samedi 28 mars 2009

Le grand pont en tauromachie

Actuellement, il est possible de voir que la suppression de la publicité à la télévision résonne comme une victoire de la culture pour certains. Mais la culture, quelle culture ? La vraie, la véritable ? Ou bien cette culture audiovisuelle semée par tant d’inénarrables personnages : de Philippe Risoli à Laurence Ferrari en passant par Thierry Roland… Tiens en parlant de ce dernier ; nous remarquons que le football possède une place considérable au sein de la société. Ce sport est également très ancré dans la culture audiovisuelle française. Mais étrangement, les résumés de matchs laissent de plus en plus de place à des cercles de discussion axés autour du football. On voit ainsi apparaître de véritables philosophes de ce sport ! Un oxymore ? De plus, on constate que ces Platon ou Montesquieu du ballon rond possèdent un jargon footballistique très développé.
Parfois, ils s’extasient devant certains faits de jeu. Ces derniers sont par ailleurs très nombreux. Aujourd’hui, je vais parler du « grand pont ». Une action qui fait lever les foules ! Elle consiste pour un joueur à contourner physiquement l’adversaire d’un côté tout en faisant passer la balle de l’autre. Ceci afin de récupérer le bout de cuir, ce qui humilie l’autre joueur et le laisse sur place ; un peu comme un francilien qui vient de louper le RER. Le grand pont au football, c’est un peu comme un gros coup droit au tennis ou comme un redondo en tauromachie. Vous remarquerez par ailleurs qu’un seul et même spectateur peut assister à ces trois « exploits ». En effet, ils sont de plus en plus nombreux à être habitués au triptyque suivant : Parc des Princes, Roland Garros, Arènes de Nîmes.
Je faisais donc état du grand pont au football. Mais y-a-t-il une action similaire en tauromachie ? Je suis tenté de répondre oui. En affirmant même qu’il en existe plusieurs variétés ! Tenez par exemple, il existe un grand pont à la muleta. Pour l’illustrer, vous demanderez à Román Pérez qui est un des spécialistes en la matière lorsqu’il torée voûté (pléonasme).
Mais ce n’est pas ce grand pont qui m’intéresse aujourd’hui ! Celui sur lequel je vais m’étaler : c’est le « grand pont de l’estocade ». Il est parfaitement exécuté à l’image par Javier Rodríguez ; c’était au mois de janvier à Ajalvir.
Cependant, le grand pont en tauromachie réjouit beaucoup moins que celui du football. Du moins, il le devrait en théorie. Car le « grand pont de l’estocade » entraîne souvent une épée basse, cette épée basse entraînant elle-même une mort brève, avec le plus souvent une hémorragie buccale. C’est un syllogisme. Le seul problème est que cette action peu valeureuse passe de plus en plus inaperçue ; les masses applaudissant à tout rompre ces bajonazos d’effet rapide qui n’ont cependant pas la sincérité et la vérité d’une estocade portée dans les règles « en el hoyo de las agujas ». Aussi et sans arrière pensée, vous remarquerez qu’un Javier peut en cacher un autre…

Florent

mercredi 25 mars 2009

Un réquisitoire pour treize mois de gloire

Avant d’entamer mes propos ; je tenais à signaler que tous les éléments qui vont suivre sont dus à des écrits et à des faits, il ne s’agit en aucun cas d’attaques personnelles.

Arles : samedi 22 mars 2008. Ils étaient un bon millier, rassemblés sur le parvis de l’amphithéâtre romain. Ils étaient joyeux, euphoriques, filmés par diverses caméras de télévisions françaises. Ils arboraient des banderoles vertes ou roses. Un tel engouement, mais pour quelle raison ? LA NAISSANCE DE L’OBSERVATOIRE NATIONAL DES CULTURES TAURINES. Une idée acceptable en soi. L’entité est ainsi créée, on verra bien et on attendra pour se faire une idée ; même si l’on a déjà quelques réserves quant à sa direction…

Nous voilà un an après : en mars 2009. Et je pense que l’on est désormais en droit d’émettre plusieurs doutes quant à cet observatoire, notamment à cause de son président. Par ailleurs, le site Campos y Ruedos a publié un communiqué remarquablement argumenté il y a quelques semaines. En tant qu’aficionado ; je trouve étrange qu’il n’y ait eu aucune réaction concernant cette institution un an après sa création. Tout serait si bien ? Tout conviendrait parfaitement ? Personnellement, je ne pense pas. Et qu’importent les conséquences, il faut peut-être en finir avec la langue de bois. Alors ! Un an après et à tête reposée, on peut analyser les choses qui ne vont pas, car je trouve qu’il y en a un certain nombre... Pour ma part, cet observatoire est actif et fonctionne correctement au niveau de la défense externe ; mais qu’en est-il au niveau interne ? Et c’est peut-être là que les choses s’obscurcissent.

CULTURE TAURINE ! Ces messieurs se sont emparés du terme mais pas du sens...

L’observatoire ne possède pas de site internet approprié. En revanche, on peut lire les pensées et « informations » de son président quotidiennement sur le site « Terres Taurines ». A travers les premiers éditos suivant la création de l’observatoire, il fut possible de voir diverses considérations défendant la corrida d’un point de vue global, jusque là tout allait bien. Aussi, on remarqua divers éloges ; dont un fait à Xavier Klein en date du vendredi 18 avril 2008, dans un article nommé « intronisation à Orthez ». Epoustouflant n’est-ce pas ? J’avais pourtant lu dernièrement que Xavier Klein était un personnage obscur et de la pire espèce…

Mais c’est par la suite que la perte de sérieux se fit sentir. Et jusqu’à aujourd’hui, on a pu constater qu’au lieu de défendre l’ensemble de la diaspora taurine et d’appuyer sur le sérieux et l’éthique du spectacle taurin ; le président de l’observatoire a préféré attaquer une partie de l’afición : montrant une envie délibérée de « casser de l’aficionado a los toros ».

Le premier élément intervînt au début du mois de mai 2008. En effet, le président de l’observatoire affirma qu’il fallait moderniser la tauromachie. Si l’on prend le nom de l’entité au sens conventionnel, cela ne convient pas du tout… S’agit-il de « défendre la culture taurine » en procédant ainsi ? Durant cette première temporada de l’observatoire, le président s’est fait apologue d’une tauromachie dite « moderne » ; aux exigences tirées vers le bas avec une lidia galvaudée et des tercios minimisés (voir le débat et les fausses-vérités sur la pique andalouse). Dans un édito du vendredi 2 mai 2008, le président défendit fermement le concept de Palavas-les-Flots alors que cette ville devrait se voir exclue de tout organisme taurin français pour manquements au sérieux et à la présentation du bétail si cela ne venait pas à changer. Car peut-on cautionner une course de Juan Pedro Domecq sans trapío allant de 390 à 470 kilogrammes et ensuite se définir comme le défenseur de la culture taurine ? Au lieu de dénoncer ces dérives portant atteinte au sérieux du spectacle taurin, le président a préféré s’en prendre à l’afición a los toros durant les mois qui suivirent. Cette envie de « casser du torista », vous pourrez la retrouver en relevant les termes d'« ayatollahs auto-proclamés » ou autres « talibans » au travers des éditos du mois de mai 2008.

Par ailleurs, le président de l’observatoire a semblé être assez peu objectif envers les corridas de respect, signant des éditos du nom de « torisme en crise » le 16 octobre 2008, de « torisme intelligent » le 23 octobre 2008 et parlant même de « vrai torisme » le 8 novembre 2008 ; histoire de dire qu’à part Victorino Martín, Miura et Escolar Gil, les autres élevages de respect n’ont aucune valeur. Il alla même jusqu’à qualifier les courses avec ces élevages de « spectacles au rabais » ! Hernández Pla, Prieto de la Cal et autres ganaderías prestigieuses, n’est-ce pourtant pas ce que le président de l’observatoire vend dans sa revue depuis plusieurs années ?

La mauvaise utilisation du statut de représentant de la culture taurine et la désinformation ont été deux autres constantes. Par exemple, une grande publicité a été faite pour Michelito (cf : le 29 octobre 2008 « indulto à Pachuca) ; avec toute cette histoire autour de la becerrada du mercredi 6 août 2008 à Hagetmau, pour une " simple capea avec des jeunes adolescents " j’ai envie de dire... Mais la où les choses sont moins glorieuses, c'est que l'observatoire n'est intervenu lors de la feria d'Hagetmau qu'un seul jour, le dernier, pour cette capea. N'aurait-il pas été mieux de sa part d'appuyer l'ensemble du cycle ainsi que les novilladas proposées ? Surtout lorsque l'on sait qu'Hagetmau est entrain de sombrer depuis quelques années. Défendre la "culture taurine", il faudrait y penser dans d'autres villes en danger, comme Soustons par exemple...

Désinformations, mais également aberrations ! Comme on a pu en lire une extraordinaire au mois d’août 2008 avec « des toros de Núñez trop encastés pour permettre le triomphe de Morante et José Tomás ! » Reprocher la caste des toros, est-ce imaginable lorsque l'on se dit aficionado ? Dans la même lignée, le président de l'observatoire a désiré descendre les Raso de Portillo alors qu'il ne les a jamais vu les deux fois où ils sont venus en France et pour cause ! Il était présent aux novilladas de Millas – près de Perpignan – ; une arène où il est le prestataire. Millas dont il dit par ailleurs sur son site internet que les arènes affichent un « réjouissant no hay billetes depuis quelques années » ; il y a quelques temps, il avait même écrit dans un livre – je cite - : « Si Salvador Dalí avait connu Millas, il l’aurait défini comme le centre du monde »… Une magnifique preuve d’autosatisfaction ! Pour revenir aux Raso de Portillo ; dans la rubrique d'informations du 5 janvier 2009, le président de l’observatoire annonça le retour de cet élevage à Parentis pour cette année, disant qu’il « avait fait sensation l’an passé » ; c’est l’hôpital qui se moque de la charité !

Le président de l’observatoire est également coutumier du « changement de discours » ; c’est le cas pour l’ANDA, mais aussi pour Vic-Fezensac... Durant ces quelques mois, on a pu remarquer que les agressions étaient répétitives mais que les victimes étaient toujours les mêmes.

