mercredi 20 mai 2009

Miura, fous-moi la trouille si tu l'oses !

A y réfléchir, cela doit être excitant d’être le protagoniste de la situation suivante.
Mettez-vous dans la peau d’un jeune voyageur qui, revenant d’un périple au travers des contrées taurines, se serait pris d’amour pour la tauromachie. Peu à peu, il deviendrait aficionado occasionnel et tenterait d’entraîner ses amis dans sa passion inavouable. L’inconvénient, c’est qu’il faut convaincre. Mais pour convaincre – et c’est pour cela que la société de consommation nous bouffe par millions chaque jour – il faut du sensationnel, de l’épique, du légendaire !

Alors, le jeune voyageur se mettrait à leur conter l’histoire des Miuras : la Leyenda negra. Et il retranscrirait ces taureaux de la même manière dont on lui a parlé lors de son expédition. Ainsi, c’est très fier de sa trouvaille et l’œil ému qu’il évoque à ses amis ces fauves indomptables, gigantesques, cornus, et qui en plus de tout cela, pourraient même venir mordre l’homme derrière le burladero. Que d’émotions !

Les Miuras font toujours fantasmer un bon nombre de personnes. Si bien que certains ne voient pas d’évolution à ces taureaux, l’air de dire « un Miura c’est un Miura. Point barre. »
Malheureusement, on a l’impression que ce mythe a beaucoup perdu. Il est presque devenu has been. Le Miura aujourd’hui, c’est comme le dahu. Et dire que ces fauves n’ont pas perdu une once d’agressivité durant cette dernière décennie, ce serait comme s’obstiner à dire que la France n’est pas en période de récession actuellement.

Dernièrement, on remet aussi en question la sauvagerie et la caste des taureaux de Victorino Martín, notamment après l’échec retentissant de la Maestranza. Ce qui nous met les deux élevages toristas phares de ces vingt dernières années en mauvaise posture. Cependant, les deux mythes connaissent des fortunes diverses. Et il arrive même que l’on se réjouisse de celle de Miura.

En effet, c’est en masse que les spectateurs s’extasient désormais devant ce qu’ils appellent la noblesse naissante et la toréabilité des Miuras. Ils sont heureux de voir les Miuras pouvoir être toréés sans trop de soucis par les hommes en piste. Mais cela leur est égal, du style : « noble ou pas, ça reste un Miura ».
On pourra trouver choquant ce qui va suivre. Mais pour ma part, je trouve dommage que l’on aille désormais voir une Miurada sans appréhension. Ne devrait-on pas plutôt s’y rendre rempli d’incertitudes ?
Aussi, pourquoi la ganadería de Miura devrait-elle s’adapter au reste du marché ? Car il y a tant d’élevages qui proposent des bestioles nobles et « parfaitement » toréables. Pourquoi la ganadería de Miura n’est plus ce monument unique qui pouvait nous passionner et à la fois nous effrayer il y a encore quelques années ? Ne veut-on plus de l’adage « peur et bonheur » ?
Aujourd’hui, les Miuras prennent entre dix et vingt piques par corrida… Ils en prenaient entre trente et quarante il y a encore une dizaine d’années. Il ne s’agissait pas forcément de piques avec bravoure et fixité, mais on avait le droit à un combat indécis et à des tiers mouvementés. Mais le plus important, c’est qu’ils foutaient la trouille ces fauves !

Récemment, j’entendais un torero populaire déclarer ceci : « si les Miuras sortent nobles comme à Arles cette saison, on va se régaler ». Et si tel est le cas, les aficionados nostalgiques n’auront quant à eux, que leurs yeux pour pleurer. Pourtant, ils ont commencé depuis bien longtemps le deuil des Miuras.


Florent

(Photo de A.P : Julien Lescarret avec un taureau de Miura en Arles)

6 commentaires:

  1. Désolé de te décevoir Florent, mais je ne me souviens pas que les Miuras prenaient 30 à 40 piques (soit entre 5 et 7 piques par toro) il y a 10 ans, ni même 20, ni même 30 ans.
    La dernière grandissime miurada que je me rappelle avoir vue de visu, c'est celle de Dax en 1975, et ils étaient loin d'avoir pris autant de puyazos.
    Il faut dire qu'en règle générale beaucoup de piques "modernes" = beaucoup de mansedumbre, la bravoure et l'engagement des toros se payant au prix fort.

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  2. la pince multi-crise amigo, la pince multi-crise...

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  3. Je ressortirai les articles de revues ou journaux s'il le faut !

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  4. 30 à 40 piques, c'était il ya bien plus que 10 ans. Mais peu importe, le débat est ailleurs. Ton analyse est loin d'etre fausse, mais à la différence de Victorino qui n'a plus sorti un toro digne de ce nom depuis 2000, Miura a sorti plusieurs lots tels que nous les recherchons comme à Pamplona l'an dernier, par exemple et à un degré moindre à Bayonne en aout dernier. Souviens toi du 4éme toro remarquablement lidié par El Fundi.
    Frédéric.

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  5. Florent,
    Tu es trop entier et passionné et dans cet excercice du blog,les faenas se contruisent derriere de derriere le burladero... une puerta gayola c'est suicidaire ,je le regrette pour toi
    mais juste un mot sur les Miuras ,à mon tres humble avis,les Miuras n'ont pas tellement changes ,mais le mercado du toro se faisait ailleurs !!!!!!!!!!!

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  6. Bruno,
    peux-tu donner un sens à tes phrases qui n'en ont pas ? SVP
    pour ma part, je pense que notre cher Florent n'a guère besoin de tes pseudo-conseils.

    gaitero 64

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