lundi 16 mars 2009

Observatoire de nos terres taurines

Hormis les reseñas et une Céretrospective publiée fin juillet, je n'ai pas encore réalisé de billet d'humeur cet été. Le large mois d'août taurin touchant bientôt à sa fin, je tenais à dresser une sorte de bilan plus ou moins objectif de ce qui s'est passé, et en particulier de ce que j'ai vu. Je souhaitais tout d'abord commencer par un thème – qui n'en est pas un – que j'évoque très peu, et dont je vais me débarrasser vite, pour dire simplement à quel point nos opposants sont des gens homogènes, mais dans la médiocrité. Quant au sujet lié dont vous vous doutez, sachez que je n'ai jamais vu un tel acharnement autour d'une simple capea, alors qu'à peine un mois auparavant, le petit franco-mexicain se produisait à Eauze et Samadet devant une affluence de piscine un dimanche matin. Certains individus voyant déjà le jeune Michelito future figura del toreo, je suis pour ma part plus réservé ; quant à mes premières impressions concernant son toreo, elles devront attendre six années et les non piquées, mais sera-t-il encore là ? En parlant de figuras, on peut dire qu'elles ne courent pas les rues, à l'instar des figuritas qui je pense ont été trop tôt surestimées. Il a même été dit de certains toreros d'à peine 25 ans qu'ils n'avaient plus rien à prouver. Commençons par El Juli, qui est indéniablement un habile technicien, mais il semble pourtant être sur une pente descendante, et mêle parfois une certaine malhonnêteté à ses labeurs, exemple en est avec des estocades en prenant l'A64 dans le sud-ouest et l'A9 dans le sud-est. S'ajoutant à cela un faux défi, celui de s'annoncer seul à Nîmes face à six terrifiants Daniel Ruiz ; on pourra toujours sortir l'excuse que c'est avec ces toros qu'il a pris l'alternative, mais pourquoi pas des Escolar Gil sachant que son premier solo à Nîmes de 1999 était lui aussi assez aseptisé en matière de bichos, alors dix ans après, pas d'évolution ? Tel un héros éphémère, Sébastien Castella a perdu pas mal de popularité et a été châtié par nombre d'empresas, le stakhanoviste des cambios, pendules ou encore redondos aurait peut-être dû revoir ses prétentions à la baisse, n'est pas figura qui veut. Quant à Miguel Angel Perera que pas mal de portails spécialisés descendent en cette fin d'été, je verrai bien de mes propres yeux le 31 août à Bayonne. Plus discret est le fils Manzanares qui affiche davantage de solidité, d'humilité et surtout de naturel dans sa manière d'être dans l'arène. Intégré dans le même type de cartel, Enrique Ponce tient quant à lui honorablement pour sa dix-neuvième temporada en tant que torero bien que ses adversaires ne soient pas des foudres de guerre, on peut toutefois saluer son effort avec les jolis Alcurrucén de Bayonne. Je passe bien évidemment sur les César Jiménez, El Fandi, ou encore Francisco Rivera Ordóñez, qui font à divers degré de la corrida une parodie, à Estepona comme à Marbella. Le grand problème des figuritas et des toreros pueblerinos étant leur faible sens de la lidia, le modèle voulant plus de faena pour moins de piques, la loi de l'offre et de la demande les obligerait à arriver toujours plus vite au troisième tiers ? Quant à la torería française, elle est sur une mauvaise pente, Juan Bautista n'est plus le torero étincelant de 2007, Julien Lescarret possède la capacité de se mettre en danger devant n'importe quel toro, Mehdi Savalli doit s'expatrier très loin afin d'obtenir des contrats peu juteux, et le landais Julien Dusseing a probablement vécu l'après-midi de son alternative comme le requiem de sa jeune carrière. Je n'oublie pas pour autant les camarades, les deux-Saint-Joseph. Le premier, je parle de José Antonio Morante, qui malgré un sens très artistique du toreo a pour revers de la médaille un côté anachronique, celui de se revendiquer torero du XIXème siècle tout en souhaitant affronter uniquement des adversaires modernes à la trajectoire rectiligne d'un Train Express Régional issu de la huitième génération. Quant à Saint-Joseph-Thomas, son Beach Tour 2008 est plutôt tumultueux, ponctué d'un certain goût pour le masochisme, telle cette corrida au Puerto de Santa María où il donna une passe de espalda avec sortie sur lui-même, cela confirme ce que j'avais dit il y a quelques temps à propos d'un danger artificiel, on pourra également bientôt inventer le terme d'auto-cornada... Avec des toros paraît-il trop encastés comme l'a dit récemment un site majeur ! En tout cas, il faut beaucoup de culot pour utiliser cet oxymore, et que les toros aient été encastés ou non, ce n'est pas preuve d'afición, plus dur même que de marcher sur la tête. A un degré moindre mais dans le même registre, le très bon lot de Joselito combattu à Bayonne aurait été dénigré comme étant trop mobile par l'apoderado d'un torero dont bon nombre de spectateurs dacquois ou assimilés affirment qu'il sait maîtriser quelconque taureau ; c'est vrai que la dernière fois que j'ai assisté à une course de Montalvo, j'ai été terrifié, mais par leur déficience en matière de caste. En tout cas, le 15 août est un jour de miracle à Bayonne, après le grand lot de Valdefresno de l'an passé, c'était au tour des toros de El Tajo cette année, avec peut-être même le meilleur lot sorti par Joselito en tant que ganadero, qui l'aurait parié ? En tout cas pas moi. Miracle il n'y a pas eu cette année pour les héritiers du regretté Aimé Gallon dont les produits offrent spectacle morne sur autre spectacle morne. Puis le Soleil apparaît, à Parentis, à Céret ou encore à Lodosa – et il y en a d'autres – la ou la fête n'a pas encore gâché la fête, à l'instar de Dax, de Béziers ou bien de Bayonne au début du mois d'août. Côté matadors de toros, on salue Don Luis Francisco et Don José Pedro, lidiadors devant l'éternel, au regret de leur mano a mano qui restera à jamais une énigme. Puis derrière eux, l'espoir renaît, ils s'appellent Diego Urdiales, Sergio Aguilar, Rafaelillo ou bien Alberto Aguilar, l'oublié des empresas. Sans omettre les élevages romantiques qui nous font rêver et dire qu'il existe encore des toros bravos sur cette terre, comme le sont Escolar Gil, Prieto de la Cal, mais surtout Raso de Portillo et ses toros tenant du légendaire !
Puis pour finir, je voulais donner une simple méditation à ceux qui ne jurent que par la tauromachie artistique : mais la tauromachie à l'origine justement, n'est-ce pas essayer de voler quelques passes à un taureau sauvage ?

Florent (le jeudi 21 août 2008)

(Photo : La plaza navarraise de Lodosa)

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