jeudi 3 septembre 2009

Carcassonne la surréaliste

Depuis deux heures vingt déjà, l’inquiétude s’était emparée du visage des hommes vêtus de lumières. L’humanité avait reculé de plusieurs siècles dans l’arène portative érigée sur les bords de l’Aude. Il n’y avait pourtant point de forêt vierge inquiétante sur le cercle de sable cathare. Mais le comportement des cuadrillas nous fît penser à un semblant de Jurassic Park. A quoi bon cette peur bleue ?
Car les cinq sujets de Joaquín Moreno de Silva ne semblaient point appartenir à une espèce préhistorique ayant le don de vous tuer d'un simple regard. Non, il n'y avait vraiment pas de quoi paniquer, le lot se laissant manœuvrer à divers degrés. D'une intéressante hétérogénéité, il y avait un peu de tout dans cet encierro de Moreno de Silva. Seul problème, il n'y avait personne en face !

On ne vît point le premier exemplaire du jour qui resta malheureusement inédit après quatre simulacres de muletazos. Le troisième était sûrement le plus compliqué, mais après une lidia chaotique, pouvait-il en être autrement ? Le quatrième dépareillait du reste du lot, il était haut, mal armé, laid, pouvant prétendre à une course de rejoneo. Exécuté en trois piques, il s'avéra maniable au dernier tiers et Valentín Mingo lui tira des passes, semblant être davantage expert en matière de desplante genou en terre... Le cinquième se fracassa en deux lors d'une vuelta de campana fatale, mais il offrit une franche noblesse à la muleta nonobstant son invalidité. C'est face à ce cinquième que Moreno Muñoz coupa le seul pavillon du jour, une petite oreillette après une faena de peu de relief. Auparavant il y eut le second, lui aussi envoyé au peloton d'exécution en cinq piques, dont deux après la sonnerie annonçant pourtant le changement de tiers. Exsangue, il fut affronté par le novillero le plus prometteur du jour, Juan Carlos Rey. Hélas, ce dernier fut cueilli au moment de tuer, une cornada à la cuisse l'obligeant à être conduit vers l'infirmerie.

Mais que s'est-il passé dans la tête des cuadrillas ? Est-ce seulement le nom de Moreno de Silva qui leur a foutu la trouille ? Ou bien, était-ce ce sixième Saltillo qui attendait dans le camion posté en tangente du cercle métallique de l'arène portative ? Nous ne le saurons jamais. En revanche, on se doute que les cuadrillas n'auraient pas été contre le fait d'arrêter la course à la mort du cinquième. Valentín Mingo aurait dû affronter le dernier, mais il le laissa anti-réglementairement au colombien Moreno Muñoz. La course devait aller jusqu'à son terme, mais les cuadrillas avaient visiblement déjà la tête au Perthus...

Les clarines annoncèrent l'entrée du sixième. Et ce numéro 5 arriva, avec puissance, caste et fierté. Lorsqu'ils ont vu ça, les types ont immédiatement reculé. L'esprit de rebellion était absent, et ils agitaient déjà le drapeau blanc. Point de mentalité de guerrier de soir de bataille ! Le mot d'ordre c'était : "Courage fuyons !". Après deux avertissements dus à une apathie extrême, Moreno Muñoz et sa cuadrilla allèrent se ranger en callejón avant que n'entre le picador. Mais il y avait un deuxième mot d'ordre, cette fois-ci adressé par de simples regards pourtant très expressifs. Ce mot c'était "Tue-le ! Vas-y tue-le", à l'attention du cavalier seul en piste. Un coup de lance au niveau du bulbe rachidien ne m'aurait point étonné tellement on avait tout vu cet après-midi là. Mais l'homme au castoreño s'y prit autrement afin de soulager les coupables restés au burladero. Armé d'une pique montée à l'envers, il fît venir huit fois le brave Moreno de Silva, lui infligeant jusqu'à dix impacts diversement placés. Les aficionados étaient excédés, mais il ne semblait point y avoir d'autorité. De ce fait, l'attentat se déroulait en toute impunité. Après ce châtiment démentiel, les hommes croyaient en la victoire de leur acte de lâcheté. Le manque de courage et de professionnalisme se fît également sentir aux banderilles. Et le troisième tiers arriva...

Moreno Muñoz alla vers ce qu'il croyait être le diable en personne dix minutes plus tôt. Un démon dont les ardeurs avaient logiquement dues êtres calmées par la pique assassine. Manque de chance, le Moreno de Silva était entier à la muleta ! Gueule fermée, il possédait encore des embestidas malgré les marques de l'attentat. Ce novillo très encasté déborda le colombien et ne parut pas accuser le poids des dix puyazos reçus. Faena il n'y eut pas, faute à des muletazos prudents et impropres. Un avis sonna à l'attention des coupables. Puis un second, avant que le misérable puntillero n'achève de dos ce fabuleux numéro 5... qui était venu tomber comme un grand, toujours gueule fermée, au centre de la piste ! Il venait à lui seul de défaire un régiment d'incapables. Nous fûmes nombreux à demander le tour d'honneur pour ce fier combattant. Mais l'autorité resta aveugle, elle aussi complice. Et quand nous allâmes voir lesdites personnes du palco à l'issue de la course en compagnie de l'ami Frédéric, ces dernières nous expliquèrent qu'ils n'avaient pas accordé la vuelta pour deux raisons. La première, c'est qu'il n'y avait pas de pétition majoritaire... Et la seconde, c'est que le novillo n'avait pas été mis en valeur tout le long du combat. (Je vous laisse juger de la validité de l'argumentaire présenté) Le novillo n'a pas été mis en valeur, c'est vrai. Mais mieux encore, il s'est mis en valeur tout seul ! Un bicho rare, fier, brave, encasté, magnifique, mais lâchement sabordé...

Tous complices ! Tous coupables ! FUERA TODOS !

Florent

1 commentaire:

  1. OK, OK, en plus du reste (Vic, Ceret, Parentis..) on va en plus se taper Carcassone l'an prochain.
    Je regrette de ne pas avoir été là.

    A+
    JPc
    (aficion33)

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