lundi 31 août 2009

Perdre un ami

Je sais très bien que certains voient la vie en rose, tombent amoureux d'un molinete, d'un desplante, d'un redondo, d'une simple passe de pecho. Ceux-là qui vont à Dax, affectionnent le déodorant Miguel Angel PererAxe. Ceux-là, ils aiment aussi Castella, le Roue libre, et les Daniel Ruíz ! Oui les Daniel Ruíz ! Ces gros rondouillards qui se cassent souvent la gueule. Mais ils te diront que c'est normal, car l'émotion et les "biennn" doivent rester rares. Pour mieux apprécier la tauromachie, il faut savoir se contenter de peu, afin de mieux savourer. Ils s'en moquent que neuf "toros" sur dix soient faibles, puisque le dixième sera soso. Ils profiteront donc à fond de ce dernier, afin de pouvoir vociférer des "biennn", ou alors gueuler "indultooo" au moment opportun. Ils ne se prennent pas la tête, ils aiment ça tout simplement. Et ils voient la vie en rose !


Quant à moi mon cher, sache que je la vois en gris à défaut de broyer du noir depuis quelques temps. Et tu as ta part de responsabilité là-dedans. Tu as dû remarquer que je tirais souvent la gueule dernièrement, blazé, l'oeil sombre, triste, défait. Moi qui venais de perdre l'amour, j'étais en train de réaliser qu'il allait m'arriver une autre déconvenue, en amitié cette fois-ci. Je devais l'enterrer elle, ne plus y penser, ne plus la revoir. Désormais, c’est toi que je ne veux plus revoir ! Vendredi 7 août, c'était l'heure de l'apéro dans le Gers. Pour votre part, vous étiez tous au grand complet à Bayonne, pour boire le Rosé Tomás. Alors que j'étais tranquille, dépaysé, j'ai reçu une première claque lorsqu'à midi, tu m'envoyas un message m'indiquant que vous veniez d'accorder un tour de piste posthume à un eral. Cela m'a fortement affecté, même si cela aurait dû me laisser de marbre. Car tu étais également au palco il y a quatre ans lorsque vous indultâtes ce pauvre petit Santafé Martón gacho à l'excès et pouvant de ce fait, se sucer les cornes. Vous l'indultâtes, ils l'indultèrent ! Chose pire qu'un adultère. Cela avait déjà mis plusieurs barrières à notre amitié, et tu ne t'arrêtas pas en si bon chemin. Le samedi 8 août, alors que je me réveillais à peine d'une longue nuit passée dans les bras des Darré vicois, tu m'envoyas de nouveau : "otra vuelta para un buen eral de Jalabert". Perdre un ami ! C'est sûr que cela fait mal, mais on finit toujours par s'en remettre. Et puis c’est moins grave que l'amour. Je t'avoue toutefois avoir pris un sacré coup au moral ce week-end là, mon amitié ayant été cocue. Une chance pour toi que j'eusse préféré le Gers et le Born à la Côte Basque. Je n'ose même pas imaginer ce qui se serait passé si j'avais été là. Avec Carlos Guzmán, vous étiez devenues mes deux têtes de turc du week-end.

Une semaine plus tard, nous étions embarqués pour un week-end gris. Car comme je te l'ai dit, c'est désormais comme cela que je vois la vie. En ce jour de l'Assomption, j'ai un mauvais pressentiment. Je suis seul en gare de La Rochelle, il est six heures, je fume la cigarette du condamné. J'espère ne pas avoir à croiser ce douloureux souvenir dans quelques heures à Bayonne. Pourvu que la novillada finisse assez tôt, pourvu que ce foutu TGV arrive en retard. Car mon cher j'avais espoir, pour que notre amitié renaisse ce samedi 15 août. Malheureusement, tu t'es encore laissé aller. Je suis arrivé trop tôt, et par ta faute, la novillada a fini trop tard. Tu as eu trop de clémence envers ces deux novilleros qui étaient toujours épée en main à respectivement dix-huit et vingt minutes de faena. Le troisième avis ne sonnant jamais. Tu as préféré sauver ces deux jeunes du fracaso réglementaire plutôt que de voir une amitié renaître de nouveau. Au final, j'arrivai aux arènes trop tôt, afin de te rejoindre là haut. Le dernier Fernay allait tomber, mais je sentais comme un malaise, je n'aurais pas dû être là. Si tu avais appliqué le règlement, je n'aurais pas senti ce malaise, cette absence, lorsqu'en contemplant l'abîme des tendidos bajos depuis les gradas, j'ai croisé le regard de mon amour perdu. Ce petit regard méfiant, et hop trente secondes plus tard, elles étaient parties elle et mon ex future belle maman. Notre amitié était à ce moment-là totalement enterrée. J'avais face à moi l'ami que tu n'es plus, et quelques mètres plus bas, cet amour perdu. J'allais devoir te supporter jusqu'au lundi midi.

