dimanche 2 août 2009

Le chemin d'Orthez

Dimanche 26 juillet : 8 heures 30. Le réveil sonne, la nuit fut courte. Céret, Mont-de-Marsan, Santander et Cabanillas ont contribué à un mois riche en toros. Aujourd’hui c’est au tour d’Orthez, où il est annoncé une novillada de Angel Nieves et une corrida de Adolfo Rodríguez Montesinos.

Sur la route menant aux arènes du Pesqué, à moitié éveillé, je mesure la difficulté qu’il y a à organiser une course de taureaux, quelconque soit-elle. Cependant, il existe plusieurs échelles de difficultés à l’intérieur de la première. Car il y a de multiples façons d’aborder la chose quand on organise une corrida sans être soi-même une « entreprise ».
La première consiste selon moi à botter quelque peu en touche. En s’entourant de professionnels et en se faisant recommander un élevage déjà vu et plus ou moins en vogue. La deuxième hypothèse, c’est partir à l’aventure !
Si la première situation se solde par un échec, on se dira sans remords que l’on a écopé des fonds de tiroirs d’un élevage à « camada » et que l’an prochain, on recommencera avec un autre. Dans le deuxième cas en revanche si on se casse la gueule, les répercussions sont autres et paradoxalement beaucoup plus injustes. On subit alors les reproches de l’originalité et de l’innovation.

Pour les orthéziens dimanche dernier, il s’agissait de la deuxième hypothèse. Bien que je ne considère pas la journée taurine présentée comme un échec. Les résultats finaux de cette dernière n’étaient certes pas à la hauteur de ce que l’on pouvait espérer, mais il serait dommage de n’en retenir que les côtés négatifs. Le fiasco étant réservé selon moi, uniquement à ceux qui ne tentent rien.
Car ils en ont eu du courage ces organisateurs avec leur modeste budget de présenter dans une même journée deux élevages inédits et quasiment inconnus. Pour monter ce rendez-vous placé sous le signe de l’encaste Santa Coloma, il leur a fallu en plus du courage, des ganas et de l’afición, beaucoup d’afición ! Et quoi qu'il en soit, on ne peut se borner à cette première journée. Et espérons qu'il y en ait d'autres.

L’aventure qui avait débuté l’an dernier a réellement pris son envol à onze heures ce dimanche. Avec le paseo de la novillada de Nieves. Presque deux heures plus tard, les impressions étaient mitigées. Car on vit un lot réservé et arrêté duquel ressortit cependant un noble deuxième novillo face auquel José María Arenas ne sut faire front.
L’autre novillero, Juan Carlos Rey, a pour sa part davantage convaincu, démontrant avec sa vaillance un sens plus développé de la lidia que son compagnon de cartel. Mais si je devais garder un moment fort de cette matinée, ce serait pour moi l’annonce au micro par le président de la commission taurine du désir de respecter la lidia. Pour synthétiser en quelques mots, ce serait : « Nous présentons quelque chose de nouveau, mais nous n'oublions pas pour autant le sérieux et l'éthique nécessaires au déroulement de la course ». Et on a en effet assisté à une novillada très sérieuse de par sa tenue, malgré le manque de caste des San Martín.

L’après-midi, il y avait ce fameux lot de Montesinos ! Une corrida qui est sortie au moins soixante fois des chiqueros sur le web depuis cet hiver ! On en aurait presque oublié que cet élevage se présentait en France.
Le premier taureau de la tarde me fit lointainement penser de par son physique à un Vaz Monteiro de la cuvée cérétane 2002. Et il symbolisait à lui tout seul les déboires et les difficultés connus par la commission dans l’organisation de sa journée depuis cet hiver. Au final ce dimanche 26 juillet, il y eut davantage de toros de la liste complémentaire que de titulaires. Les orthéziens avaient rêvé de ce très joli Coquilla, de Guapetón le numéro 103, ou encore de Navajero le numéro 87. Ils durent au final se contenter d’autres toros, dont ce faible semental sorti en premier mais qui possédait une soixantaine de passes dans le ventre. On aurait évidemment aimé voir ce bicho avec du trapío et des kilos en plus. Il eut en conséquence une lidia légère et s’avéra docile dans la muleta d’un Iván Vicente alluré qui s’octroya un tour de piste de son propre chef. Ce dernier fut en revanche sifflé une heure plus tard, après avoir sabordé dans tous les tiers le seul taureau d’origine Felipe Bartolomé du lot : Miñoto. Un superbe tío en pointes et au pelage noir luisant soutaché de blanc (bragado), qui resta inédit même si on put l'entrevoir un instant à la pique. Inédit ! Mais étrangement classé « dans un ensemble décasté » par la plupart des critiques présents.
Si Iván Vicente n’est pas dans son meilleur moment, on peut malheureusement en dire autant pour Fernando Cruz, qui toucha deux toros demandant un combat sérieux et ne permettant pas d'erreurs. Hélas, lorsque celles-ci s’accumulent et que le diestro recule en doutant dès les premières passes, les affaires prennent une autre tournure et se compliquent sérieusement. Fernando Cruz en a fait la cruelle expérience ce dimanche à Orthez.