On pense notamment à Joao Folque de Mendoça, empresa d'Alès et ganadero du célèbre fer portugais de Palha. Désinformation tout d'abord sur les entrées des arènes d’Alès en 2008 (même si ce n'est pas le président de l'observatoire qui signe la reseña), preuve en est pour la corrida du dimanche 4 mai avec « demie arène, c'est-à-dire moins de 1 000 personnes ». Pour dire grossomodo : "Folque, tes corridas toristas attirent moins de monde que certaines novilladas non piquées", au fait, les arènes d'Alès font plus de 3 000 places, faites le compte... Mais cela est un infime détail. Car le plus grave, c'est l'acharnement contre l’élevage de Palha les 30 mai et 1er juin 2008 pour la corrida de Madrid alors que cette dernière a reçu de très nombreux prix. Puis on pense aussi à la course de Bayonne et à la cabale qui s'est poursuivie les 31 août et 1er septembre... Est-ce raisonnable lorsque l'on est président d'un tel organisme de mêler des affaires personnelles et les faire ressortir sur l'élevage de la personne concernée?
En parlant d'affaires personnelles, chacun d'entre nous sait que le président de l'observatoire est également le chargé de communication des arènes d'Arles où il n'y aura pas El Fundi cette année. Pour justifier cette absence, ledit président s'en est littéralement pris au maestro de Fuenlabrada (27 décembre 2008 et 24 janvier 2009) ; affirmant même que la plus petite entrée réalisée l'an passé à Arles était celle de la corrida-concours où " il y avait El Fundi " ; alors qu'El Fundi n'était pas présent à ce cartel ! Je ne pourrais vous retrouver le lien de cette "désinformation", car il a été soigneusement effacé...

Je parlais de "cabale" avec les Palha et Joao Folque de Mendoça ; mais à côté de cela, qu'en est-il de l'infâme traitement infligé aux arènes d'Orthez et au président de sa commission taurine, Xavier Klein. Tout commence le 12 novembre 2008 lorsque le président de l'observatoire fait l'hypothèse d'augmentation d'impôts en 2009 à Orthez alors que la "corrida portugaise" n'était qu'à l'état de projet. Mais cela n'est que l'aube de cette cabale comprenant désinformation et manque total d'objectivité ! Cela continue en effet le 21 décembre 2008 avec un article nommé "la mauvaise pioche d'Orthez", alors que les Montesinos ne sont jamais sortis en France ! Encore moins sous les yeux du président de l'observatoire... Aussi, les 9 janvier et 11 février, l'acharnement continue. Frascuelo est annoncé à Beaucaire et Orthez, alors qu'il n'en sera rien ! Et d'où sortent ces " Julio " Montesinos ?
Voilà un parfait exemple de corrida lidiée avant son entrée en piste. Je le répète ; mais est-ce sérieux de continuer à avoir à la tête d'une entité taurine qui se veut nationale, quelqu'un qui souhaite démolir divers organisateurs ? Et je n'évoquerai même pas les tractations faites envers la mairie d'Orthez...

Le chapitre de la désinformation continue également en 2009 avec la première reseña d'un spectacle en habit de lumières. Je veux bien sûr parler de la novillada du 8 février à Samadet où il paraît qu'il y a eu des « novillos de camino de santiago, bien présentés en bonitos, bas et courts de type, très cuajados et braves dans l’ensemble à l’exception des quatrième et cinquième qui finirent aux planches… » ; je crois que personne n'a vu la course décrite dans cette reseña et il faudrait parfois rendre à l'objectivité ses lettres de noblesse !

Voilà où nous en sommes un an après et là où en sont l’observatoire et son président. Quels progrès ont été faits hormis celui d'éloigner les antis taurins autour des arènes ? Oui ! Quels progrès y-a-t-il eu en matière interne ?
Un an après et en tant qu’aficionado, j’ai l’impression que la personne à la tête de cette entité se prend pour la juridiction suprême de la tauromachie en France, se servant même de ce statut pour régler des comptes personnels ; et forcer des personnes à présenter des excuses pour certains propos ! Mais plus grave peut-être, cette personne se prend pour le porte parole global de l’afición, mais de quelle afición ? Alors un observatoire ; pour rassembler ou pour diviser ? Je me le demande et je vous le demande. Avec tous ces éléments, je pense qu'il faudrait changer la présidence de l'observatoire national des cultures taurines.

Florent

mardi 24 mars 2009

Els Segadors

video

Cet hymne et cette plaza unique : il s'agit de Céret, au coeur de la Catalogne française. Chaque mois de juillet, on ne se lasse pas de se lever, de contempler cette arène et ses alentours, ni d'écouter "Els Segadors" joué par la Cobla Mil.lenaria avant le paseo. Grâce à cette symbolique, l'aficionado sait qu'il est dans un endroit à part - à Céret - et que ce qui va suivre est différent des 95 % de courses proposées le reste de la temporada. S'en suivra le paseo avec une mélodie prenante, et il y aura ensuite une "Tarde de Toros", et de ce côté-là, l'aficionado a peu de chance d'être déçu. On ne se lasse pas non plus de revoir ces images, même si c'est toujours mieux de les vivre le mois de juillet venu sur les tendidos de cette plaza...

Vous pourrez également consulter la programmation du cru 2009 de "Céret de Toros" ici.

Florent

(Vidéo de Fabien R. : "Els Segadors")

samedi 21 mars 2009

L'énigme garlinoise

Garlin, petit village du Béarn ! Garlin, le genre d’endroit où l’on ne mettrait pas les pieds s’il n’y avait pas six paires de cornes deux fois par an. Et cela fait plus d’une vingtaine d’années que cela dure dans ce bled, perdu entre Pau et Aire-sur-l’Adour. Une petite arène donc, faite de bois et de béton, aux travées couvertes. Cette placita a également une politique taurine claire : celle de présenter deux novilladas par an avec un bétail soigneusement choisi pour des novilleros du haut de l’escalafón. A Garlin, des Fuente Ymbro, des Conde Mayalde et consors ont déjà foulé et fouleront le ruedo. Le genre de novillada qui plaît à ceux que l’on nomme « professionnels » et qui se délecteront le jour J avec des « puta madre que muy bonito el lote » ; « claro que es una novillada de lujo » et qui s’extasieront de « olééé » de « biennn » ou de « que arte chico » devant des novilleros blazés aux portes de l’alternative, toréant profilés et pas croisés, aliénés par leur quarantaine de novilladas à affronter la temporada venue. Bref, tous les ingrédients pour vous horripiler. De plus, l’ultime novillada donnée à Garlin a été synonyme de désastre ganadero pour les fils du regretté Aimé Gallon.
Cependant, et c’est pour cela que je parle de Garlin aujourd’hui : un lot de Joselito (fers de « El Tajo » et « La Reina ») y est annoncé le dimanche 19 avril. Un élevage sans intérêt ces dernières années… Mais cela a changé avec la magnifique tarde de l’an dernier à Bayonne. Le point de départ pour cette ganadería ? Un simple coup de bol ? Nous connaîtrons la réponse cette année dans les ruedos, et notamment à Garlin. Mais le 19 avril, cela n’aura peut-être rien à voir avec la corrida bayonnaise de l’an passé car il s’agira vraisemblablement d’une « grosse non piquée » pour « permettre » au jeune Mathieu Guillon de « pouvoir s’exprimer ». Ce qu’a notifié son apoderado à tous les organisateurs du sud-ouest le 11 novembre dernier à Saint-Sever, s’en prenant au passage à ceux qui ont « osé » programmé les « encastes hostiles » (Santa Coloma). En revanche, si les novillos de Garlin sont du même tonneau que les grands frères de Bayonne, il ne s’agira pas de se contenter de « pince du homard taquin » ou autres ornements mais bien de toréer dans les canons avec solidité technique et respect de la lidia.

En résumé : wait and see.

Florent

Garlin (Pyrénées-Atlantiques) – Dimanche 19 Avril 2009 – 16h30 – Novillada piquée
6 Novillos de El Tajo et La Reina pour Miguel Tendero, Juan del Alamo et Mathieu Guillon (début avec picadors)
(Novillada non piquée matinale à 11 heures avec 3 erales de Malabat)

jeudi 19 mars 2009

6 Toros de lidia 6 pour qui osera et saura les affronter

Chaque début de temporada est peu prospère en matière d’émotion. Il est vrai que l’on peut aller voir des courses à Ajalvir ou à Samadet ; mais l’on sait au fond de soi que tout cela n’est pas très sérieux. Et il faudra attendre encore un peu avant de revoir des choses plus dignes. Ce que l’on préfère en début de saison, ce ne sont pas ces courses de transition auxquelles il est possible d’assister ; non ! Ce que l’on préfère, c’est de savoir ce que l’on va voir dans plusieurs mois. Car cette année encore, il y aura des Toros en France ! Voyons donc une liste non exhaustive :

Tout d’abord, rappelez-vous de l’an dernier ! Après une corrida bayonnaise, certains avaient délibérément glosé sur les rugueux toros portugais de Palha. Le printemps arrivant, on constate que les organisateurs ont suivi nos chers oracles puisque les Palha seront présentés à quatre reprises cette année ! Oui quatre ! A Alès et Beaucaire en corrida, à Vauvert en novillada, et il y aura aussi un toro pour le concours vicois. Eradiquer les Palha, ce ne sera pas pour tout de suite, au grand malheur de certains. Cette année, on pourra également voir des Dolores Aguirre à Alès, des Sánchez Fabrés à Céret, des Angel Nieves à Orthez ou des Moreno de Silva à Carcassonne…
Escolar Gil et La Quinta – deux élevages jouissant d’une belle notoriété en France – seront quant à eux également de la partie. De plus, il ne faut pas oublier les prestigieux fers de Prieto de la Cal, Victorino Martín, Bucaré ou encore Partido de Resina.
2009, ce sera aussi la première des Adolfo Rodríguez de Montesinos en France ; un lot dont le sort semble scellé alors qu’il n’a pas encore quitté le campo…
Et puis ! Et puis ! Il y aura des Raso de Portillo à Parentis-en-Born !

Tout cela laisse assez rêveur. En tout cas beaucoup plus que les déclarations de certains jeunes toreros qui se plaignent de leurs antagonistes ! Que dire si ce n’est que le succès de l’homme est bien plus beau devant un Toro de respect plutôt que face à un bicho que l’on veut « collaborateur » (terme vomitif)

Ainsi en 2009, on continuera à aller « a los toros » !

Florent

(Photo : deux Bucaré de Céret de Toros 2008)

mardi 17 mars 2009

Bienvenue

Bonjour et bienvenue sur ce blog qui est la suite de florencio-17 .
Comme pour l'ancien, vous retrouverez différents billets d'humeurs et reseñas.

