mercredi 29 avril 2009

L'absence de caste sévit aussi à Séville

Séville, son soleil, ses bars où la manzanilla coule à flots ! Séville, sa Feria de Abril et ses dix-huit festejos ! Séville, son mano a mano qui faisait grand bruit depuis des mois ! J’ai pour ma part assisté à cinq courses sur les dix-huit proposées.
Cinq corridas ! Trente « toros » ! Ou plutôt trente-deux avec les sobreros de Victorino Martín et El Ventorrillo.
Une bonne quinzaine qui aurait dû être raccompagnée aux corrales par les cabestros. Seulement deux ou trois qui auraient été validés par les vétérinaires madrilènes. Des cornes parfois très abîmées. Des gabarits diverses. Une caste fantomatique. Seule la course du samedi a apporté un réel intérêt. Pour le reste, heureusement que Séville et l’Andalousie sont magnifiques. Sinon, le taux de suicide des aficionados serait bien supérieur à celui des prisons françaises.
Mercredi 22 Avril – Injection létale

Deux tiers d’arène. Une chaleur estivale que l’on n’a pas connue depuis des années en France. Cinq jolies suédoises inégales de trapío courtement vêtues au tendido sol. En piste, six Peñajara annoncés sur l’affiche comme « Toros ». Mais quelle fierté y-a-t-il à présenter de telles bêtes pour un ganadero et un mayoral ? Car ces derniers temps, il y a davantage de soupirs que de sourires chez les aficionados à l’annonce de l’élevage de Peñajara. Et le lot de Séville a confirmé ces soupirs. Plus ou moins charpentés, plus ou moins gras, plus ou moins armés, les toros de Peñajara avaient un dénominateur commun : l’absence de caste.
Sous une forte chaleur, nous sortîmes pourtant très vite de notre torpeur lorsque, en banderillant le premier toro, le subalterne Paco Peña se fit longuement accrocher à la taleguilla, remémorant aux présents le douloureux souvenir de Manuel Montoliú. Cinq minutes plus tard, le public était replongé dans sa procédure d’euthanasie. Et ce jusqu’au milieu de la faena du sixième Peñajara. Un castaño bragado de près de six cent kilos (597 exactement) face auquel Luis Bolívar réalisa une prestation honnête et sincère. Profitant de la docilité de cet adversaire, le colombien donna quelques belles séries. Il tua d’une entière engagée et obtint l’unique oreille du jour. Malheureusement, les suédoises n’ont pas goûté à cette éclaircie dans la grisaille. Hormis cela, cinq silences. Antonio Barrera et Juan Bautista complétaient le cartel.

Jeudi 23 Avril – Le navet de l'année

Annoncée depuis le mois de décembre, l’alléchante affiche du mano a mano entre Morante et El Cid face aux Victorino Martín avait suscité l’intérêt des aficionados… et l’intérêt économique des revendeurs.
20h55 : la corrida est finie. Les aficionados dépités se demandent si cette corrida a réellement commencé. Trois Victorino Martín initialement prévus ont été mis hors jeu par les vétérinaires. Au final, il y eut un lot inégal, le bicho le plus âgé avait quatre ans et quatre mois…
En rouge et noir, Morante de la Puebla offrit des séquences d’un autre monde à la cape. Mais il ne se gêna pas pour faire assassiner ses adversaires à la pique, ni pour faire croire que ses toros étaient excessivement difficiles (je pense surtout à son second). C’est également sans vergogne qu’il plaça diverses lames en passant par Triana.
El Cid fut vaillant, proposant lui aussi de très bons moments à la cape. Le sixième bis de Victorino Martín avait des envies de meurtre, le torero de Salteras faillit en faire les frais à deux reprises. Et puis j’en arrive à ce fameux lot de Victorino Martín :
Composé de plusieurs invalides, quasi-inexistant à la pique, dix fois moins combatif que quatre vaches d’Intervilles lidiées un soir d’été par onze touristes hollandais au Port-Barcarès.
On connaît ainsi la chanson et le dicton : Corrida de expectación ! Corrida de decepción ! Et ce malgré le “No Hay Billetes” et le temps magnifique qui régnait. Victaurino voudrait-il rentrer dans le rang ?

Vendredi 24 Avril – Grasses pâtisseries

Une course à l’image de l’affiche de la Feria... Avec six grassouillets spécimens de El Torreón. Ils étaient telles des pâtisseries issues d’une confitería de la Calle Sierpes. Prêtes à servir et tout juste sorties du four, mais copieusement grasses. Dire qu’il a fallu quatre ans de travail pour un si médiocre produit.
On aurait même pu croire que ces pâtisseries allaient fondre au milieu du ruedo. La chaleur faisait couler la sueur sur les fronts des teutons et des nippons regroupés au soleil. Eux aussi allaient fondre ! On avait l’impression que toute la Maestranza allait fondre ! Non pas en larmes mais à cause de ce four. Un four anesthésiant duquel les présents sortent fatigués sans effort, ni physique ni visuel.
Avec ces pâtisseries grasses sans saveur, on a assisté à des lidias bafouées. José María Manzanares a été pas mal mais un peu lointain avec le second. Daniel Luque fut vaillant face au manso sixième – le plus intéressant du lot ceci dit –. Enrique Ponce était le chef de lidia.
Le meilleur moment de l’après-midi : deux superbes paires du banderillero Curro Robles au dernier, il fut par ailleurs longuement ovationné.
Il y avait aussi des cornes suspectes. Et à la sortie des arènes des gens disaient « pero no sirvieron »… Ils vont ainsi aux arènes pour voir des faenas et des toros doux. Et ce qu’on a vu ce vendredi à la Maestranza est un danger de ce concept : une course décaféinée avec des croissants immangeables.

