jeudi 13 août 2009

Bayonne vu par El Cachetero (Corrida des Fils de Don Eduardo Miura Fernández du Dimanche 9 août)

IL EXISTE ENCORE DES MIURAS

Bayonne. Dimanche 9 Août. Temps couvert. Degré hygrométrique élevé. Trois quarts d’arène. Toros de Miura (« Zahariche », Lora del Río, Séville) pour José Pedro Prados “El Fundi”, Javier Valverde et David Mora. Président : Jacques Oxandaburu assisté de messieurs Robin et Siberchicot.

Une anthologie de la casa MIURA ce dimanche, avec le miura à l'ancienne, le miura « classique » et le miura « moderne », tant du point de vue physique que du point de vue moral. Il y avait même le miura novillo (le premier de décembre 2005), du moins au vu de la pancarte et du programme, une erreur on l'espère, qui ne manquera pas de donner lieu à polémiques. Un lot bien présenté en général, cardeños, avec trois exemplaires à rallonge.

El Fundi, relevant juste de sa chute de cheval et d'une raclée récente, n'était pas au mieux de sa forme, arborant un splendide coquard. « Lesnero » (numéro 91, cárdeno, 554 kilos, naissance annoncée en décembre 2005 ?) s'affiche d'entrée comme un digne représentant de la maison. Gris comme un chartreux, long comme un jour sans femmes, teigneux comme un chartreux sans femme, il fait sonner l'étrier lors des deux rencontres, en sortant quelque peu amélioré, mais conservant quelques beaux restes dans l'usage du hachazo rageur. Les trois paires de banderilles sont posées avec sérieux voire avec grande qualité pour la troisième. Désarmé et poursuivi au capote, on ne sent pas le pourtant brave Fundi dans les meilleures dispositions pour entamer les hostilités. Le débordement de caste conquérante, la violence des assauts, qui en d'autres circonstances ne l'auraient guère laissé insensible question pundonor, représentaient sans doute trop pour sa convalescence. C'est certes bien dommage pour le plus « miura » du lot, celui qu'on aurait aimé le voir toréer, mais malgré sa vergogne habituelle, Fundi préféra jouer son joker et l'expédier d'une lame habile mais toutefois contraire.
José Pedro Prados Martin accueille le quatrième « Dativo » (numéro 36, cárdeno, 605 kilos, né en janvier 2005) avec la même prudente circonspection, deux assauts avec poussées spasmodiques, en révèlent le tempérament bravito, qu'il confirme lors des trois honnêtes poses de banderilles. Les trois premières séries droitières témoignent de la desconfianza du belluaire. Mais l'on sent le feu poindre sous la cendre, les gestes s'assurer, l'âme se gonfler, et, en dépit d'un toro qui se refuse à humilier et se ballade tête haute, le passage à gauche autorise trois séries superbes, puis une dernière en derechazos templés, composant une faena des plus honnêtes, de celles qui vous aident à relever le chef. L'estocade est portée dans les règles, avec sincérité, mais selon les canons du regretté Lagartijo, Dieu le bénisse ! Et puisque l'on parle de Dieu, c'est à cet instant que débuta le calvaire du Fuenlabrador. Avec un petit coup de pouce du destin, la lame eut pu être funeste. Que nenni ! Le Fundi eût la mauvaise inspiration de choisir l'option descabellesque, dont la caste et la vitalité du bestiau aidant, il usa et abusa jusqu'à dix fois, se faisant bousculer au passage par un toro qui l'obligea par une dernière ballade le long de la moitié des tablas à boire le calice jusqu'à la lie (pas l'hallali). Injuste certes pour l'effort méritoire de l'homme, son courage et sa sincérité qui eussent mérité une oreille valeureuse, mais ainsi va la vie... Division d'opinion entre les aficionados applaudissant et les animalistes bellant.

