible rouste avec cornada à la clé. Daniel Martín a peu de chances de devenir une figura, aussi, il n’écrira probablement jamais de dictionnaire taurin. Mais ce lundi matin à Dax, en l’espace de dix minutes, il a donné à lui seul les définitions de sangre torera, de pundonor, d’envie, de courage. Il s’est battu comme un lion, c’était émouvant, beau à voir. A l’estocade, il se jeta comme un mort de faim sur l’Adolfo, récoltant un nouvel accrochage. L’oreille accordée fut l’une des plus grosses octroyées cette année. L’ovation avant le départ à l’infirmerie de Daniel Martín était elle aussi touchante. Le week-end se terminait sur une note très positive avec cette course d’Adolfo et la leçon de pundonor de Daniel.

Hélas, il y avait cette triste musique à la con sur les bords de l’Adour en quittant Dax. Cela me rappelait que notre amitié en avait pris un coup. Le douloureux passé ressurgissait également. Quant à toi camarade, toi seul comprendras certaines choses. Camarade ! Compagnon de cendrier ! Car s’il reste quelque chose à notre amitié, ce ne sont bien que des cendres. Samedi, j’irai à Carcassonne pour voir les gris de Moreno de Silva. Non je ne suis pas aigri, je vois simplement la vie en gris et dorénavant, je ne me nourris plus que de cendres.

Un abrazo fuerte.

Florent

mardi 25 août 2009

Couloir tragique

En raison des évènements survenus ce dimanche à Carcassonne, je vais évoquer dès à présent les novilladas audoises avant de revenir sur les courses de Bilbao et Dax.

Espartero de Miura portait le numéro 15. Agé de trois ans et dix mois comme ses cinq frères, il arborait un pelage cárdeno claro typique de bon nombre de pensionnaires de Zahariche. Ce novillo – taureau de quatre ans à deux mois près – nous a rappelé que la tauromachie était imprévisible. Et pourtant… La course avait commencé comme l’on pouvait s’y attendre, avec un premier Miura moderne, noble et de peu de forces. El Califa de Aragua, très bon banderillero, fut pourtant mis en difficultés à cause du fort vent marin qui soufflait sur les bords de l’Aude. Il fut vaillant et après une bonne entière, reçut une oreille. On pouvait dès lors penser que les Miuras allaient s’avérer collaborateurs et que les novilleros allaient passer un après-midi agréable.

Mais arriva Espartero, le fameux numéro 15. Il entra telle une bombe dans le ruedo audois. Puis il sauta… Et le drame arriva une première fois. Espartero souleva l’alguazil Christian Baile, le propulsant dans les airs et lui infligeant une cornada à la cuisse. Les personnes présentes dans le callejón tentèrent alors d’évacuer l’homme commotionné. Et puis… Espartero sauta une seconde fois quelques secondes plus tard, au même endroit. Tout le monde réussit à aller en piste, excepté Christian Baile, qui cette fois-ci fut livré à lui-même face au Miura. Juste sous nos yeux, nous assistâmes à un film d’épouvante. Espartero percuta de plein fouet le pauvre alguazil et l’encorna fortement au bas ventre, l’emportant sur plusieurs mètres. Le drame venait de se produire. Une véritable tragédie, une malencontreuse suite de coïncidences et de malchances. Car Espartero sauta exactement au même endroit que la première fois, il portait le numéro 15, tout comme l’exemplaire de Moreno de Silva qui encorna Juan Carlos Rey à la cuisse la veille. Il était le second novillo de l’après-midi, comme le numéro 15 de la veille. De plus, il portait le fer de Miura, un élevage adouci cette dernière décennie mais dont on connaît le « lourd passé ». Bien que je ne goûte pas aux superstitions, il s’agissait là d’un véritable cumul de coïncidences. Christian Baile fut donc évacué tant bien que mal, sous l’effroi. Car tout le monde était conscient de la gravité de l’accident. A l’heure où j’écris, l’alguazil est toujours entre la vie et la mort.

Avec un tel drame, le reste de la novillada est évidemment anecdotique. Mais cette dernière devait aller jusqu’à son terme, chacun d’entre nous le sait. Suite à l’évacuation de l’alguazil, Espartero fut assassiné à la pique. Mais le public choqué par l’accident ne put réellement mesurer cela. Le manso de Miura arriva ainsi diminué au troisième tiers et ne proposa que des demies passes à l’expérimentée muleta de l’arlésien Marco Leal. Ce dernier venant à bout d’Espartero d’un bajonazo transperçant… Puis la course fut interrompue. Peu de monde savait ce qui se passait dans le bloc opératoire. En revanche, tout le monde redoutait l’annonce d’un éventuel décès. Christian Baile put être transféré à l’hôpital. Une fois les installations médicales de nouveau opérationnelles, la novillada put reprendre, après une heure et quarante minutes d’interruption.

