mardi 17 mars 2009

Paraître mais ne pas être

Les discussions peuvent parfois être le point de départ de longues réflexions. Ainsi, je parlais l'autre jour avec l'ami L.Larregain. Lui, basque à l'œil espiègle et voyeur m'évoquait quelques mots interceptés dans le métro madrilène l'an dernier. C'était à la sortie de Las Ventas et il apercevait deux personnes d'une soixantaine d'années parler de toros ; des aficionados aguerris. L'un des deux disait « Tu sais, le problème des jeunes toreros d'aujourd'hui, c'est le manque de technique et d'entraînement. » ; et l'autre lui répondit avec fatalité « Non, ce qui leur manque : c'est l'afición... » Quelques mots effroyables mais tellement vrais ! Ils reflètent par ailleurs très bien ce qui se passe à l'heure actuelle.
C'est donc à cette question que je voulais en venir : y-a-t-il encore de l'afición en piste ?

La pire des choses est que l'on ne peut pas se voiler cette réalité. Celle que l'on constat au fil des novilladas piquées ou non, avec des jeunes blazés, désabusés, manquant d'envie lorsque ce ne sont pas les fondamentaux qui font défaut. Car que veulent-ils ces jeunes toreros ? La gloire ? L'argent ? Les femmes ? Ils veulent tout cela. Mais indéniablement, ils veulent tout d'abord des adversaires à la charge rectiligne, serviables et sans trop de difficultés. Cela me fait penser à un jeune aspirant à être grand cuisinier et qui n'aurait recours qu'à des plats micro-ondables.
Mais l'entourage et le manque de culture taurine de ces jeunes y est également pour quelque chose. On veut même parfois nous apprendre que les bêtes doivent être au service des aspirants et leur permettre d'exprimer leur toreo. Mais la corrida est-elle quelque chose de fabriqué ? Où un taureau sauvage devrait être humanisé pour satisfaire un homme incapable d'affronter sa caste ? Aussi, je ne pense pas que les écoles taurines remplissent bien leur rôle.
Et puis... Ces jeunes qui rêvent du taureau moderne ! Qui s'en tapent complètement de la lidia mais qui se délectent devant de longues faenas conformistes, de deux cent muletazos ou plus... Je dois avouer que cela est tout aussi excitant qu'un journal de treize heures où Jean-Pierre Pernaut évoque le boulanger de Plabennec-sur-Mer qui fabrique ses pains au chocolat avec 29,14 % de cacao.
Il y a donc ces entourages, ces écoles taurines... Mais aussi ces banderilleros qui n'aident pas vraiment les jeunes. Ces banderilleros qui gueulent « oléééé » derrière le burladero alors que le gamin n'est ni croisé ni quieto. Ces banderilleros qui solliciteront le public afin que ce dernier demande l'oreille en guise d'encouragement et non comme synonyme d'une récompense méritée. Ces banderilleros qui ne seront pas capables après la course de dire au jeune s'il a été bon ou mauvais.
Alors quand à tous ces facteurs se rajoute la vulgarité, que dire ? Voyez Román Pérez, un parangon de mauvais goût et d'irrespect croyant tout maîtriser alors qu'il torée à des années lumières de ses adversaires...De nos jours, le problème est que la symbolique de l'ultra-modernisme est partout. Alors, comment ne pas penser à Miguel Angel Perera ? Lui qui estime que l'on voit la bravoure du taureau dans la muleta et non à la pique. Lui Perera, qui veut un taureau moderne à la charge inlassable ; mais pourquoi faire ? Pour donner son toreo longiligne et conformiste ! Afin que cela soit une affaire rentable à long terme. Oui toi Perera ! Toi qui a moins de classe en deux milles sept cent muletazos que Sergio Aguilar en une naturelle donnée de face, dans les canons, une naturelle une seule, bouleversante et qui arrête le temps... Alors que toi Perera, tes multiplications de séries profilées nous amènent plus vite à notre mort, de par cette accélération. De plus, ton toreo et les bêtes que tu veux affronter relèvent de la fabrication, quel effroi ! Tueras-tu la tauromachie avec ton aliénation ? Où seras-tu justement oublié car tu auras aliéné ? Nous le saurons un jour. Mais avant de faire dans le domaine quantitatif, il faut peut-être penser au qualitatif. Car la corrida est une affaire de qualité et non de quantité... Perte des valeurs quand tu nous tiens ! Remarquez, je pense que la décadence de l'afición ne se fait pas sentir uniquement en piste...

Florent

(Photo : Miguel Angel Perera qui ne prend pas la peine de donner un joli tercio de piques à ce Conde de Mayalde. Pas grave, ce que les gens veulent voir : c'est une faena)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire