samedi 1 août 2009

D'Angleterre jusqu'en enfer




L’Angleterre ou Santander ? Car on ne peut le nier, il existe de nombreuses similitudes en matière de paysage entre cette España verde et la Grande-Bretagne.
Aussi, il est bon de respirer l’air frais avant d’arriver à Santander, tout en longeant cette magnifique côte Atlantique. On aurait pu se croire en Angleterre. Tenez ! Arrêtez-vous une seconde et prononcez Santander à l’anglaise. Du style : « Santandeuw » ! Ca pourrait le faire. Mais il n’en est rien, l’Espagne à quelque chose en plus. Il est bon aussi de sentir l’ambiance de la rue avant la course et d’admirer ce superbe Coso de Cuatro Caminos. L’Espagne m’envahit. Malheureusement quelques minutes plus tard, c’est l’Angleterre qui ressurgit. Tout cela à cause de ces peñas qui me font davantage penser à un stadium qu’à une plaza de toros. Tant pis, je suis tout de même charmé par ce lieu, à mi chemin entre la Principauté des Asturies et le Pays Basque. Où il nous fut proposée une corrida de Cebada Gago. Un élevage qui, avant le toro de la concours vicoise et l’épizootie de la langue bleue, m’avait donné un très bon souvenir. A Floirac ! Là-aussi aux frontières des terres taurines. Tiens donc, ça sonne faux tout ça !

Le coup d’envoi est donné à dix-huit heures trente. Une fois les temps réglementaires et additionnels terminés soit cent-vingt minutes plus tard, j’ai l’impression qu’en matière de caste, les Cebada ont donné leur langue aux chats. Joliment présentés, on ne les vit que très peu s’employer face aux bulldozers de Fontecha qui faisaient office de chevaux de picadors. Ensuite, on eut trois type de toros. Avec pour commencer un classique ces derniers temps : le décasté ! Ce fut le cas du premier et du troisième. On eut aussi deux bichos dangereux et compliqués : cinquième et sixième. Puis deux maniables sans qu’il n’y ait de quoi sauter au plafond : le second et le quatrième. Un encierro aussi varié que les hommes qui l’affrontèrent. Avec pour commencer Juan José Palidia, alias le « cyclown de Jerez ». Un type qui a troqué la vaillance pour le beauf. Il se comporta en ce jour tel un hooligan de la tauromachie. Mais étrangement, cela a plu à l’assistance et notamment aux peñas, possédant autant d’afición qu’un bœuf musqué des terres froides. Je ne me doutais point qu’ici dans ces arènes exquises, on pouvait avoir un goût paradoxal pour la vulgarité, pour les séries intégrales de molinetes, et pour les desplantes qui vous donnent envie de gerber ! Mais ce n’est pas grave. Et la plèbe entonna « Padilla ! Padilla ! Padilla ! illa ! illa ! ». Pour ma part, ce fut plutôt ma pesadilla. Autrement dit : mon cauchemar. Vous me direz peut-être que je suis sévère. Mais je viens d’être autant si ce n’est plus respectueux envers Padilla en quelques lignes qu’il ne l’a été lui avec ses toros ce vendredi.
Et ce même public tout acquis à la cause de la tauromachie de supermarché alla même jusqu’à siffler le pourtant valeureux Luis Bolívar, ce dernier se démenant et donnant les moments les plus sincères face à un lot peu évident.
Entre temps, il y avait Javier Valverde. Un homme qui tire des passes comme s’il était à Douvres et ses adversaires au port de Dunkerque. Se croiser et toréer pour de vrai, ce n’est pourtant pas la mer à boire. Lui doit voir cela autrement, son nombre de contrats ne baissant pas pour autant. Que faire ? Santander, souvenir amer. Et ce malgré cette magnifique place de taureaux. Je reviendrai.

Le lendemain, soit le samedi 25 juillet 2009, nous sommes bien loin de Santander. Et il n’y a point de supporters pour saluer une prestation mortifère de J.J.P, faute de J.P.P.
Non, nous sommes au plus profond de la Castille, à Cabanillas del Campo ! Près de Guadalajara. Le thermomètre affiche quarante degrés. Sur le terrain vague où sont installées les arènes portatives, il me semble qu’une bouteille d’eau où un petit tinto de verano valent cent fois plus qu’une place en barrera pour une corrida commerciale nîmoise.
Les taureaux de ce samedi étaient eux aussi issus de la branche commerciale : des Alcurrucén ! Avec des bêtes allant de quatre à six ans, du cornicorto suspect au véritable tío très armé. Ils étaient à une exception près très charpentés pour une arène de cette catégorie. Cette place en fer avait par ailleurs moins de charme que le Coso de Cuatro Caminos. Cependant, on y retrouva une afición qui fait toujours plaisir à voir. Une afición qui sait être sérieuse, protestant vivement les cariocas, ne demandant pas d’oreilles superflues, conspuant un Miguel Abellán parti pour dédier le taureau qu’il venait de faire assassiner à la pique. Oui, il y avait dans cette campagne aride, des restes d’afición ! Il y avait aussi des restes de gloires novilleras. Avec Miguel Abellán qui, l’espace de quelques instants, fit ressurgir des gestes qu’on lui croyait perdus. Mais dans l’ensemble, il resta discret et prudent.
En parlant de gloire novillera, il est vrai que l’on espérait beaucoup du mexicain Joselito Adame lorsqu’il était à ce niveau. Aujourd’hui, on le retrouve avec peine chaque fois moins attrayant et toujours plus soporifique. Quel dommage ! Et puis il y avait Raúl Velasco, qui allait jouer gros le lendemain à Orthez. A Cabanillas, c’est lui qui donna les meilleurs moments de l’après-midi, face à un sixième toro âgé de six ans, exigeant. Mais il sut faire front, et perdit malheureusement les trophées acquis à cause d’un échec à l’épée.

Hier Santander. Ce soir, disons adieu à Cabanillas et à la Castille. Nous rentrons en France. Hendaye : il est cinq heures du matin. Orthez : nous serons là pour onze heures.

Florent


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