dimanche 28 juin 2009

Nuit d'ivresse

« L’intelligence, c’est le seul outil qui permet à l’homme de mesurer l’étendue de son malheur » Pierre Desproges.

Il est de ces soirs d’ivresse où l’on se pose des questions improbables, apparaissant même inutiles. Inutiles voire absurdes. Absurdes ? « Est-il absurde de désirer l’impossible ? »
Telle était la question posée aux candidats au baccalauréat la semaine dernière. On pourrait dire de manière désinvolte que cette interrogation n’a point lieu d’être. Car la vie elle-même n’est-elle pas absurde ? Il n’y a ni début ni fin « au temps ». Notre passage éclair étant ancré selon les mathématiciens dans une période allant du « moins l’infini » au « plus l’infini ».
Pas très réjouissant tout cela quand même ! Et durant cette période, il y a notre passage éclair…

Durant ce court passage – un détail de l’histoire comme dirait l’autre –, on peut se passionner pour des trucs débiles ou absurdes aux yeux de certains, comme la tauromachie par exemple. Mais si la tauromachie est absurde, on peut penser que tout le reste l’est également. On se passionne donc pour des choses – comme la tauromachie – qui déplaisent à ceux qui n’ont qu’un monde aseptisé en tête, composé d’une culture unique, d’une monnaie unique et d’une connerie unique.

Alors parfois le soir, on peut profiter de ce « passage éclair » qu’est la vie. On dit même à contre cœur qu’elle est belle. On s’enivre pour elle le temps d’un soir, avant de retomber dans la mélancolique réalité. On s’enivre pour elle, mais on s’enivre aussi pour l’oublier et ne plus y penser, afin d’évacuer certains souvenirs négatifs.

Mais même un soir d’ivresse, on pense quand même à ces TOROS ! A ce grand amour ! Et l’on pense malheureusement – alors que l’on ne devrait pas – à ceux qui vous plombent cet amour et vous font passer pour des cons. Ce sont ceux-là qui vous condamnent au délit d’afición. Eux qui préfèrent une jeune afición docile et applaudissant à tout rompre plutôt qu’une jeune afición sérieuse et intègre. Ils l’écrivent même sur leurs sites désormais…
Mais ils s’en foutent car eux ce qu’ils aiment, ce sont les triomphes à gogo, les accréditations et les indultos. Les monopiques… ils s’en foutent également.

Mais ne pensons pas à eux et oublions-les ! Pensons plutôt à notre ivresse, à notre passion débordante et à toutes ces questions qui peuvent venir un soir comme ça… Bonnes, mauvaises, provocatrices, absurdes, délirantes, ironiques et j’en passe… Bonsoir nuit d’ivresse ! En voici quelques unes :

Pourquoi aucun matador n’ose toréer avec deux muletas en même temps ?

Pourquoi n’existe-t-il pas un autre revêtement que le sable en tauromachie ? Après Nîmes « le Roland Garros » de la pseudo-afición, il faudrait trouver à cette dernière un «Wimbledon taurin ».

Pourquoi n’a-t-on pas encore inventé les chaquetillas à manches courtes pour que la chaleur se fasse moins sentir lorsque le thermomètre approche ou dépasse les quarante degrés en Extrémadure, voire à Mont-de-Marsan certains jours du mois de Juillet.

Pourquoi par temps de pluie ne voit-on aucun matador exécuter la suerte del paraguas ? C’est-à-dire toréer de la main gauche avec un parapluie dans la droite.

Pourquoi ne pas faire le paseo à reculons ?

Pourquoi tire-t-on le taureau mort hors de l’arène à la fin de chaque combat ? Ne serait-il pas possible de les laisser en piste afin que le ruedo devienne un champ de bataille avec des obstacles au fur et à mesure de la course. Ca aurait de la gueule !

Pourquoi n’estoque-t-on pas directement les taureaux qui se montreraient inaptes à recevoir une deuxième pique ?

Pourquoi « indulto immérité » c’est un pléonasme ?

Pourquoi ne pas enfermer dans les corrales les alguaciles qui feraient mal leur boulot ? Car Dieu sait qu’ils sont nombreux. On pourrait aussi leur faire manger leur plume.

Pourquoi ne pose-t-on pas les banderilles avant l’entrée des picadors ?

A quoi ça sert les burladeros ?

Pourquoi n’instaure-t-on pas un tour de piste pour le ganadero d’un élevage dont le lot serait sorti en piste diminué et inapte à une véritable lidia ? Ledit ganadero se verrait attelé au train d’arrastre et attaché par le pied pour un tour de piste solennel en fin de spectacle.

Pourquoi n’instaure-t-on pas un instrument à double tranchant pour le tercio de piques ? A savoir un siège éjectable sur le dos du cheval qui permettrait une rapide évacuation du picador en cas de batacazo. Mais cela permettrait également d’envoyer por los aires les picadors gredins. Histoire de dire : hop au suivant !

Pourquoi ne pas organiser une corrida à Pamplona sur le chemin de l’encierro plutôt que dans les arènes ?

Nîmes a instauré des confirmations d’alternative. Mais pourquoi n’en ferait-on pas dans toutes les arènes du monde dès qu’un torero s’y présenterait ?

Pourquoi Miguel Angel Perera ne vient-il pas aux arènes en short et avec un tee-shirt aux inscriptions « M.A. Perera n°9 » ?

Pourquoi ne pas condamner le président d'une course à un nombre de coups de fouet égal à celui de muletazos reçus par le taureau monopiqué qu'il aurait gracié ? Et oui l’afición, c’est aussi le don de soi-même !

Pourquoi ne met-t-on pas trois boules numérotées 1, 2 et 3 en plus dans le chapeau au sorteo afin de déterminer l’ordre de passage des toreros. Cela changerait un peu !

Pourquoi la Commission Taurine d’Orthez n’offre-t-elle pas le taureau de réserve de Montesinos à André Viard afin que ce dernier le combatte à son festival de Rion-des-Landes au mois de novembre ?

Pourquoi être à la recherche d’un taureau intègre en pleine possession de ses moyens physiques, c’est devenu un délit d’afición ?


Ces questions ont un point commun : elles sont absurdes, sans queue ni tête ! Mais sont-elles réellement absurdes ? Puisque la vie elle-même est absurde…


Florent

mercredi 24 juin 2009

Incendie des arènes de Saint-Perdon


C’est avec effroi et émotion que l’on a appris en fin d’après-midi l’incendie des arènes du village de Saint-Perdon, dans le département des Landes. Les raisons du sinistre ne sont pas encore connues mais les arènes André Ducourneau construites en 1953 ont brûlé intégralement comme en témoignent les photos et l’article du quotidien Sud-Ouest.
Magnifique construction rectangulaire en bois et aux travées couvertes de 1 700 places, la plaza de Saint-Perdon avait donné sa première novillada le 26 août 1984 avec du bétail de Blohorn d’Andecy pour Joël Matray, Olivier Martin et « Enriquito ». La dernière novillada a donc eu lieu le 31 août 2008 avec des novillos de Bucaré pour Mario Aguilar, Javier Cortés et Santiago Naranjo.
Mais bien au-delà de vingt-cinq ans de tauromachie espagnole dans ce village, c’est une pièce importante du patrimoine landais qui part en fumée en ce jour de juin 2009. Car on est toujours en admiration devant ces arènes en bois, comme à Roquefort, Brocas ou Bascons. C’est un bien triste évènement qui a eu lieu aujourd’hui et l’on pense évidemment aux habitants de Saint-Perdon qui, en plus d’une violente tempête au début de l’année, n’avaient pas besoin de ça.

Adieu à ce superbe lieu de tauromachie landaise et espagnole. En espérant que la tradition continuera encore longtemps à Saint-Perdon.

Florent

(Clichés du site du quotidien Sud-Ouest et du portail de la Fédération Française de la course landaise)

