mardi 17 mars 2009

Une indéfinissable hiérarchie taurine française

Depuis quelques années maintenant, les règlements taurins semblent évoluer de manière exponentielle chez nos voisins espagnols (apparition ou modification de règlements andalous, basques, castillans, valenciens...) Mais dans quel but ? On peut même se demander si un écriteau avec les règles propres à l'arène figurera un jour dans chaque patio de caballos. Cependant, l'Espagne a le mérite d'avoir une séparation clairement tranchée entre les catégories de plazas. Ce qui n'est pas le cas chez nous où il semble difficile d'établir une hiérarchie !
Tout d'abord, on constate qu'il n'y a aucune plaza de temporada en France. Notre pays possède vingt-cinq plazas de toros qui organiseront des corridas formelles cette année. On pourrait donc se dire qu'il est aisé de faire un classement au vu de ce nombre peu conséquent. A première vue et sans être trop regardant – notamment sur les cornes –, on serait tenté de mettre Nîmes au sommet de la hiérarchie ! Elle est en effet l'arène la plus importante en nombre de places et c'est également elle qui donne le plus de spectacles portant sur le papier le nom de « corrida de toros ». Mais l'on peut rétorquer qu'il s'agit davantage d'une forte concentration de spectacles que d'une suite de corridas d'importance. Quant au fond : est-ce digne d'une plaza qui se dit de première catégorie d'octroyer trois queues sur une feria de quatre jours ? (*1) Est-ce digne pour cette plaza de faire sortir en corrida un taureau de 408 kilogrammes ? (*2) Enfin, la présentation globale du bétail décrédibilise fortement le statut suprême que pourrait avoir Nîmes. On concédera toutefois l'honnêteté qu'ont les nîmois de ne pas orner les cornes douteuses avec des prothèses comme ont pu le faire par le passé certains organisateurs de spectacles aturins... euh taurins pardon ! (*3)
Pour rester dans les grandes arènes (en capacité) du sud-est ; on peut dire que Béziers est un cycle hétéroclite au niveau des corridas mais homogène en matière d'assistance populaire peu avertie. Outre Nîmes, l'amphithéâtre romain d'Arles propose quant à lui des cartels variés même si certains manquent de sérieux, on pense ainsi à la corrida-concours et à celle de Victorino Martín. On peut également se poser des questions quant à l'absence des deux triomphateurs de l'année passée : El Fundi et Sergio Aguilar !A l'Ouest ; on a Dax qui reste remarquable pour la festivité dans les gradins ainsi que pour ses non piquées qui font « No Hay Billetes » tous les après-midis. Plus au sud il y a Bayonne, une plaza sérieuse en matière de présentation du bétail et qui pourrait même prétendre au titre. Mais il ne faut pas oublier Vic-Fezensac qui est également sérieuse dans son registre. En revanche ; on attendra avant de pouvoir reparler de Mont-de-Marsan qui change de direction cette année ; tout comme Eauze, Aire-sur-l'Adour et Tyrosse.
Puis il y a les plazas qui ont fait de l'authenticité leur cheval de bataille : Céret en est le plus fier exemple ! Même si l'on pourra discuter le choix des hommes, Alès (Dolores Aguirre et Palha) et Beaucaire (Palha, Monteviejo et Victorino Martín) ont la volonté de mettre leurs ferias sous le signe du Toro, et cela est tout à fait respectable. Les deux belles surprises de l'année sont à mettre au crédit d'Aignan et d'Orthez qui changent de cap même si elles n'organisent qu'une corrida par an. Les paris lancés par ces deux plazas seront à suivre !
Quant à la ville provençale de Saint-Martin-de-Crau, la seconde année dans ses nouvelles arènes sera transitoire puisque la saison dernière fut assez décevante au niveau ganadero. Un peu plus à l'est, on a Istres qui propose des affiches variées, il s'agit là encore d'une arène en pleine mutation. Toujours à l'est, Lunel revient en corrida de toros après douze années de novilladas. En effet, la dernière corrida présentée était un mano a mano entre Víctor Mendes et Antonio Ferrera devant des toros de La Quinta en 1997.
En tant qu'unique arène portative sur les vingt-cinq places en question, La Brède cherche toujours une politique taurine, les Prieto de la Cal semblent succéder aux Los Bayones présentés plusieurs années durant. On aura en revanche peu de difficultés à classer Vergèze, Palavas-les-Flots, Mauguio, Saint-Gilles, Châteaurenard et les Saintes-Maries-de-la-Mer...
Les arènes françaises sont effectivement très difficiles à classer car elles sont toutes différentes et plus ou moins soumises à une instabilité en matière de politique taurine. Alors qui mettre au sommet de la hiérarchie ?

Pour finir, je souhaitais revenir sur les propos récemment entendus de la bouche d'un organisateur du sud-est qui disait – je cite – : « peu importe la présentation des taureaux du moment que les gens sortent des arènes contents ... » Hormis ces individus, on a heureusement une afición toujours présente avec des gens qui mettent du cœur dans des paris risqués afin de monter des courses sortant un peu de l'ordinaire !

Florent (le samedi 28 février 2009)

*1 : lors de la dernière feria des Vendanges, Juan Bautista, El Juli et Sébastien Castella ont chacun obtenu un rabo
*2 : Le 8 Mai 2008, le premier toro de Garcigrande échu au sorteo à Javier Conde accusait 408 kilos sur la balance
*3 : Aire-sur-l'Adour 1994, corrida de Pablo Romero organisée par un franco-mexicain. Prix de l'Egoïne d'Or attribué par l'ANDA six mois plus tard.

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