mardi 15 septembre 2009

Fabuleux !

La fin de l'été se faisait sentir sur les pierres brûlantes de l'amphithéâtre romain d'Arles. Là où nous étions conviés à une mise en scène d'anciennes gloires aujourd'hui devenues poussières de par leur obsolescence. Des légendes condamnées à ne plus jamais renaître de leurs cendres. Pablo Romero, Comte de la Corte, María Luisa Domínguez Pérez de Vargas... Des noms célèbres laissant songeurs les moins de vingt ans qui n'ont pu connaître leur période glorieuse. Et la question de cet après-midi de commémoration était : que reste-t-il de ces gloires du passé ?

A dix-huit heures vingt-six, le fer de María Luisa abattait sa dernière carte en quête de reconnaissance afin de ne pas sombrer dans l'oubli et la simple nostalgie. Mais ce n'était pas une carte, plutôt un monument ! Du nom de "Clavel Blanco", une estampe charpentée, redoutablement armée, arborant fièrement les six cent-dix kilogrammes accusés sur la balance. Le splendide œillet blanc foula d'emblée le sable avec l'envie d'en découdre. Mais nous allions sûrement déchanter de nouveau, et nous apitoyer sur le sort de ce qui n'est désormais plus qu'un lointain souvenir.

Mais la tauromachie est parfois magique, magnifique. Et aucun mot ne pourra mesurer ce que nous avons vécu ce jour-là. Inutile de préciser que la caste monumentale de cet inattendu María Luisa avait dès les premiers instants mis en déroute les hommes en piste. Mais c'est lorsque les clarines jouèrent afin d'annoncer le premier tiers que débuta une histoire épique. Le temps de cinq rencontres entre Clavel Blanco et une cavalerie qui n'était que plume face à lui. Cinq fois, il alla terrasser le jeune picador Juan Luis Rivas. Cinq fois, il fut fortement piqué au milieu du dos. Mais rien n'y fit. Par cinq fois, Clavel Blanco est parti de loin, nous montrant sa caste, sa bravoure et sa volonté de tout dévaster. Cinq fois nous eûmes les poils dressés. Clavel Blanco venait de faire trembler l'amphithéâtre vieux de deux millénaires.

Et ce n'était que le début. Gueule fermée, il poursuivit les banderilleros jusqu'aux refuges lors du second acte. Clavel Blanco était imprévisible ! Mais c'est ça qui fait la beauté du taureau de combat. Au troisième tiers, sa charge vibrante offrait vingt-cinq à trente passes pour celui qui saurait les prendre. Nous n'en vîmes que deux, mais l'émotion était intense. Il y avait sur le sable provençal un taureau de respect, très exigeant, brave, encasté.
Taureau encasté ! Torero dépassé ! Domingo López-Chaves s'est confiné dans la prudence avant de douter et d'être à deux doigts de se faire attraper. Mais l'histoire voulait que Clavel Blanco sorte vainqueur de ce combat. On a d'ailleurs du mal à imaginer comment il aurait pu en être autrement.

Cinq fois il avait fait trembler plèbe et pierres millénaires. Que de frissons à la vue de ce monument de bravoure charger dans une si faible muleta. Mais qu'importe, on avait vu Clavel Blanco ! Le bajonazo caché dans son épaule n'allait pas le priver d'une belle mort. Gueule fermée il résista, puis gagna le centre de la piste avant de s'écrouler. L'oreille accordée ne fut qu'accessoire. En revanche, le tour de piste posthume était des plus émouvants. Car ce que l'on venait de voir c'était fabuleux, tout simplement !

Sans qu'il n'y ait besoin de recul, on peut dire qu'il s'agissait là d'un des plus grands moments de cette saison. Et à y réfléchir, c'est peut-être cela le plus beau en tauromachie.
Plus beau encore qu'un taureau cédant rapidement à la muleta de l'homme, il y a ces monuments indomptables, pleins de sauvagerie, de caste, de bravoure. Des monuments dont on se rappellera encore dans plusieurs décennies.

Clavel Blanco, merci.

Florent

(Photo de François Bruschet : Clavel Blanco)

5 commentaires:

  1. Florent,

    N'oublions pas "Aguantadero" de Prieto de La Cal, à la charge si pleine d'alegria, si longue, et mettant au groupe équestres des "tampons" explosifs (dirait-on désormais des "camaritos"?...), et dont la palco nous priva inexplicablement (!!) de 2 ou 3 piques de plus qu'en vrai "Veragua" il eût supporté!... Quelle fierté aussi (c'est le moine qui fait l'habit, et la caste le trapio), quelle indifférence aux "blessures " des piques!... Là aussi il aura manqué une main ferme pour conduire... Et quel plaisir après le "naufrage" des Prieto à Céret!
    Voilà, la temporada tire à sa fin. Alors, à l'éventuel poseur qui m'annoncerait fièrement "Moi, Monsieur, cette année j'ai vu 50 corridas!", je répondrais avec sérénité "Et moi, Monsieur, j'ai vu "Camarito", "Clavel blanco" et "Aguantadero!"

    Suerte - Bernard

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  2. Je vais y venir Bernard, ayant prévu deux articles sur la corrida-concours.

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  3. Connaissez vous une video ce moment historique?

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  4. video disponible sur feria TV dans l'onglet arles feria du riz ou sur corrida tv.
    ça te donnera une idée mais la camera écrasant les distances on perçoit mal la course d'élan qui fut fabuleuse pour clavel blanco et le toro de prieto, ainsi que la façon quasi féline qu'a eu clavel blanco de fixer et charger le cheval, quelle présence!
    Seul regret a mon gout( pas forcement plus torista que torerista d'ailleur) que le tier de pique ne se soit pas prolongé un peut pour ces deux "vrais" toros braves pour une foi que j'ai l'ocassion d'en voir...

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  5. bonjour , j'ai filmé une charge du Prieto et je l'ais mis sur you tube...Le picador vole en éclat...c'est cour mais intense...
    http://www.youtube.com/watch?v=yr_ueusZ9ho
    Belle hommage a Clavel Blanco je n'ais jamais eu autant de frisson lors une corrida...Et c'était ma première corrida concours...Je reviens sur l'année prochaine...
    En plus j'étais a coté de Patrick Laugier qui m'a tous expliqué ainsi qu'a mon père sur les charges ,la bravoure ,etc. Merci a lui et aussi a Yannick et Bruno...Les autres membres du Jury...

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