dimanche 28 juin 2009

Nuit d'ivresse

« L’intelligence, c’est le seul outil qui permet à l’homme de mesurer l’étendue de son malheur » Pierre Desproges.

Il est de ces soirs d’ivresse où l’on se pose des questions improbables, apparaissant même inutiles. Inutiles voire absurdes. Absurdes ? « Est-il absurde de désirer l’impossible ? »
Telle était la question posée aux candidats au baccalauréat la semaine dernière. On pourrait dire de manière désinvolte que cette interrogation n’a point lieu d’être. Car la vie elle-même n’est-elle pas absurde ? Il n’y a ni début ni fin « au temps ». Notre passage éclair étant ancré selon les mathématiciens dans une période allant du « moins l’infini » au « plus l’infini ».
Pas très réjouissant tout cela quand même ! Et durant cette période, il y a notre passage éclair…

Durant ce court passage – un détail de l’histoire comme dirait l’autre –, on peut se passionner pour des trucs débiles ou absurdes aux yeux de certains, comme la tauromachie par exemple. Mais si la tauromachie est absurde, on peut penser que tout le reste l’est également. On se passionne donc pour des choses – comme la tauromachie – qui déplaisent à ceux qui n’ont qu’un monde aseptisé en tête, composé d’une culture unique, d’une monnaie unique et d’une connerie unique.

Alors parfois le soir, on peut profiter de ce « passage éclair » qu’est la vie. On dit même à contre cœur qu’elle est belle. On s’enivre pour elle le temps d’un soir, avant de retomber dans la mélancolique réalité. On s’enivre pour elle, mais on s’enivre aussi pour l’oublier et ne plus y penser, afin d’évacuer certains souvenirs négatifs.

Mais même un soir d’ivresse, on pense quand même à ces TOROS ! A ce grand amour ! Et l’on pense malheureusement – alors que l’on ne devrait pas – à ceux qui vous plombent cet amour et vous font passer pour des cons. Ce sont ceux-là qui vous condamnent au délit d’afición. Eux qui préfèrent une jeune afición docile et applaudissant à tout rompre plutôt qu’une jeune afición sérieuse et intègre. Ils l’écrivent même sur leurs sites désormais…
Mais ils s’en foutent car eux ce qu’ils aiment, ce sont les triomphes à gogo, les accréditations et les indultos. Les monopiques… ils s’en foutent également.

Mais ne pensons pas à eux et oublions-les ! Pensons plutôt à notre ivresse, à notre passion débordante et à toutes ces questions qui peuvent venir un soir comme ça… Bonnes, mauvaises, provocatrices, absurdes, délirantes, ironiques et j’en passe… Bonsoir nuit d’ivresse ! En voici quelques unes :

Pourquoi aucun matador n’ose toréer avec deux muletas en même temps ?

Pourquoi n’existe-t-il pas un autre revêtement que le sable en tauromachie ? Après Nîmes « le Roland Garros » de la pseudo-afición, il faudrait trouver à cette dernière un «Wimbledon taurin ».

Pourquoi n’a-t-on pas encore inventé les chaquetillas à manches courtes pour que la chaleur se fasse moins sentir lorsque le thermomètre approche ou dépasse les quarante degrés en Extrémadure, voire à Mont-de-Marsan certains jours du mois de Juillet.

Pourquoi par temps de pluie ne voit-on aucun matador exécuter la suerte del paraguas ? C’est-à-dire toréer de la main gauche avec un parapluie dans la droite.

Pourquoi ne pas faire le paseo à reculons ?

Pourquoi tire-t-on le taureau mort hors de l’arène à la fin de chaque combat ? Ne serait-il pas possible de les laisser en piste afin que le ruedo devienne un champ de bataille avec des obstacles au fur et à mesure de la course. Ca aurait de la gueule !

Pourquoi n’estoque-t-on pas directement les taureaux qui se montreraient inaptes à recevoir une deuxième pique ?

Pourquoi « indulto immérité » c’est un pléonasme ?

Pourquoi ne pas enfermer dans les corrales les alguaciles qui feraient mal leur boulot ? Car Dieu sait qu’ils sont nombreux. On pourrait aussi leur faire manger leur plume.

Pourquoi ne pose-t-on pas les banderilles avant l’entrée des picadors ?

A quoi ça sert les burladeros ?

Pourquoi n’instaure-t-on pas un tour de piste pour le ganadero d’un élevage dont le lot serait sorti en piste diminué et inapte à une véritable lidia ? Ledit ganadero se verrait attelé au train d’arrastre et attaché par le pied pour un tour de piste solennel en fin de spectacle.

Pourquoi n’instaure-t-on pas un instrument à double tranchant pour le tercio de piques ? A savoir un siège éjectable sur le dos du cheval qui permettrait une rapide évacuation du picador en cas de batacazo. Mais cela permettrait également d’envoyer por los aires les picadors gredins. Histoire de dire : hop au suivant !

Pourquoi ne pas organiser une corrida à Pamplona sur le chemin de l’encierro plutôt que dans les arènes ?

Nîmes a instauré des confirmations d’alternative. Mais pourquoi n’en ferait-on pas dans toutes les arènes du monde dès qu’un torero s’y présenterait ?

Pourquoi Miguel Angel Perera ne vient-il pas aux arènes en short et avec un tee-shirt aux inscriptions « M.A. Perera n°9 » ?

Pourquoi ne pas condamner le président d'une course à un nombre de coups de fouet égal à celui de muletazos reçus par le taureau monopiqué qu'il aurait gracié ? Et oui l’afición, c’est aussi le don de soi-même !

Pourquoi ne met-t-on pas trois boules numérotées 1, 2 et 3 en plus dans le chapeau au sorteo afin de déterminer l’ordre de passage des toreros. Cela changerait un peu !

Pourquoi la Commission Taurine d’Orthez n’offre-t-elle pas le taureau de réserve de Montesinos à André Viard afin que ce dernier le combatte à son festival de Rion-des-Landes au mois de novembre ?

Pourquoi être à la recherche d’un taureau intègre en pleine possession de ses moyens physiques, c’est devenu un délit d’afición ?


Ces questions ont un point commun : elles sont absurdes, sans queue ni tête ! Mais sont-elles réellement absurdes ? Puisque la vie elle-même est absurde…


Florent

4 commentaires:

  1. En lisant ton article , je pense a Dali...Il n'aurait peut être pas renié certaines de ces absurdités !!

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  2. Il y a dans ces absurdités des choses bien intéressantes.

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  3. Max

    (message précédent)

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