Bonne visite,

Florent

Introspection

Tôt ou tard, il peut arriver à l'aficionado a los toros de faire un constat sur ce qu'il a vécu dans l'arène. Une introspection sur sa passion. En s'interrogeant, diverses questions concernant la morale surgissent. Car la corrida est un spectacle unique, hors du temps, échappant à toute logique. Il est cinq heures lorsque les clarines sonnent, mais est-ce la même heure que celle d'une journée normale ? En effet, on n'est pas dans une plaza de toros comme l'on est dans la vie. C'est un endroit à part.
Cependant, il faut avouer que l'on est toujours fier de cette passion peu ordinaire lorsqu'on l'évoque. Mais il y a aussi un côté confidentiel, secret, personnel. Car on aime le combat qui se déroule dans l'arène : l'ovation, le triomphe, la bronca, l'opprobre, le drame et l'incertitude. Tous ces éléments font la beauté de la corrida.
Toutefois, l'introspection est nécessaire afin de savoir quel aficionado on est. On doit aussi chercher à savoir comment est-on venu à cette drogue qu'est la corrida.
Ne voyez pas à travers cet article un quelconque exercice de psychanalyse mais simplement diverses questions personnelles méritant d'être partagées. Et pour comprendre tout cela ; il faut peut-être commencer par le début...

C'était il y a longtemps pour moi mais peut-être pas pour vous. Je vivais dans cette ville du Sud de la France dont je n'hésite pas aujourd'hui à me moquer avec un certain cynisme : Nîmes. Et j'y repense ! C'était il y a une décennie ! Je me rappelle de cette région. Avec leur accent pointu, les gens parlaient de banderillère, de torère, et même de Pablo Romère ! C'était encore à la mode, lorsque l'on sait ce que cette ganadería est devenue aujourd'hui... O tempora ! O mores !
L'approche avec le spectacle taurin fut progressive ; mais j'étais à chaque fois épris de fascination en admirant l'extérieur des arènes les jours de course. Puis le baptême eut lieu, la première corrida de toros. C'était un jour de printemps, mais ce n'était pas à Nîmes !
La découverte se déroulait dans un autre amphithéâtre romain, un dimanche de Pâques. O bien sûr, peu de souvenirs me sont restés de ce jour-là. Mais c'était clairement le début de quelque chose qui allait être primordial pour moi ! Je me souviens de bêtes au pelage obscur, il y avait ce ciel très bleu, mais également un vent très fort et très froid, qui balayait le colisée d'Arles. Je me rappelle aussi d'un taureau frappant fort aux planches à son entrée en piste, mais c'est à peu près tout ce qui est resté... Pour l'anecdote, les trois hommes qui faisaient le paseo ce jour-là étaient José Pedro Prados « El Fundi », Stéphane Fernández Meca et Miguel Rodríguez. Les taureaux provenaient quant à eux d'Andalousie, de Zahariche : les Miuras !
C'était l'aube d'une passion ! Evidemment, les choses s'apprennent au fil du temps. Je ne vais pas exposer les autres expériences de ma vie d'aficionado en herbe. Mais l'amour pour le toro était là. C'était probablement le principal ! Depuis cette première expérience, un nombre considérable de courses est passé et j'ai pu faire l'acquisition de certaines valeurs subjectives : notamment celles d'un combat dans les règles, avec des taureaux de respect.
Les ai-je assimilées au détriment d'autres ? Peut-être me direz-vous. Car je ne peux cacher une certaine aversion envers les corridas- champagne qui plaisent à un bon nombre de personnes, mais elles n'incarnent pas à mes yeux la vérité, les valeurs pures et fondamentales d'une course de taureaux.

Pour ma part, le plus beau : c'est l'inattendu ! Et cela ne peut avoir lieu que s'il y a des taureaux dignes du nom en piste.
Sans pour autant dénigrer une partie de l'afición, je trouve gênante la démarche d'autosatisfaction à la simple annonce du nom d'un torero. En effet, on a pu apprendre très récemment la venue de José Tomás à Bayonne, pour le vendredi 7 août. Très vite, certaines idées reçues peuvent survenir : un grand triomphe à ne pas louper ? « No Hay Billetes donc je me devrai d'y être » ? Pour ma part, je ne suis pas autant optimiste. Car quels seront les taureaux ? Agir selon cette démarche, n'est-ce pas être prisonnier de l'évènement ? de la médiatisation ? Je ne tire point sur les personnes qui iront voir cette course. Car vouloir admirer un homme courageux voire inconscient est quelque chose de louable. Mais il y a là quelque chose d'encombrant, de pas naturel. Des toros choisis, un public acquis, une notoriété toute faite. Le spectateur achètera un triomphe que l'on veut couru d'avance. Pour pouvoir ensuite dire « j'y étais », mais ce genre d'évènement constitue bien plus le paraître que l'être. Et l'on ne peut y trouver le plaisir de l'inconnu, de l'incertitude. Pour cela, je ne souhaite pas assister à cette course et apparaître ainsi comme un cuistre se vantant d'avoir vu un torero toréer. Alors qu'il y avait deux autres hommes au cartel. Accompagnés du plus important ; la matière première que l'on appelle ou que l'on ose parfois appeler TORO.
Tout cela me fait dire qu'une grande tarde ne se fabrique pas. La grandeur et la beauté inégalable viennent de l'improbable, un passé relativement récent semble l'avoir montré. Ainsi, je ferai comme l'écrivait Voltaire. Dans la vie comme sur les tendidos, « je continuerai à cultiver mon jardin » et à apprendre, à attendre, car pour être aficionado et voir de belles choses ; il faut savoir être patient.

Florent

Paraître mais ne pas être

Les discussions peuvent parfois être le point de départ de longues réflexions. Ainsi, je parlais l'autre jour avec l'ami L.Larregain. Lui, basque à l'œil espiègle et voyeur m'évoquait quelques mots interceptés dans le métro madrilène l'an dernier. C'était à la sortie de Las Ventas et il apercevait deux personnes d'une soixantaine d'années parler de toros ; des aficionados aguerris. L'un des deux disait « Tu sais, le problème des jeunes toreros d'aujourd'hui, c'est le manque de technique et d'entraînement. » ; et l'autre lui répondit avec fatalité « Non, ce qui leur manque : c'est l'afición... » Quelques mots effroyables mais tellement vrais ! Ils reflètent par ailleurs très bien ce qui se passe à l'heure actuelle.
C'est donc à cette question que je voulais en venir : y-a-t-il encore de l'afición en piste ?

La pire des choses est que l'on ne peut pas se voiler cette réalité. Celle que l'on constat au fil des novilladas piquées ou non, avec des jeunes blazés, désabusés, manquant d'envie lorsque ce ne sont pas les fondamentaux qui font défaut. Car que veulent-ils ces jeunes toreros ? La gloire ? L'argent ? Les femmes ? Ils veulent tout cela. Mais indéniablement, ils veulent tout d'abord des adversaires à la charge rectiligne, serviables et sans trop de difficultés. Cela me fait penser à un jeune aspirant à être grand cuisinier et qui n'aurait recours qu'à des plats micro-ondables.
Mais l'entourage et le manque de culture taurine de ces jeunes y est également pour quelque chose. On veut même parfois nous apprendre que les bêtes doivent être au service des aspirants et leur permettre d'exprimer leur toreo. Mais la corrida est-elle quelque chose de fabriqué ? Où un taureau sauvage devrait être humanisé pour satisfaire un homme incapable d'affronter sa caste ? Aussi, je ne pense pas que les écoles taurines remplissent bien leur rôle.
Et puis... Ces jeunes qui rêvent du taureau moderne ! Qui s'en tapent complètement de la lidia mais qui se délectent devant de longues faenas conformistes, de deux cent muletazos ou plus... Je dois avouer que cela est tout aussi excitant qu'un journal de treize heures où Jean-Pierre Pernaut évoque le boulanger de Plabennec-sur-Mer qui fabrique ses pains au chocolat avec 29,14 % de cacao.
Il y a donc ces entourages, ces écoles taurines... Mais aussi ces banderilleros qui n'aident pas vraiment les jeunes. Ces banderilleros qui gueulent « oléééé » derrière le burladero alors que le gamin n'est ni croisé ni quieto. Ces banderilleros qui solliciteront le public afin que ce dernier demande l'oreille en guise d'encouragement et non comme synonyme d'une récompense méritée. Ces banderilleros qui ne seront pas capables après la course de dire au jeune s'il a été bon ou mauvais.
Alors quand à tous ces facteurs se rajoute la vulgarité, que dire ? Voyez Román Pérez, un parangon de mauvais goût et d'irrespect croyant tout maîtriser alors qu'il torée à des années lumières de ses adversaires...De nos jours, le problème est que la symbolique de l'ultra-modernisme est partout. Alors, comment ne pas penser à Miguel Angel Perera ? Lui qui estime que l'on voit la bravoure du taureau dans la muleta et non à la pique. Lui Perera, qui veut un taureau moderne à la charge inlassable ; mais pourquoi faire ? Pour donner son toreo longiligne et conformiste ! Afin que cela soit une affaire rentable à long terme. Oui toi Perera ! Toi qui a moins de classe en deux milles sept cent muletazos que Sergio Aguilar en une naturelle donnée de face, dans les canons, une naturelle une seule, bouleversante et qui arrête le temps... Alors que toi Perera, tes multiplications de séries profilées nous amènent plus vite à notre mort, de par cette accélération. De plus, ton toreo et les bêtes que tu veux affronter relèvent de la fabrication, quel effroi ! Tueras-tu la tauromachie avec ton aliénation ? Où seras-tu justement oublié car tu auras aliéné ? Nous le saurons un jour. Mais avant de faire dans le domaine quantitatif, il faut peut-être penser au qualitatif. Car la corrida est une affaire de qualité et non de quantité... Perte des valeurs quand tu nous tiens ! Remarquez, je pense que la décadence de l'afición ne se fait pas sentir uniquement en piste...