lundi 22 juin 2009

L'intrus Cabanillo

Samedi à La Brède, ils ne devaient sûrement pas s'attendre à ça en voyant Cabanillo débouler dans le ruedo de la plaza portative. En effet son prédecesseur - le premier Adelaída Rodríguez - était noble, reçut sa monopique et permit des passes...
"Nous voilà embarqués pour un après-midi tranquille" devaient se dire cuadrillas et public. Mais c'était sans compter sur Cabanillo le second, échu au sorteo à Fernando Cruz.
Assez charpenté et aux cornes un peu abîmées, il n'était pas terrifiant. Mais pendant vingt minutes, il a fait vivre l'enfer aux toreros, à leurs cuadrillas et même à la cuadra de caballos.
A la première rencontre avec la cavalerie, Cabanillo poussa jusqu'aux planches avec puissance et envoya l'équipage à terre. Il reçut ensuite un second puyazo assassin de la part du picador vaincu. Le deuxième tiers fut par contre rondement mené par les banderilleros de Fernando Cruz. Ce dernier ayant ensuite la mauvaise inspiration d'aller dédier Cabanillo au public. Car d'entrée, le Adelaída montra son inhospitalité envers le torero madrilène. En combattant dangereux, difficile et avisé, le toro cherchera Cruz à chaque esquisse de muletazo. Le torero se sentit alors obligé d'abdiquer et tua d'un laid golletazo de soir de défaite. Maître du ruedo pendant vingt minutes, Cabanillo mourut au centre, la bouche fermée. Et même mort, il sembla peser sur les esprits assistant à cette course, son arrastre renversant un arenero qui fit grise mine en se relevant.
Pour le reste de cette tarde qui aurait dû être tranquille sans ce fameux Cabanillo, il y eut un peu de tout dans le lot de Adelaída Rodríguez. Avec du noble (le lot de Julien Lescarret), du moins noble (les deux derniers) et un toro totalement arrêté et éteint (le troisième) qui fut même puntillé sans estocade après trois pinchazos.
Ils furent tous monopiqués sauf Cabanillo, les organisateurs décernant étrangement un prix à la meilleure monopique à Rafael Telera, de la cuadrilla de Joselito Adame pour son oeuvre face au sixième Adelaída.
Côté piétons il y avait Julien Lescarret, qui pouvait difficilement faire pire qu'à Vic. Jouant à domicile, la tâche était pour lui beaucoup moins compliquée. Il toucha les deux bonbons du lot et servit deux faenas... exclusivement droitières. Bon oui d'accord on ne peut pas tout avoir !
Après avoir éprouvé de grandes difficultés face à Cabanillo, Fernando Cruz donna ensuite les meilleurs muletazos de l'après-midi au cinquième, avec deux jolies séries droitières. Hélas, il se perdit en fin de parcours dans un populisme que l'on ne lui connaissait pas. Et puis il y avait Joselito Adame dont on s'émerveillait lorsqu'il était novillero... Malheureusement ce n'est plus le cas. Mais comme il est jeune on ne sait jamais...
J'aurais également pu titrer cet article "La Brèderie aux oreilles". En parfait Salomon qu'il est, le président Alain Biec accorda deux oreilles à chaque torero, comme ça pas de jaloux ! Je pense qu'il doit faire un concours avec Manolo Gloria (autre personnage souvent au palco dans les arènes du sud-ouest) de celui qui accordera le plus de fois deux oreilles alors qu'un simple salut au tiers s'imposait... Même dans une arène de troisième catégorie.

Florent

mercredi 17 juin 2009

"Certifiés limpios par les ganaderos"

L’été approche et le nombre de courses de l’autre côté des Pyrénées est en constante augmentation chaque semaine. On lit ainsi de nombreux résultats et fiches techniques sur les sites mundotoro et burladero.
Mais il faut cependant avouer qu’avec les seules indications qui sont le nombre de trophées et l’entrée enregistrée par les arènes, on a du mal à se faire une idée quant à ce qui s’est passé lors de ces festejos.
Dimanche à La Flecha dans la banlieue de Valladolid, il y avait une corrida de Sánchez Herrero pour Manolo Sánchez, Manuel Amador et Javier Valverde. Je passe sur le résultat qu’il est possible de retrouver sur n’importe quel site. Par contre les cornes…


Florent

P.S : Même si elles étaient moins pires, les cornes des taureaux de Lagunajanda lidiés à Castellón le même jour étaient pas mal non plus...

(Photos : Les Sánchez Herrero de La Flecha)

dimanche 14 juin 2009

Il est venu se jouer la vie... Accessoirement

Figure incomprise. Sergio Aguilar est revenu à Vic cette année pour deux contrats. Pourtant, il s’était juré d’y mourir l’an passé. Lors de deux combats où il s’engagea de manière irrationnelle face aux taureaux de José Escolar Gil.
Samedi, l’histoire avec les Escolar ne s’est pas répétée et Sergio a été assez discret. Mais il lui restait cette seconde opportunité du lundi de Pentecôte avec les pensionnaires d’Alvaro Conradi, de « La Quinta ».

Tel un signe, Sergio Aguilar est mieux rentré dans ce deuxième rendez-vous, avec un somptueux quite por tafalleras face au premier taureau de Rafaelillo. Puis sortit le troisième, Rabicano, ce fameux veleto au numéro soixante-six que l’on avait pu admirer aux corrales. Hélas, un léger problème à la patte arrière-droite et le mouchoir vert de la présidence le firent retourner illico de là où il était venu. Rabicano est donc reparti avec tous ses secrets, que nous ne connaîtrons jamais.