Mais c'était aussi ma faute qui sait, peut-être aurais-je dû prendre le train de midi, afin d'arriver tout juste pour les Bañuelos du soir. Cela m'aurait évité les 47 degrés de ton coche, ainsi que ton mauvais vin navarrais. Aussi, je n'aurais point eu l'air chancelant et le visage suffocant en arrivant à Lachepaillet pour dix-huit heures. Mais c'était ainsi ! Cette course de Bañuelos fut grise, noire pour notre afición. Du moins pour la mienne, car avec ce genre de course, je suis sûr que tu aurais pu être l'auteur d'un miraculeux mouchoir bleu. Car on ne sait jamais, cela peut toujours arriver. Même aux gens biens... Regarde François Capdeville !


Le lendemain, alors que ma soirée avait été hantée par tous ces souvenirs et notre amitié dépassée, nous changeâmes de décor. Sur la route menant à Bilbao, je repensais à notre périple chez Raso de Portillo, et à cette période où j'avais encore la conscience tranquille. Mais c'est du passé. Voici Bilbao ! Ciel gris sable noir, pour le Fundi une année noire. A sa place, la maison Chopera nous envoya Antonio Barrera qui resta en-dessous de son lot de La Quinta. Sergio Aguilar était semble-t-il un peu emprunté ce jour-là, mais qu’importe, il y avait cette dimension supplémentaire que ce matador apporte. Et puis Iván Fandiño, la grande surprise du jour ! Je ne l’avais jamais vu aussi vaillant et appliqué. Il reçut une oreille totalement méritée.
Quant aux La Quinta, on les rêvait braves, couillus, encastés ! Ils furent nobles pour la plupart. Tant pis, c’était quand même une course intéressante ! Rappelle-toi aussi mon cher compagnon cette aire d’autoroute après Eibar… Le reste, toi seul le sais. Mais c’est vrai que c’était bien Bilbao, notre amitié refaisait surface de nouveau !

Enfin le lundi, nous allâmes à Dax pour terminer ce week-end initialement mal engagé. Nous y allâmes pour voir les Adolfo Martín et rien d’autre ! Adolfo Martín… Car il faut continuer dans la conception de la vie en gris. Le Pays Basque était loin, les cicatrices se refermaient de nouveau, et puis il y avait ces Adolfos ! Le week-end est allé crescendo. Les petits saltillos étaient irréprochables d’armures, manquaient un peu de trapío. Mais ils possédaient de la noblesse et un réel fond de caste. Notez-le bien, car c’est assez rare pour ces lieux ! Javier Cortés et Patrick Oliver ont essayé, mais cela fut monotone. On vît un Daniel Martín assez brouillon face au premier. Avant que ne sorte le quatrième ! El Dani commit l’erreur de le faire très peu piquer. Le pensionnaire d’Adolfo arriva entier à la muleta et, au premier cite, le novillero reçut une terrible rouste avec cornada à la clé. Daniel Martín a peu de chances de devenir une figura, aussi, il n’écrira probablement jamais de dictionnaire taurin. Mais ce lundi matin à Dax, en l’espace de dix minutes, il a donné à lui seul les définitions de sangre torera, de pundonor, d’envie, de courage. Il s’est battu comme un lion, c’était émouvant, beau à voir. A l’estocade, il se jeta comme un mort de faim sur l’Adolfo, récoltant un nouvel accrochage. L’oreille accordée fut l’une des plus grosses octroyées cette année. L’ovation avant le départ à l’infirmerie de Daniel Martín était elle aussi touchante. Le week-end se terminait sur une note très positive avec cette course d’Adolfo et la leçon de pundonor de Daniel.

Hélas, il y avait cette triste musique à la con sur les bords de l’Adour en quittant Dax. Cela me rappelait que notre amitié en avait pris un coup. Le douloureux passé ressurgissait également. Quant à toi camarade, toi seul comprendras certaines choses. Camarade ! Compagnon de cendrier ! Car s’il reste quelque chose à notre amitié, ce ne sont bien que des cendres. Samedi, j’irai à Carcassonne pour voir les gris de Moreno de Silva. Non je ne suis pas aigri, je vois simplement la vie en gris et dorénavant, je ne me nourris plus que de cendres.

Un abrazo fuerte.

Florent

5 commentaires:

  1. Florent,
    Tout cela est bien triste.
    C'est le "vieux" qui parle: peu de choses justifient de perdre un ami. Seulement la trahison, peut-être. Mais y a t-il trahison dans ce que tu écris? Non, seulement différences de conception et d'éthique taurine.
    Mais se facher pour des histoires de toros, c'est bien dommage!

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  2. Pourquoi te fâcher, Florencio?
    Puisqu'un jour, hélas, ce couillon, jouet des mirages du mundillo qui le flatte, comme le corbeau de la fable, aura hélas la preuve que tu avais raison bien avant lui, de voir l'avenir taurino couleur gris de l'arena de la Vista Alegre Bilabaina...
    Pedrito

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  3. Je tiens à signaler qu'il y a aussi une grande part d'auto-dérision dans cet article !

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  4. Bonjour
    J'espère qu'il y a de l'autoderision dans ton article car sinon ce n'est pas tres honnete ni meme tres franc de denigrer un ami comme ça sur internet ...
    Et sinon où sont les signatures de mes photos sur ton article ?? c'est mal !! Et mes droits d'auteur alors !! :-)
    A Bientot !

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