mardi 17 mars 2009

Ce n'est pas de leur faute

« Devant le manque de jus et l'invalidité de son adversaire, le torero ne put rien faire et dut abréger malgré sa volonté et son envie » ; « Des toros arrêtés au dernier tiers qui n'ont pas permis aux hommes de s'exprimer ». Force est de constater que ce type de citation est devenu monnaie courante au travers des lignes des reseñas contemporaines ; ainsi en creusant davantage, on s'aperçoit que pour bon nombre : la tauromachie est une forme d'hommage féodo-vassalique où le torero serait une sorte de suzerain et le toro un simple vassal parmi tant d'autres ayant le devoir de bonté, de noblesse et de docilité envers son seigneur... On ne peut évidemment pas nier la faiblesse chronique d'une grande (voir très grande) partie des toros à l'heure actuelle, mais est-ce vraiment la seule raison de toutes les carences physiques manifestées en piste ?
En revoyant d'imbuvables clichés de la corrida-concours de San Sebastián ; j'en retrouvai un à peu près potable (celui à l'image) montrant le picador de Julián López « El Juli » face à l'exemplaire de Victoriano del Río. On constate que le fer est situé à des années lumières du morrillo ; le toro était faible dès son entrée en piste, c'est indéniable, et cette caractéristique eut tendance à s'atténuer au cours du combat. El Juli exhorta ainsi le public avec des signes de désespoir et d'impuissance. Mais est-ce que la faiblesse de son bicho en était la seule responsable ? Le picador n'avait-il pas lui aussi une part de responsabilité ? Et la lidia alors ?
Certes, le tercio de piques est très difficile d'exécution, les fautes d'emplacement de la pique sont normales et logiques car humaines, mais elles sont répétitives, voire itératives comme le diraient les littéraires. De plus et ce n'est pas nouveau ; un mauvais tiers peut à lui seul ôter toute puissance à un toro, ce fut le cas cet été à Bayonne pour la course d'Alcurrucén... Où un joli colorado pourtant prometteur dès son entrée en piste fut littéralement exécuté par le lancier sans vergogne de Daniel Luque.Et c'est donc la où je voulais en venir : car à mon goût, on dissocie trop le travail du picador de celui du torero. Le public actuel esthète plutôt qu'aficionado considère que le tiers de piques n'est qu'un petit détail après l'entrée du toro en piste alors que la faena représente à leurs yeux l'essentiel de ce qui se passe dans le ruedo. Là est le grand problème, car la majorité des toreros qui laissent leur adversaire se faire assassiner sous le fer est en général pardonnée par le public au dernier tiers. Dans le meilleur des cas, le matador « inventera » un toro comme le disent les aficionados a los toreros (alors que le terme de « faena d'infirmier » serait bien plus approprié) Au pire des cas, le matador opposé à un bicho massacré à la pique fera de grands gestes envers le public pour être pardonné ; et les moins scrupuleux iront même jusqu'à saluer au tiers voire donner une vuelta... Mais jamais ou très rarement, un public ne sanctionne un matador au moment de remettre les trophées à cause d'une mauvaise lidia.
De manière plus globale, on peut signaler que pour les toreros-vedettes : le fait de ne pas assez combattre de Toros montre plusieurs choses, dont :
- Leurs difficultés dans la lidia d'un toro avec un réel fond de caste (exemple des Joselito à Bayonne), mises en suerte chaotiques...
- L'incapacité de leurs picadors à recevoir un toro de loin (exemple de la corrida-concours) car étant habitués à des mises en suerte de près et forcément négligées Alors Messieurs les penseurs et observateurs : pour une fois, au lieu d'invoquer l'âge trop avancé des picadors, la dimension de la pique, le poids des chevaux et j'en passe ; posez-vous les bonnes questions quant au tercio de piques !

Florent (le mardi 25 novembre 2008)

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