mercredi 10 juin 2009

Du taureau sauvage à la lidia planifiée

Venus du Portugal ils étaient deux seigneurs : Asustado et Camarito. Le premier, on le vit un orageux soir d'été dans l'unique arène de la contrée basco-française. Quant au second, nous fûmes les apôtres de son dernier combat, qu'il livra un matin nuageux du mois de mai à Vic-Fezensac. Deux seigneurs et de multiples points communs.
Ils appartenaient tous deux au célèbre fer portugais de Palha. Tous deux, ils en imposaient physiquement. Tous deux, ils étaient des toracos de combat comme on en voit de moins en moins. Tous deux, ils resteront dans les mémoires pour ces moments d'émotion qu'ils ont fait vivre au premier tiers. Mais tous deux, ils furent malheureusement incompris.

Dimanche 31 mai à Vic, Camarito était là, forçant l'admiration dès son entrée en piste. Tel un athlète body buildé, il avait l'air puissant, solide, robuste, incassable... Tous les qualificatifs relevant du combattant. Et cela se confirma à la pique, où Camarito alla quatre fois avec puissance. Il souleva la monture à la première rencontre, puis poussa ensuite à plusieurs reprises avec bravoure. Donnant à l'aficionado présent cette chair de poule dûe à son engagement total. On eut le droit à quelques secondes magnifiques, rares, extraordinaires...
Mais certains se sont limités à l'attente qu'eut Camarito avant de s'élancer à chaque pique. Plusieurs plumes définitives le répertorièrent même comme manso à partir de ce moment-là. Puis à la muleta, on voyait clairement que le Palha avait un réel allant. Mais face à lui il y avait Javier Valverde, ce qui veut tout dire. Ou plutôt rien du tout. Car l'on ne vit rien. Et en concept de tauromachie moderne lorsqu'un homme ne fait rien, c'est automatiquement parce que le taureau n'avait rien. Pourtant tu étais magnifique Camarito...

Ensuite, ce fut tout le contraire. Du taureau imposant, sauvage, imprévisible... On allait passer au taureau moderne domestiqué, et à la lidia planifiée. C'était un Victorino Martín, aux magnifiques armures veletas. Mais à la silhouette liposucée, telle une starlette ayant pris peur de ses rondeurs au printemps venu. Et la starlette eut sa lidia planifiée, comme jadis il y eut aussi l'économie planifiée.
Cela ressemblait à un plan de sauvetage pour la ganadería en question. Echec à Séville, échec à Madrid, il est possible de se rattraper en faisant bonne figure au concours de Vic devait se dire Victorino Martín. Le coup fut minutieusement préparé par Luis Bolívar et son ancien mentor (Don Victorino Martín en question). Tout comme le Palha, le Victorino alla quatre fois au cheval. S'y rendant certes spontanément à chaque fois, mais se faisant épargner par un picador complice du plan. De plus, le Victorino ne se défendit point, à l'image de l'élevage ces dernières saisons.
A la muleta, il fut noble. Et Luis Bolívar tout juste revenu de blessure montra qu'il avait tout de même du métier et qu'il connaissait bien les toros de son ancien mentor. Il reçut une oreille généreuse après une épée basse.
Un grade au-dessus de la faena d'infirmier, on a aujourd'hui eu le droit à une lidia d'infirmier. Mais de nombreux adeptes de la masturbation intellectuelle, aveugles devant le combat de Camarito, vous diront que la lidia du Victorino était un modèle du genre.

Auparavant, c'est un Miura qui ouvrit cette corrida-concours. Il fut piqué à trois reprises, sans passion. Difficile au troisième tiers, Fernando Robleño l'affronta en guerrier usé. Le quatrième de Cebada Gago était également échu à Robleño... mais il resta malheureusement inédit.
Inédit fut aussi le pensionnaire de Escolar Gil, qui envoya à l'infirmerie un Javier Valverde sans cesse sur le reculoir.
Et il y avait un dernier toro de Fuente Ymbro, aux armures très suspectes, qui nous permit de démasquer la supercherie. En déroute dans la lidia de ce jandilla, la cuadrilla de Luis Bolívar n'eut pas la même sérénité que pour le schéma prévu d'avance face au Victorino Martín.