Se disant qu’aucun autre drame de cette ampleur ne pouvait arriver ce soir-là, Santiago Naranjo décida d’aller accueillir le troisième Miura a portagayola. Pourtant, le jeune colombien faillit lui aussi payer le lourd tribut de la fiesta brava. Il eut le réflexe vital de se coucher lorsque le train de Miura arriva pour le percuter. Un peu comme s’il s’était agenouillé à une centaine de mètres de là sur la voie ferrée du train Corail Bordeaux – Nice dont on entendait le bruit depuis les tendidos. Ce troisième Miura était haut, charpenté, comme ses congénères. Disons aussi que ce lot avoisinant les quatre ans était impressionnant, mais armé vers le bas. De ce fait, ils furent envoyés en novillada, ne pouvant sortir à l’âge de quatre ans en corrida de toros au vu de leur port de tête. Pajareño – le troisième – s’avéra difficile, gardant la tête haute au troisième tiers et collant le colombien. Naranjo passa par ailleurs près de l’accrochage à plusieurs reprises. Mais il fit front tant bien que mal. Il coupera ensuite l’oreille du sixième, éteint et de peu de parcours à la muleta, alors que la nuit était déjà tombée sur la cité carcassonnaise. Le quatrième était le plus compliqué du lot. Face à lui, Aragua connut beaucoup de difficultés dans la lidia, mais il ne manqua pas de volonté, avant de flirter avec les trois avis. Ingrato, le toraco sorti en cinquième position, fut le seul du lot à pousser en brave à la pique. Il eut la chance de trouver face à lui El Pimpi qui une fois de plus, réalisa un premier tiers dans les règles. Ingrato eut en revanche moins de chance de se retrouver face à Marco Leal et le reste de sa cuadrilla qui, à eux tous, réalisèrent une pantalonnade sur laquelle je ne m’étendrai pas davantage. L’arlésien reçut deux oreilles de pueblo, caractérisant totalement sa tauromachie. Mais ce dimanche, suite au drame, cela restait d’une importance mineure.

Bien qu’il s’agisse d’un accident et même si la victime n’était pas un acteur de la lidia, Espartero a rappelé que chaque taureau portait la mort au bout de ses cornes. Il a rappelé ô combien la fiesta brava est parfois tragique, dramatique, injuste. Mais c’est aussi pour cela qu’elle est belle…

Florent

(Photo de Christophe : "Espartero")

vendredi 21 août 2009

Taureaux dociles, monde hostile

6 Antonio Bagne-uelos 6

Soit deux heures et demie en prison pour les aficionados a los toros. Ou bien quelques gouttes de plus dans l'entonnoir estival des aficionados a los toreros. Un entonnoir dont ces derniers ne se plaignent pas, même si ils assistent plus souvent à des caídas de toros qu'à des corridas de toros. Avec des taureaux faire-valoir durant des tardes qui ne font que forger notre désespoir. Là où l'homme ne gagne que très peu en gloire et où personne ne redoute la chose qui va sortir du long couloir noir. A mort les espoirs, bonjour les déboires !
Il n'y a pas eu de miracle en ce jour de l'Assomption à Bayonne. Bien que les deux fois précédentes, nous assistâmes à deux grandes courses des fers de Joselito et Valdefresno. Ce 15 août 2009, c'était des Bañuelos, ou plutôt Bagne-uelos, un élevage parmi tant d'autres qui envoya ce coup-ci un lot globalement correct de présentation malgré des charpentes diverses. Les six sujets étaient dociles, pas agressifs, et ils manquaient terriblement de caste et de chispa. Pour couronner le tout, ils furent mal lidiés par des cuadrillas impardonnables au vu de leur expérience. Julio Aparicio était là car il fallait initialement ouvrir le cartel à Morante de la Puebla, je crois que c'est tout. Manzanares a déçu, toréant avec un pied à San Sebastián, l'autre à Irún, et la main à Bayonne ! Quant à Miguel Tendero, c'est celui qui a réalisé les meilleurs gestes de la tarde. Pas bien dur me direz-vous ! Mais il a toutefois manqué d'envie, a été conformiste, et même populiste... Ca leur aurait plu pour le dimanche des Fêtes.
Taureaux sans âme, picadors de superette, magnifiques bajonazos. Une tarde vide annoncée comme Corrida de l'Art, pourtant toréer ce n'est pas seulement se regarder dans un miroir, ils devraient le savoir.
Et lorsque quelqu'un proteste un bajonazo, il peut se voir menacé d'exclusion des tendidos ! Plus besoin de jeter des bouteilles en piste pour être viré. Plus simple, insistez sur les bajonazos ! Et quand quelconque torero affronte son adversaire précautionneusement à plusieurs mètres de distance, là non plus vous ne pouvez rien dire. On vous rétorque qu'il faut aller devant avant de parler.

Les anti-taurins ne sont pas ceux que l'on croit...

