lundi 23 novembre 2009

La sauvagerie salvatrice

Il m'était impossible en cette fin d'année 2009 de ne pas revenir sur les déclarations du "ganadero" Jean-Pierre Domecq à Nîmes en septembre dernier. Lors d'une conférence qui se tenait durant la feria des Vendanges, l'immense personnalité du mundillo affirma qu'il fallait apporter de sérieuses modifications au déroulement de la corrida.
A en voir ses arguments, on peut estimer qu'ils ont autant de qualités que les reseñas publiées à longueur de temporada sur son propre site internet : mundotoro pour ne pas le citer.
Selon Don Juan Pedro, il serait bénéfique d'abroger le tercio de piques. Au meilleur des cas, on pourrait selon lui remplacer le picador par un rejoneador, original ! Aussi, on devrait supprimer le "reconocimiento" dans les grandes plazas, on devrait allonger les faenas, multiplier les indultos et se référer à tant d'autres lumières révolutionnaires.

Cela est bien triste me direz-vous. Mais l'on ne peut s'empêcher de sourire quand on sait que l'intelligentsia mundillesque dont Juan Pedro Domecq fait partie a mené une croisade il y a deux mois contre les "toros à Las Vegas". Cependant, le concept proposé par Juan Pedro Domecq n'est-il pas similaire à celui de Las Vegas ? L'organisation américaine a au moins eu le mérite d'annoncer qu'il n'y aurait que des parodies de corrida, sans piques, ni banderilles, ni mise à mort. Or, lorsque vous dépensez entre dix-huit et cent euros un matin du mois de mai à Nîmes, on vous annonce comme "corrida de toros" quelque chose qui ne le sera pas.
Et la différence entre Nîmes et Las Vegas, c'est que la seconde n'est pas hypocrite même si son concept est indéfendable. Ces gens là veulent changer la tauromachie, mais en s'attaquant à Las Vegas, ils défendent une tauromachie dont ils ne sont même pas les représentants.

Pour en revenir à notre ganadero vedette qui nous prend pour des jambons mais qui ferait mieux de s'occuper des siens, on peut également citer une de ses célèbres déclarations d'il y a quelques années. Il disait en effet qu'un taureau ne pouvait être exceptionnel s'il avoisinait les six-cent kilos ! Sûr de lui, Jean-Pierre n'aurait pas imaginé qu'en 2009, un seul toro un seul, du nom de Clavel Blanco (accusant au passage 610 kilos sur la balance) montrerait bien plus de caste, de bravoure, de fierté et de sauvagerie que trois cent bestioles marquées soit du fer de Parladé soit de celui de Juan Petardo Domecq. Et même s'il continue à prostituer à outrance sa marchandise sans plumage ni ramage, cela ne nous empêchera pas de pouvoir encore rêver avec nos illusions de tauromachie authentique.
Palha, Moreno de Silva, Coïmbra et autres sont là, au coeur d'une époque moderne où l'idée de sauvagerie et de puissance dérange des grands penseurs comme Juan Pedro Domecq qui préfèrent abandonner cette conception et s'en remettre à une corrida-spectacle où le taureau n'est là que pour faire briller l'homme. Une corrida aseptisée au goût terriblement tiède.

Espérons que dans dix ans, on pourra encore voir des taureaux encastés, braves et sauvages. Espérons aussi qu'il y aura encore des hommes pour les affronter. Des hommes auquel on aura appris l'art de la guerre avant l'art moderne du toreo.
Actuellement, c'est devant tant d'hécatombes que la corrida succombe. Mais nous on veut des Corridas de Toros, non pas parce que l'on est masochiste, mais parce que l'on aime ça, le taureau de combat ! Ce n'est pas une douche au lance flamme mais simplement un grand bol d'air.
On veut des tardes de toros où aucun tiers n'est négligé ! Par contre une chose est sûre... des Juan Pedro on n'en veut plus.

Florent

4 commentaires:

  1. "maria luisa dominguez perez de vargas" d'encaste pedrajas ; donc de la parladaiserie en théorie, no ?

    ceci dit, halte à la domecquisation à outrance, claro

    RépondreSupprimer
  2. Je rentre des cèpes, je suis HS: cette lecture me fait le plus grand bien. Enhorabuena, Florent, mais il y a longtemps, tu le sais, que je fuis les petardos du marquis.
    Des toros, pour sauver ce qui peut l'être de la corrida !!! Le reste: au piloris....
    Abrazo
    Pedrito

    RépondreSupprimer
  3. Si je partage globalement ton analyse quant à la "vision" taurine de JPD, il me semble nécessaire de ne point occulter d'autres éléments, pour le moins parties prenantes, de ce futur annoncé.
    En premier lieu, certains membres éminents de l'escalafon, qui par choix ou incompétence ont oublié la définition du mot "lidiador" qui est pourtant le fondement de leur métier.
    Ensuite, de multiples empresas qui, pour tirer profit maximum, se complaisent, à divers degrés, dans des choix "commerciaux".
    Choix, eux-mêms, validés par le troisième élément, à savoir, l'aficion, qui remplira les arènes (et donc les poches des empresas, figuras et ganaderos réunis) lui proposant du "spectacle assuré" au détrimant de celles ayant encore la volonté (jusqu'à quand ?) de défendre le côté obscur (car plus délicat à aborder et peut-être aussi à comprendre!!!) de la tauromachie : la lidia (le combat).
    En conclusion, qui sont les responsables et/ou ... les coupables ?

    RépondreSupprimer