Florent

(Photo : Miguel Angel Perera qui ne prend pas la peine de donner un joli tercio de piques à ce Conde de Mayalde. Pas grave, ce que les gens veulent voir : c'est une faena)

Voyeurisme masochiste

Je ne vous apprendrai rien en affirmant qu'un bon aficionado doit avant tout être un bon masochiste. En effet, chacun d'entre nous goûte plusieurs fois par temporada à une forte douleur. Celle-ci étant même prévisible la plupart du temps. La faute au gusanillo me direz-vous ! Ah décidément, une belle histoire d'amour ce masochisme ! Tiens en parlant de masochisme : un spectacle taurin de huitième catégorie était diffusé l'autre jour par la chaîne andalouse qui propose également plusieurs fois pas mois un programme du nom de « Toros para Tontos » ; ou quelque chose y ressemblant. Les toros à la télé ! Cela enlève énormément de relief au vrai, l'ambiance de la corrida est tronquée par l'écran. Cependant, on a une vue davantage omnisciente. Mais étant donné que nous sommes tous plus ou moins des voyeurs ; dès que des toros ou assimilés s'annoncent à la télévision... Cela peut parfois être tentant, même si l'on n'a rien à tirer du cartel présenté. Mais il faut être encore plus masochiste et voyeur pour s'infliger une course andalouse comportant tous les traits caractéristiques qui nous horripilent.
Puis, si l'on se lance dans diverses considérations ; le comble du voyeurisme en tauromachie, ce serait le rejoneo ! Pourquoi ? Car c'est un spectacle où la bête est diminuée d'avance et pour lequel on sait que l'on ne pourra pas voir sa bravoure, au contraire d'une lidia piétonne normale. Que certaines courses à pied soient aussi triviales que les corridas équestres ; je crois qu'il est parfois possible de le dire, malheureusement.
Aracena ! C'est même ridicule d'en faire une reseña. Le genre de corrida où le revistero dira que les bestiaux étaient abecerrados pour déconner, alors que cela correspondait parfaitement à la réalité. Et je vous promets que les six choses de Zalduendo qui sont sorties en piste auraient pu passer à Plaisance-du-Gers, au Houga ou même à Pontonx-sur-l'Adour. Jusqu'au bout de l'ineptie, il était montré au début de la retransmission le lot de Zalduendo trois jours avant la course ; avec les fundas encore sur les cornes. Trois jours plus tard : les mêmes bestioles de Zalduendo dans le ruedo d'Aracena ; sans les fundas, mais afeités jusqu'à « l'os » j'ai envie de dire... Mais à quoi bon ces foutues fundas si au final, les becerritos sortent avec des guimauves en guise de cornes ? J'avoue que de ce côté-là, j'ai du mal à comprendre...
Pour ouvrir cette mascarade, il y avait Ortega Cano, le torero old school du jour et probablement le seul des trois à savoir toréer. Puis vînt ensuite l'illustre Manuel Díaz « El Cordobés » qui ne fut même pas capable d'être à la hauteur d'un bestiau ultra noble. Mais qu'en serait-il face à un taureau brave ? Et pour couronner le tout, l'excellentissime El Fandi complétait l'affiche de luxe. Lui qui, de par son physique athlétique, pourrait prétendre au poste de tondeuse à gazon sur le banc de touche du Paris Saint-Germain. Certes, il sait courir et il a des poumons le type ! Mais malgré sept cent paires de banderilles posées l'année dernière, l'ancien skieur ne semble toujours pas avoir assimilé ce que c'était de clouer dans le berceau... En intrus, Vicente Yangüez « El Chano » lui montra au premier toro du Cordobés ce qu'était l'art de poser les palos.
Enfin, parler de tercios de piques pour ce spectacle reviendrait à évoquer une piqûre donnée sans rappel par le médecin. En tout cas, devant des muletazos donnés sur le passage à des bêtes insignifiantes, il y en aura toujours qui se délecteront... Mais il faut réellement être masochiste pour suivre ce type de spectacle, même à cause (je ne dirai point grâce) de l'audiovisuel ! On pourra toujours me dire « oui et bien tu n'as qu'à pas regarder ! ». Il n'empêche que c'est bien désolant de voir une si belle tradition bafouée par de vulgaires types affrontant des bovins miniatures. Et je pense pour ma part qu'un Observatoire serait bien utile afin d'éviter ce genre de conneries....

Si l'on est catalogué comme voyeur car l'on aime le combat et les beaux taureaux ; alors je répondrai qu'en allant à Palavas-les-Flots : vous êtes à la fois voyeur, masochiste et sadomasochiste ! A méditer...

Florent (le mardi 3 mars 2009)

(La photo n'a bien sûr rien à voir avec l'article puisqu'il s'agit d'une vache de Raso de Portillo. Une vache qui n'est autre que la soeur de cet extraordinaire novillo lidié le dimanche 5 août 2007 à Parentis...)

Corridas d'un autre âge

Chacun d'entre nous sait que Joao Folque de Mendoça est une personne très conversée au sein du mundillo, et il n'y a nul besoin de rappeler certains « hauts faits » dont il a été le responsable. Cependant, l'interview livrée dans le quotidien Midi Libre dimanche dernier vaut son pesant d'or et on y apprend plusieurs choses intéressantes. Et notamment la volonté de la commission taurine d'Alès – ville où Folque de Mendoça est empresario – de fixer à trois le nombre minimum de rencontres entre taureau et picador. Le choix de certains toreros pour la feria du 23 et 24 mai est assez décevant il est vrai, mais avouons que la présence des Dolores Aguirre et des Palha sur une même affiche, cela a belle gueule ! Voici l'interview en question...
« Ces cartels vont donner du spectacle
L'organisateur, João Folque de Mendoça, justifie ses choix.
- Les cartels que vous venez de dévoiler pour la Feria 2009 vous satisfont-ils ?
-Oui, je suis très satisfait, plus que les années précédentes. Je crois que ces cartels vont donner du spectacle. Ils promettent des courses mouvementées.
- Avec Savalli et Padilla, n'essayez-vous pas de créer l'événement ?
- Non, pas forcément. On n'est pas là pour créer l'événement, mais pour que l'aficion se retrouve dans l'événement. On veut montrer quelque chose de différent des autres arènes. Je veux que les aficionados disent : "On a vu une vraie corrida à Alès".
- Quand même, avec eux, vous pouvez attirer du monde dans des arènes qui ne font plus le plein...Plus que de faire le plein, l'important, c'est de faire le plein artistique. Vous avez choisi de faire revenir les Palha, votre élevage, au Tempéras... En tant qu'éleveur, ils ont donné entière satisfaction en 2008. Ils ont récolté 45 prix en deux ans à Madrid. Personne ne peut dire, aujourd'hui : "Mendoça, il essaie de mettre ses toros à Alès". Ce choix s'impose de lui-même. Comment se sont passées les tractations pour monter ces affiches ?
- Les négociations ont été faciles : pour les Palha, entre moi et moi, ça s'est bien passé (sourires). Quant à Dolores Aguirre, elle est enchantée de revenir. Elle viendra recevoir le prix du meilleur lot de toros 2008 décerné par l'association des critiques taurins du sud-est. Avec François Gilles (ndlr : adjoint délégué à la tauromachie), ici, on veut 3 piques, pas 2. Ces deux élevages sont en condition de les supporter.
- Savalli dans une corrida dure, les découvertes Cesar Girón et Alberto Aguilar face aux Palha, ne suscitent-ils pas des interrogations ?
- Ce sont trois paris. La vie est faite de paris. Ce sont trois jeunes d'âge, de présence à Alès et d'idées. Mais ils sont tous capables de triompher.
- La présence de Padilla a-t-elle fait l'unanimité ?
- Ce sera notre tête d'affiche de dimanche... et la première polémique. J'ai eu du mal à convaincre la commission taurine. Padilla est un grand matador de toros qui n'a pas une bonne image à Alès. J'ai dit à son apoderado que s'il venait pour faire la même chose que la dernière fois (ndlr : c'est-à-dire pas grand-chose), ce n'était pas la peine. On va tout faire pour qu'il joue le jeu. Tout le monde a droit à une deuxième chance...

Recueilli par Eric Delanzy »

Pour le rappel, les cartels présentés aux arènes du Tempéras sont :
Samedi 23 Mai (18h) – 6 Toros de Dolores Aguirre pour Rafael Rubio « Rafaelillo », Francisco Javier Sánchez Vara et Mehdi Savalli
Dimanche 24 Mai (11h) – Novillada non piquée
Dimanche 24 Mai (17h) – 6 Toros de Palha pour Juan José Padilla, César Girón et Alberto Aguilar

Florent (le mercredi 4 mars 2009)

(Photo : La sincérité de Sergio Aguilar face à un Palha l'an dernier à Bayonne)

Une indéfinissable hiérarchie taurine française

Depuis quelques années maintenant, les règlements taurins semblent évoluer de manière exponentielle chez nos voisins espagnols (apparition ou modification de règlements andalous, basques, castillans, valenciens...) Mais dans quel but ? On peut même se demander si un écriteau avec les règles propres à l'arène figurera un jour dans chaque patio de caballos. Cependant, l'Espagne a le mérite d'avoir une séparation clairement tranchée entre les catégories de plazas. Ce qui n'est pas le cas chez nous où il semble difficile d'établir une hiérarchie !
Tout d'abord, on constate qu'il n'y a aucune plaza de temporada en France. Notre pays possède vingt-cinq plazas de toros qui organiseront des corridas formelles cette année. On pourrait donc se dire qu'il est aisé de faire un classement au vu de ce nombre peu conséquent. A première vue et sans être trop regardant – notamment sur les cornes –, on serait tenté de mettre Nîmes au sommet de la hiérarchie ! Elle est en effet l'arène la plus importante en nombre de places et c'est également elle qui donne le plus de spectacles portant sur le papier le nom de « corrida de toros ». Mais l'on peut rétorquer qu'il s'agit davantage d'une forte concentration de spectacles que d'une suite de corridas d'importance. Quant au fond : est-ce digne d'une plaza qui se dit de première catégorie d'octroyer trois queues sur une feria de quatre jours ? (*1) Est-ce digne pour cette plaza de faire sortir en corrida un taureau de 408 kilogrammes ? (*2) Enfin, la présentation globale du bétail décrédibilise fortement le statut suprême que pourrait avoir Nîmes. On concédera toutefois l'honnêteté qu'ont les nîmois de ne pas orner les cornes douteuses avec des prothèses comme ont pu le faire par le passé certains organisateurs de spectacles aturins... euh taurins pardon ! (*3)
Pour rester dans les grandes arènes (en capacité) du sud-est ; on peut dire que Béziers est un cycle hétéroclite au niveau des corridas mais homogène en matière d'assistance populaire peu avertie. Outre Nîmes, l'amphithéâtre romain d'Arles propose quant à lui des cartels variés même si certains manquent de sérieux, on pense ainsi à la corrida-concours et à celle de Victorino Martín. On peut également se poser des questions quant à l'absence des deux triomphateurs de l'année passée : El Fundi et Sergio Aguilar !A l'Ouest ; on a Dax qui reste remarquable pour la festivité dans les gradins ainsi que pour ses non piquées qui font « No Hay Billetes » tous les après-midis. Plus au sud il y a Bayonne, une plaza sérieuse en matière de présentation du bétail et qui pourrait même prétendre au titre. Mais il ne faut pas oublier Vic-Fezensac qui est également sérieuse dans son registre. En revanche ; on attendra avant de pouvoir reparler de Mont-de-Marsan qui change de direction cette année ; tout comme Eauze, Aire-sur-l'Adour et Tyrosse.
Puis il y a les plazas qui ont fait de l'authenticité leur cheval de bataille : Céret en est le plus fier exemple ! Même si l'on pourra discuter le choix des hommes, Alès (Dolores Aguirre et Palha) et Beaucaire (Palha, Monteviejo et Victorino Martín) ont la volonté de mettre leurs ferias sous le signe du Toro, et cela est tout à fait respectable. Les deux belles surprises de l'année sont à mettre au crédit d'Aignan et d'Orthez qui changent de cap même si elles n'organisent qu'une corrida par an. Les paris lancés par ces deux plazas seront à suivre !
Quant à la ville provençale de Saint-Martin-de-Crau, la seconde année dans ses nouvelles arènes sera transitoire puisque la saison dernière fut assez décevante au niveau ganadero. Un peu plus à l'est, on a Istres qui propose des affiches variées, il s'agit là encore d'une arène en pleine mutation. Toujours à l'est, Lunel revient en corrida de toros après douze années de novilladas. En effet, la dernière corrida présentée était un mano a mano entre Víctor Mendes et Antonio Ferrera devant des toros de La Quinta en 1997.
En tant qu'unique arène portative sur les vingt-cinq places en question, La Brède cherche toujours une politique taurine, les Prieto de la Cal semblent succéder aux Los Bayones présentés plusieurs années durant. On aura en revanche peu de difficultés à classer Vergèze, Palavas-les-Flots, Mauguio, Saint-Gilles, Châteaurenard et les Saintes-Maries-de-la-Mer...
Les arènes françaises sont effectivement très difficiles à classer car elles sont toutes différentes et plus ou moins soumises à une instabilité en matière de politique taurine. Alors qui mettre au sommet de la hiérarchie ?