A sa place rentra un sobrero de Cortijoliva, porteur du guarismo 4, et qui avait dû connaître les différents fiefs de la Casa Chopera avant d’atterrir à Vic. C’était un corralero tout droit sorti de l’affiche sévillane 2009, aux armures courtes et abîmées. Après une sortie typique de corralero manso, il donna de l’intérêt au premier tiers. S’allumant sous le fer et envoyant plusieurs tampons à la cavalerie de service. La suite… Pas grand-chose. Mais Sergio Aguilar y est tout de même allé, a essayé, mais a dû au final abréger. C’était le premier sobrero sorti en piste lors de cette feria. J’ose à peine imaginer comment devaient être les autres. Le règlement impose au moins un sobrero par corrida, mais exigeons que ce dernier soit un minimum décent et relève du statut de taureau de combat.
Trois taureaux donc pour Sergio Aguilar au cours de cette feria. Pas grand-chose à se mettre sous la dent pour le moment, ni pour lui ni pour le public.
Et sortit le sixième La Quinta, le plus typé Buendía du lot. Ce dernier avait de l’allant dans la cape élégante de Sergio Aguilar, puis se défendit en deux rencontres à la pique.
Visage fermé, Sergio lui donna un début de faena digne des plus grands. Des statuaires tout d’abord, en restant immobile. Suivies de deux magnifiques trincherazos. Mais l’on sentit bien vite que la faena aurait du mal à décoller. Le taureau était en effet brusque et court de charge. Mais c’était sans compter sur la volonté de Sergio Aguilar qui est retourné s’y mettre nonobstant les difficultés du Santa Coloma. Et l’on vit alors quelques naturelles de face engagées, données par un torero énorme de vaillance. Regardez les terrains où il se met !
Il y eut une première cogida, Sergio Aguilar étant soulevé pendant d’interminables secondes. Mais cela ne sembla point l’atteindre puisqu’il revînt face à la bête, et offrit son corps. Car c’est bien avec son corps qu’il cita pour finir avec des bernardinas. Le bicho passa une fois… Mais pas deux. Sergio fut de nouveau propulsé dans les airs, un subalterne vînt à sa rescousse mais se fit attraper lui aussi.
Etrangement, le public était à ce moment-là presque offusqué qu’un torero se joue autant la vie et aille dire à la bête « Viens, prends-moi, et tue-moi si tu l’oses ». Sergio Aguilar termina son combat d’une très belle estocade au deuxième essai, et il se contenta d’un simple salut au tiers et de quatre pauvres mouchoirs agités.

Beaucoup ne se souviendront que de ces deux volteretas, et pas du reste malheureusement. Ils ont presque reproché à Sergio Aguilar – un matador fort de son afición et de son courage – d’aller affronter la mort, de la tutoyer, et de la frôler, pour la beauté de ce spectacle anachronique. En guerrier silencieux, invincible, notre homme quitta les arènes avec le même visage fermé qu’au début du combat. Mais nous le retrouverons, pour d’autres combats épiques et passionnants.

Le reste de l’après-midi fut globalement très intéressant. Si Rafaelillo fut vaillant face à un premier adversaire possédant un fond de noblesse, il est littéralement parti au combat face au cinquième taureau. Mais très peu piqué, ce magnifique cárdeno – une estampe – arriva cru au troisième tiers. Une erreur de lidia.
Alors que certains auraient plié bagage, se contentant de rendre copie blanche, Rafaelillo lui assuma cette erreur et fit l’effort, malgré l’éprouvante semaine qu’il venait de terminer. En torero à l’ancienne de petite taille, il fit front avec beaucoup de générosité et d’engagement. Frôlant l’accrochage à de nombreuses reprises. Il reçut en récompense l’unique pavillon du jour, après une épée basse.

Luis Francisco Esplá ouvrait l’affiche. Une chance d’avoir pour une fois un chef de lidia digne du nom ! Professionnel et roublard tout le long de l’après-midi, il proposa quelques détails face au premier qui manquait de caste.
Le quatrième taureau fut quant à lui détruit sous le fer du picador Aurelio García. Esplá alla l’affronter la montera vissée sur la tête. Et il se contenta de donner quelques fioritures et ornements. Le « La Quinta » restant malheureusement inédit.
On a cependant vu aujourd’hui des modèles de suerte de descabello de la part du maestro d’Alicante.
Ce dernier salua une dernière fois au centre du ruedo vicois. Et l’on ne lui reprochera pas son semi-engagement… Surtout lorsque l’on vit son ultime prestation à Las Ventas quelques jours plus tard.