Si la commission s'est aventurée à présenter deux élevages, elle a également pris des risques en choisissant un matador inconnu de ce côté des Pyrénées : Raúl Velasco. Bien leur en a pris, car ce fut la note la plus positive du jour. Face au meilleur du lot, le troisième, le madrilène démontra qu'il n'avait pas repris les trastos pour rien il y a deux ans et qu'il avait eu raison d'être patient. Pour un torero dont c’était la troisième corrida de la saison (la deuxième la veille à Cabanillas), la prestation donnée fut plus qu’honorable ! Raúl Velasco signant de jolis détails et ne perdant jamais la face devant ce troisième, âgé de cinq ans. Il domina son sujet avec calme et envie et reçut l'unique oreille du jour, méritée.
Velasco eut en revanche moins d’options face au sixième qui se défendit sous le fer. Il n’eut d’autres recours que de s’exposer et d’attendre les maigres assauts du Montesinos. Mais pouvait-il mieux faire ? Je ne le pense pas. Et cette première en France aurait très bien pu être la dernière pour lui. Mais il fut à la hauteur du rendez-vous et au vu de cette corrida, il mérite d'être répété en France bien plus que ses deux compagnons de cartel. Espérons que les organisateurs français n'en décideront pas autrement.

Si l’on devait résumer globalement cette course, on dira que le lot était inégal de par son jeu, mais qu’il lui manquait tout de même la caste et le piquant espérés. Mais c’est ainsi ! Et ce sont les risques connus et encourus lorsque l’on choisit la voie de l’originalité.
De cette journée, je retiendrai la forme que je trouve plaisante, avec une novillada piquée matinale et une corrida l’après-midi, avec à chaque fois un prix à la meilleure pique.
Sur le fond, on resta un peu sur notre faim, il est impossible de le nier ! Mais je suis tout de même content d’avoir découvert ces deux élevages que je ne connaissais guère. Car il est très intéressant de voir des ganaderías inconnues, cela forge l’afición. On apprend autant que le ganadero qui doit mesurer son évolution, autant que le matador qui doit s’adapter à ce taureau méconnu.

Amis orthéziens : ceci n’était pas un échec. Mais simplement le début de votre aventure.

Florent

6 commentaires:

  1. Maintenant que nous pouvons mettre un visage sur l'apodo, je ne peux m'empêcher de réagir à ta reseña sur deux points, qui se rapproche des deux points soulevés pour les cuadris... comme quoi tu as de la constance.
    Le 4° pour moi, et ça a été évoqué à la tertulia je crois, voit mal. Il regarde au dessus de la muleta et embiste sur le palo de la muleta. Le toreo est basé sur la vue du toro. Et de tout temps à jamais, un toro mal voyant s'est révélé illidiable. I Vicente ne peut être blâmé de son actuacion... au 4°. La vuelta auto proclamée au premier... fea!
    Pour le sixième, tu dis qu'il s'est défendu sous la pique... j'espère que les amis de CyR vont réagir. Moi j'ai vu un toro très brave en deux rencontres (aïe le mot de trop?) prise tête basse, poussant avec les reins. Une forme de perfection. Il n'a pas eu comme tu l'écris la caste et la race pour remonter et c'est trouvé très court, et tardo.
    Pour ma part dans tout ce que j'ai lu le 5° n'est que rarement relâté; et à mon avis c'est dommage car il synthétise la corrida...

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  2. J'ai peur de jouer sur les mots, mais je reconnais avoir été un peu léger sur l'appréciation du sixième Montesinos à la pique. Car il a poussé ! Lorsque je dis "se défend", je fais référence à l'affrontement qu'il y a eu face au mastonde de cheval, issu de la cavalerie Philippe Heyral qui n'a pas joué le jeu ce jour-là !
    Quant au quatrième, j'ai aussi constaté de possibles problèmes de vue. Mais les quelques embestidas qu'il avait au troisième tiers, Iván Vicente n'a su les exploiter.

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  3. Quand un toro charge, embiste mais tu ne sais pas où car il y voit rien... tu n'as rien à exploiter. Juste te défendre ou être sur la pointe des pieds au cas où... Le reste c'est du phantasme d'aficionado.
    Et tu auras toujours le contre exemple du type qui est prêt à se laisser découper mais c'est pas habituel.

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  4. quand on veut organiser, on assume au mieux, on respecte le public et on garde son entêtement là où il faut.
    orthez sont peut être "tes amis" ; tu aurais vu la même chose à aire sur l'adour avec la nouvelle empresa, je suis sûr que tu n'aurais pas été si consiliant envers eux.

    même si ce n'est pas l'idéal, quand on ne peut avoir des toros corrects (notamment le maigre étalon), on utlise des toros d'un autre élevage ; je n'admets pas qu'on se fiche de la gueule du monde de cette façon.

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  5. Je pense également qu'il y a eu un relatif manque de professionnalisme par rapport au premier toro, même si c'était la première course que la commission organisait. On m'a toutefois dit qu'ils avaient fait confiance à Montesinos mais que ce dernier a tout de même envoyé ce "toro"à Orthez.
    Mais l'idée d'un "remiendo" issu d'un autre élevage aurait été mieux, je le pense aussi.

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  6. c'est bien de balancer en "anonyme" petit homme...

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