mercredi 29 avril 2009

L'absence de caste sévit aussi à Séville

Séville, son soleil, ses bars où la manzanilla coule à flots ! Séville, sa Feria de Abril et ses dix-huit festejos ! Séville, son mano a mano qui faisait grand bruit depuis des mois ! J’ai pour ma part assisté à cinq courses sur les dix-huit proposées.
Cinq corridas ! Trente « toros » ! Ou plutôt trente-deux avec les sobreros de Victorino Martín et El Ventorrillo.
Une bonne quinzaine qui aurait dû être raccompagnée aux corrales par les cabestros. Seulement deux ou trois qui auraient été validés par les vétérinaires madrilènes. Des cornes parfois très abîmées. Des gabarits diverses. Une caste fantomatique. Seule la course du samedi a apporté un réel intérêt. Pour le reste, heureusement que Séville et l’Andalousie sont magnifiques. Sinon, le taux de suicide des aficionados serait bien supérieur à celui des prisons françaises.
Mercredi 22 Avril – Injection létale

Deux tiers d’arène. Une chaleur estivale que l’on n’a pas connue depuis des années en France. Cinq jolies suédoises inégales de trapío courtement vêtues au tendido sol. En piste, six Peñajara annoncés sur l’affiche comme « Toros ». Mais quelle fierté y-a-t-il à présenter de telles bêtes pour un ganadero et un mayoral ? Car ces derniers temps, il y a davantage de soupirs que de sourires chez les aficionados à l’annonce de l’élevage de Peñajara. Et le lot de Séville a confirmé ces soupirs. Plus ou moins charpentés, plus ou moins gras, plus ou moins armés, les toros de Peñajara avaient un dénominateur commun : l’absence de caste.
Sous une forte chaleur, nous sortîmes pourtant très vite de notre torpeur lorsque, en banderillant le premier toro, le subalterne Paco Peña se fit longuement accrocher à la taleguilla, remémorant aux présents le douloureux souvenir de Manuel Montoliú. Cinq minutes plus tard, le public était replongé dans sa procédure d’euthanasie. Et ce jusqu’au milieu de la faena du sixième Peñajara. Un castaño bragado de près de six cent kilos (597 exactement) face auquel Luis Bolívar réalisa une prestation honnête et sincère. Profitant de la docilité de cet adversaire, le colombien donna quelques belles séries. Il tua d’une entière engagée et obtint l’unique oreille du jour. Malheureusement, les suédoises n’ont pas goûté à cette éclaircie dans la grisaille. Hormis cela, cinq silences. Antonio Barrera et Juan Bautista complétaient le cartel.

Jeudi 23 Avril – Le navet de l'année

Annoncée depuis le mois de décembre, l’alléchante affiche du mano a mano entre Morante et El Cid face aux Victorino Martín avait suscité l’intérêt des aficionados… et l’intérêt économique des revendeurs.
20h55 : la corrida est finie. Les aficionados dépités se demandent si cette corrida a réellement commencé. Trois Victorino Martín initialement prévus ont été mis hors jeu par les vétérinaires. Au final, il y eut un lot inégal, le bicho le plus âgé avait quatre ans et quatre mois…
En rouge et noir, Morante de la Puebla offrit des séquences d’un autre monde à la cape. Mais il ne se gêna pas pour faire assassiner ses adversaires à la pique, ni pour faire croire que ses toros étaient excessivement difficiles (je pense surtout à son second). C’est également sans vergogne qu’il plaça diverses lames en passant par Triana.
El Cid fut vaillant, proposant lui aussi de très bons moments à la cape. Le sixième bis de Victorino Martín avait des envies de meurtre, le torero de Salteras faillit en faire les frais à deux reprises. Et puis j’en arrive à ce fameux lot de Victorino Martín :
Composé de plusieurs invalides, quasi-inexistant à la pique, dix fois moins combatif que quatre vaches d’Intervilles lidiées un soir d’été par onze touristes hollandais au Port-Barcarès.
On connaît ainsi la chanson et le dicton : Corrida de expectación ! Corrida de decepción ! Et ce malgré le “No Hay Billetes” et le temps magnifique qui régnait. Victaurino voudrait-il rentrer dans le rang ?