Pour finir, je souhaitais revenir sur les propos récemment entendus de la bouche d'un organisateur du sud-est qui disait – je cite – : « peu importe la présentation des taureaux du moment que les gens sortent des arènes contents ... » Hormis ces individus, on a heureusement une afición toujours présente avec des gens qui mettent du cœur dans des paris risqués afin de monter des courses sortant un peu de l'ordinaire !

Florent (le samedi 28 février 2009)

*1 : lors de la dernière feria des Vendanges, Juan Bautista, El Juli et Sébastien Castella ont chacun obtenu un rabo
*2 : Le 8 Mai 2008, le premier toro de Garcigrande échu au sorteo à Javier Conde accusait 408 kilos sur la balance
*3 : Aire-sur-l'Adour 1994, corrida de Pablo Romero organisée par un franco-mexicain. Prix de l'Egoïne d'Or attribué par l'ANDA six mois plus tard.

Indifférence

Je ne sais pas pourquoi j'écris cet article. Mais parfois, cette envie peut vous prendre afin de dégager un ressentiment intérieur. Je repensais ainsi à l'autre jour, en allant à Samadet. En entrant dans la forêt des Landes, on pouvait apercevoir les dégâts causés par Eole : tous ces arbres déracinés, ce paysage dévasté...
Mais c'est à Sabres qu'eut lieu l'illumination. En effet, on pouvait voir la direction de Brocas-les-Forges... Tiens Brocas ! Il me semblait bien que ce village avait une histoire taurine, alors le détour s'imposait ! Puis vînt cette route chaotique... Et une question s'empara de moi soudainement ; y-a-t-il eu quelque récente bataille par ici ? Des arbres défoncés, décapités, meurtris, vaincus, et des tranchées, vides de soldats, remplies d'eau sombre. La route ressemblait en effet à un parcours du combattant.
Puis peu à peu, le village se profile : c'est Brocas. Tout cela me semble très coquet : cette église, ce petit lac, ces quelques jolies demeures, cette forêt sauvage. Puis à gauche, il y a un petit chemin, on y voit au fond un vaste bâtiment circulaire tout de bois fait : ce sont les arènes ! Il y a quelques arbres couchés autour, mais ils sont heureusement minoritaires comparés à ceux restés debout. Le moteur s'arrête, il y a ce silence caractéristique des Landes, on peut respirer cette odeur de conifère, et admirer ces charmantes arènes. C'est beau ! Il m'en faut peu me direz-vous. Et cette pensée qui me vient : elles méritent mieux ! Car jadis, de petits organisateurs sont venus proposer des spectacles mineurs, sans suite... Si ! Deux choses sont arrivées à ces arènes : l'abandon et l'indifférence.
Tout cela est frustrant, je pense alors à une course l'été venu, avec de jolis taureaux et des hommes valeureux, l'ombre et le soleil partageant le cercle en deux. Imaginez !
Voilà Brocas-les-Forges, malheureusement à l'abandon, sans course depuis maintenant plusieurs années. Et je me dis que dans quelques heures à Samadet, je verrai des bêtes n'ayant pas fini leur hiver, je les verrai mourir, mourir dans un gymnase, avec des paniers de basket-ball cinq mètres cinquante au-dessus. Je verrai également ce tableau d'affichage typique des salles de sport, et cela me rappelle la belle époque où je faisais du hand, quand on regardait ce foutu panneau, tous les samedis après-midi, dans l'espoir d'y apparaître toujours devant nos adversaires. Mais ceci est le domaine du sport, cela n'a donc rien à voir avec la tauromachie. Pourtant, il y a encore des taureaux dans ce gymnase, tous les ans, en février. Alors qu'à Brocas c'est le vide.
Mais avouons que ça aurait beaucoup plus de gueule de voir des taureaux, ici à Brocas, au cœur de la Haute Lande, de ce milieu sauvage, avec tous ces pins entourant la plaza en bois. Et puis ce petit village à côté, ce lac... J'imagine cet endroit un jour de grand soleil, avec la luminosité que renvoient les habits des toreros, l'émotion que provoque la combativité de l'animal. Une atmosphère qui vous transporte, et pour le peu que l'on assiste à une belle course... Magnifique non ? De plus, Brocas n'est pas davantage perdu que Samadet, et il y a des chiqueros. Alors que là-bas : au « gymnase », on débarque le corned-beef depuis le camion. Mais peut-être qu'un jour on retournera à Brocas, afin de voir pourquoi pas : quelque chose qui nous laissera rêveurs...

Florent (le vendredi 13 février 2009)

Victor Iouchtchenko à la mode

Les présidences techniques sont-elles partisanes de Victor Iouchtchenko ? On est en droit de se poser une telle interrogation ! En effet, les présidents sont de plus en plus nombreux à faire dans l'ostentatoire et à vouloir arborer au balcon un tissu orange. Couleur représentant comme vous l'aurez compris le président de la République ukrainienne : Victor Iouchtchenko. Son mouvement politique ayant symbolisé un changement historique pour cet ancien pays du bloc communiste. La multiplication des mouchoirs oranges au palco ne serait-elle pas également un tournant dans le domaine tauromachique ? Pour ma part, je ne pense pas que ce signe soit de bonne augure...
Mais bien au-delà des présidences techniques, Victor Iouchtchenko semble être l'idole d'autres personnes ; et notamment de certains chroniqueurs taurins. A propos d'une novillada non piquée dacquoise ; on pouvait lire ceci au travers des colonnes du quotidien régional Sud-Ouest du dimanche 17 août 2008 (de la plume du plus célèbre des chroniqueurs taurins de cette région) :
« GUARDAMONTE IN MEMORIAM Quatre novillos splendides du comte de Mayalde [...] Apercevoir un mayoral se cacher pour pleurer est une émotion rare. Hier, vers 12h50, Andrés, le régisseur de l'élevage du comte, sortit son mouchoir au passage de la dépouille du quatrième cornu, Guardamonte, numéro 8, de robe fougère et tableau noir. Un novillo d'exception qui méritait selon nous de continuer à vivre et procréer. La présidence ne l'a pas jugé ainsi. [...] Cette splendide matinée où planera encore l'ombre marron de Guardamonte qu'un coup de pouce à l'envers ne devait pas condamner »

Ce qui explique pourquoi vingt-deux jours plus tard, on n'eut point de scrupule à gracier un taureau non piqué das les mêmes lieux ! Art de la préméditation quand tu nous tiens !

Florent (le lundi 19 janvier 2009)

(Photo : Un Conde de Mayaldax)

Mythe et passion

Ils étaient là ; aux portes de cette forêt de pins. Ils étaient là ; paissant paisiblement. Ils étaient plus d'une quinzaine, tel un petit bataillon. Ils n'étaient pas terrifiants, mais cela n'est pas important. Car c'est bien le moral qu'ils montreront en piste qui passionnera : à Parentis, à Aldeamayor de San Martín ou ailleurs.
Sauvages, puissants, fiers, encastés, braves : tant de qualificatifs devenus rares aujourd'hui mais qui se sont tous appliqués aux grands frères des combattants en question. Ils portaient, ils portent et ils porteront le fer de Raso de Portillo. Un nom illustre et antique. Non sans fierté, le señor Gamazo nous faisait découvrir il y a quelques jours ses taureaux, et les terres de cette ganadería, la plus ancienne d'Espagne. Les moruchos castellanos du quinzième siècle ne sont plus là. Mais les bêtes portant le même nom et vivant sur les mêmes terres depuis bien longtemps maintenant n'échappent pas à la nostalgie et à la romance. Le sang qui coule dans les veines de ces Raso de Portillo est varié, il y a du Santa Coloma, du Parladé ; des apports de divers élevages, comme celui de Dionisio Rodríguez. Ce bétail unique vit sur les terres du village de Boecillo, au sud de Valladolid. Sur neuf cent hectares, il y a six cent quatre-vingt bêtes, diverses origines donc, et divers pelages aussi. C'est de cette grande finca très arborée que viennent ces taureaux mystiques, qui vendront chèrement leur peau l'été venu. Raso de Portillo, c'est une ganadería pluriséculaire. En France, son histoire est courte, mais elle défraie la chronique. Cette histoire : ce sont deux courses à Parentis, ou plutôt deux novilladas, deux séismes, deux pavés dans la mare, douze bêtes, douze histoires de passion, l'émotion à la clé, la peur, l'incertitude, une atmosphère tragique. Espérons que l'histoire sera longue. En attendant, le señor Gamazo est un ganadero heureux, romantique, et surtout aficionado. Il aime la lidia, et il sait que ses taureaux, marqués Raso de Portillo ou El Quiñón, ne le décevront pas.

