mardi 17 mars 2009

Raúl Velasco Olivares

Si je vous parle de Raúl Velasco, cela ne vous dira rien ; et pour tout vous dire, c'était à peu près la même chose pour moi il y a quelques mois encore, je vous avouerai toutefois que je ne l'ai jamais vu toréé. Plusieurs personnes m'en ont donc parlé, un ami proche du torero nous le fait découvrir. Quant à moi, je me démènerai rapidement afin de voir Raúl dans les ruedos. Pour donner des repères : Raúl Velasco a pris l'alternative à la fin de la temporada 2007 ; l'année dernière, il a pris part à six corridas de toros formelles et à une dizaine de festivals ; s'il affronta une course de Alcurrucén à Cabanillas del Campo (Madrid), ce sont bien les Adolfo Rodríguez de Montesinos qu'il a le plus combattu vêtu de lumières en 2008, la première fois à Moral de Calatrava (Ciudad Real) le 16 août, puis à Pioz (Guadalajara) le 27 août, coupant respectivement deux et trois oreilles. Sur ce, je vous laisse avec quelqu'un qui vous parlera de Raúl Velasco bien mieux que moi :


" Ce 19 mai 2003 à Las Ventas, je découvris ce petit novillero de Castille. Loin de moi l'idée que notre amitié allait débuter ainsi. Lassé de sillonner les petits villages de la vallée de la terreur, le novillero s'est éteint « en homme » à Las Ventas, se coupant la coleta. Faute d'opportunités, l'intéressé s'expliqua par voix de presse pour se justifier de ce verdict sans appel : « Cet après midi était clé. Soit je sortais par la grande Porte, soit je me retirais. Malheureusement j'ai du me résoudre pour l'option que je redoutais »... Au placard le rêve de triomphes.
Et puis, hors du mundillo, Sonia, sa famille, ses amis, l'avons soutenu, pour se reconstruire... certes, à notre manière.Et puis, il répondit aux appels de ses amis ganaderos « Viens tienter quelques vaches, j'ai besoin de toi ! ».
Et puis, avec force et abnégation, il fut invité à reprendre l'épée lors de festivals à but caritatif... on l'appela ensuite afin de compléter des carteles... Il n'était pas si loin du mundillo finalement...
Trois ans après sa petite mort, comment ne pas me souvenir de notre conversation sur une route nous menant ensemble vers le petit village de La Carolina... Enième invitation pour une tienta. Entre deux sujets, il me glissa vouloir reprendre l'épée... Stupéfait d'une telle confidence, je laissai parler mon silence ; espérant éviter lui donner mon avis sur une telle décision. Que répondre ? Qui aurait été le plus égoïste pour convaincre l'autre ? Lui conseiller d'abandonner l'idée ? Le supplier en invoquant la souffrance des siens l'aurait amené sur l'échafaud. Non, à ma décharge, seul son cœur avait le droit de réponse. Au diable l'avis extérieur.
A notre retour sur Madrid, et malgré ma promesse, je cherchais à partager cette nouvelle. J'implorai notre ami en commun Sergio, de la deviner grâce à ce jeux puéril du « ni oui, ni non », car trop lourd à garder pour moi seul.
Le temps passa... Et c'est le 22 septembre 2007 à Villaviciosa de Odón que le matador de toros Raúl Velasco Olivares naquit, des mains d'Antón Cortés et sous la présence de l'andalou Salvador Vega. Le premier toro – de El Torreón – pour Raúl était lourd mais encasté, se montrant combattif à la pique. A la cape, Raúl fut hésitant voire même brouillon. Car trois années loin des ruedos ne s'effacent pas aussi facilement. Cependant, au fur et à mesure de la faena, sa technique l'aida à retrouver son toreo, ses pieds arrimés au sol, son buste droit, et ses muletazos de plus en plus profonds apportèrent l'émotion dans les tendidos. Au moment de l'estocade, je gardai la tête dans ma chemise, mes yeux scrutant mes chaussettes, souhaitant simplement revoir mon pote le soir venu. Trois quart d'épée en bonne place, le toro s'écroula rapidement, Raúl obtint deux oreilles justifiées. J'observai tout le monde ; certains visages se relâchèrent, quant à moi, mes pensées allaient à ce second toro et m'empêchèrent pleinement de profiter des combats suivants. Le sixième bicho qui sortit du toril était le plus imposant du lot, toutefois moins brave que le premier, mais il humiliait tout de même et affichait une noblesse permettant à Raúl d'exprimer une fois encore toute la panoplie de son toreo. Face à cette noblesse, la profondeur des muletazos de mon ami me permirent de me relâcher, je puis enfin profiter de la faena, le plaisir prenant le pas sur l'angoisse. La faena touchant à sa fin, le danger approcha, le toro allant a menos. En professionnel qu'il veut être, Raúl tira le maximum du toro... Pourtant, j'appris par la suite que cet animal avait stationné plus d'une heure et demie dans les rues de la ville au cours de l'encierro matinal, refusant de rentrer dans les corrales ! Quelle aurait été notre réaction à tous si nous en avions été informés? Au détour d'une naturelle, le toro s'arrêta, se retourna et infligea une première voltereta, blessant le torero à la cuisse gauche. Depuis les tendidos, nous lui supplions d'abréger, mais en matador de toros, il se releva pour donner une dernière série émouvante et exposée, afin de ne pas rester sur cet accrochage. Au moment de l'estocade, il se jeta avec toute sa sincérité sur le toro, mais la corne le percuta au visage : peur, panique et angoisse dans les gradins, Raúl resta au sol, de nouveau commotionné, mais il se releva comme le font certains novilleros morts de faim. Pour nous rassurer ou pour oublier le pire, on justifiera l'estafilade au visage d'une erreur de rasage matinal. Devant tant d'émotion, la présidence accordera de nouveau deux oreilles, ce qui est normal au vu de la plaza.