Vendredi 24 Avril – Grasses pâtisseries

Une course à l’image de l’affiche de la Feria... Avec six grassouillets spécimens de El Torreón. Ils étaient telles des pâtisseries issues d’une confitería de la Calle Sierpes. Prêtes à servir et tout juste sorties du four, mais copieusement grasses. Dire qu’il a fallu quatre ans de travail pour un si médiocre produit.
On aurait même pu croire que ces pâtisseries allaient fondre au milieu du ruedo. La chaleur faisait couler la sueur sur les fronts des teutons et des nippons regroupés au soleil. Eux aussi allaient fondre ! On avait l’impression que toute la Maestranza allait fondre ! Non pas en larmes mais à cause de ce four. Un four anesthésiant duquel les présents sortent fatigués sans effort, ni physique ni visuel.
Avec ces pâtisseries grasses sans saveur, on a assisté à des lidias bafouées. José María Manzanares a été pas mal mais un peu lointain avec le second. Daniel Luque fut vaillant face au manso sixième – le plus intéressant du lot ceci dit –. Enrique Ponce était le chef de lidia.
Le meilleur moment de l’après-midi : deux superbes paires du banderillero Curro Robles au dernier, il fut par ailleurs longuement ovationné.
Il y avait aussi des cornes suspectes. Et à la sortie des arènes des gens disaient « pero no sirvieron »… Ils vont ainsi aux arènes pour voir des faenas et des toros doux. Et ce qu’on a vu ce vendredi à la Maestranza est un danger de ce concept : une course décaféinée avec des croissants immangeables.

Samedi 25 Avril – El Ventorrillo, El Juli et Alejandro Talavante relancent le débat contre l'euthanasie de l'aficionado

Enfin une course intéressante ! Mais il y avait là il est vrai, le moins mauvais lot de ces cinq jours. Et de loin !
Les Ventorrillo manquaient parfois de forces, mais ils formaient cependant un lot assez correct.
Face à eux, El Juli fit bonne impression au premier malgré une estocade de ratero. Mais c’est face au quatrième qu’il mit tout le monde d’accord. Le Ventorrillo maniable manquait de caste. Mais le madrilène tira dix fois plus de choses que ce qui était proposé par son adversaire. Il réalisa alors une très grande prestation. Avec vaillance, technique et temple. Une Porte du Prince perdue à l’épée pour le Juli... Mais pourquoi se contente-t-il d’affronter ce bétail ?
Pour son second contrat de la Feria, El Cid toucha un premier invalide qui aurait dû être changé. Malgré un bon début de faena, il resta en-dessous du cinquième bis, le meilleur toro de l’envoi.
En troisième position, il y avait Alejandro Talavante. Ce dernier venait à Séville deux semaines après son fracaso du dimanche de Résurrection à Las Ventas. Le troisième torito était certes invalide, mais le torero réalisa un superbe labeur, avec beaucoup d’émotion, mettant de côté la technique. Il s'agissait là d'une faena courte et intense, que l'on vit mais qu'il est difficile de retranscrire ensuite. Talavante fut primé de deux oreilles. Mais il ne fît rien face au sixième, un gigantesque colorado atigrado dépareillant du reste du lot. Le torero abrégea devant la difficulté et quitta les arènes à pied. Les Morantistes jaloux le sifflèrent bêtement…