Florent (le mercredi 4 février 2009)

(Photo : Un semental de quatre ans)

Sueños de bravura

Nul n'ignore que l'afición est synonyme d'aventure. De ce fait, chaque passionné vit avec l'espoir de découvrir des choses nouvelles et quelque peu exotiques.En quittant la finca de Raso de Portillo vendredi dernier, nous voulions absolument découvrir une ganadería mentionnée sur le site du Centro Etnográfico del Toro de Lidia : du nom de Trifinio Vegas López. Elevage a priori situé à trente kilomètres de Boecillo ; à Matapozuelos plus exactement. Cette ganadería de Vegas López était annoncée comme étant d'origine Santa Coloma. Arrivés là-bas, pas de bêtes si ce n'est une plaza de tienta touristique. Bref, rien à se mettre sous la dent. Mais le portail annonçait également une ganadería d'origine Santa Coloma / Saltillo à La Seca, dix kilomètres plus loin. La ligne AVE séparant les deux villages. Une fois à La Seca, rien à l'horizon si ce n'est quelques pâtés de maison au milieu du campo castillan. Puis nous posâmes pied à terre. Une centaine de mètres plus loin : des bovins, peut-être du ganado bravo ?
Et ils avaient effectivement des armures rappelant les encastes Saltillo et Santa Coloma, mais il devait probablement y avoir une autre origine ; certains bichos arborant un pelage châtain. Il s'agissait là de l'élevage de Virgilio Colorado Moyano, composé de vingt-cinq têtes de bétail, dont un semental. Quant à l'afición, c'est aussi découvrir l'inconnu et mettre les pieds « hors des sentiers battus » comme l'on dit.

Florent (le vendredi 6 février 2009)

L'apport des corridas-concours

Se tourner vers le passé peut parfois être une chose bénéfique, cela permet de se donner des références, on gagne également en recul. Ceci est valable pour énormément de choses, et si étrange que cela puisse paraître, c'est aussi le cas pour les reseñas...A la lecture d'un compte-rendu d'une novillada de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas de 1988 à Roquefort-des-Landes, une phrase m'est apparue comme véridique et m'a fait bondir, comme si elle aspirait à la sagesse : « Regrettons une fois de plus les manœuvres coupables des piqueros, détournant le tercio de sa finalité originelle. Il est grand temps que les instances taurines se penchent sur ce problème. Les corridas-concours n'ont-elles pas suffisamment démontré que les piques données dans les canons n'altéraient en rien les qualités physiques et psychiques du bétail ? »
A un moment où l'on évoque tant de changements, on note que certaines hypothèses ont été oubliées en route. Dont celle qui nous est livrée par ce compte-rendu, je ne vais d'ailleurs pas là paraphraser car vous l'avez bien lue ! Même si les corridas-concours ne sont plus vraiment ce qu'elles ont pu être ; il est vrai que cette idée de calquer les tercios de piques sur le modèle des concours est excellente. Car c'est vrai, il faut aérer le tercio de piques ! Laisser en piste les seuls responsables de la lidia – j'entends par là le picador, le matador et les membres de sa cuadrilla – ; faire partir le bicho de plus en plus loin au fur et à mesure des rencontres, autant de fois que ses forces l'exigeront !
La récente corrida concours de San Sebastián d'avril 2008 avec des bêtes d'origine Domecq a appuyé cette thèse. En effet, il a été possible d'apprécier des taureaux de Zalduendo et de Fuente Ymbro à leur juste valeur, avec un tercio de piques exécuté dans les règles, ils reçurent trois piques chacun sans subir d'altérations pour le reste de la lidia. A méditer...

Florent (le lundi 12 janvier 2009)

(Photo : un Valdefresno sous le fer à Bayonne. Que fait ce peón derrière la monture ?)

Le monopole du marché et de l'humour


- Dans la famille Domecq : je choisis Fernando !
- Fernando ?
- Oui Fernando, le propriétaire de la ganadería Zalduendo ! Un élevage de souche Domecq comme il en existe plusieurs autres. Bonsoir euphémisme !
- Mais pourquoi Fernando au fait ? Pourquoi pas Juan Pedro ?
- Non Fernando ! J'ai choisi Fernando ! Car il veut un indulto !
- Ah oui ? Un indulto ?
- Oui un indulto ! A la Maestranza qui plus est !
- Mais tu as vu ça où toi?
-
Là !
- Mais qu'est-ce qui te gêne dans ce qu'il dit Fernando ?
- Et bien il a dit ça : « es una verdadera pena que nunca se haya indultado un toro en la Maestranza, porque es el marco grandioso para pregonar la Fiesta. El toro indultado es el triunfo de una idea »
- Et ça veut dire quoi ça ?
- En fait Fernando il a dit – je cite – : c'est une vraie peine qu'il n'y ait jamais eu d'indulto à la Maestranza, car c'est une marque grandiose pour promouvoir la fiesta brava. Le toro gracié est le triomphe d'une idée.
-Tiens pregonar, c'est marrant ce terme, j'ai regardé dans le dico hispano-français pour savoir ce que c'était, il m'a proposé deux sens : pregonar : 1) publicar en voz alta un asunto de interés público / 2) anunciar a voces la mercancía para venderla
- Ah ouais quand même ! Je trouve que ça colle parfaitement avec la réalité ce terme ! On veut littéralement vendre l'indulto ! Regarde ! Il y en a tous les quatre jours en Amérique des indultos, moi je te le dis, dans quelques années ce sera pareil ici ! Et puis un indulto de nos jours, c'est quelque chose de dévalué ; une sorte de réputation à vendre. Fernando dit que Séville en a « besoin », mais ce n'est pas une drogue pourtant ?
- Hélas l'ami c'est ainsi ! On ira au Portugal à l'avenir, au moins là-bas pas de surprise : ils gracient les six !

P.S : C'est réellement déplorable de découvrir des interviews de ce genre. De plus, l'élevage de Zalduendo commençait à remonter dans mon estime avec l'excellent taureau du concours de San Sebastián l'année dernière. A l'avenir, on espérera voir des toros dans ce style issus de cet élevage, mais on s'affranchira des toritos de la camada et de l'éleveur...

Florent

Réflexion sur le terme "illidiable"

Le mot « Illidiable » est un barbarisme à la formation incorrecte car formé d'un préfixe privatif français puis d'un terme taurin espagnol. Son utilisation est assez fréquente dans les reseñas en langue française. On qualifie bien souvent d'« illidiable » un taureau manso voire compliqué donnant du fil à retordre aux cuadrillas en piste. Mais cette utilisation est-elle faite à juste titre ?
Car littéralement, ce terme désignerait la bête « qui ne peut pas être lidiée ». Mais est-ce le cas pour ces taureaux que l'on vise la plupart du temps ? Après tout, on a déjà vu des Miguel Zaballos ou des Dolores Aguirre mansos con casta intéressants et ayant une lidia à part entière. Il en est de même pour les bichos compliqués développant du genio dès les premiers tiers. En utilisant le mot « illidiable », ne devrait-on pas plutôt cibler les taureaux incapables de supporter la lidia en question ? Ceux pour lesquels les aficionados doivent se serrer la ceinture en matière de tercio de piques en échange d'une faena qui sera tout de même d'infirmier, ces taureaux dont on sait d'avance qu'ils ne prendront pas plus d'un picotazo.
Or ce terme n'est pas applicable aux mansos con casta et aux bichos compliqués. Ce qui me fait ainsi dire que chaque taureau a sa lidia, du moins celui qui est capable de la supporter...

Florent (le samedi 10 janvier 2009)

(Photo : Rubén Pinar avec un Gallon aux portes de la becerrada l'été dernier à Garlin)

Méditation

Faut-il réellement apporter des modifications au tercio de piques ? Aux dernières dépêches : les toros actuels ne seraient plus à même de supporter ce passage de la lidia, cela les diminuerait trop fortement et les empêcherait de « permettre » une faena conséquente. Ne voulant pas débattre là-dessus aujourd'hui, je vous laisse suivre mon regard, en visionnant cette vidéo des tercios de piques de la novillada de Raso de Portillo à Parentis en 2008 ; vous comprendrez ce que je pense de cette volonté absolue du changement...

Florent (le mercredi 7 janvier 2009)

Raúl Velasco Olivares

Si je vous parle de Raúl Velasco, cela ne vous dira rien ; et pour tout vous dire, c'était à peu près la même chose pour moi il y a quelques mois encore, je vous avouerai toutefois que je ne l'ai jamais vu toréé. Plusieurs personnes m'en ont donc parlé, un ami proche du torero nous le fait découvrir. Quant à moi, je me démènerai rapidement afin de voir Raúl dans les ruedos. Pour donner des repères : Raúl Velasco a pris l'alternative à la fin de la temporada 2007 ; l'année dernière, il a pris part à six corridas de toros formelles et à une dizaine de festivals ; s'il affronta une course de Alcurrucén à Cabanillas del Campo (Madrid), ce sont bien les Adolfo Rodríguez de Montesinos qu'il a le plus combattu vêtu de lumières en 2008, la première fois à Moral de Calatrava (Ciudad Real) le 16 août, puis à Pioz (Guadalajara) le 27 août, coupant respectivement deux et trois oreilles. Sur ce, je vous laisse avec quelqu'un qui vous parlera de Raúl Velasco bien mieux que moi :