Florent

vendredi 14 août 2009

L'aficionado est un pigeon

Il faut avouer qu'il est plaisant de consulter tous les soirs, de mars à octobre, le portail internet mundotoro afin de connaître les résultats bruts des corridas et novilladas qui se sont célébrées aux quatre coins de la Péninsule Ibérique.
Cependant, je n'irai pas jusqu'à dire que cette chose commise il y a plus de dix ans par la famille Domecq a changé ma vie. Au contraire, il est des jours où je m'en passerais bien. Tenez par exemple, ce jeudi 13 août 2009 !
Vers dix-neuf heures, je lis que le président de la corrida de Gijón "ne sait pas compter" car il a refusé d'accorder une oreille à Miguel Angel Perera. Quel drame national ! A dix-neuf heures trentre cinq minutes et trente trois secondes précisément, je reçois un SMS d'un ami présent aux arènes de Béziers - il lui en a fallu du courage ! - énonçant (j'aurais pu dire "dénonçant") ceci : "Second toro de Ponce puntillé en pleine faena sans estocade. Lot de Santiago Domecq lourd, cornicorto, faible et sans caste". Remarquons toutefois que cette situation est rentrée dans les moeurs et que de ce fait, elle est devenue banale voire peu choquante...
Mundotoro n'est pas monté dans mon estime à dix-neuf heures en glosant sur une présidence qui venait de refuser une oreille. Mais une heure et demie plus tard, c'est la désolation ! A propos de la corrida biterroise, le portail des frères Domecq nous dit : "Enrique Ponce, por su parte, escuchó una ovación tras caer el que hizo cuarto". Moi qui pensais que ce quatrième avait été puntillé en piste ! Qui croire ? Aussi, on a peu d'informations sur le lot de Santiago Domecq. C'est sûrement qu'il a dû être brillant ! Constatez qu'en général, dès qu'une course de la famille sort "floja y faltando de casta", on la découvre avec stupéfaction sur le portail familial annoncée comme "noble y de buen juego".

Je dis ça mais ce n'est sûrement pas la première fois que c'est arrivé et ce n'est pas la dernière que cela arrivera ! Ces gens-là préfèrent inculper les présidences refusant des oreilles plutôt que de dénoncer leurs propres toritos chétifs desquels ils sont fétichistes. Ils continueront tout de même à s'offusquer de Las Vegas et publieront d'autres communiqués de Simon Casas... Ce dernier qui, en critiquant Don Bull, ne fait rien d'autre que de dénoncer son reflet d'Outre-Atlantique. Car messieurs, vous n'avez pas besoin de prendre l'avion et de changer de continent pour voir des parodies de corridas de toros. Vous avez déjà un large choix du printemps jusqu'en automne, de Nîmes à Marbella. Non, vous n'avez vraiment pas besoin d'aller aux States pour voir des choses où le taureau est accessoire et où l'argent est le mot d'ordre.

Au fait, merci pour la désinformation.

Florent

jeudi 13 août 2009

Bayonne vu par El Cachetero (Corrida des Fils de Don Eduardo Miura Fernández du Dimanche 9 août)

IL EXISTE ENCORE DES MIURAS

Bayonne. Dimanche 9 Août. Temps couvert. Degré hygrométrique élevé. Trois quarts d’arène. Toros de Miura (« Zahariche », Lora del Río, Séville) pour José Pedro Prados “El Fundi”, Javier Valverde et David Mora. Président : Jacques Oxandaburu assisté de messieurs Robin et Siberchicot.

Une anthologie de la casa MIURA ce dimanche, avec le miura à l'ancienne, le miura « classique » et le miura « moderne », tant du point de vue physique que du point de vue moral. Il y avait même le miura novillo (le premier de décembre 2005), du moins au vu de la pancarte et du programme, une erreur on l'espère, qui ne manquera pas de donner lieu à polémiques. Un lot bien présenté en général, cardeños, avec trois exemplaires à rallonge.

El Fundi, relevant juste de sa chute de cheval et d'une raclée récente, n'était pas au mieux de sa forme, arborant un splendide coquard. « Lesnero » (numéro 91, cárdeno, 554 kilos, naissance annoncée en décembre 2005 ?) s'affiche d'entrée comme un digne représentant de la maison. Gris comme un chartreux, long comme un jour sans femmes, teigneux comme un chartreux sans femme, il fait sonner l'étrier lors des deux rencontres, en sortant quelque peu amélioré, mais conservant quelques beaux restes dans l'usage du hachazo rageur. Les trois paires de banderilles sont posées avec sérieux voire avec grande qualité pour la troisième. Désarmé et poursuivi au capote, on ne sent pas le pourtant brave Fundi dans les meilleures dispositions pour entamer les hostilités. Le débordement de caste conquérante, la violence des assauts, qui en d'autres circonstances ne l'auraient guère laissé insensible question pundonor, représentaient sans doute trop pour sa convalescence. C'est certes bien dommage pour le plus « miura » du lot, celui qu'on aurait aimé le voir toréer, mais malgré sa vergogne habituelle, Fundi préféra jouer son joker et l'expédier d'une lame habile mais toutefois contraire.
José Pedro Prados Martin accueille le quatrième « Dativo » (numéro 36, cárdeno, 605 kilos, né en janvier 2005) avec la même prudente circonspection, deux assauts avec poussées spasmodiques, en révèlent le tempérament bravito, qu'il confirme lors des trois honnêtes poses de banderilles. Les trois premières séries droitières témoignent de la desconfianza du belluaire. Mais l'on sent le feu poindre sous la cendre, les gestes s'assurer, l'âme se gonfler, et, en dépit d'un toro qui se refuse à humilier et se ballade tête haute, le passage à gauche autorise trois séries superbes, puis une dernière en derechazos templés, composant une faena des plus honnêtes, de celles qui vous aident à relever le chef. L'estocade est portée dans les règles, avec sincérité, mais selon les canons du regretté Lagartijo, Dieu le bénisse ! Et puisque l'on parle de Dieu, c'est à cet instant que débuta le calvaire du Fuenlabrador. Avec un petit coup de pouce du destin, la lame eut pu être funeste. Que nenni ! Le Fundi eût la mauvaise inspiration de choisir l'option descabellesque, dont la caste et la vitalité du bestiau aidant, il usa et abusa jusqu'à dix fois, se faisant bousculer au passage par un toro qui l'obligea par une dernière ballade le long de la moitié des tablas à boire le calice jusqu'à la lie (pas l'hallali). Injuste certes pour l'effort méritoire de l'homme, son courage et sa sincérité qui eussent mérité une oreille valeureuse, mais ainsi va la vie... Division d'opinion entre les aficionados applaudissant et les animalistes bellant.