Dimanche 26 Avril – Ce que demande le peuple

Il est parfois question dans certaines discussions d’élevages « de garantie ». Et pour un bon nombre de personnes, celui de Jandilla en fait partie.
Pour Séville, six pensionnaires de Borja Domecq ont été refusés par les vétérinaires. Pas bon signe… Très mauvais signe même ! En piste : un premier toro vide, un troisième puntillé en pleine faena. Malheureusement, le seul à peu près potable – le quatrième – fut gaspillé par un Finito qui porte bien son nom. Morante fut quant à lui porté par son public, correct mais loin d’être exceptionnel. Sébastien Castella resta inédit avec un premier puntillé en piste et un second sans race. Pas grand-chose à rajouter.
Ah si ! Il y avait aussi des picadors catastrophiques qui ont vraiment de la chance de ne pas être au chômage avec la période de crise actuelle.


Mais tout cela ne les gênera pas ! Ils continueront à parler d’élevages de « garantie » malgré ce que l’on a pu voir !
L’affiche l’avait prédit ! Mais comment peut-on vouloir des faenas et des toros doux sans retrancher la caste et l’émotion ?
A Séville, on a vu des bovins avec autant d’hyperactivité qu’un morceau de reggae. C’est quand même assez inquiétant.

Et parfois, on dit à tort que certains toros sont de « mala casta ». Mais bonne ou mauvaise, les toros de Séville n’en avaient pas : de la caste.


Florent

Photo 1 : Paseo du samedi 25 avril
Photo 2 : L'affiche 2009
Photo 3 : Grand pont de Morante face au premier Victorino
Photo 4 : El Alcázar
Photo 5 : La Maestranza et la Giralda

dimanche 26 avril 2009

Séville, pays du TORO ?

Il pleut ce dimanche à Séville et on ne sait pas encore si la corrida de ce soir aura lieu.
Je profite ainsi d'un accès à internet pour vous montrer cet étonnant cliché pris mercredi matin à l'arrivée à l'aéroport... La suite demain.

mardi 21 avril 2009

Absence

Ce blog ne sera pas mis à jour avant le début de la semaine prochaine. En effet, je pars à Séville cette nuit pour la Feria de Abril.

A très bientôt,

Florent

De turquoise et d'or

On ne parle décidément plus que de lui ces derniers jours ! Lui, c’est ce jeune novillero. Et il s’appelle Juan del Alamo ! Alors non je ne vais pas le présenter car on a tous plus ou moins entendu parler de lui l’an dernier. Notamment au travers de sa prestation dacquoise en non piquée où il obtint les deux oreilles et la queue d’un bicho du Conde de Mayalde.

Pour ma part je désirais attendre. Oui ! Je voulais voir si mes impressions perçues à Mugron lundi dernier allaient se confirmer à Arles et à Garlin. Et visiblement c’est le cas ! Peut-être même au-delà de mes espérances…
Je repense ainsi à Mugron et à cette novillada banale sur le papier. A l’affiche il y avait des Fernando Peña pour trois novilleros, dont Juan del Alamo qui effectuait son premier paseo avec picadors.
Il est venu à Mugron, vêtu de bleu turquoise et d’or. Afin de rappeler que la tauromachie bien plus qu’un simple corps à corps, c’est aussi pour l’homme un combat contre sa propre mort. Et c’est sans sophisme ni arrière-pensée triomphaliste que Juan del Alamo est allé s’agenouiller face au toril, tel un pénitent. Car si parfois les portagayolas ou largas à genoux paraissent itératives voire lassantes, celle du jeune salmantin était pleine de sincérité. Puis le taureau est passé. Il est passé sur cette portagayola ainsi que tout le long du combat avec Juan del Alamo et ses leurres. Mais il n’est pas passé de la même manière que d’habitude j’ai envie de dire. Car il y avait là dans les gestes de del Alamo une sincérité et une profondeur inconnues. Au cours de cet après-midi de Printemps, le jeune de Salamanque a montré les trois facteurs essentiels afin d’être un novillero convaincant : courage, envie et détermination. Et en plus de cela, il a également fait preuve de technique, de temple, d’élégance, de personnalité et de maîtrise… Alors que ce n’était que sa première novillada ! Ainsi je m’incline.

