jeudi 16 avril 2009

Col blanc et cols bleus

A l’instar de nombreux villages landais, Mugron –perché sur les hauteurs de la Chalosse – propose une novillada annuelle. Celle-ci a traditionnellement lieu chaque Lundi de Pâques. Mugron en quelques mots, c’est un peu Garlin-en-Chalosse ; alors que Garlin, c’est Mugron-en-Béarn. Comprendra qui voudra. Dans cette arène de course landaise à la forme oblongue, les élevages réputés "de lujo" par les taurinos se suivent d’années en années avec plus ou moins de réussite. Des Juan Pedro sont sortis à plusieurs reprises, et l’an passé, c’était au tour des Torrealta d’y être présentés.

Dimanche à Aignan, les Escolar Gil tant espérés ne sont pas sortis. De ce fait, les Fernando Peña Catalán de Mugron sont devenus la seule opportunité de voir du toro ce week-end dans le sud-ouest. Fernando Peña : un élevage d’origine Torrestrella présenté en corrida il y a quelques années à Vic mais qui n’est pas resté dans les mémoires. Les six novillos de ce lundi formaient un lot typique pour Mugron et incarnaient parfaitement la définition du terme " desigual ". Inégaux physiquement tout d’abord : du premier brocho et de type festivalier en passant par les second et troisième jolis pour le Bolsín de Bougue alors que les deux derniers auraient pu aisément prétendre à une corrida d’un dimanche matin à Nîmes. Le quatrième était quant à lui le novillo lambda pour ce type de course. Des bichos également variés en robes avec deux burracos, un castaño bragado, un colorado bragado ojo de perdiz et deux negros. Le lot fut cependant homogène en matière d’armures douteuses, la palme revenant au second qui possédait des extrémités très vilaines mais que personne ne sembla bon de protester.
Ces Fernando Peña étaient ainsi inégaux en types et en pelages, mais également en jeu. Ils furent nobles à divers degrés tout en manquant singulièrement de caste. Se mirent surtout en évidence le troisième bien exploité par Juan del Alamo et le cinquième qui possédait la meilleure charge. Aussi, le lot fut parfois intéressant à la pique pour un total de dix rencontres. Le premier « Altas Luces » reçut un unique puyazo au milieu du dos tout en poussant alors que le sixième « Rompe plaza » s’employa également en deux rencontres administrées par Luis Vallejo « El Pimpi ». Ce dernier réalisant un grand tercio de piques dans les règles, ce qui est assez rare pour être signalé. Pour sa part, le troisième Fernando Peña renversa la cavalerie au premier assaut après avoir mal été mis en suerte et mal reçu par le lancier.

Quant aux novilleros qui ont affronté ce lot de Fernando Peña, deux d’entre eux débutaient avec picadors : le landais Thomas Dufau et le salmantino Juan del Alamo.
Mais c’est Juan Carlos Cabello qui ouvrait les débats. Il apparut apathique, emprunté, nerveux et aussi vert que son costume malgré le poste de chef de lidia qui lui était confié ; enchaînant tafalleras, cambios à la Sébastien Castella, manoletinas ou encore pechos genou en terre sans grande conviction. Toute la panoplie du torero en plein doute. En premier lieu, il n’arriva pas à tirer le meilleur d’un novillo qui aurait mérité un véritable tercio de piques. Au quatrième, Cabello s’éternisa lors d’une faena terne, longue, vide et sans âme. Salut au tiers et applaudissements. Prestation très discrète de la part du novillero de Málaga. Et les trois avis reçus il y a un mois à Las Ventas doivent certainement entrer en compte au niveau psychologique…

Vînt ensuite le départemental Thomas Dufau qui débutait dans cette catégorie. Pourtant, son premier adversaire était digne de l’échelon inférieur. Le novillero du Frêche fut volontaire à la cape avant que les choses ne se compliquent. En effet, le logique manque d’expérience se fit sentir : des banderilles approximatives, du toreo sur le passage, pas de réel travail de domination. Le cinquième novillo avait tendance à chercher la querencia mais possédait cependant de très bonnes embestidas, elles restèrent inédites car le novillero ne sut les exploiter. Une oreille gentillette au second pour Thomas Dufau après une vilaine atravesada suivie d’une entière. Salut au tiers au cinquième.