Javier Valverde ne fait pas partie de ceux qui remplissent les arènes en France, surtout avec des aficionados de verdad. Son premier adversaire, « Espartero » (numéro 62, cárdeno coletero, 552 kilos, né en décembre 2004) bien présenté, témoigne des qualités, ou des défauts, selon les points de vue, du miura moderne, mansote, il témoigne de l'ingénuité et de la faiblesse d'un enfant de chœur après une intense activité goupillonnesque. Il choit d'entrée, fait vuelta de campana à la seconde passe et prend deux picotazos. Javier est un gentil garçon, un peu simple, qui ne s'émeut guère de la leçon de capoteo par véroniques que lui inflige David Mora au quite, conclue par une demie de gala. Après un début sérieux, la faena uniquement droitière se décompose, avec le toro : le maestro ne toque pas et surtout ne court pas la main, donnant des sorties limitées qui lui ramènent le toro dans les babouches. Une timide tentative à gauche se solde par un échec. Une lame habile et basse, certains malveillants évoquant feu Ordoñez, d'effet spectaculaire et immédiat ouvre la voie à la division d'opinion, qui se conclut par un non lieu chahuté. Vuelta du redoutable.
Il fut presque convainquant avec le cinquième, « Bravio » (numéro 29, cárdeno, 584 kilos, né en décembre 2004) qui passe bien à droite et à gauche, se montre mansote au cheval, sortant seul, y revenant, poussant anarchiquement et prenant somme toute une forte dose. Après des banderilles allant du meilleur au pire, notre bicho se porte allègrement, avec franchise et béatitude, on eût cru un Domecq, animé de telles bonnes intentions. La faena, jolie, sans plus, exclusivement droitière, conclue par une estocade douteusement latérale, est récompensée, sans que personne ne l'ai requis, de deux oreilles absolument incompréhensibles. Bis repetita placent : rebronca !

L'homme de la journée, gominé à souhait, magnifique et baroque comme une cathédrale catalane, ce fût le beau David Mora. « Tenito » (numéro 47, cárdeno oscuro, 561 kilos, né en février 2004) très typé miura, long comme un jour sans pain s'avère aussi faible que difficile (l'un allant sans doute de pair avec l'autre). Il chahute la cavalerie sur deux piques dont la seconde abondamment carioquée. Le genio s'affirme durant le tercio de banderilles. Deux séries à gauche aguantées et valeureuses, sont suivies d'une série à gauche vite abrégée, le toro avisé ne passe pas. Il ne passera plus. L'exercice est bref mais intense. David a tiré les dix passes que ce toro pouvait chichement consentir. Bonne estocade.
Il existe pourtant une justice immanente pour ce jeune homme qui transpire la classe torera. Elle prend la forme de « Maquilero » (numéro 81, cárdeno, 623 kilos, né en février 2005) superbissime sujet accueilli par une magnifique série de véroniques de cérémonies. Un grand brave qui prend trois piques, renversant la cavalerie au premier rendez-vous, encaissant un énorme puyazo au second, et y revenant, gourmand au troisième avec les mêmes heureuses résolutions. Deux splendides paires de banderilles de Felix Jesús Rodríguez (salut). Brindis très sympathique à son piquero, Antonio Prieto. Maquilero est de cette noblesse qu'on aime, avec une charge violente, âpre et pourtant franche, tout en gardant ce gros zeste de sentido miurano, qui le préserve de toute imbécillité. En un mot c'est l'anti-Desgarbado. Cinq séries templées, aguantées et serrées se succèdent. Trois à droite, deux à gauche. Mais gare à l'inattention, au relâchement ou à l'extraño, la corne revient vite au sortir d'une passe insuffisamment tirée, ou sur une rafale de vent qui dévie l'étoffe. Un régal de roi conclut par une estocade de bonne facture. Une oreille de poids (surtout au regard de l'intermède valverdien)

"El Cachetero"

P.S : Quant à la naissance du premier taureau de Miura, veuillez consulter l'article du site Campos y Ruedos.