Certains le compareront à un « Nouveau Juli », à un « Rimbaud torero » ou que sais-je. Mais ces considérations n’ont point lieu d’être. Et il faut parfois arrêter de trouver des repères et de se dire « ah, il tient ça de celui-là… »
Car lundi dernier à Mugron, un novillero est venu et nous a dit : « Je m’appelle Juan del Alamo, maintenant regardez ». Et ce Juan del Alamo s’est imposé de lui-même, sans aucun conformisme ni modèle en tête.

Aussi depuis le début du nouveau siècle, combien de novilleros ont suscité l’unanimité après si peu de comparutions ?

Et de nombreuses interrogations me vinrent à l’esprit ce soir du lundi de Pâques. Va-t-il écraser ses compagnons de cartel à chaque course ? Est-il un futur grand ? Où sera-t-il dans dix ans ?
Il est bien prématuré de répondre à ces questions. Car peut-être qu’il continuera sur sa lancée, peut-être qu’il nous décevra de par une inconstance naissante, peut-être même qu’il tombera dans l’oubli. Je ne lui souhaite point ces deux dernières hypothèses. Mais qu’importe ! Habitué aux froides prestations de nombreux novilleros au Printemps arrivant, l’aficionado a pu lundi dernier se délecter de quelque chose de différent.

En effet, Juan del Alamo nous a fait dire qu’il existait encore des jeunes empreints de planta torera sur cette terre. A l’heure où l’on nous parle de médiatisation, d’économie ou de libéralisme, ce novillero de dix-sept ans désire nous montrer en piste sa conception qu’il a du combat avec le taureau. Une chose unique, rare. Et puisse le temps nous confirmer qu’il n’est pas un faux espoir.

Florent

jeudi 16 avril 2009

Col blanc et cols bleus

A l’instar de nombreux villages landais, Mugron –perché sur les hauteurs de la Chalosse – propose une novillada annuelle. Celle-ci a traditionnellement lieu chaque Lundi de Pâques. Mugron en quelques mots, c’est un peu Garlin-en-Chalosse ; alors que Garlin, c’est Mugron-en-Béarn. Comprendra qui voudra. Dans cette arène de course landaise à la forme oblongue, les élevages réputés "de lujo" par les taurinos se suivent d’années en années avec plus ou moins de réussite. Des Juan Pedro sont sortis à plusieurs reprises, et l’an passé, c’était au tour des Torrealta d’y être présentés.

Dimanche à Aignan, les Escolar Gil tant espérés ne sont pas sortis. De ce fait, les Fernando Peña Catalán de Mugron sont devenus la seule opportunité de voir du toro ce week-end dans le sud-ouest. Fernando Peña : un élevage d’origine Torrestrella présenté en corrida il y a quelques années à Vic mais qui n’est pas resté dans les mémoires. Les six novillos de ce lundi formaient un lot typique pour Mugron et incarnaient parfaitement la définition du terme " desigual ". Inégaux physiquement tout d’abord : du premier brocho et de type festivalier en passant par les second et troisième jolis pour le Bolsín de Bougue alors que les deux derniers auraient pu aisément prétendre à une corrida d’un dimanche matin à Nîmes. Le quatrième était quant à lui le novillo lambda pour ce type de course. Des bichos également variés en robes avec deux burracos, un castaño bragado, un colorado bragado ojo de perdiz et deux negros. Le lot fut cependant homogène en matière d’armures douteuses, la palme revenant au second qui possédait des extrémités très vilaines mais que personne ne sembla bon de protester.
Ces Fernando Peña étaient ainsi inégaux en types et en pelages, mais également en jeu. Ils furent nobles à divers degrés tout en manquant singulièrement de caste. Se mirent surtout en évidence le troisième bien exploité par Juan del Alamo et le cinquième qui possédait la meilleure charge. Aussi, le lot fut parfois intéressant à la pique pour un total de dix rencontres. Le premier « Altas Luces » reçut un unique puyazo au milieu du dos tout en poussant alors que le sixième « Rompe plaza » s’employa également en deux rencontres administrées par Luis Vallejo « El Pimpi ». Ce dernier réalisant un grand tercio de piques dans les règles, ce qui est assez rare pour être signalé. Pour sa part, le troisième Fernando Peña renversa la cavalerie au premier assaut après avoir mal été mis en suerte et mal reçu par le lancier.

