mardi 17 mars 2009

Un lugar único

Quoi que l'on puisse en dire, une plaza de toros est un lieu unique, échappant à toute logique d'un monde actuel qui tend à l'aseptisation. Vides de spectateurs, les arènes pourraient apparaître comme dénuées de sens, mais ce n'est pas le cas.En effet, on peut les considérer comme un monument chargé d'histoire ; où plusieurs après-midi par an depuis des décennies, des hommes viennent combattre le taureau et ainsi jouer leur vie. Les arènes de Céret ont été inaugurées en 1922 et elles sont un magnifique exemple du genre. Au premier abord, on pourrait les croire modestes, sans réel attrait extérieur ; en revanche, l'intérieur est plus vivant, même s'il n'est pas monumental. Le ruedo est petit, mais l'important n'est pas là ; car les arènes de Céret ont vraiment une âme, tant grâce à cette région qu'est la Catalogne, que grâce à ces cimes montagneuses que l'on peut apercevoir depuis les tendidos, tant par l'histoire de ces arènes et ce qui s'y est passé depuis près d'un siècle. Car les anecdotes sont innombrables entre ce jour de 1922 où « Perdigón » de José Bueno entra dans le ruedo pour être affronté par Pouly III et ce jour de 2008 où David Mora affronta le dernier toro de Escolar Gil : « Cordinero ». Céret en Vallespir et ses arènes, qui furent à une époque spécialisées dans les corridas goyesques, l'époque où défilèrent les toreros de la trempe d'Ortega Cano. On pourrait multiplier les exemples ; mais pour revenir à un passé plus récent, on est dans l'obligation de citer l'ADAC (Association Des Aficionados Cérétans), car actuellement, que serait Céret sans l'ADAC et que serait l'ADAC sans Céret ?
Depuis vingt ans, ce petit ruedo a été le témoin de tant de combats et d'émotions ; Nimeño II y a inscrit des triomphes de sa fin de carrière tragique, les mythiques Veraguas des héritiers de Maria do Carmo Palha y ont arboré leurs robes savantes ainsi que leur art du combat, Esplá y a voué une histoire d'amour avec le public, avec une page dramatique ; celle de l'an passé où cette porte au premier plan s'ouvrit à son corps inanimé, comme sans vie, mais cette porte s'ouvrit également un an plus tard avec une haie d'honneur, pour saluer son parcours, sa vie. Cette piste, elle a aussi fait les belles heures des prestigieux élevages : Adolfo Martín, Escolar Gil, La Quinta et tant d'autres... Mais elle a également dépoussiéré ou présenté des taureaux improbables ; Luis Terrón, Vaz Monteiro, José Arriazu...
Puis il y a cette cobla perchée là haut, qui affirme la fière identité catalane. Cette cobla qui entonne des sons parfois tragiques, mais indéniablement superbes ; elle a accompagné au paseo des novilleros qui sont très vite retombés dans l'anonymat, mais ils se souviendront probablement de leur passage à Céret ; de leurs cicatrices, de leur courage... Ce ruedo, il a également vu le madrilène José Luis Bote dans un combat apocalyptique ; de l'apocalypse, comme ces Hernández Pla qui ont fait trembler toute une région il y a quelques années, le temps de six tercios de piques, qui ont montré que la corrida était vraiment un spectacle unique.
Tous ces exemples cités ne sont qu'une infime partie de ce qui s'est produit dans ces arènes. Même si l'ADAC n'opère « que » depuis vingt ans, l'histoire taurine est déjà très riche, et la tauromachie authentique est là, les taureaux sont là, les hommes aussi. Peut-on rêver mieux ? Enfin, Céret montre que la Catalogne est une région taurine et que la corrida fait partie de la culture locale ; tant dans la partie française qu'espagnole de cette contrée. On pourra ainsi pointer du doigt cette « Catalogne futuriste » et ses artisans, plus proches de Bruxelles ou d'Amsterdam que de la péninsule ibérique ; qui veulent porter l'estocade à la tauromachie. Mais ces gens-là qui ne représentent pas la Catalogne dans son intégralité : qu'ont-ils comme arbre hormis la langue catalane pour cacher leur inculture ?

Florent (le samedi 15 novembre 2008)

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