" Ce 19 mai 2003 à Las Ventas, je découvris ce petit novillero de Castille. Loin de moi l'idée que notre amitié allait débuter ainsi. Lassé de sillonner les petits villages de la vallée de la terreur, le novillero s'est éteint « en homme » à Las Ventas, se coupant la coleta. Faute d'opportunités, l'intéressé s'expliqua par voix de presse pour se justifier de ce verdict sans appel : « Cet après midi était clé. Soit je sortais par la grande Porte, soit je me retirais. Malheureusement j'ai du me résoudre pour l'option que je redoutais »... Au placard le rêve de triomphes.
Et puis, hors du mundillo, Sonia, sa famille, ses amis, l'avons soutenu, pour se reconstruire... certes, à notre manière.Et puis, il répondit aux appels de ses amis ganaderos « Viens tienter quelques vaches, j'ai besoin de toi ! ».
Et puis, avec force et abnégation, il fut invité à reprendre l'épée lors de festivals à but caritatif... on l'appela ensuite afin de compléter des carteles... Il n'était pas si loin du mundillo finalement...
Trois ans après sa petite mort, comment ne pas me souvenir de notre conversation sur une route nous menant ensemble vers le petit village de La Carolina... Enième invitation pour une tienta. Entre deux sujets, il me glissa vouloir reprendre l'épée... Stupéfait d'une telle confidence, je laissai parler mon silence ; espérant éviter lui donner mon avis sur une telle décision. Que répondre ? Qui aurait été le plus égoïste pour convaincre l'autre ? Lui conseiller d'abandonner l'idée ? Le supplier en invoquant la souffrance des siens l'aurait amené sur l'échafaud. Non, à ma décharge, seul son cœur avait le droit de réponse. Au diable l'avis extérieur.
A notre retour sur Madrid, et malgré ma promesse, je cherchais à partager cette nouvelle. J'implorai notre ami en commun Sergio, de la deviner grâce à ce jeux puéril du « ni oui, ni non », car trop lourd à garder pour moi seul.
Le temps passa... Et c'est le 22 septembre 2007 à Villaviciosa de Odón que le matador de toros Raúl Velasco Olivares naquit, des mains d'Antón Cortés et sous la présence de l'andalou Salvador Vega. Le premier toro – de El Torreón – pour Raúl était lourd mais encasté, se montrant combattif à la pique. A la cape, Raúl fut hésitant voire même brouillon. Car trois années loin des ruedos ne s'effacent pas aussi facilement. Cependant, au fur et à mesure de la faena, sa technique l'aida à retrouver son toreo, ses pieds arrimés au sol, son buste droit, et ses muletazos de plus en plus profonds apportèrent l'émotion dans les tendidos. Au moment de l'estocade, je gardai la tête dans ma chemise, mes yeux scrutant mes chaussettes, souhaitant simplement revoir mon pote le soir venu. Trois quart d'épée en bonne place, le toro s'écroula rapidement, Raúl obtint deux oreilles justifiées. J'observai tout le monde ; certains visages se relâchèrent, quant à moi, mes pensées allaient à ce second toro et m'empêchèrent pleinement de profiter des combats suivants. Le sixième bicho qui sortit du toril était le plus imposant du lot, toutefois moins brave que le premier, mais il humiliait tout de même et affichait une noblesse permettant à Raúl d'exprimer une fois encore toute la panoplie de son toreo. Face à cette noblesse, la profondeur des muletazos de mon ami me permirent de me relâcher, je puis enfin profiter de la faena, le plaisir prenant le pas sur l'angoisse. La faena touchant à sa fin, le danger approcha, le toro allant a menos. En professionnel qu'il veut être, Raúl tira le maximum du toro... Pourtant, j'appris par la suite que cet animal avait stationné plus d'une heure et demie dans les rues de la ville au cours de l'encierro matinal, refusant de rentrer dans les corrales ! Quelle aurait été notre réaction à tous si nous en avions été informés? Au détour d'une naturelle, le toro s'arrêta, se retourna et infligea une première voltereta, blessant le torero à la cuisse gauche. Depuis les tendidos, nous lui supplions d'abréger, mais en matador de toros, il se releva pour donner une dernière série émouvante et exposée, afin de ne pas rester sur cet accrochage. Au moment de l'estocade, il se jeta avec toute sa sincérité sur le toro, mais la corne le percuta au visage : peur, panique et angoisse dans les gradins, Raúl resta au sol, de nouveau commotionné, mais il se releva comme le font certains novilleros morts de faim. Pour nous rassurer ou pour oublier le pire, on justifiera l'estafilade au visage d'une erreur de rasage matinal. Devant tant d'émotion, la présidence accordera de nouveau deux oreilles, ce qui est normal au vu de la plaza.
Fin juillet 2008, au détour d'une conversation téléphonique, Raúl m'apprit qu'il avait affronté l'élevage de Alcurrucén la semaine précédente à Cabanillas del Campo – là-aussi près de Madrid –, il était accompagné des toreros Uceda Leal et Fernando Cruz. Sa reseña orale fut trop évasive à mon goût, je m'empressai alors de consulter les comptes-rendus disponibles sur Internet, pour une pêche aux infos. Dios mio ! Stupéfaction au vu des photos de la tarde, nouvelle sortie en triomphe au prix d'une terrible voltereta. Mais dans tous les cas, les critiques furent flatteuses pour Raúl, car le lot du jour était sérieux et aurait pu passer dans des arènes bien plus importantes.
Un mois plus tard, je lui confirmais le désir ne plus vouloir l'accompagner au cours de ses prochains paseos ! Puis Luc, un jeune aficionado bayonnais confirmé de vingt ans désira le voir toréer et arriva à me convaincre de faire un aller/retour jusqu'à Pioz, petite bourgade de la province de Guadalajara.Au cartel, Raúl accompagnait Fernando Robleño et Javier Castaño pour lidier des toros du célèbre Adolfo Rodríguez de Montesinos, la deuxième fois de la saison qu'il les affrontait. Avant de pénétrer dans cette arène portative, j'hésitais à rester dans le bar du village et à attendre la fin de la course. Alors que j'allais rebrousser chemin, l'amie de Raúl me tendit une place. Tête basse, je me positionnai dans la file d'attente. Depuis le haut des tendidos – équivalent à des barreras de beaucoup d'arènes – j'observai avec inquiétude les deux premiers toros ; grands, sérieux, vendant chèrement leur peau, la marque des toros de respect. Robleño et Castaño écoutèrent silence et applaudissements à chacun de leur passage sur ce ruedo castillan. Pendant, la première faena de Raúl, mes yeux se tournaient davantage vers la beauté du paysage et du château fort qui surplombaient la scène que vers la piste ! Ratant la moitié du spectacle ! Tampis ! L'œil averti de Luc me raconta le reste. Le danger était permanent avec son premier adversaire, Raúl l'affronta malgré l'adversité, payant cet effort d'un gros vol plané ; il reçut une oreille après une estocade engagée.Mes voisins de tendidos s'interrogèrent sur le valiente qu'ils venaient de voir toréer. Je restai pour ma part surpris de leur ignorance sur le torero.... A vrai dire, quelques années auparavant, Raúl avait gracié un novillo de la ganadería El Estoque dans cette même arène. Comment peut-on oublier un indulto ? Un tel évènement étant à chaque fois loué ou contesté, mais il reste dans les mémoires. Lors de sa vuelta al ruedo, Raúl s'étonna de ma présence dans les tendidos et me regarda avec un sourire moqueur. Mes voisins m'interrogèrent alors, c'était la mort du troisième toro de l'après-midi, ils m'invitèrent à boire una caña, me proposèrent un pincho de tortilla. Je refusai leur gentillesse, cela s'expliquant par une unique envie : celle de m'en aller ! Malgré du genio, le second de Raúl était joueur sur la corne gauche, il en profita pour réaliser une faena exclusivement de ce côté, avec des naturelles portant la marque des plus grands – dixit Luc – ! Belle personnalité, main basse, menton dans la poitrine et la jambe en avant. La mise à mort très engagée lui permit de couper sans contestation deux trophées. Sa vuelta finale fut émouvante lorsque l'on sait d'où revenait Raúl : une véritable traversée du désert.

Mes premières pensées vont bien sûr à ses parents et à ses proches... Je leur tire mon coup de chapeau pour avoir accepté une telle souffrance au moment de chaque paseo. Malgré tout, ils l'accompagnent, le supportent, tant dans ses moments de gloire que dans ses peines. Une belle marque d'amour. Je ne peux m'empêcher de penser à toutes les personnes qui gravitent autour des toreros et qui se glorifient d'en connaître un... Pour ma part, malgré mon afición, je souhaiterais avoir une mémoire sélective pour oublier tous ces moments d'inquiétude. Je me résous donc à attendre et à espérer que cela passe ; et je me raccroche au bonheur de mon pote.Ce qui est certain et j'en suis sûr, c'est que par sa persévérance, son amour du toro, Raúl atteindra son objectif. Il le sait plus que quiconque... Et le mérite finit toujours par payer.

Suerte amigo ! "

Par "Anonyme" le jeudi 8 janvier 2009

Entrega y corazón

Cœur et engagement. Deux éléments qui semblent manquer de manière considérable à la diaspora actuelle des novilleros, aspirants ou confirmés. Trop souvent, la froideur et le conformisme prennent le pas sur la sincérité et l'envie. Cependant, il existe toujours des novilleros prêts à donner leur vie et à quitter la plaza sans la moindre once d'énergie, l'habit de lumières sali par le sang et la sueur. Tel est le cas d'Alberto Lamelas, ce novillero andalou un peu juste techniquement, parfois brouillon, mais capable de donner une émotion supplémentaire, de se livrer corps et âme dans le combat, jusqu'à l'inconscience, limitant les hypothèses de sortie de la plaza à deux : soit par la grande porte, soit par celle plus étroite de l'infirmerie. Attention, car il ne s'agit pas ici de vouloir donner une pantalonnade pueblerina afin de toucher la sensiblerie d'un public peu averti mais bien de toréer dans les canons avec un courage hors norme, afin d'essayer d'être à la hauteur du taureau. Alberto Lamelas n'est pas un novillero quelconque, il apparaît à contre-courant de beaucoup d'autres novilleros, n'attendant pas un novillo noblón pour briller, pour démontrer son entrega. Il est sûrement l'un des novilleros les plus aguerris de l'escalafón et peut-être même le plus capable de triompher des novilladas issues d'élevages dits « de respect ». Ces dernières années, je n'ai vu qu'un seul novillero attendre trois fois ses trois adversaires face au toril sans bouger d'un millimètre, un seul novillero poser une paire de banderilles al quiebro au centre du ruedo, un seul novillero s'investir à l'extrême dans la lidia, et un seul novillero effectuer ses vueltas al ruedo physiquement éprouvé, le visage en sueur mais le sourire aux lèvres ; et dans tout les cas, il s'agissait d'Alberto Lamelas ! Un novillero au grand cœur comme on aimerait en voir plus souvent.

Florent (le dimanche 4 janvier 2009)

(Photo de Yannick : Alberto Lamelas à Millas en 2007)

Le choix d'Orthez

Ces dernières temporadas, les organisateurs d'Orthez ont opté pour des ganaderías françaises : un lot de la famille Gallon en 2006, deux des frères Jalabert les années suivantes. Cette année, Orthez change de cap et lance une politique de découverte d'élevages inconnus, ce qui est une aubaine, car n'est-ce pas de cette manière que naissent les révélations ? Divers noms de ganaderías ont circulé, puis le choix définitif s'est fait il y a maintenant quinze jours, avec deux élevages de l'encaste Santa Coloma : le matin, quatre novillos d'Angel Nieves García seront combattus avec picadors (Orthez n'avait jusque là organisé que des non piquées matinales) ; les toros de l'après-midi seront quant à eux porteurs du fer d'Adolfo Rodríguez de Montesinos. Il s'agit donc d'élevages inédits ou presque (Angel Nieves a déjà envoyé un toro pour un concours à Vic) sur notre territoire, et il sera ainsi intéressant de faire leur découverte !
Cependant, on peut s'étonner du fait qu'un lot (celui de Montesinos en question) soit critiqué avant sa sortie en piste. Un blâme est donné à un élevage inconnu, alors que l'on ne sanctionne pas pour autant des élevages présents depuis des décennies en France mais qui n'apportent que morosité au spectacle taurin, le monde à l'envers n'est-ce pas ?
De plus, qui aurait osé émettre un jugement sur les toros de Jean-Louis Darré avant leur présentation en corrida à Vic-Fezensac en août dernier ? En revanche, lorsqu'il s'agit de petits organisateurs qui se démènent afin d'innover avec quelconque élevage ibérique, on essaye de leur mettre des bâtons dans les roues, ce qui est purement inacceptable !