Quant aux novilleros qui ont affronté ce lot de Fernando Peña, deux d’entre eux débutaient avec picadors : le landais Thomas Dufau et le salmantino Juan del Alamo.
Mais c’est Juan Carlos Cabello qui ouvrait les débats. Il apparut apathique, emprunté, nerveux et aussi vert que son costume malgré le poste de chef de lidia qui lui était confié ; enchaînant tafalleras, cambios à la Sébastien Castella, manoletinas ou encore pechos genou en terre sans grande conviction. Toute la panoplie du torero en plein doute. En premier lieu, il n’arriva pas à tirer le meilleur d’un novillo qui aurait mérité un véritable tercio de piques. Au quatrième, Cabello s’éternisa lors d’une faena terne, longue, vide et sans âme. Salut au tiers et applaudissements. Prestation très discrète de la part du novillero de Málaga. Et les trois avis reçus il y a un mois à Las Ventas doivent certainement entrer en compte au niveau psychologique…

Vînt ensuite le départemental Thomas Dufau qui débutait dans cette catégorie. Pourtant, son premier adversaire était digne de l’échelon inférieur. Le novillero du Frêche fut volontaire à la cape avant que les choses ne se compliquent. En effet, le logique manque d’expérience se fit sentir : des banderilles approximatives, du toreo sur le passage, pas de réel travail de domination. Le cinquième novillo avait tendance à chercher la querencia mais possédait cependant de très bonnes embestidas, elles restèrent inédites car le novillero ne sut les exploiter. Une oreille gentillette au second pour Thomas Dufau après une vilaine atravesada suivie d’une entière. Salut au tiers au cinquième.

Enfin, Juan del Alamo complétait le cartel. Il laissa une excellente impression et s’imposa grâce à une personnalité très forte. En effet, le novillero de Salamanque fut à la fois vaillant et engagé dans la lidia, démontrant également une grosse aisance technique et du temple ; le tout ponctué par une touche de trémendisme confirmant son caractère bouillant. Aussi, Juan del Alamo ne semble copier aucun modèle et souhaite affirmer sa propre personnalité, ce qui est une chose essentielle. Pour ce, il est le novillero à suivre cette saison ! Varié à la cape, il effectua un très bon début de faena par le haut et les pieds figés face au troisième. Del Alamo signa ainsi un labeur vibrant avec beaucoup de sérénité et de profondeur dans les muletazos. Une épée très basse malgré un bel engagement n'empêchèrent pas l'octroi de deux oreilles ne souffrant d’aucune contestation comparées à celle de Thomas Dufau. Mais n’oublions pas que nous étions à Mugron. Le dernier Fernando Peña était le plus réservé du lot mais Juan del Alamo réalisa à nouveau un effort méritoire, avec notamment de très intéressantes séquences de face. Il connut cependant un gros échec à la mort et dut se contenter d’un simple salut au tiers après la sonnerie d'un avis. Le prix au meilleur novillero lui fut fort logiquement attribué. Aussi, il serait bien de le revoir face à du bétail plus exigeant afin de confirmer son aisance technique. Mais patience, ce n’était que sa première novillada piquée !!!