Enfin, Juan del Alamo complétait le cartel. Il laissa une excellente impression et s’imposa grâce à une personnalité très forte. En effet, le novillero de Salamanque fut à la fois vaillant et engagé dans la lidia, démontrant également une grosse aisance technique et du temple ; le tout ponctué par une touche de trémendisme confirmant son caractère bouillant. Aussi, Juan del Alamo ne semble copier aucun modèle et souhaite affirmer sa propre personnalité, ce qui est une chose essentielle. Pour ce, il est le novillero à suivre cette saison ! Varié à la cape, il effectua un très bon début de faena par le haut et les pieds figés face au troisième. Del Alamo signa ainsi un labeur vibrant avec beaucoup de sérénité et de profondeur dans les muletazos. Une épée très basse malgré un bel engagement n'empêchèrent pas l'octroi de deux oreilles ne souffrant d’aucune contestation comparées à celle de Thomas Dufau. Mais n’oublions pas que nous étions à Mugron. Le dernier Fernando Peña était le plus réservé du lot mais Juan del Alamo réalisa à nouveau un effort méritoire, avec notamment de très intéressantes séquences de face. Il connut cependant un gros échec à la mort et dut se contenter d’un simple salut au tiers après la sonnerie d'un avis. Le prix au meilleur novillero lui fut fort logiquement attribué. Aussi, il serait bien de le revoir face à du bétail plus exigeant afin de confirmer son aisance technique. Mais patience, ce n’était que sa première novillada piquée !!!

Une novillada dans le style « mugronnais » en résumé avec des moments intéressants. On peut cependant espérer que les prochaines fois, les novillos soient plus décemment présentés, ce qui n’était pas réellement le cas ce lundi. Le matin, le montois Mathieu Guillon affrontait ses deux derniers erales avant le passage en piquée prévu dimanche prochain à Garlin. « Affronter » est un bien grand mot puisque le protégé de Richard Milian se mit sur le passage et se ménagea face à deux bichos de Malabat qui offraient de nombreuses possibilités. Salut et oreille d’adieu à la catégorie. Contrairement à Aignan, le ciel a épargné Mugron ce lundi et les aficionados ont copieusement garni les arènes (demie entrée le matin et quasi plein l’après-midi)

Florent


(Photos : Le sixième Fernando Peña (photo de Laurent L.) / La jolie plaza de Mugron / Mathieu Guillon le matin)

6 commentaires:

  1. d'accord avec ton oeil affûté sur la novillada de mugron. je vais peu a los toros , enfin surtout beaucoup moins qu'avant , mais del alamo m'a fait remonter des olés de l'arrière gorge que je pensais ne pas usiter ce jour-là. il faut dire que la dernière fois que je vins en chalosse c'était je crois il y a deux ou trois ans avec les vellosinos : pa' quitar aficion hasta al mocito feliz.là ce fut les deux autres plumes qui faillrent me faire manger mon chapeau. tant de luxe pour tant de fadeur...cochon et confiture ne font pas bon ménage. mais je veux bien concevoir qu'il faille les revoir. mais que le peuplier soit au cartel, par pitié.
    où je ne te suis pas c'est sur ton insistance à fustiger la présentation. je ne crois pas que c'était afeité. c'était présenté dans le type, c'est pour cela que la novillada a transmis, et ce dans les limites du réglement qui est rappelé dans ce post de camposyruedos à propos de la future concours de parentis.
    http://camposyruedos2.blogspot.com/2009/04/petites-reflexions-sur-la-concours.html

    que certains visent l'excellence c'est parfait. mais que certains s'arrangent pour préférer ce qui donnera le jeu le plus intéressant au détriment de la façade parce qu'on a moins de moyens, moins d'impacts...cela me parait non répréhensible puisque le réglement est , là, respecté. non ?

    ludo

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  2. Certes et c'est essentiel : chaque toro doit sortir dans son type. Par contre au niveau des cornes, je suis sûr à 95% qu'elles étaient touchées. J'ai divers clichés par ailleurs si tu le souhaites.

    Florent

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  3. Florent il faut que tu arrives à intégrer qu'un village comme Mugron ne peut se payer des "têtes de camade".
    Et si certaines cornes paraissaient douteuses je ne pense pas réellement qu'il y ai afeitado.
    On peut être exigeant en terme de présentation pour des spectacles en 1ère catégorie, mais les bénévoles qui organisent ce genre de spectacles sont très rares. Nous avons la chance dans le Sud Ouest d'avoir cette culture de la novillada, contrairement au Sud Est, alors soyons tolérants...

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  4. N'y étant pas je fermerai "ma gueule" ,mais Florent que tous les blogs élististes ont louangé
    a lui aussi droit à un avis personnel méritoire...et n'a pas besoin de soins palliatifs

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  5. encore hors sujet le bruno....

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  6. Et l'anonyme, comme toujours, courageux !!!
    Bruno l'est, LUI, courageux!!

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