mercredi 22 juillet 2009

Cheminot, forain et routier

Vendredi 17 Juillet : Quai numéro 2 de la Gare de Collioure, Pyrénées-Orientales. Il est 5 heures 45 du matin. Et je suis bien le seul pèlerin à attendre le train en provenance de Cerbère. Direction : Mont-de-Marsan !

Mais avant d’arriver dans le chef-lieu des Landes je vais connaître un bon nombre de péripéties, le voyage promet d’être long ! 5 heures 55, le train entre en Gare de Collioure, il ira jusqu’à Narbonne. Le jour se lève peu à peu et nostalgique, je contemple les Albères au fond, et je me dis que c’est beau la Catalogne quand même ! Je repense à Céret de Toros, à ses Coïmbras, et à Brasao, le troisième d’entre eux !
L’affiche du soir à Mont-de-Marsan est quant à elle alléchante. On y annonce des La Quinta pour El Fundi, El Juli et Juan Bautista. Vers 7 heures à l’arrivée à Narbonne, je commence à y croire… Non loin de la voie ferrée, j’aperçois deux lapins se bondir sur la gueule. Je me dis alors que c’est bon signe pour ce soir. Si les conejos ont le fighting spirit, si les Coïmbras l’ont eu, alors les La Quinta l’auront aussi ! A coup sûr ! Pour revenir aux lapins, je crois qu’ils auraient largement fait l’affaire pour un petit gueuleton de midi.

Je n’ai que le combat en tête. Car c’est ce que l’on s’attend à voir avec des La Quinta et ces trois hommes en face. Trois ! Comme le nombre de changements qu’il y aura dans mon périple. Le premier à Narbonne où il fait beau et frisquet, le second à Toulouse Matabiau où il pleut, et le troisième à Bordeaux Saint-Jean où il ne fait guère meilleur ciel. Pourtant il y a du monde à Bordeaux. Un point de ralliement pour la plèbe avec probablement parmi elle des bobos qui voudront un jour où l’autre se faire une idée de l’aventure taurine en allant à Pamplona copier pâlement l’expérience d'Ernest Hemingway. Ca leur prendra un de ces quatre comme l’envie de pisser. On aura en revanche moins de chance de les voir à Céret.
Quatorze heures : Mont-de-Marsan arrive enfin ! Il y a de la flotte et du vent. Cernes aux yeux, clope au bec. J’aurais certes été moins con si j’avais obtenu le permis de conduire à la fin du mois de juin. Mais ma conduite était paraît-il trop encastée ce jour-là. Et puis je ne vais pas cracher sur la SNCF qui, ce vendredi 17 juillet, m’a permis d’arriver à l’heure. Comme le disait Desproges : « à quoi bon faire un bras d’honneur aux chemins de fer quand on perd son bras de fer sur les chemins de l’honneur ? »
Un ami vient me chercher à la Gare. La discussion commence, avec une première mauvaise nouvelle. « Alors, tu es allé voir les toros aux corrales ? Et ces La Quinta ? » C’est froidement que mon hôte me répondit « Et bien, décevants. Novillos… Tu vois ce que je veux dire ? »

Je sais bien que l'on ne peut pas prévoir à l'avance et que l'habit ne fait pas le moine ! Par contre, cela me gonfle d’entendre que présentés ainsi, les La Quinta sont parfaitement dans le type Buendía et qu'ils ne peuvent être mieux physiquement sous peine d'être classés hors du type. Et il y a beaucoup de personnes qui se cachent derrière ce discours à la mode, qui n’est autre qu’une excuse bidon. Selon ces taurinos et le plus étrangement du monde : pour chaque encaste, plus le toro est petit et bonito, plus il est dans le type... Les Quinta de ce jour étaient certes dans le type d’une corrida pour vedettes des années 1950–1960. Mais est-ce un prétexte suffisant ? Car on a vu des La Quinta charpentés, armés et impressionnants ces dernières années... Et cela ne les a pas empêchés d’être braves et encastés.

Dix-huit heures, je suis un peu crevé du voyage mais je résiste. Le paseo débute famille Soldeville en tête, il pleut. Avec une telle affiche, on ne s’attend pas à un demi défi mais bien à un corridón ! Il en fut pourtant tout autrement. On vit un petit lot de La Quinta ce vendredi. Prenant huit piques et manquant parfois de forces. Il comprenait cependant au moins quatre novillos à triomphe ! Et c'était loin d'être un mauvais lot. Mais était-ce digne d'une corrida de toros ?
Ce n'était pas inintéressant, mais décevant. Même si je préfère voir El Juli avec ce type de bêtes plutôt qu'avec des Zalduendos ou autres choses Domecqtisées. Simplement lorsque l'on voit annoncé El Juli avec des La Quinta, on s'attend au haut de la camada, pas aux fonds de tiroirs.

Ce vendredi, cela m'a fait du mal de voir le Fundi en état de convalescence. Peu en confiance, il ne banderilla pas, connaissant beaucoup de difficultés tout le long de la lidia. C'était sûrement prématuré pour José de reprendre l'épée aussitôt. Le quatrième offrait de nombreuses possibilités et dans un autre état physique, on aurait probablement vu quelque chose de la part du Fundi.
Au milieu du cartel, il y avait El Juli ! Un torero à la muleta puissante qui étala ses talents d'horloger face au second, arrêté et manquant de race. Le Juli multiplia les pendules et autres passes sans grand effet. Il n'arriva pas à convaincre et tua d'une vilaine atravesada "Al Julipié"... bien entendu.
Porteur d'armures abîmées, le cinquième fut monopiqué comme le second. A la muleta, il s'avéra être un taureau mobile à la charge désordonnée. C'est donc en torero dominateur que le Juli canalisa très bien sa charge, pour ensuite lui faire boire l'étoffe rouge. Tiens ! Il ferait un bon cheminot à la SNCF ce Juli. Puis la faena s'accélèra, le public entrant dans un état d'excitation, une sorte de Grand Huit. Tiens ! Il ferait un bon forain ce Juli. Puis vînt le silence au moment de l'estocade. Nouveau Julipié pour une épée trasera, il a l'air d'aimer la quatre voies. Tiens ! Il ferait un bon routier ce Juli. Deux oreilles. Il a été parfait techniquement, il a fait passer le train et on se doit de saluer sa prestation même s'il a davantage accéléré que ralenti le taureau. Et puis ce n'était pas la tête de camada... Trop facile !
Le troisième homme était le français Jean-Baptiste Jalabert qui ne passera pas à la postérité puisqu'il passa à côté de deux taureaux mobiles et nobles, malgré deux bons débuts de faena. Le reste : je ne m'en rappelle plus. Ou plutôt : je n'ai pas envie de m'en rappeler ! Car lorsque l'on n'a pas de respect pour le taureau, on n'a pas le droit à la reconnaissance. C'est sans vergogne et passif que l'arlésien laissa un de ses subalternes puntiller dans le dos le troisième La Quinta de l'après-midi. Une superbe image d'honneur et d'afición...

J'aurais bien aimé voir El Juli essayer de se démener face à Brasao de Coïmbra ou même face au cinquième La Quinta que s'envoya Rafaelillo à Vic au mois de juin. Cela aurait été différent de ce vendredi... Et lorsqu'il aura arrêté sa carrière, El Juli se reconvertira peut-être en cheminot, en forain ou en routier. Peu importe, car je pensais qu'il avait onze années d'alternative. Et cette corrida aurait dû être un défi, pas une novillada (peu) piquée avec un encaste rarement affronté.

Florent

1 commentaire:

  1. Parfois tes commentaires me laissent sans voix! et c'est le cas... ca va être long dimanche!

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