mardi 17 mars 2009

Virement de bord

Devenir torerista, j'y avais pensé il y a quelques temps afin de me débarrasser de cette manie de l'éthique qui me possédait jusqu'alors. Car c'est vrai, pourquoi se préoccuper de l'éthique de la tauromachie ? Le système actuel fonctionne parfaitement, les corridas modernisées sont ce qui se fait de mieux, ce sont elles qui brassent le plus de spectateurs, qui font le plus couler d'encre, qui font le plus couper d'oreilles. Pourquoi se soucier de l'éthique alors que l'on peut se divertir à la vue d'un Julián López « El Juli », d'un Sébastien Castella ou encore d'un Javier Conde briller face à tant de noblesse, une noblesse qui n'est pas ingénue bien sûr, mais une noblesse exceptionnelle ! Car il n'était pas possible il y a encore quelques années de se délecter de ces admirables faenas de deux cent passes où l'on voit le torero au summum de son art, où le taureau est entièrement soumis à la grandeur du toreo, là où le sauvage est assujetti. C'est le breuvage que nous les aficionados du vingt-et-unième siècle demandons ; car quoi de plus merveilleux qu'une longue faena ? Avec des muletazos d'une éternité incomparable et avec un taureau collaborateur au possible.C'est pourquoi messieurs les ganaderos, je vous incite à marquer les veaux d'une année supplémentaire afin qu'ils sortent en corrida formelle à l'âge de trois ans, pour qu'ils aient davantage de mobilité dans la muleta, mais aussi pour qu'ils soient moins armés. De ce côté-là, je vous recommande également de limer les cornes de vos produits un mois et demi avant la course et de l'annoncer préalablement aux toreros qui de ce fait seront rassurés de cette opération. Car c'est vrai, la corrida doit être humanisée, la peur doit être totalement enlevée au torero pour qu'il se mette en valeur le plus possible. Il faut modifier beaucoup de choses, tout d'abord diminuer la taille de la pique, ce qui constituera une étape préliminaire avant sa suppression totale, car quel spectateur aujourd'hui s'intéresse à ce tiers désuet ? Dans toutes les écoles taurines, on devra aussi entraîner les élèves à placer leurs épées le plus bas possible sur le carretón, une fois en piste, ils réitèreront et l'on pourra assister ainsi à des morts plus brèves, ce qui fera taire nos détracteurs.
Une corrida dite « torista » au sein d'une feria, mais quelle idée abominable ! Il faut à tout prix bannir ces corridas car elles constituent une séance de douleur pour nous les aficionados de ce siècle, nous ne sommes point masochistes et cela ne nous plaît pas de voir le tercio de piques s'éterniser alors qu'il ne devrait plus exister, nous sommes terrorisés dès que le taureau se met à montrer du danger, car ce n'est pas le but de la corrida, le torero doit briller ! Pour ce, nous demandons que nos abonos soient entièrement constitués de lots à triomphe et de toreros en vogue, nous vous prions messieurs les organisateurs de bannir de vos esprits les noms farfelus qui vous tentaient afin de fournir la corrida torista, oubliez Victorino Martín, Escolar Gil. Nous qui représentons le peuple, nous qui avons demandé l'indulto pour Desgarbado nous avons raison, car « vox populi vox dei », pour ce, nous vous faisons une demande expresse pour la temporada prochaine en vous demandant des lots de : Montalvo, Garcigrande, Victoriano del Río, Zalduendo, Luis Algarra et Manolo González. Si cette demande n'est pas accomplie, nous manifesterons notre désapprobation lors de la première corrida du cycle en déployant une banderole mentionnant « Nada tiene importancia si no hay arte, por una corrida modernizada : sí al fraude ». Nous devons nécessairement nous débarrasser de ces corridas d'un autre âge et pour encourager les vocations au toreo, offrir une oreille comme récompense minimale à chaque novillero sans picador pour sa prestation.
Etre torista est une réelle déconvenue, car l'on ne peut profiter pleinement des faenas qui nous sont proposées à longueur de temps mais que l'on se refuse à voir pour quelconque motif. L'important, c'est de voir des hommes toréer et triompher, le reste est dérisoire, mais sachez pour ce que le ganadero doit nécessairement adapter son bétail afin d'assurer le triomphe des toreros. Ainsi, toutes les arènes se rempliront, il sera possible de voir des faenas toujours plus longues et savoureuses, et l'on assistera à une découpe d'oreilles toujours croissante. Alors, comme moi, remettez-vous en question !

P.S : Ceci était bien sûr une plaisanterie, chacun sachant qu'aujourd'hui, 28 décembre, symbolise en Espagne « le jour des Innocents », ce qui est synonyme en France du 1er avril et de ses poissons...

Florent (le dimanche 28 décembre 2008)

(Photo : le fer de l'élevage basque "El Palmeral")

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