Bayonne vu par El Cachetero (Corrida de Doña Ana Romero du Samedi 8 août)


Ne possédant malheureusement pas le don d'ubiquité, je ne pouvais pas être présent à Bayonne le week-end dernier en même temps que Parentis-en-Born. Vous avez eu un "aperçu" de ce qui s'est passé à Parentis avec la novillada-concours et les Raso de Portillo. Aujourd'hui, El Cachetero nous propose deux reseñas de Bayonne, avec les courses d'Ana Romero et de Miura.



LA ROMERIA

Bayonne. Samedi 8 Août. Temps couvert, degré hygrométrique élevé. Moitié d’arène.Toros de Doña Ana Romero (Alcalá de Los Gazules, Cadix) pour Julien Lescarret, Sergio Aguilar et Luis Bolívar. Président : Alain Paulini assisté de messieurs Hiribarren et Doyhenard.

Les absent avaient tort et il est fort dommage que les corridas les plus intéressantes des ferias du sud-ouest (mais c’est également vrai pour le reste de la planète taurine) soient ainsi délaissées au profit des cartels plus… médiatiques et bien souvent plus lassants.Bayonne avait fait l'effort et pris le risque des santacolomas « lights » d'Ana Romero. Un lot particulièrement bien présenté, dans le type de la maison, déclinant finesse des lignes, armures astifinas et robes cardeñas comme il convient à la quête du jeune ganadero Lucas Romero qui veut renouer avec les mythiques Buendías des années 60 que les figuras de l'époque se bousculaient pour se confronter avec leur piquant si... suave. Un lot très équilibré de 511 à 549 kg – qui comportait un taureau de presque six ans – et qui a posé d'énormes problèmes au débarquement, avec cornadas lors des manejos.

Le premier Algecireño (numéro 101, cárdeno, 518 kilos, né en décembre 2004) fin de type, astifino, prit deux piques légères en bravito, après une ouverture de Julien Lescarret par véroniques de bonne facture. A noter un quite de Sergio Aguilar de grande qualité. Aux banderilles, Morenito d'Arles posa deux paires valeureuses et salua. Le régional de l'étape – Julien Lescarret – entreprit de s'imposer face à un taureau encasté, plutôt faible et quelque peu tardo par deux séries droitières un tantinet éloignées, puis par quatre séries à gauche d'honnête facture certes, mais où il ne réussit jamais à prendre réellement l'ascendant, demeurant à mon sens en-dessous d'un taureau qui allait a mas. Epée tombée. Applaudissements à l'arrastre. Oreille un tantinet généreuse pour Lescarret.
Le quatrième Algarrobo (numéro 83, cárdeno oscuro, 511 kilos, né en décembre 2004) très faible, entre en piste distrait, gazapón et mansote. Deux picozatos confirment la mansedumbre et la faiblesse. Après deux séries de derechazos décousus, le passage à gauche est sanctionné par un avertissement sans frais. Le taureau se décompose ensuite interdisant toute lidia « moderne ». Dans son sein par quatre fois le fer a repassé. Salut au tiers du sympathique concurrent. Julien Lescarret sera le seul à sortir à pied.

Le second Cortito (numéro 31, cárdeno salpicado, 528 kilos, né en février 2005) prend ses deux piques benoîtement mais sans réelle classe, puis trois banderilles baclées. Panique dans la confrérie péonesque, après qu'un des syndiqués fusse désarmé et poursuivi jusqu'aux palissades. La caste du bicho suinte, épicée d'une once de sentido, mais amoindrie par des problèmes de carburation. Cortito colle un Sergio Aguilar qui après une entame brillante, des séries aérées et racées dont les premières citées de loin, témoignent de ses qualités d'aguante, de temple et de dominio. A la longue toutefois, ce noblito acidulé le colle de plus en plus. Quatre manoletinas engagées concluent gaiement une lidia de qualité et de finesse. Estocade engagée et contraire. Oreille tout à fait méritée. Applaudissements à l'arrastre.
Le cinquième Corbeta (numéro 18, cárdeno claro, 549 kilos, né en novembre 2003) est accueilli par une série de véroniques particulièrement allurées dans lesquelles il enfourne ses antérieurs. Cette mansedumbre est confirmée à la lance (grattouillages et sonnerie d'étriers). Banderilles baclées (Sergio devrait penser à renouveler son petit personnel). Manso, certes, mais con casta ! Y que casta ! Après ouverture par trincheras et doblones de luxe, deux séries droitières, qualité extra, fines et templées. La noblesse du toro servie par son gaz se révèle après deux séries à gauche plus laborieuses, la charge est plus rugueuse et violente. Et puis, c'est la révélation. Sergio découvre qu'en lui laissant la muleta sous le mufle en fin de passe, le toro embiste, répète, et répète encore indéfiniment à ras de terre : du lait et du miel pour un émule de Jose Tomás ! Deux séries superbes de classe (toro et torero) qui eussent fait rugir Las Ventas et se pâmer la Maestranza. Final en trincheras et doblones de catégorie. Un pinchazo sincère suivi d'une excellente épée. Oreille incontournable. Applaudissement à l'arrastre.