Une novillada dans le style « mugronnais » en résumé avec des moments intéressants. On peut cependant espérer que les prochaines fois, les novillos soient plus décemment présentés, ce qui n’était pas réellement le cas ce lundi. Le matin, le montois Mathieu Guillon affrontait ses deux derniers erales avant le passage en piquée prévu dimanche prochain à Garlin. « Affronter » est un bien grand mot puisque le protégé de Richard Milian se mit sur le passage et se ménagea face à deux bichos de Malabat qui offraient de nombreuses possibilités. Salut et oreille d’adieu à la catégorie. Contrairement à Aignan, le ciel a épargné Mugron ce lundi et les aficionados ont copieusement garni les arènes (demie entrée le matin et quasi plein l’après-midi)

Florent


(Photos : Le sixième Fernando Peña (photo de Laurent L.) / La jolie plaza de Mugron / Mathieu Guillon le matin)

mardi 14 avril 2009

Aignan ? Ah ben non !

Aignan « novillada matinale annulée afin de préserver l’état du ruedo pour la corrida de l’après-midi ». A 17 heures 15 – alors que le paseo était annoncé à 17 heures – les spectateurs attendaient devant les portes fermées des arènes. A ce moment-là il ne pleuvait plus même si les nuages avaient quelque peu arrosé le Gers durant la journée. Ce n’était pas pour autant un déluge tel celui de Céret l’an dernier. Puis les trois toreros du jour arrivèrent aux arènes. Et dix minutes plus tard, les gens massés devant les entrées firent demi-tour, puis s’en allèrent.

Annulation ? Mais il ne pleut pas pourtant – et il ne pleuvra plus de la soirée – ! Une annonce est faite mais elle n’a pu être entendue par tout le monde. La porte principale des arènes reste cependant ouverte et l’on peut accéder à la piste débâchée depuis peu. Une fois sur le ruedo, on voit un centimètre d’eau au maximum à certains endroits. Aussi, une remorque de sciure attendait sagement devant les arènes. Et dire qu’il aurait fallu tout au plus vingt-cinq paires de bras et vingt minutes…
Plus étrange encore, en se dirigeant vers les corrales ; on assiste au réembarquement de la corrida de José Escolar Gil : direction el Valle del Tiétar. Un lot réembarqué seulement un quart d’heure après l’annonce officielle de l’annulation. Les doutes s’amplifient. On assiste ainsi bouche bée à l’embarquement des Saltillos, de joli trapío en général bien qu’inégaux et tous avec des armures plus ou moins escobillées.

Les toros s’en vont ! Donc pas de report ! Aussi, durant ce réembarquement improvisé sans procès préalable, on put entendre diverses voix – gersoises ou peut-être dacquoises – s’exclamer « Ah ces jolies bêtes ne seront finalement pas tuées, c’est le plus important ! Ils sont tellement jolis ! ». Déjà stupéfait et plus ou moins énervé par cette annulation, on en vient à penser comme Cabrel en se disant « Est-ce que ce monde est sérieux ? »

- Ah mais ce cartel avec les Escolar Gil et le Fundi c’était une blague en fait ?
- Et oui, on les a fait venir, mais tu croyais peut-être qu’on allait les faire sortir ?