Pour le reste, on vit beaucoup de bajonazos, une fois n'est pas coutume me direz-vous. Le prix fut partagé entre Camarito de Palha et Baraquero de Victorino Martín. Chacun fera sa propre interprétation.

Camarito, c'était un taureau dont on rêve et que l'on n'oublie pas. Baraquero, vous en verrez des dizaines comme lui d'ici cet été, n'appartenant pas forcément au même encaste et au même fer que Victorino Martín. Pour vous prouver le souvenir que vous laissera l'un mais pas l'autre, constatez que l'on qualifie le premier par son nom Camarito, et le second par son enseigne "le Victorino", comme s'il s'agissait d'une banalité.


Florent

(La photo de Camarito est de Laurent L.)

7 commentaires:

  1. Accepter la différence, c’est aussi accepter que d’autres n’apprécient pas ou ne voient pas les mêmes choses que soi-même. C’est que je m’efforce de faire au quotidien. Tout comme j’essaye d’éviter de comparer un toro à un autre, un lot à un autre, car comme pour chaque individu, un toro est à mon sens un et unique. Aussi, sans faire d’affirmation dogmatique comme l’on en voit de trop dans beaucoup de reseñas de divers supports, je n’ai pas trouvé le tercio de pique assez complet (pour ne m’arrêter sur ce seul point), et en aucun cas je ne l’aurai primé. A mes yeux, seule la seconde fût correctement prise. Mais je ne suis qu’un aficionado lambda. Ai-je compris ce toro ? Je n’en sais rien, peut être que oui, peut être que non. J’ai tout du moins eu des ressentis suivant ma sensibilité taurine. Tout comme j’ai l’impression, et ce depuis longtemps, que ce qui est du domaine de la normalité devenant tellement rare, que le public s’extasie en voyant cette attitude normale, et ceci dans la vie comme dans le ruedo.

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  2. Tout à fait d'accord avec toi, Florent.

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  3. moi le cebada m'a bien plu.....

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  4. attends..incompris par qui ?? par le public ou valverde ??

    la vuelta, il ne la méritait pas, on est en concours et un toro qui gratte et manque cruellement d'alegria ne peut avoir cet honneur ; de la à dire qu'il fut manso, quel que soient les tercios, c'est une aberration ; on dira "bravo avec sa propre personnalité" ; ce qui n'empêche pas d'avoir de l'admiration pour Camarito, ses poussées en brave et sa puissance furent exemplaires ; pour le deuxième tiers, il semblait bel et bien courser les banderilleros ; au troisième, la faute première à Valverde qui n'a pas su lui faire baisser la tête assez, il ne doit pas connaitre le verbe "mandar".. ; ou alors Camarito ne l'aurait-il jamais fait, tu ne pourras jamais le savoir ; ce qu'il faut savoir en tout cas, c'est que de Valverde, il faut se passer, ça commence à bien faire ce défilé de guignols, couillus, mais guignols quand même. Il s'est lamentablement enfui face à son incapacité d'aguante avec l'escolar...Il crie moins, c'est déjà ça...mais non, tout émerveillment pris en compte, il n'a pas été observable qu'un panuelo bleu soit affiché au palco

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  5. et si sur toutes les courses vicoises nous avons vu 4 piques en lieu et bonne place, j'ai comme l'impression d'en avoir cité une de trop...

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  6. quant au victorino, il semblait visiblement nécessaire de lécher les boules au père & fils ici présent. je suis pour la première pique light mais les autres furent tout sauf révélatrice d'une "poussée rénale" potentielle de ce toro...aurait-il poussé ? cela encore, nous ne le saurons jamais...et de nouveau, nous étions en concours...

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  7. je te rejoins struc... les piques étaient lamentables.... aucune bien placées...

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