vendredi 7 août 2009

Pélerinage à Lodosa

Il y en a certains pour qui l'aventure taurine c'est : se lever au petit matin d'un jour du mois de mai, boire un café, se rendre Gare de Lyon voie B, afin de sauter dans le TGV Méditérranée. Direction le sud, cette contrée bordée de cyprès : Nîmes, Némausus pour les intimes.
Confortablement installés, le temps passe assez vite pour eux, impatients de voir le tryptique à ne pas manquer : Juli, Castella, Perera.
Cependant, cela les lassera au fil du temps, et ils définiront petit à petit la corrida comme un spectacle où l'on a mal au cul car on est mal assis et où l'on s'ennuie fermement.

Notre escapade de ce mardi 4 août fut quant à elle totalement différente. Et pour tout dire, incomparable ! Nous étions déjà venus à Lodosa l'an dernier, au fin fond de la Navarre. Et bien que la novillada proposée il y a un an manqua cruellement de forces et de caste, nous eûmes tout de même envie de retourner ici, car l'ambiance était très sympathique et l'endroit nous avait plu.
Aussi, la route est très jolie pour accéder à Lodosa, un village spécialisé dans le Piquillo (piment) et situé au coeur d'un paysage vallonné et aride.

Ce coup-ci la course fut d'un tout autre genre, bien plus intéressante que l'an passé. Tant grâce à ce qui se passa en piste qu'humainement parlant. Car côté humain, ce fut peut-être la meilleure course de la saison. Avec des gens très chaleureux qui vous nourrissent et vous "rincent" du début jusqu'à la fin de la novillada, de manière à sortir la panse pleine des arènes ! Mais nous n'étions pas les seuls français présents ce jour-là. Derrière nous, il y avait trois aficionados avertis venus de Mont-de-Marsan et qui n'avaient pas atterri là par hasard.

Dans ces coquettes arènes et au milieu de cette superbe ambiance, nous vîmes une intéressante novillada, bien que très inégale. Elle était issue du fer de El Risco, un élevage de sang Domecq provenant de la région de Salamanque. Il y avait là des trapíos très divers, allant du becerro au novillo, mais possédant tous sans exception de remarquables armures astifinas. Quant au comportement, il y eut un peu de tout. Deux premiers manquant de forces et deux derniers manquant de race sans toutefois être inintéressants. Puis un brave ! Le troisième. Et un manso, le quatrième.

Entre plusieurs Gin Kas, on vit un novillero de Castellón, répondant au nom de Diego Lleonart. Ce dernier tira les passes face à un faible premier puis fut totalement à la déroute face à son second adversaire. Manso, ce bicho mit à la rue picadors, banderilleros et novillero. Au calvaire de Lleonart s'ajoutèrent deux échecs épée en main. Comme quoi la tauromachie, ce n'est pas seulement donner des passes à des taureaux dociles se laissant faire. Car c'est aussi résoudre les difficultés de ses adversaires en se montrant lidiador, au plus grand étonnement de Diego Lleonart.
Le mexicain Angelino de Arriaga, seul novillero du jour vu en France, démontra qu'il avait beaucoup de métier et d'expérience. Malheureusement, il fit également étalage de la face pueblerina qui compose son toreo. Il reçut une oreille à l'issue de son premier combat, après une grande estocade qui valait à elle seule le trophée octroyé.
Et puis il y a toujours du charme dans ces novilladas de village ! Aujourd'hui la curiosité, c'était le novillero navarrais Javier Antón, qui possède par ailleurs des capes avec les deux revers roses. Très vert, manquant cruellement d'expérience et de technique, c'est pourtant lui qui attira mon attention. Car malgré ces impressionnantes carences, le jeune Antón alla tout de même affronter ces deux adversaires, croisé, de face, en allant jusqu'au bout de ses moyens. Le combat était pour lui perdu d'avance face au brave troisième qui poussa longuement en deux fortes piques. Malgré cette défaite annoncée, le navarrais ne baissa pas les bras. Et je préfère voir ça plutôt que des Román Pérez toréant froidement avec certes de la technique mais sans aucune âme. Javier Antón fut pour sa part mille fois plus intéressant. Sans les armes suffisantes pour toréer en novillada piquée, le jeune a joué sa vie à chaque passe, compensant le manque de métier par le coeur, los cojones et l'afición ! C'était émouvant à voir ! Et il fallait en avoir pour se risquer face à ces cornes astifinas qui pouvaient à tout moment l'envoyer dans une ambulance sur la pénible mais belle route vallonnée menant à Estella. Javier Antón obtint une et une oreille que l'on ne saurait contester, ainsi que le prix au triomphateur. Il porta lui aussi une grande estocade au dernier de l'après-midi. Ce novillero ne fera probablement pas carrière, mais en piste, il a du coeur, du courage et de l'afición, et c'est peut-être ça le plus important !

Nous reviendrons sûrement à Lodosa, là où les jeunes brunes au teint bronzé sont magnifiques, là où les jeunes du village s'envoient de l'eau sur la gueule au soleil pendant la lidia des novillos... Là où la convivialité est reine et où il y a quoi qu'on en dise, de l'afición.

Florent

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