mardi 25 août 2009

Couloir tragique

En raison des évènements survenus ce dimanche à Carcassonne, je vais évoquer dès à présent les novilladas audoises avant de revenir sur les courses de Bilbao et Dax.

Espartero de Miura portait le numéro 15. Agé de trois ans et dix mois comme ses cinq frères, il arborait un pelage cárdeno claro typique de bon nombre de pensionnaires de Zahariche. Ce novillo – taureau de quatre ans à deux mois près – nous a rappelé que la tauromachie était imprévisible. Et pourtant… La course avait commencé comme l’on pouvait s’y attendre, avec un premier Miura moderne, noble et de peu de forces. El Califa de Aragua, très bon banderillero, fut pourtant mis en difficultés à cause du fort vent marin qui soufflait sur les bords de l’Aude. Il fut vaillant et après une bonne entière, reçut une oreille. On pouvait dès lors penser que les Miuras allaient s’avérer collaborateurs et que les novilleros allaient passer un après-midi agréable.

Mais arriva Espartero, le fameux numéro 15. Il entra telle une bombe dans le ruedo audois. Puis il sauta… Et le drame arriva une première fois. Espartero souleva l’alguazil Christian Baile, le propulsant dans les airs et lui infligeant une cornada à la cuisse. Les personnes présentes dans le callejón tentèrent alors d’évacuer l’homme commotionné. Et puis… Espartero sauta une seconde fois quelques secondes plus tard, au même endroit. Tout le monde réussit à aller en piste, excepté Christian Baile, qui cette fois-ci fut livré à lui-même face au Miura. Juste sous nos yeux, nous assistâmes à un film d’épouvante. Espartero percuta de plein fouet le pauvre alguazil et l’encorna fortement au bas ventre, l’emportant sur plusieurs mètres. Le drame venait de se produire. Une véritable tragédie, une malencontreuse suite de coïncidences et de malchances. Car Espartero sauta exactement au même endroit que la première fois, il portait le numéro 15, tout comme l’exemplaire de Moreno de Silva qui encorna Juan Carlos Rey à la cuisse la veille. Il était le second novillo de l’après-midi, comme le numéro 15 de la veille. De plus, il portait le fer de Miura, un élevage adouci cette dernière décennie mais dont on connaît le « lourd passé ». Bien que je ne goûte pas aux superstitions, il s’agissait là d’un véritable cumul de coïncidences. Christian Baile fut donc évacué tant bien que mal, sous l’effroi. Car tout le monde était conscient de la gravité de l’accident. A l’heure où j’écris, l’alguazil est toujours entre la vie et la mort.

Avec un tel drame, le reste de la novillada est évidemment anecdotique. Mais cette dernière devait aller jusqu’à son terme, chacun d’entre nous le sait. Suite à l’évacuation de l’alguazil, Espartero fut assassiné à la pique. Mais le public choqué par l’accident ne put réellement mesurer cela. Le manso de Miura arriva ainsi diminué au troisième tiers et ne proposa que des demies passes à l’expérimentée muleta de l’arlésien Marco Leal. Ce dernier venant à bout d’Espartero d’un bajonazo transperçant… Puis la course fut interrompue. Peu de monde savait ce qui se passait dans le bloc opératoire. En revanche, tout le monde redoutait l’annonce d’un éventuel décès. Christian Baile put être transféré à l’hôpital. Une fois les installations médicales de nouveau opérationnelles, la novillada put reprendre, après une heure et quarante minutes d’interruption.

Se disant qu’aucun autre drame de cette ampleur ne pouvait arriver ce soir-là, Santiago Naranjo décida d’aller accueillir le troisième Miura a portagayola. Pourtant, le jeune colombien faillit lui aussi payer le lourd tribut de la fiesta brava. Il eut le réflexe vital de se coucher lorsque le train de Miura arriva pour le percuter. Un peu comme s’il s’était agenouillé à une centaine de mètres de là sur la voie ferrée du train Corail Bordeaux – Nice dont on entendait le bruit depuis les tendidos. Ce troisième Miura était haut, charpenté, comme ses congénères. Disons aussi que ce lot avoisinant les quatre ans était impressionnant, mais armé vers le bas. De ce fait, ils furent envoyés en novillada, ne pouvant sortir à l’âge de quatre ans en corrida de toros au vu de leur port de tête. Pajareño – le troisième – s’avéra difficile, gardant la tête haute au troisième tiers et collant le colombien. Naranjo passa par ailleurs près de l’accrochage à plusieurs reprises. Mais il fit front tant bien que mal. Il coupera ensuite l’oreille du sixième, éteint et de peu de parcours à la muleta, alors que la nuit était déjà tombée sur la cité carcassonnaise. Le quatrième était le plus compliqué du lot. Face à lui, Aragua connut beaucoup de difficultés dans la lidia, mais il ne manqua pas de volonté, avant de flirter avec les trois avis. Ingrato, le toraco sorti en cinquième position, fut le seul du lot à pousser en brave à la pique. Il eut la chance de trouver face à lui El Pimpi qui une fois de plus, réalisa un premier tiers dans les règles. Ingrato eut en revanche moins de chance de se retrouver face à Marco Leal et le reste de sa cuadrilla qui, à eux tous, réalisèrent une pantalonnade sur laquelle je ne m’étendrai pas davantage. L’arlésien reçut deux oreilles de pueblo, caractérisant totalement sa tauromachie. Mais ce dimanche, suite au drame, cela restait d’une importance mineure.

Bien qu’il s’agisse d’un accident et même si la victime n’était pas un acteur de la lidia, Espartero a rappelé que chaque taureau portait la mort au bout de ses cornes. Il a rappelé ô combien la fiesta brava est parfois tragique, dramatique, injuste. Mais c’est aussi pour cela qu’elle est belle…

Florent

(Photo de Christophe : "Espartero")

5 commentaires:

  1. C'est sobre, c'est bien écrit, c'est émouvant... bravo
    Il faut aussi rendre hommage au chirurgien et au sang-froid qu'il faut avoir face à de telles blessures...

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  2. comme quoi on est jamais a l'abri meme dans un callejon

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  3. Salut florent,

    Comment as-tu eu le nom du n°15 de chez Miura de la novillada de Carcassonne?
    Je n'ai perso pas réussi à l'avoir pour l'instant.
    Amitiés

    Fabrice" El Molinito"

    un revenant!!!

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  4. Je suis allé demandé les n°, noms, naissances et robes des bichos de Miura au mayoral avant la course.

    Contacte moi par mail si tu veux florent_du_17@hotmail.fr

    Florent

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  5. et personne de l'organisation ou du palco pour avoir ces renseignements!!! décidément ( et malgré l'enthousiasme!) à Carcassonne il y aura toujours de l'inconnu et du surprenant...

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