jeudi 16 juillet 2009

La marmite cérétane

Jamais je n’aurais pensé quitter Céret ainsi, déçu et avec un goût amer. Mais sans être mauvaise langue, on pouvait s'attendre à une part de déception. Car qui n'est pas resté perplexe cet hiver à l'annonce des élevages retenus pour l'édition 2009 de Céret de Toros ?

Si l'on fut réjoui par la présence assurée des Sánchez-Fabrés, on ne savait en revanche pas quoi penser des inconnus Coïmbras et des redoutables Cuadris. Redoutables ces derniers ! Mais pour le manque de caste qu'ils affichent depuis quelques temps. Et je ne sais pas quelles ont été les motivations de l'ADAC, hormis celle d'avoir le nom "Cuadri" sur le tableau de chasse.

Et le résultat fut à la hauteur des maigres espérances ce dimanche 12 juillet ! Un jour où : Cuadri, ce fut le vide en six lettres. Une grande déception pour clôturer ces deux jours de Toros. Car il y eut peu d'intérêt et de caste en piste. Pourtant, le premier avait fait illusion en poussant au cheval en deux rencontres. Mais l'on déchanta lorsqu'il s'éteignit rapidement dans les leurres de Fernando Robleño. On trouva ce dernier matador quelque peu ressuscité comparé à ses dernières prestations. Il obtint l'unique oreille de la feria après un labeur vaillant, exposé mais manquant d'émotion, faute aux carences de caste du quatrième exemplaire de Cuadri. Sergio Aguilar resta discret face au lot le moins évident, composé d'un impressionnant et dangereux réserve de Fidel San Román et d'un Cuadri vite arrêté. Et il y avait David Mora, qui venait en remplacement de Joselillo blessé la veille à Pamplona. Le torero fortement gominé resta profilé et fuera de cacho face aux quelques embestidas du troisième aux cornes abîmées. Le sixième était en revanche superbe de présentation. Mais il eut le droit à une lidia désastreuse, défaillante et déficiente de la part de la cuadrilla de Mora. Le toro s'arrêta certes vite et développa du sentido, mais peut-on pardonner cet incroyable manque de professionnalisme ?
A la fin de la course, le boucher pouvait être content de la masse de viande récupérée. Les aficionados quant à eux sortirent déçus. Une étrange manière de clôturer une feria dite "du Toro".

Mais la grande satisfaction du week-end, ce fut le samedi. On ne savait quoi espérer des bichos portugais de Coïmbra. Mais ce fut une véritable Corrida de Toros ! Avec des fauves, très armés, pas excessifs en poids, mobiles, solides et puissants. En face, on vit des hommes par intermittence...
Rendado le premier Coïmbra, annonça la couleur à la pique, poussant très bien et amenant la cavalerie jusqu'au centre du ruedo à la deuxième rencontre. Fauve imposant aux assauts violents, il dépassa Frascuelo au troisième tiers. On ne put voir le vétéran torero qu'à la cape cet après-midi - avec le quatrième - car il abdiqua rapidement muleta en main.
Echu à Fernando Cruz, le deuxième toro du lot fut le moins porteur d'intérêt, vite court de charge et arrêté. Alors que l'on aurait bien aimé voir le cinquième, un toraco au pelage castaño oscuro, la présidence décida de le remplacer de manière prématurée. Mais l'on ne polémiquera pas davantage. Sortit à la place un dangereux et avisé sobrero de Fidel San Román qui n'arrangea pas les affaires de Fernando Cruz.
Pour sa présentation en France en tant que matador, Morenito de Aranda toucha le meilleur lot. Son premier fut brave en quatre piques spectaculaires. Et il garda beaucoup d'allant à la muleta, avec de la mobilité et de la caste. Brasao donna du jeu, mais Morenito resta globalement en-dessous malgré les efforts. Le sixième Coïmbra fut assassiné à la pique et s'avéra être le plus docile du lot. Il eut le droit à un tour de piste posthume assez généreux. Morenito de Aranda s'octroyant ensuite une vuelta de son propre chef en compagnie du mayoral.
Soulignons aussi que l'on vit quelques très bons tiers de banderilles ce samedi, avec trois saluts de banderilleros. Et qu'importent les vueltas plus ou moins justifiées d'hommes ou de toros, on vit une très belle course !

Entre ces deux corridas au résultat final très différent, il y avait le dimanche matin la fameuse novillada de Sánchez-Fabrés. Une course peut-être trop attendue...
Décevants à la pique, les Coquillas étaient hauts, lourds et peu armés. L'intérêt vînt surtout en deuxième partie de course, avec deux Sánchez-Fabrés et un remiendo de Pilar Población sorti en cinquième. Le fond de caste et parfois de noblesse des bêtes fut assez mal exploité par les novilleros, manquant de métier mais aussi d'envie. On vit également ce matin-là un attentat au premier tiers, avec l'assassinat impuni du sixième novillo. Quant aux jeunes : Mario Aguilar tira des passes, Fernando Tendero fut le plus méritant, et Javier Cortés fut dépassé par les évènements.

Il y eut donc un peu de tout cette année dans la marmite cérétane. Et notamment du décevant, ce qui n'est pourtant pas habituel ici.

Florent

2 commentaires:

  1. Ton analyse correspond à celle faite par des amis présents à la féria. Perso, je préfère tous les ans aller à la San Fermin. Le lot de Dolorès était passionnant de bout en bout et la Miurada était un vrai miurada. Tout à fait conforme à la tradition pamplonaise et en tout cas, bien différente de celle de Séville.
    Frédéric.

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  2. je ne iendrais pas sur nos quelques points d'accord sans intérêt. Par contre je m'inscrirais en désaccord sur l'analyse de la prestation de Mora. Il n'est ni nécessaire ni souhaitable de se croiser à tous les toros, à moins de souhaiter voir s'arréter un toro ou faire de l'unipasse. Ce troisième cuadri était mollasson, et de peu de race. Ser croiser démesurément aurait été contre productif; se centrer était suffisant. Et D Mora en fin technicien l'a compris. Au sixième, je crois ton analyse érroné. Dès les lances de reception le toro a fait des trucs bizarres, j'ai pensé "il y voit rien". Durant les piques ça a continué mais on pouvait attribuer ça à la race du toro, absente. La panique et la débandade du deuxième tiers, de la part de professionnel n'est jamais sans raison. Je regrette que D Mora n'ait pas là fait preuve de plus de présence. A la muleta le toro a fait des trucs bizarres; il y a des choses que seuls les professionnels voient. Comment regarde le toro, où, ce qu'il leur dit. Dans ce genre de situation, il faut rester humble et émettre l'hypothèse qu'on a pas tout vu. Les professionnels ont dit que le toro voyait rien, et en y réfléchissant c'est plausible. Pas certain mais plausible. La corrida c'est aussi ça; la débandade irrépressible. Entre l'assassin d'E Gil de l'an dernier et le mal voyant de cette année, D Mora sera content l'an prochain qu'on l'oublie à Ceret.
    Pour les Coimbra, je suis plus perplexe mais je n'étais pas dans de bonnes dispositions pour "voir" la course. Donc une bonne surprise, entretenida comme disent les espagnols mais pas de quoi se pendre au lustre quand même.
    Et puis quand même on peut critiquer amicalement les présidences: trop piquer des toros sans ou de peu de race, est ce bien nécessaire?

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