Suerte à Orthez pour cette journée taurine !

Dimanche 26 Juillet 2009 – Arènes du Pesqué
11h – Novillada de Angel Nieves García (origine Santa Coloma via San Martín)
18h – Corrida de Adolfo Rodríguez de Montesinos (origine Santa Coloma Buendía-Graciliano-Coquilla)

Florent (le samedi 3 janvier 2009)

(Photo du lot de Montesinos pour Orthez tirée du
blog de Xavier Klein)

Virement de bord

Devenir torerista, j'y avais pensé il y a quelques temps afin de me débarrasser de cette manie de l'éthique qui me possédait jusqu'alors. Car c'est vrai, pourquoi se préoccuper de l'éthique de la tauromachie ? Le système actuel fonctionne parfaitement, les corridas modernisées sont ce qui se fait de mieux, ce sont elles qui brassent le plus de spectateurs, qui font le plus couler d'encre, qui font le plus couper d'oreilles. Pourquoi se soucier de l'éthique alors que l'on peut se divertir à la vue d'un Julián López « El Juli », d'un Sébastien Castella ou encore d'un Javier Conde briller face à tant de noblesse, une noblesse qui n'est pas ingénue bien sûr, mais une noblesse exceptionnelle ! Car il n'était pas possible il y a encore quelques années de se délecter de ces admirables faenas de deux cent passes où l'on voit le torero au summum de son art, où le taureau est entièrement soumis à la grandeur du toreo, là où le sauvage est assujetti. C'est le breuvage que nous les aficionados du vingt-et-unième siècle demandons ; car quoi de plus merveilleux qu'une longue faena ? Avec des muletazos d'une éternité incomparable et avec un taureau collaborateur au possible.C'est pourquoi messieurs les ganaderos, je vous incite à marquer les veaux d'une année supplémentaire afin qu'ils sortent en corrida formelle à l'âge de trois ans, pour qu'ils aient davantage de mobilité dans la muleta, mais aussi pour qu'ils soient moins armés. De ce côté-là, je vous recommande également de limer les cornes de vos produits un mois et demi avant la course et de l'annoncer préalablement aux toreros qui de ce fait seront rassurés de cette opération. Car c'est vrai, la corrida doit être humanisée, la peur doit être totalement enlevée au torero pour qu'il se mette en valeur le plus possible. Il faut modifier beaucoup de choses, tout d'abord diminuer la taille de la pique, ce qui constituera une étape préliminaire avant sa suppression totale, car quel spectateur aujourd'hui s'intéresse à ce tiers désuet ? Dans toutes les écoles taurines, on devra aussi entraîner les élèves à placer leurs épées le plus bas possible sur le carretón, une fois en piste, ils réitèreront et l'on pourra assister ainsi à des morts plus brèves, ce qui fera taire nos détracteurs.
Une corrida dite « torista » au sein d'une feria, mais quelle idée abominable ! Il faut à tout prix bannir ces corridas car elles constituent une séance de douleur pour nous les aficionados de ce siècle, nous ne sommes point masochistes et cela ne nous plaît pas de voir le tercio de piques s'éterniser alors qu'il ne devrait plus exister, nous sommes terrorisés dès que le taureau se met à montrer du danger, car ce n'est pas le but de la corrida, le torero doit briller ! Pour ce, nous demandons que nos abonos soient entièrement constitués de lots à triomphe et de toreros en vogue, nous vous prions messieurs les organisateurs de bannir de vos esprits les noms farfelus qui vous tentaient afin de fournir la corrida torista, oubliez Victorino Martín, Escolar Gil. Nous qui représentons le peuple, nous qui avons demandé l'indulto pour Desgarbado nous avons raison, car « vox populi vox dei », pour ce, nous vous faisons une demande expresse pour la temporada prochaine en vous demandant des lots de : Montalvo, Garcigrande, Victoriano del Río, Zalduendo, Luis Algarra et Manolo González. Si cette demande n'est pas accomplie, nous manifesterons notre désapprobation lors de la première corrida du cycle en déployant une banderole mentionnant « Nada tiene importancia si no hay arte, por una corrida modernizada : sí al fraude ». Nous devons nécessairement nous débarrasser de ces corridas d'un autre âge et pour encourager les vocations au toreo, offrir une oreille comme récompense minimale à chaque novillero sans picador pour sa prestation.
Etre torista est une réelle déconvenue, car l'on ne peut profiter pleinement des faenas qui nous sont proposées à longueur de temps mais que l'on se refuse à voir pour quelconque motif. L'important, c'est de voir des hommes toréer et triompher, le reste est dérisoire, mais sachez pour ce que le ganadero doit nécessairement adapter son bétail afin d'assurer le triomphe des toreros. Ainsi, toutes les arènes se rempliront, il sera possible de voir des faenas toujours plus longues et savoureuses, et l'on assistera à une découpe d'oreilles toujours croissante. Alors, comme moi, remettez-vous en question !

P.S : Ceci était bien sûr une plaisanterie, chacun sachant qu'aujourd'hui, 28 décembre, symbolise en Espagne « le jour des Innocents », ce qui est synonyme en France du 1er avril et de ses poissons...

Florent (le dimanche 28 décembre 2008)

(Photo : le fer de l'élevage basque "El Palmeral")

Jamón industrial

On ne peut nier à l'heure actuelle l'existence de nombreux problèmes au sein du monde taurin. Et s'il y en a un que l'on évoque peu mais qu'il est désormais possible de traiter de manière large, c'est celui du publicitaire ! En effet, les affiches présentées deviennent de moins en moins attirantes et taurines, on se demande même sur quels critères se basent les jurys chargés de les choisir. Séville aime l'arte, l'esthétisme, le raffinement, mais comment se fait-il que les affiches de ses dernières temporadas soient aussi médiocres ? Le toro transpercé par une flèche l'an dernier était d'un goût douteux et celui de cette année appartenant à la génération « Mac Do » l'est également. Ce cartel de la saison 2009 représente ainsi parfaitement les maux du toro actuel ; avec l'obésité dont il souffre parfois, la bête en question est ici plus proche de la tonne du bœuf de comice agricole que des cinq cent kilos du taureau athlète qui sortira en piste. Mais à travers cette « œuvre », ce n'est pas le seul défaut qui ressort ; le taureau n'a pas de visage, comme s'il manquait de personnalité, de fierté, problème qui touche énormément de toros à notre époque, on ne compte plus les bichos d'une noblesse tonta et d'une grande sosería. De plus, les armures du toro sont peu respectables pour une arène de première catégorie !
Mais peut-être qu'en réalité, l'auteur de cette affiche voulait faire passer un message du troisième degré : ce toro représenterait en fait un organisateur s'engraissant sur le dos des aficionados en vendant une tauromachie dévaluée, triomphaliste et à but purement lucratif. Ne rêvons pas trop, car la réalité est moins belle et l'affiche est même répugnante.
Cela montre que l'on ne respecte plus le Toro, et le succès d'une corrida, cela passe aussi par une belle affiche qui attirerait et encouragerait les vocations d'aficionados plutôt que par un vulgaire dessin qui transforme notre passion commune en « art discount ».

Florent (le lundi 15 décembre 2008)

L'univers de l'irrationnel

A l'approche de l'hiver, certaines questions semées par la temporada écoulée reviennent. Même à froid, on a toujours envie d'y répondre car elles ont soulevé et soulèvent encore le débat. Pour ma part, s'il y a bien des interrogations que je me pose toujours quant à cette temporada, elles relèvent de la corrida de Joselito du 15 août à Bayonne. Et d'une question initiale, plusieurs découlent... vous allez voir : Tout d'abord ; pourquoi ce lot a-t-il été exceptionnel alors que la ganadería de l'ancien maestro est des plus banales ?
Pourquoi ces toros sont-ils allés plus d'une quinzaine de fois au cheval ?
Pourquoi ont-ils fait preuve d'autant de caste ?
Pourquoi n'ont-ils pas été de simples collaborateurs offrant un triomphe facile aux hommes ?
Pourquoi les hommes en question ont-ils été débordés ?
Pourquoi a-t-on pu voir des toreros du haut de l'escalafon en perdition dans la lidia ?
De même pour les cuadrillas qui ont dû se demander pourquoi ces toros n'ont-ils pas été un minimum faible ? Et pourquoi n'ont-ils pas fléchi sur pattes alors que les picadors ont mis de grosses rations de fer ?
Qui aurait misé cent pesetas sur le triomphe des toros de José Miguel Arroyo ?
C'est étrange, ils étaient charpentés, bien faits, sans pour autant être terrifiants ; et auraient dû selon la logique rationnelle boire la muleta du Juli, n'est-ce pas ? Mais ils auraient surtout dû permettre à Victor Mendes de passer un après-midi de « jubilé » calme, loin des apocalyptiques Miuradas qu'il a pu affronter il y a plus de quinze ans maintenant.
Pourquoi tant de bravoure, de caste, de solidité, et même de noblesse ?
Pourquoi deux des six toros auraient pu obtenir une vuelta al ruedo posthume légitime ?Pourquoi à peine dix personnes l'ont réclamée pour le dernier alors qu'elle était évidente ?Pourquoi ces exemplaires du Tajo et de la Reina ont-ils montré une véritable fierté que n'ont pas les toros nobles basiques ?
Pourquoi plus de 10 000 personnes ont-elles pu voir à quel point les toreros-vedettes sont habitués aux monopiques et non à un véritable premier tercio ?
Pourquoi est-ce dérangeant pour certaines « figuras » que les bichos leur volent la vedette ?Pourquoi l'entourage des toreros se sont-ils plaints de cette course alors que l'on a vu le lot de l'année ?
Pourquoi les toreros n'ont-ils en général pas été à la hauteur alors qu'ils auraient pu s'offrir un triomphe de premier ordre ?
Pourquoi les courses d'encaste Domecq ne sortent-elles pas toutes comme cela ? De quoi clouer définitivement le bec aux antis.
Pourquoi ce type de course montre-t-il que les aficionados toristas apprécient également ce genre de lot alors qu'ils sont sensés être des viandards purs et durs se limitant à certaines courses ?
Et pourquoi dit-on d'un torero en particulier qu'il est capable d'être à la hauteur de n'importe quel toro alors que dès que la moindre once de caste apparaît, le dominio disparaît ? Qui prétend cette aberration ?
Ces questions resteront encore longtemps, et ces six taureaux ont montré à quel point la corrida pouvait être belle, car c'est un spectacle unique, synonyme d'inattendu et de science inexacte. On ira revoir ces toros de Joselito, dans l'espoir de revoir une aussi belle course ; mais peut importe, car celle du 15 août 2008 à Bayonne a été exceptionnelle, et c'est déjà bien.

Florent (le vendredi 12 décembre 2008)