Le troisième Corchaíto (numéro 14, cárdeno claro, 527 kilos, né en décembre 2004) est joliment accueilli par Luis Bolívar et s'avère bravito et particulièrement noble. Après deux contacts symboliques avec le uhlan de service et banderilles quelconques, le colombien l'entreprend façon Rincón, de loin, ce qui convient parfaitement au cornu. C'est après que les choses se compliquent, non pas du fait de l'animal, mais de celui de Monsieur Luis, qui certes sait toréer, mander, citer, templer et tout et tout, mais qui le fait à une telle distance, dans un tel « décroisement » permanent, que l'émotion, autant que l'esthétique ne peut qu'en souffrir. En revanche, le garçon sait manier le fer, après avoir très consciencieusement cadré la bête : une estocade engagée, décomposée et ralentie ou l'on peut presque ouïr le chuintement de l'acier contre le cuir. Oreille. Applaudissements à l'arrastre.
Le dernier larron Alfarero (numéro 75, cárdeno oscuro, 534 kilos, né en décembre 2004) se fait piquer et surpiquer lourd. On devine Bolívar sans réelle envie initiale. Le hic, c'est que le toro, lui, a envie. Au début, il ne le sait pas encore, mais l'appétit venant en mangeant, et en dépit du menu proposé par l'homme avec les mêmes condiments qu'avec son premier adversaire, abus de pico, toreo télescopique mais superbement cadencé d'une muleta de soie, Alfarero devient Alfaroméo, et se découvre des chevaux sous le capot. Vient alors une succession inlassable de charges investies, museau dans le sable. Toro mexicain qu'ils disent les caciques ! Un geste déplaisant du maestro pour réclamer la musique. Bientôt ils demanderont les trophées !Après un final en porfía, l'exercice indispensable paraît-il, une autre excellente estocade, soigneusement mitonnée. A n'y rien comprendre... Comment peut-on s'engager autant et aussi sincèrement à l'épée, après avoir autant usé et abusé du pico ? Peut-être un style ? Dernière oreille. Derniers applaudissements à l'arrastre.

Tercios de piques plutôt soignés. Un après-midi vraiment intéressant. Public sérieux et attentif. Un cierge à allumer à Sainte-Colombe, patronne des petits gris.

"El Cachetero"

Baignade interdite... novillada-concours de Parentis-en-Born

La veille des Raso de Portillo, il y avait à Parentis une novillada-concours mettant en compétition des élevages issus de divers encastes.
Cette course s'avéra être une réussite tant sur la forme que sur le fond car l'on vît une remarquable présentation, avec des novillos dans le type. Il y eut en plus de cela une volonté de respecter l'intégrité du taureau et de sa lidia.
Les aficionados sont donc sortis satisfaits de cette novillada. Tout comme les organisateurs qui en ayant proposé quelque chose de différent, ont pu afficher le No Hay Billetes !

Devant ces novillos de respect, les trois jeunes novilleros ont dû rester sérieux et se montrer lidiadores le plus possible. Nous verrons qu'ils réussirent cette tâche diversement... Je vais donc évoquer un par un les bichos sortis en piste, mais dans le désordre ! En allant de celui qui m'a le plus plu à celui qui m'a le moins convaincu :

« Bibillo » (numéro 14, cárdeno bragado, né en janvier 2006) de Joaquín Moreno de Silva. Combattu en troisième position par Francisco Ramón Pajares.

Le vainqueur du jour ! Un novillo joli, bien fait, léger, sans excès qui entra vif dans le ruedo parentissois. Après un bon passage à la cape de Pajares, il fut mis trois fois en suerte face au picador Miguel Angel Herrero. Malheureusement, le Moreno de Silva n'eut pas une lidia adéquate, fut mal piqué en général, tout en poussant ou se défendant diversement. Second tiers médiocre. A la muleta, Bibillo fut un novillo noble et encasté, sans aucune sosería. Alluré, Francisco Pajares lui donna des passes sans pour autant dominer son sujet, restant en-dessous des possibilités du Moreno de Silva. Mise à mort en trois temps avec un bajonazo sin puntilla final... Tour de piste du novillero. Ovation à l'arrastre et prix logiquement remporté par cet exemplaire. On peut toutefois regretter de ne pas l'avoir totalement vu au premier tiers.

« Cometero » (numéro 55, cárdeno bragado, né en juin 2006) de Partido de Resina. Combattu en première position par Daniel Martín.

C'est ce novillo de Pablo Romero qui donna le plus de satisfaction à l'aficionado à la pique. Superbement présenté, le gris alla en effet promptement au cheval à quatre reprises et à chaque fois plus loin. Le picador Mario Herrero fit une chute impressionnante à la première rencontre, le Partido de Resina venant avec puissance à chaque assaut. Hélas, il ne poursuivit pas les banderilleros au deuxième tiers. Au troisième, il fut maniable mais brusque dans ses embestidas. Face à lui, Daniel Martín - le novillero qui m'a le plus convaincu - démontra vaillance et assurance, malgré quelques enganchones. Il tua d'une entière atravesada et d'un descabello. Applaudissements pour Daniel Martín. Ovation à l'arrastre.

« Carasucio » (numéro 37, jabonero, né en février 2006) de Prieto de la Cal. Combattu en deuxième position par Julián Simón.