Florent

dimanche 12 avril 2009

Vie, mort et utopie de la méritocratie taurine

Au dix-neuvième siècle, le normand Alexis de Tocqueville – ancêtre de la sociologie – évoquait le principe de la méritocratie. En effet, il avait pu l’étudier lors d’un périple outre-Atlantique. Plus d’une centaine d’années après, c’est Pierre Bourdieu qui parlait de méritocratie. Cependant, lui contestait ce principe ; estimant que la réussite de chacun au sein de la société était largement conditionnée par l’origine sociale. Mais où est le parallèle avec la corrida me direz-vous ?
Aujourd’hui en tauromachie, tout le monde se targue de connaître certains cartels en « exclusivité » (pour reprendre le terme de la presse de cloaque). Des cartels ! Des cartels ! Partout des cartels ! Certaines affiches sont même annoncées presque un an à l’avance. Pour cette temporada, on peut par exemple citer Lunel qui ; au mois de décembre dernier, avait déjà bouclé son cartel du… 17 juillet 2009. De même pour Arles qui au mois de janvier 2009 avait déjà établi les cartels de la Feria du Riz.
Mais ces cartels dont on parle tant : sont-ils réellement dignes de méritocratie ? On peut donner de nombreux éléments de réponse et on voit notamment qu’Alberto Aguilar est le plus fier exemple de méritocratie puisqu’il fructifie ses triomphes de l’an dernier. Mais globalement pour la temporada française, les éléments jouent en défaveur de ce principe. En effet, ne sentez-vous pas un arrière goût âpre voire cramé lorsque vous voyez des Padilla, Sánchez Vara, Savalli ou encore Lescarret annoncés face aux Palha, Victorino Martín ou Dolores Aguirre dont le seul nom ganadero préalablement annoncé vous avait donné espoir. Mais à l’apparition du nom des hommes, avouez que vous l’avez un peu eu en travers de la gorge.
Aussi l’an dernier, Sergio Aguilar et El Fundi laissaient une grande impression sur le sable arlésien… et pas qu’à Arles d’ailleurs. Pour ce, ils devraient logiquement être la charnière des corridas de respect pour la présente saison française. Mais il n’en sera point. On trouve par ailleurs d’étranges paradoxes. Voyez donc, Juan José Padilla fera peut-être davantage de paseos qu’El Fundi cette année en France. Que Padilla soit au cartel de la Miurada d’Arles alors qu’El Fundi reste en dehors du cycle est une chose. Et l’on pourrait la considérer comme un malentendu compréhensible et pardonnable si ce n’était qu’une fois… Mais le problème est que Juan José Padilla n’est pas seulement au cartel à Arles puisqu’il défilera aussi à Nîmes, Alès, Istres et Beaucaire… Du torero-pastis-olives à forte dose. Mais en quel honneur et pour quel mérite ? Qui plus est, Padilla n’est pas le seul exemple. Pourquoi se limite-t-on à Sánchez Vara, Javier Valverde, Antonio Ferrera, Domingo López-Chaves voire Antonio Barrera pour affronter des toros de respect ? Car il y a tant de matadors qui mériteraient d’être vus de ce côté-ci des Pyrénées. On pense ainsi à Diego Urdiales, David Mora ou Morenito de Aranda pour ne citer qu’eux.
Quant aux toreros français, il est possible d’évoquer un exemple relevant à la fois de la méritocratie et de la non méritocratie : celui de Mehdi Savalli. L’an passé, le torero arlésien a eu quatre contrats pour une seule victoire « notable » aux dires des présents. Et c’était à Mauguio… Je n’ai rien contre Mauguio mais bon… De ces quatre corridas de 2008 il double ou triple cette année son nombre de contrats en allant à Arles, Saint-Martin-de-Crau, Alès, Istres, Aire-sur-l’Adour, Lunel, Beaucaire et ailleurs. Pour quels triomphes ? Aussi, on peut parler de Julien Lescarret qui est engagé et répété à de nombreuses reprises depuis quelques années sans pour autant être transcendant à chacune de ses prestations. Mais doit-on engager un torero pour sa sympathie et sa joie de vivre ou pour son afición et son savoir faire dans l’arène ? Mehdi Savalli et Julien Lescarret sont probablement les bénéficiaires d’un protectionnisme naissant – et pas toujours négatif – qui impliquerait l’engagement d’au moins un torero français à chaque affiche ou feria. Puisque Bautista et Castella ne visent pas le même marché ; l’arlésien et le landais sont les grands gagnants de ce principe. Est-ce pour autant légitime ?
Et puis, les innovations sont en général mal vues. Je vous donne un seul et récent exemple : Vergèze, dimanche 29 mars : Toros de Pagès-Mailhan pour Sánchez Vara, Jonathan Veyrunes et Paco Ureña. On aurait propension à dire que le dernier de ces trois toreros est un inconnu au bataillon venu se planter et s’égarer. Mais une fois la course terminée, qui est le moins ridicule ?
De plus, le marché des corridas de respect n’est pas la seule victime de manquements à l’utopie méritocratique. Par exemple, Javier Conde participera à au moins trois corridas en France car l’on veut absolument un chef de lidia à mettre au cartel devant une figura exigeante. Mais pourquoi n’avez-vous jamais pensé à des types comme Manolo Sánchez qui mériteraient d’avoir leur chance dans l’hexagone ? Car les échanges ne le permettent pas ?