Fin juillet 2008, au détour d'une conversation téléphonique, Raúl m'apprit qu'il avait affronté l'élevage de Alcurrucén la semaine précédente à Cabanillas del Campo – là-aussi près de Madrid –, il était accompagné des toreros Uceda Leal et Fernando Cruz. Sa reseña orale fut trop évasive à mon goût, je m'empressai alors de consulter les comptes-rendus disponibles sur Internet, pour une pêche aux infos. Dios mio ! Stupéfaction au vu des photos de la tarde, nouvelle sortie en triomphe au prix d'une terrible voltereta. Mais dans tous les cas, les critiques furent flatteuses pour Raúl, car le lot du jour était sérieux et aurait pu passer dans des arènes bien plus importantes.
Un mois plus tard, je lui confirmais le désir ne plus vouloir l'accompagner au cours de ses prochains paseos ! Puis Luc, un jeune aficionado bayonnais confirmé de vingt ans désira le voir toréer et arriva à me convaincre de faire un aller/retour jusqu'à Pioz, petite bourgade de la province de Guadalajara.Au cartel, Raúl accompagnait Fernando Robleño et Javier Castaño pour lidier des toros du célèbre Adolfo Rodríguez de Montesinos, la deuxième fois de la saison qu'il les affrontait. Avant de pénétrer dans cette arène portative, j'hésitais à rester dans le bar du village et à attendre la fin de la course. Alors que j'allais rebrousser chemin, l'amie de Raúl me tendit une place. Tête basse, je me positionnai dans la file d'attente. Depuis le haut des tendidos – équivalent à des barreras de beaucoup d'arènes – j'observai avec inquiétude les deux premiers toros ; grands, sérieux, vendant chèrement leur peau, la marque des toros de respect. Robleño et Castaño écoutèrent silence et applaudissements à chacun de leur passage sur ce ruedo castillan. Pendant, la première faena de Raúl, mes yeux se tournaient davantage vers la beauté du paysage et du château fort qui surplombaient la scène que vers la piste ! Ratant la moitié du spectacle ! Tampis ! L'œil averti de Luc me raconta le reste. Le danger était permanent avec son premier adversaire, Raúl l'affronta malgré l'adversité, payant cet effort d'un gros vol plané ; il reçut une oreille après une estocade engagée.Mes voisins de tendidos s'interrogèrent sur le valiente qu'ils venaient de voir toréer. Je restai pour ma part surpris de leur ignorance sur le torero.... A vrai dire, quelques années auparavant, Raúl avait gracié un novillo de la ganadería El Estoque dans cette même arène. Comment peut-on oublier un indulto ? Un tel évènement étant à chaque fois loué ou contesté, mais il reste dans les mémoires. Lors de sa vuelta al ruedo, Raúl s'étonna de ma présence dans les tendidos et me regarda avec un sourire moqueur. Mes voisins m'interrogèrent alors, c'était la mort du troisième toro de l'après-midi, ils m'invitèrent à boire una caña, me proposèrent un pincho de tortilla. Je refusai leur gentillesse, cela s'expliquant par une unique envie : celle de m'en aller ! Malgré du genio, le second de Raúl était joueur sur la corne gauche, il en profita pour réaliser une faena exclusivement de ce côté, avec des naturelles portant la marque des plus grands – dixit Luc – ! Belle personnalité, main basse, menton dans la poitrine et la jambe en avant. La mise à mort très engagée lui permit de couper sans contestation deux trophées. Sa vuelta finale fut émouvante lorsque l'on sait d'où revenait Raúl : une véritable traversée du désert.

Mes premières pensées vont bien sûr à ses parents et à ses proches... Je leur tire mon coup de chapeau pour avoir accepté une telle souffrance au moment de chaque paseo. Malgré tout, ils l'accompagnent, le supportent, tant dans ses moments de gloire que dans ses peines. Une belle marque d'amour. Je ne peux m'empêcher de penser à toutes les personnes qui gravitent autour des toreros et qui se glorifient d'en connaître un... Pour ma part, malgré mon afición, je souhaiterais avoir une mémoire sélective pour oublier tous ces moments d'inquiétude. Je me résous donc à attendre et à espérer que cela passe ; et je me raccroche au bonheur de mon pote.Ce qui est certain et j'en suis sûr, c'est que par sa persévérance, son amour du toro, Raúl atteindra son objectif. Il le sait plus que quiconque... Et le mérite finit toujours par payer.

Suerte amigo ! "

Par "Anonyme" le jeudi 8 janvier 2009

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