samedi 3 octobre 2009

Premier tiers au cimetière

Arnedo était belle à cinq heures moins le quart sous un doux soleil d'automne. Elle paraissait éternelle mais pourtant, ses heures étaient comptées. Bientôt, cette charmante demoiselle au teint bronzé perdra son âme, son cœur, son centre névralgique : sa Plaza de Toros !
Une plaza rendue célèbre par l’institution en matière de novilladas qu’est le Zapato de Oro. Malheureusement, certains ont décidé de l'injuste trépas de la petite arène. Tout cela pour la "remplacer" par un bloc de béton érigé en plein cœur d'un complexe sportif et qui une fois terminé portera le nom peu élégant de "Arnedo Arena". Le Zapato de Oro survivra, mais plus rien ne sera comme avant...

Il n'était pas cinq heures et Arnedo nous remplissait déjà la tête de contresens. Car à quoi bon troquer un tel joyau contre une vulgaire masse de ciment ? Vendredi, Arnedo enterrait sa plaza dans le cadre de l'ultime novillada du Zapato de Oro. Mais ce n’était pas le seul enterrement auquel nous allions assister en ce jour. En effet, les trois premiers novillos (à savoir premier titulaire, premier bis et second) de José Cruz Iribarren (du Daniel Ruíz…) souffraient d’une invalidité affligeante. Le tout premier semblait même être atteint de la maladie de Creutzfeldt-Jakob ! Quelle tristesse ! Avec l’au revoir à la plaza, on était également entrain de dire adieu à l’espèce du taureau brave. Mais avouons toutefois que l’on a de plus en plus l’habitude d’enterrer ce dernier.

Puis vînt le troisième, baptisé Alocado. Alocado ! Un fou, un taré, un barge qui allait faire oublier ses trois limaces de frères l’ayant précédé. Alocado n’avait pas Creutzfeldt-Jakob ! Lui, c’était une erreur génétique ! Diablement encasté, il sema d'entrée la panique dans le but de tout casser. Plusieurs mètres de planches volèrent alors que la cavalerie explosa littéralement quelques instants plus tard lors d’une première rencontre.
On avait en piste un taureau de respect, possédant poder, bravoure et caste ! Et comme tout bon camé du tercio de piques qui se respecte, je rêvais déjà des deuxième, troisième, quatrième et pourquoi pas cinquième rencontres avec la cavalerie ! On était parti pour voir un beau tercio de piques…
Alors que le personnel de piste relevait la monture secouée lors de la première rencontre, le président de la course sortit le mouchoir blanc, limitant à une pique ce premier tiers ! Le pire dans l’histoire, c’est que cela ne sembla choquer personne. Comme s’il s’agissait d’une norme tout à fait légitime. Après tout, le tercio de piques on s’en fout ! Point barre !

Pourtant, Alocado avait suffisamment de forces pour retourner au moins une ou deux fois au cheval. Par ailleurs, le théorème quasi-mathématique qui veut que « chaque taureau devra recevoir autant de piques que ses forces l’exigent » aurait dû être respecté. Mais il est depuis bien longtemps considéré comme obsolète. Ce qui compte : c’est la muleta ! On dût donc se contenter de cet unique batacazo monumental et de la caste vive du José Cruz au troisième tiers… Un novillo brave et encasté face auquel le jeune Esaú Fernández ne perdit pas les papiers (ce qui est pourtant assez rare à notre époque face à ce type d'adversaire). Fernández coupa deux oreilles et reçut le Zapato de Oro promis au triomphateur du cycle. Aussi, un tour de piste fut accordé à la dépouille d’Alocado... un novillo inédit en réalité.

Pour le reste, on eut dans l'ensemble un lot sérieusement présenté et donnant un jeu très inégal. Avec pour finir un petit sobrero encasté de Baltasar Ibán. Quant aux deux autres novilleros du jour, on saura à l'avenir qu'il faut compter sur la vaillance d'Ignacio González mais qu'il faut en revanche oublier Christian Escribano qui n'est qu'un de plus.

Arnedo elle, ne sera bientôt plus que poussière. Alors que le premier tiers lui, est malheureusement déjà sous terre...

Florent

2 commentaires:

  1. "el que no corre vuela"...digo yo, muy estimado laurent.
    il faut parfois du temps pour cimenter les sédiments d'une tarde de toros.

    barnabé croussatémassse

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