Pour finir, on a vu il y a peu de temps un certain nombre de critiques émises envers les cartels de la San Isidro, et elles sont fondées. Mais que dites-vous des cartels de la corrida du dimanche de Pentecôte à Nîmes et de la corrida-concours de septembre à Arles ?
Normalement, les toros devraient remettre chacun à sa place… Je dis bien normalement… Mais le système n’a pas vraiment l’air de l’accepter. Alors méritocratie ou non ?

Florent

dimanche 5 avril 2009

A la mode du cinqueño


Le dimanche 29 mars, Vergèze a inauguré la temporada française en matière de corridas formelles. A la fin de la semaine prochaine, ce sera au tour d’Arles de célébrer des courses de taureaux dans le cadre de sa traditionnelle feria pascale. N’étant pas végétalien et pas réellement fan de bananes, carottes ou concombres, je ne prendrai pas le soin de présenter les lots de Domingo Hernández et de Jandilla.
Cependant, Anthony P. m’a fait parvenir deux clichés des taureaux de Miura et de Victorino Martín qui seront respectivement combattus les dimanche 12 et lundi 13 avril. Deux élevages mythiques « sur le papier » même si l’on constate une relative perte de sauvagerie et parfois de caste depuis plusieurs années. On ne sera pas pour autant mauvaise langue en allant jusqu’à employer le terme de « Miaourada ». Pour les photos des corrales : en haut Victorino Martín ; en bas Miura. Vous constaterez que les douze toros ont plus de cinq ans…

Pour le dimanche 12 avril ; le VI des Hijos de Eduardo Miura Fernández est le suivant :
« Mogato » n°11 negro mulato listón 640 kg (né en janvier 2004)
« Gorrero » n°40 castaño bragado 680 kg (né en janvier 2004)
« Bienmirado » n°66 castaño bragado 620 kg (né en décembre 2003)
« Morisco » n°71 cárdeno oscuro bragado 650 kg (né en décembre 2003)
« Piloto » n°85 salinero 620 kg (né en janvier 2004)
« Escandaloso » n°93 sardo 670 kg (né en décembre 2003)

Pour le lundi 13 avril ; le VI de Don Victorino Martín Andrés est le suivant :
« Muleto » n°2 negro entrepelado bragado 550 kg (né en décembre 2003)
« Dirigente » n°57 negro entrepelado 530 kg (né en décembre 2003)
« Madanero » n°82 cárdeno 500 kg (né en janvier 2004)
« Pellero » n°103 cárdeno bragado520 kg (né en décembre 2003)
« Dirigido » n°108 negro entrepelado 540 kg (né en novembre 2003)
« Muchamiel » n°150 negro entrepelado 510 kg (né en avril 2004)

Ces toros seront affrontés par Juan José Padilla, Rafael Rubio "Rafaelillo" et Julien Lescarret le dimanche ; Antonio Ferrera, Manuel Jesús "El Cid" et Mehdi Savalli le lundi. En attente de sorteo bien évidemment. Quant au sud-ouest, il y aura des Escolar Gil dimanche à Aignan pour José Pedro Prados "El Fundi", Javier Valverde et Alberto Aguilar.

Florent