Samedi 25 Avril – El Ventorrillo, El Juli et Alejandro Talavante relancent le débat contre l'euthanasie de l'aficionado

Enfin une course intéressante ! Mais il y avait là il est vrai, le moins mauvais lot de ces cinq jours. Et de loin !
Les Ventorrillo manquaient parfois de forces, mais ils formaient cependant un lot assez correct.
Face à eux, El Juli fit bonne impression au premier malgré une estocade de ratero. Mais c’est face au quatrième qu’il mit tout le monde d’accord. Le Ventorrillo maniable manquait de caste. Mais le madrilène tira dix fois plus de choses que ce qui était proposé par son adversaire. Il réalisa alors une très grande prestation. Avec vaillance, technique et temple. Une Porte du Prince perdue à l’épée pour le Juli... Mais pourquoi se contente-t-il d’affronter ce bétail ?
Pour son second contrat de la Feria, El Cid toucha un premier invalide qui aurait dû être changé. Malgré un bon début de faena, il resta en-dessous du cinquième bis, le meilleur toro de l’envoi.
En troisième position, il y avait Alejandro Talavante. Ce dernier venait à Séville deux semaines après son fracaso du dimanche de Résurrection à Las Ventas. Le troisième torito était certes invalide, mais le torero réalisa un superbe labeur, avec beaucoup d’émotion, mettant de côté la technique. Il s'agissait là d'une faena courte et intense, que l'on vit mais qu'il est difficile de retranscrire ensuite. Talavante fut primé de deux oreilles. Mais il ne fît rien face au sixième, un gigantesque colorado atigrado dépareillant du reste du lot. Le torero abrégea devant la difficulté et quitta les arènes à pied. Les Morantistes jaloux le sifflèrent bêtement…

Dimanche 26 Avril – Ce que demande le peuple

Il est parfois question dans certaines discussions d’élevages « de garantie ». Et pour un bon nombre de personnes, celui de Jandilla en fait partie.
Pour Séville, six pensionnaires de Borja Domecq ont été refusés par les vétérinaires. Pas bon signe… Très mauvais signe même ! En piste : un premier toro vide, un troisième puntillé en pleine faena. Malheureusement, le seul à peu près potable – le quatrième – fut gaspillé par un Finito qui porte bien son nom. Morante fut quant à lui porté par son public, correct mais loin d’être exceptionnel. Sébastien Castella resta inédit avec un premier puntillé en piste et un second sans race. Pas grand-chose à rajouter.
Ah si ! Il y avait aussi des picadors catastrophiques qui ont vraiment de la chance de ne pas être au chômage avec la période de crise actuelle.


Mais tout cela ne les gênera pas ! Ils continueront à parler d’élevages de « garantie » malgré ce que l’on a pu voir !
L’affiche l’avait prédit ! Mais comment peut-on vouloir des faenas et des toros doux sans retrancher la caste et l’émotion ?
A Séville, on a vu des bovins avec autant d’hyperactivité qu’un morceau de reggae. C’est quand même assez inquiétant.

Et parfois, on dit à tort que certains toros sont de « mala casta ». Mais bonne ou mauvaise, les toros de Séville n’en avaient pas : de la caste.


Florent

Photo 1 : Paseo du samedi 25 avril
Photo 2 : L'affiche 2009
Photo 3 : Grand pont de Morante face au premier Victorino
Photo 4 : El Alcázar
Photo 5 : La Maestranza et la Giralda

8 commentaires:

  1. As-tu au moins toréé une suédoise (encastée ou non, mais avec du trapio) ?
    Sacré veinard: au moins, la tormenta et la froidure semblent avoir épargné la Maestranza, alors que les arènes Louis(?)THIERS de la CRAU ont été désertées pour cette concours pour laquelle on fondait tant d'espoirs....
    Abrazo, y un saludo a todo-a-s
    Pedrito

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  2. Ah Pédrito est passé par la !!!!et tant mieux ,je ne serai pas le seul con à dire que Séville n'est plus Séville ,que le mythe est fini que seule la Manzanilla t'as éveillé ,au fino ...tu serais encore souffrant... et à part rien cote corrida as tu ramene des cartes postales pour les bourges qui vont à Séville comme les chrétiens vont à la messe et moi pisser sur les tombes des memes

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  3. Bonjour
    Sympa cet article ! Il nous fait voyager de Suede à Port barcares en passant par Seville :-)
    D'apres ce compte rendu la feria n'etait terrible ..Mon pauvre Florent autant de Kilometres pour voir ça ..
    Mais je vois quand meme que Seville t'a transformé : Te voilà fan du Juli maintenant à ce que j'ai pu lire ! lol
    A bientot Dieu ;-)

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  4. Ahhhhhhhhh ! Quel plaisir de te voir saluer la prestation du Juli, d'ailleurs unanimement reconnue comme excellente...Je regrette de n'avoir vu cela " en vrai "....

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  5. Et les photos des suedoises??????? Elles sont ou??????
    Incoñito du 32

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  6. M'est avis que les photos des suédoises ne seront pas livrées en pâture aux jeunes machos ni aux vieux saligauds: encastées comme il les aime, mais en plus belles,et court vêtues, elles ont dû prendre place dans l'album secret de Florent.
    A ne pas montrer à n'importe qui: Comme je le comprends.... N'est-ce pas, Bruno?

    Pedrito

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  7. enfin les suédoises avaient un sacré trapio, mais plus le trapio cérétans que le trapio nimois.

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  8. qu'est ce que ta contre les suedoises , les suedoises etait loin de tes pensées quand tu as vomi sur tes chaussures , torere de mes couilles !!!
    PS: pas mal la grosse andalouse que tu as ramené a l'hotel , elle avait un trapio digne de madrid mais ça tu n'en parles pas
    torere64

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