Quel dommage ! Car ce novillo de Veragua fut totalement inédit ! Littéralement sabordé par Julián Simón et sa cuadrilla. Cela commença par quatre très mauvaises piques, les banderilleros suivant ensuite dans la lignée de l'apathie générale. Pourtant le Prieto avait encore du jus à la muleta, mais le manque de métier et d’ambition de Julián Simón nous privèrent de ce joli jabonero. Un énorme bajonazo pour finir… Silence au novillero. Applaudissements à l’arrastre.

« Bello » (numéro 29, negro mulato bragado meano, né en novembre 2005) de Salvador Guardiola Fantoni. Combattu en quatrième position par Daniel Martín.

Faute de carte verte, cet exemplaire de Guardiola Fantoni remplaçait le Barcial initialement prévu. Et ce Guardiola fut l’estampe du jour ! Agé de trois ans et neuf mois, c'était un toro physiquement. Il reçut certes cinq piques – ce qui est rare de nos jours en corrida ou novillada – mais sans s’employer et en sortant seul. Il garda de la mobilité au dernier tiers malgré un léger manque de race. Face à lui, Daniel Martín s’entêta à toréer par le haut au lieu de dominer par le bas. Vaillant mais averti à de nombreuses reprises, Martín nous proposa un labeur accroché et assez brouillon face à un Guardiola qui permettait beaucoup de choses sur le côté droit. Suite à tous ces avertissements, il y eut la sanction ! Une grosse voltereta au moment de placer le taureau pour l'estocade. Daniel Martín s’en tira avec un léger puntazo au mollet gauche et quelques points de suture à l'arcade. Il resta toutefois en piste et tua péniblement. Silence après deux avis. Novillo-Toro applaudi à l'arrastre.

« Avortón » (numéro 6, colorado listón, né en janvier 2006) de Alonso Moreno de la Cova. Combattu en cinquième position par Julián Simón.

J’ai envie de dire que ce superbe novillo colorado se tua malheureusement d’entrée avec une vuelta de campana ! Diminué, il reçut ensuite quatre piques en se défendant peu et en sortant seul. Déjà peu en vue lors de son premier combat et subissant des enganchones dès le début de sa faena, Julián Simón préféra abréger face à ce novillo tardo et diminué. Deux pinchazos puis une entière trasera et tendida. Silence pour Julián Simón ainsi qu'à l'arrastre du Moreno de la Cova.

« Decorado » (numéro 83, negro, né en février 2006) de Coquilla de Sánchez-Arjona. Combattu en sixième position par Francisco Ramón Pajares.

Un vrai Coquilla ! Fin, léger et peu armé. Il sembla affublé d'une boiterie et d'un évident manque de forces. Pourtant, il poussa bien lors de la première rencontre avec le picador Jesús del Bosque. Les deux autres piques furent en revanche décevantes. Seulement deux paires de banderilles. Francisco Pajares qui avait effectué un tour de piste à l'issue de son premier combat montra à nouveau de l’allure, tout en étant terriblement fuera de cacho et profilé face à ce Coquilla fade et noble. Le tout alla a menos. Mise à mort en cinq temps. Silence après avis, et silence à la dépouille de ce novillo docile.

On assista en résumé à un véritable concours, avec un total de 23 piques. Ce qui est peu fréquent ! Le prix au meilleur novillo fut selon moi logiquement attribué au Moreno de Silva. En revanche, les prix à la mise en suerte et à la meilleure pique furent plus contestables. Décernés à Pajares et à Miguel Angel Herrero qui officièrent au troisième, ils auraient dû à mon avis être attribués à Daniel Martín et Mario Herrero pour leur travail face au Partido de Resina. Car ce fut bien le meilleur tercio de piques de l'après-midi. L'image peut par ailleurs témoigner de son intensité...

Florent

(Photo de Yannick Olivier : l'exemplaire de Partido de Resina lors de la première rencontre avec le picador)

samedi 8 août 2009

Bic-Fezensac au stylo Vic

N'étant pas spécialiste des comices agricoles, je ne m'étendrai pas vraiment sur la course vue hier à Vic-Fezensac. Les toros gersois de l'Astarac (propriété de Jean-Louis Darré) étaient très lourds, au trapío mal fait, et en conséquence : tardos, arrêtés et décastés. Sauf le cinquième plus joli de type qui poussa en brave lors de trois rencontres avec le picador El Pimpi. Le seul moment de tauromachie de la soirée !

Pour le reste, on vît un Sánchez Vara tel qu'on le connaît, c'est-à-dire "faux-vaillant". Avec banderilles à cornes passées et toute la panoplie. Il quitta les arènes sous les sifflets après un gros échec à la mort au quatrième. Julien Miletto donna trois bons muletazos face au second qui s'arrêta aussi vite. Puis le nîmois recula d'entrée face au cinquième et n'arriva jamais à se hisser à la hauteur de ce toro, brave à la pique, puis compliqué mais pas impossible à la muleta. Enfin, Fernando Cruz toucha en premier lieu un boeuf charolais et comme ses compagnons de cartel, ne put montrer grand chose.

Après ça, une longue nuit est bien méritée !