Javier Valverde ne fait pas partie de ceux qui remplissent les arènes en France, surtout avec des aficionados de verdad. Son premier adversaire, « Espartero » (numéro 62, cárdeno coletero, 552 kilos, né en décembre 2004) bien présenté, témoigne des qualités, ou des défauts, selon les points de vue, du miura moderne, mansote, il témoigne de l'ingénuité et de la faiblesse d'un enfant de chœur après une intense activité goupillonnesque. Il choit d'entrée, fait vuelta de campana à la seconde passe et prend deux picotazos. Javier est un gentil garçon, un peu simple, qui ne s'émeut guère de la leçon de capoteo par véroniques que lui inflige David Mora au quite, conclue par une demie de gala. Après un début sérieux, la faena uniquement droitière se décompose, avec le toro : le maestro ne toque pas et surtout ne court pas la main, donnant des sorties limitées qui lui ramènent le toro dans les babouches. Une timide tentative à gauche se solde par un échec. Une lame habile et basse, certains malveillants évoquant feu Ordoñez, d'effet spectaculaire et immédiat ouvre la voie à la division d'opinion, qui se conclut par un non lieu chahuté. Vuelta du redoutable.
Il fut presque convainquant avec le cinquième, « Bravio » (numéro 29, cárdeno, 584 kilos, né en décembre 2004) qui passe bien à droite et à gauche, se montre mansote au cheval, sortant seul, y revenant, poussant anarchiquement et prenant somme toute une forte dose. Après des banderilles allant du meilleur au pire, notre bicho se porte allègrement, avec franchise et béatitude, on eût cru un Domecq, animé de telles bonnes intentions. La faena, jolie, sans plus, exclusivement droitière, conclue par une estocade douteusement latérale, est récompensée, sans que personne ne l'ai requis, de deux oreilles absolument incompréhensibles. Bis repetita placent : rebronca !

L'homme de la journée, gominé à souhait, magnifique et baroque comme une cathédrale catalane, ce fût le beau David Mora. « Tenito » (numéro 47, cárdeno oscuro, 561 kilos, né en février 2004) très typé miura, long comme un jour sans pain s'avère aussi faible que difficile (l'un allant sans doute de pair avec l'autre). Il chahute la cavalerie sur deux piques dont la seconde abondamment carioquée. Le genio s'affirme durant le tercio de banderilles. Deux séries à gauche aguantées et valeureuses, sont suivies d'une série à gauche vite abrégée, le toro avisé ne passe pas. Il ne passera plus. L'exercice est bref mais intense. David a tiré les dix passes que ce toro pouvait chichement consentir. Bonne estocade.
Il existe pourtant une justice immanente pour ce jeune homme qui transpire la classe torera. Elle prend la forme de « Maquilero » (numéro 81, cárdeno, 623 kilos, né en février 2005) superbissime sujet accueilli par une magnifique série de véroniques de cérémonies. Un grand brave qui prend trois piques, renversant la cavalerie au premier rendez-vous, encaissant un énorme puyazo au second, et y revenant, gourmand au troisième avec les mêmes heureuses résolutions. Deux splendides paires de banderilles de Felix Jesús Rodríguez (salut). Brindis très sympathique à son piquero, Antonio Prieto. Maquilero est de cette noblesse qu'on aime, avec une charge violente, âpre et pourtant franche, tout en gardant ce gros zeste de sentido miurano, qui le préserve de toute imbécillité. En un mot c'est l'anti-Desgarbado. Cinq séries templées, aguantées et serrées se succèdent. Trois à droite, deux à gauche. Mais gare à l'inattention, au relâchement ou à l'extraño, la corne revient vite au sortir d'une passe insuffisamment tirée, ou sur une rafale de vent qui dévie l'étoffe. Un régal de roi conclut par une estocade de bonne facture. Une oreille de poids (surtout au regard de l'intermède valverdien)

"El Cachetero"

P.S : Quant à la naissance du premier taureau de Miura, veuillez consulter l'article du site Campos y Ruedos.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire