jeudi 13 août 2009

Bayonne vu par El Cachetero (Corrida de Doña Ana Romero du Samedi 8 août)


Ne possédant malheureusement pas le don d'ubiquité, je ne pouvais pas être présent à Bayonne le week-end dernier en même temps que Parentis-en-Born. Vous avez eu un "aperçu" de ce qui s'est passé à Parentis avec la novillada-concours et les Raso de Portillo. Aujourd'hui, El Cachetero nous propose deux reseñas de Bayonne, avec les courses d'Ana Romero et de Miura.



LA ROMERIA

Bayonne. Samedi 8 Août. Temps couvert, degré hygrométrique élevé. Moitié d’arène.Toros de Doña Ana Romero (Alcalá de Los Gazules, Cadix) pour Julien Lescarret, Sergio Aguilar et Luis Bolívar. Président : Alain Paulini assisté de messieurs Hiribarren et Doyhenard.

Les absent avaient tort et il est fort dommage que les corridas les plus intéressantes des ferias du sud-ouest (mais c’est également vrai pour le reste de la planète taurine) soient ainsi délaissées au profit des cartels plus… médiatiques et bien souvent plus lassants.Bayonne avait fait l'effort et pris le risque des santacolomas « lights » d'Ana Romero. Un lot particulièrement bien présenté, dans le type de la maison, déclinant finesse des lignes, armures astifinas et robes cardeñas comme il convient à la quête du jeune ganadero Lucas Romero qui veut renouer avec les mythiques Buendías des années 60 que les figuras de l'époque se bousculaient pour se confronter avec leur piquant si... suave. Un lot très équilibré de 511 à 549 kg – qui comportait un taureau de presque six ans – et qui a posé d'énormes problèmes au débarquement, avec cornadas lors des manejos.

Le premier Algecireño (numéro 101, cárdeno, 518 kilos, né en décembre 2004) fin de type, astifino, prit deux piques légères en bravito, après une ouverture de Julien Lescarret par véroniques de bonne facture. A noter un quite de Sergio Aguilar de grande qualité. Aux banderilles, Morenito d'Arles posa deux paires valeureuses et salua. Le régional de l'étape – Julien Lescarret – entreprit de s'imposer face à un taureau encasté, plutôt faible et quelque peu tardo par deux séries droitières un tantinet éloignées, puis par quatre séries à gauche d'honnête facture certes, mais où il ne réussit jamais à prendre réellement l'ascendant, demeurant à mon sens en-dessous d'un taureau qui allait a mas. Epée tombée. Applaudissements à l'arrastre. Oreille un tantinet généreuse pour Lescarret.
Le quatrième Algarrobo (numéro 83, cárdeno oscuro, 511 kilos, né en décembre 2004) très faible, entre en piste distrait, gazapón et mansote. Deux picozatos confirment la mansedumbre et la faiblesse. Après deux séries de derechazos décousus, le passage à gauche est sanctionné par un avertissement sans frais. Le taureau se décompose ensuite interdisant toute lidia « moderne ». Dans son sein par quatre fois le fer a repassé. Salut au tiers du sympathique concurrent. Julien Lescarret sera le seul à sortir à pied.

Le second Cortito (numéro 31, cárdeno salpicado, 528 kilos, né en février 2005) prend ses deux piques benoîtement mais sans réelle classe, puis trois banderilles baclées. Panique dans la confrérie péonesque, après qu'un des syndiqués fusse désarmé et poursuivi jusqu'aux palissades. La caste du bicho suinte, épicée d'une once de sentido, mais amoindrie par des problèmes de carburation. Cortito colle un Sergio Aguilar qui après une entame brillante, des séries aérées et racées dont les premières citées de loin, témoignent de ses qualités d'aguante, de temple et de dominio. A la longue toutefois, ce noblito acidulé le colle de plus en plus. Quatre manoletinas engagées concluent gaiement une lidia de qualité et de finesse. Estocade engagée et contraire. Oreille tout à fait méritée. Applaudissements à l'arrastre.
Le cinquième Corbeta (numéro 18, cárdeno claro, 549 kilos, né en novembre 2003) est accueilli par une série de véroniques particulièrement allurées dans lesquelles il enfourne ses antérieurs. Cette mansedumbre est confirmée à la lance (grattouillages et sonnerie d'étriers). Banderilles baclées (Sergio devrait penser à renouveler son petit personnel). Manso, certes, mais con casta ! Y que casta ! Après ouverture par trincheras et doblones de luxe, deux séries droitières, qualité extra, fines et templées. La noblesse du toro servie par son gaz se révèle après deux séries à gauche plus laborieuses, la charge est plus rugueuse et violente. Et puis, c'est la révélation. Sergio découvre qu'en lui laissant la muleta sous le mufle en fin de passe, le toro embiste, répète, et répète encore indéfiniment à ras de terre : du lait et du miel pour un émule de Jose Tomás ! Deux séries superbes de classe (toro et torero) qui eussent fait rugir Las Ventas et se pâmer la Maestranza. Final en trincheras et doblones de catégorie. Un pinchazo sincère suivi d'une excellente épée. Oreille incontournable. Applaudissement à l'arrastre.

Le troisième Corchaíto (numéro 14, cárdeno claro, 527 kilos, né en décembre 2004) est joliment accueilli par Luis Bolívar et s'avère bravito et particulièrement noble. Après deux contacts symboliques avec le uhlan de service et banderilles quelconques, le colombien l'entreprend façon Rincón, de loin, ce qui convient parfaitement au cornu. C'est après que les choses se compliquent, non pas du fait de l'animal, mais de celui de Monsieur Luis, qui certes sait toréer, mander, citer, templer et tout et tout, mais qui le fait à une telle distance, dans un tel « décroisement » permanent, que l'émotion, autant que l'esthétique ne peut qu'en souffrir. En revanche, le garçon sait manier le fer, après avoir très consciencieusement cadré la bête : une estocade engagée, décomposée et ralentie ou l'on peut presque ouïr le chuintement de l'acier contre le cuir. Oreille. Applaudissements à l'arrastre.
Le dernier larron Alfarero (numéro 75, cárdeno oscuro, 534 kilos, né en décembre 2004) se fait piquer et surpiquer lourd. On devine Bolívar sans réelle envie initiale. Le hic, c'est que le toro, lui, a envie. Au début, il ne le sait pas encore, mais l'appétit venant en mangeant, et en dépit du menu proposé par l'homme avec les mêmes condiments qu'avec son premier adversaire, abus de pico, toreo télescopique mais superbement cadencé d'une muleta de soie, Alfarero devient Alfaroméo, et se découvre des chevaux sous le capot. Vient alors une succession inlassable de charges investies, museau dans le sable. Toro mexicain qu'ils disent les caciques ! Un geste déplaisant du maestro pour réclamer la musique. Bientôt ils demanderont les trophées !Après un final en porfía, l'exercice indispensable paraît-il, une autre excellente estocade, soigneusement mitonnée. A n'y rien comprendre... Comment peut-on s'engager autant et aussi sincèrement à l'épée, après avoir autant usé et abusé du pico ? Peut-être un style ? Dernière oreille. Derniers applaudissements à l'arrastre.

Tercios de piques plutôt soignés. Un après-midi vraiment intéressant. Public sérieux et attentif. Un cierge à allumer à Sainte-Colombe, patronne des petits gris.

"El Cachetero"

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