Florent

vendredi 7 août 2009

Pélerinage à Lodosa

Il y en a certains pour qui l'aventure taurine c'est : se lever au petit matin d'un jour du mois de mai, boire un café, se rendre Gare de Lyon voie B, afin de sauter dans le TGV Méditérranée. Direction le sud, cette contrée bordée de cyprès : Nîmes, Némausus pour les intimes.
Confortablement installés, le temps passe assez vite pour eux, impatients de voir le tryptique à ne pas manquer : Juli, Castella, Perera.
Cependant, cela les lassera au fil du temps, et ils définiront petit à petit la corrida comme un spectacle où l'on a mal au cul car on est mal assis et où l'on s'ennuie fermement.

Notre escapade de ce mardi 4 août fut quant à elle totalement différente. Et pour tout dire, incomparable ! Nous étions déjà venus à Lodosa l'an dernier, au fin fond de la Navarre. Et bien que la novillada proposée il y a un an manqua cruellement de forces et de caste, nous eûmes tout de même envie de retourner ici, car l'ambiance était très sympathique et l'endroit nous avait plu.
Aussi, la route est très jolie pour accéder à Lodosa, un village spécialisé dans le Piquillo (piment) et situé au coeur d'un paysage vallonné et aride.

Ce coup-ci la course fut d'un tout autre genre, bien plus intéressante que l'an passé. Tant grâce à ce qui se passa en piste qu'humainement parlant. Car côté humain, ce fut peut-être la meilleure course de la saison. Avec des gens très chaleureux qui vous nourrissent et vous "rincent" du début jusqu'à la fin de la novillada, de manière à sortir la panse pleine des arènes ! Mais nous n'étions pas les seuls français présents ce jour-là. Derrière nous, il y avait trois aficionados avertis venus de Mont-de-Marsan et qui n'avaient pas atterri là par hasard.

Dans ces coquettes arènes et au milieu de cette superbe ambiance, nous vîmes une intéressante novillada, bien que très inégale. Elle était issue du fer de El Risco, un élevage de sang Domecq provenant de la région de Salamanque. Il y avait là des trapíos très divers, allant du becerro au novillo, mais possédant tous sans exception de remarquables armures astifinas. Quant au comportement, il y eut un peu de tout. Deux premiers manquant de forces et deux derniers manquant de race sans toutefois être inintéressants. Puis un brave ! Le troisième. Et un manso, le quatrième.

Entre plusieurs Gin Kas, on vit un novillero de Castellón, répondant au nom de Diego Lleonart. Ce dernier tira les passes face à un faible premier puis fut totalement à la déroute face à son second adversaire. Manso, ce bicho mit à la rue picadors, banderilleros et novillero. Au calvaire de Lleonart s'ajoutèrent deux échecs épée en main. Comme quoi la tauromachie, ce n'est pas seulement donner des passes à des taureaux dociles se laissant faire. Car c'est aussi résoudre les difficultés de ses adversaires en se montrant lidiador, au plus grand étonnement de Diego Lleonart.
Le mexicain Angelino de Arriaga, seul novillero du jour vu en France, démontra qu'il avait beaucoup de métier et d'expérience. Malheureusement, il fit également étalage de la face pueblerina qui compose son toreo. Il reçut une oreille à l'issue de son premier combat, après une grande estocade qui valait à elle seule le trophée octroyé.
Et puis il y a toujours du charme dans ces novilladas de village ! Aujourd'hui la curiosité, c'était le novillero navarrais Javier Antón, qui possède par ailleurs des capes avec les deux revers roses. Très vert, manquant cruellement d'expérience et de technique, c'est pourtant lui qui attira mon attention. Car malgré ces impressionnantes carences, le jeune Antón alla tout de même affronter ces deux adversaires, croisé, de face, en allant jusqu'au bout de ses moyens. Le combat était pour lui perdu d'avance face au brave troisième qui poussa longuement en deux fortes piques. Malgré cette défaite annoncée, le navarrais ne baissa pas les bras. Et je préfère voir ça plutôt que des Román Pérez toréant froidement avec certes de la technique mais sans aucune âme. Javier Antón fut pour sa part mille fois plus intéressant. Sans les armes suffisantes pour toréer en novillada piquée, le jeune a joué sa vie à chaque passe, compensant le manque de métier par le coeur, los cojones et l'afición ! C'était émouvant à voir ! Et il fallait en avoir pour se risquer face à ces cornes astifinas qui pouvaient à tout moment l'envoyer dans une ambulance sur la pénible mais belle route vallonnée menant à Estella. Javier Antón obtint une et une oreille que l'on ne saurait contester, ainsi que le prix au triomphateur. Il porta lui aussi une grande estocade au dernier de l'après-midi. Ce novillero ne fera probablement pas carrière, mais en piste, il a du coeur, du courage et de l'afición, et c'est peut-être ça le plus important !

Nous reviendrons sûrement à Lodosa, là où les jeunes brunes au teint bronzé sont magnifiques, là où les jeunes du village s'envoient de l'eau sur la gueule au soleil pendant la lidia des novillos... Là où la convivialité est reine et où il y a quoi qu'on en dise, de l'afición.

Florent