mardi 17 mars 2009

Mythe et passion

Ils étaient là ; aux portes de cette forêt de pins. Ils étaient là ; paissant paisiblement. Ils étaient plus d'une quinzaine, tel un petit bataillon. Ils n'étaient pas terrifiants, mais cela n'est pas important. Car c'est bien le moral qu'ils montreront en piste qui passionnera : à Parentis, à Aldeamayor de San Martín ou ailleurs.
Sauvages, puissants, fiers, encastés, braves : tant de qualificatifs devenus rares aujourd'hui mais qui se sont tous appliqués aux grands frères des combattants en question. Ils portaient, ils portent et ils porteront le fer de Raso de Portillo. Un nom illustre et antique. Non sans fierté, le señor Gamazo nous faisait découvrir il y a quelques jours ses taureaux, et les terres de cette ganadería, la plus ancienne d'Espagne. Les moruchos castellanos du quinzième siècle ne sont plus là. Mais les bêtes portant le même nom et vivant sur les mêmes terres depuis bien longtemps maintenant n'échappent pas à la nostalgie et à la romance. Le sang qui coule dans les veines de ces Raso de Portillo est varié, il y a du Santa Coloma, du Parladé ; des apports de divers élevages, comme celui de Dionisio Rodríguez. Ce bétail unique vit sur les terres du village de Boecillo, au sud de Valladolid. Sur neuf cent hectares, il y a six cent quatre-vingt bêtes, diverses origines donc, et divers pelages aussi. C'est de cette grande finca très arborée que viennent ces taureaux mystiques, qui vendront chèrement leur peau l'été venu. Raso de Portillo, c'est une ganadería pluriséculaire. En France, son histoire est courte, mais elle défraie la chronique. Cette histoire : ce sont deux courses à Parentis, ou plutôt deux novilladas, deux séismes, deux pavés dans la mare, douze bêtes, douze histoires de passion, l'émotion à la clé, la peur, l'incertitude, une atmosphère tragique. Espérons que l'histoire sera longue. En attendant, le señor Gamazo est un ganadero heureux, romantique, et surtout aficionado. Il aime la lidia, et il sait que ses taureaux, marqués Raso de Portillo ou El Quiñón, ne le décevront pas.

Florent (le mercredi 4 février 2009)

(Photo : Un semental de quatre ans)

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