Florent

(Photo de François Bruschet : Sergio Aguilar l’an passé avec un toro de José Escolar Gil)

vendredi 12 juin 2009

Fidel San Román à Vic

Et pourtant nous étions à Vic !

Le samedi matin aux corrales, on pouvait voir les lots de toros qui allaient être combattus lors de la Feria. Parmi ces derniers, un était étrange pour ces lieux, variable de présentation, d’armures et de trapío. Mais la grande question demeurait : pourquoi des Fidel San Román à Vic ? Aussi, le nom de Fuente Ymbro avait circulé tout l’hiver, mais il n’en fut rien. J’eus pour ma part rêvé d’un lot de El Tajo (Propriété du maestro Joselito), sachant que la Casa Chopera avait acheté toute la camada 2009.

Et finalement, ils ont pris les Guardiolas de Fidel San Román. Un lot disparate... Et les commentaires qui vont avec « Oh regarde les Fidèle Sane Romane, ils sont gros, ils sont énormeeeeeees, Juju va les toréer demain, j’espère qu’il va couper les oreilles ».

Mais ne soyons pas dupes. Car un dimanche après-midi de Feria est toujours bien accueilli par quelconque organisateur, ce dernier étant à peu près sûr de remplir avec n’importe quelle affiche. Voyez l’an dernier et le même jour, c’était un lot de Adelaída Rodríguez.

Ce dimanche lors de la course de Fidel San Román, on vit un public surprenant, loin de la réputation d’arène sérieuse qu’a Vic-Fezensac. Ils étaient à peu près 5 000 à se lever et à ovationner un tiers de banderilles à corne passée, ils étaient à peu près le même nombre à applaudir à tout rompre des piques traseras, assassines. Mais ils étaient peu à protester les mauvaises lidias, certains toros prenant trois piques sans aucune mise en suerte ! Et il y avait aussi des types qui gueulaient « indultoooo » dès l’entrée des toros en piste (à l’exception que ces derniers le faisaient exprès).
De cette course que l’on aurait également pu intituler « Des toros mais pas des hommes », Diego Urdiales était le chef de lidia. En torero très aguerri qu’il est, il semble être venu à Vic-Fezensac avec la motivation « j’en ai rien à secouer ». Il montra son aisance technique face à un premier bestiau soso et monopiqué, puis il fit tuer son second adversaire à la pique, sans que cela n’émeuve ni lui ni le public vicois.
Ce dimanche après-midi, Julien Lescarret a pour sa part confirmé la plus grande faculté qu’il avait dans l’arène. Celle de se mettre en danger face à n’importe quel taureau. Complètement transparent et moins confiant que certains novilleros sans picadors, il fut totalement dépassé par les évènements. Mais le public peu averti crut davantage en la « grande difficulté » des adversaires plutôt qu’au naufrage du matador girondin. Aussi, on peut avoir certains regrets vis-à-vis du cinquième toro qui est parti entier au dépeçage sans que l’on ait pu le voir.
Mais le plus grave, c’est de continuer à dire « on ira revoir Julien pour l’encourager, tant pis pour aujourd’hui car les toros étaient trop difficiles ». Il faut parfois songer à la remise en question et éviter de confondre qualités humaines et qualités toreras. Les unes ne faisant pas automatiquement les autres.
Un bilan un poil moins négatif pour Mehdi Savalli, qui venait en substitution du prometteur Alberto Aguilar. Pourtant, lui aussi passa à côté de ses deux toros – tout d’abord aux banderilles –, mais c’est surtout à côté du grand sixième qui en d’autres mains…

D’ailleurs, le lot que l’on a vu défiler ce dimanche à Vic serait tout à fait correct et intéressant pour un cartel de vedettes.

Pour finir, quelques lignes plus haut, je faisais remarquer que certains gueulaient « indultoooo » à l’entrée des toros. Et bien figurez-vous qu’ils l’ont eu cet indulto ! Et il est à mettre au crédit de Julien Lescarret qui par miracle, est sorti sain et sauf de cette course.


Florent

mercredi 10 juin 2009

Du taureau sauvage à la lidia planifiée

Venus du Portugal ils étaient deux seigneurs : Asustado et Camarito. Le premier, on le vit un orageux soir d'été dans l'unique arène de la contrée basco-française. Quant au second, nous fûmes les apôtres de son dernier combat, qu'il livra un matin nuageux du mois de mai à Vic-Fezensac. Deux seigneurs et de multiples points communs.
Ils appartenaient tous deux au célèbre fer portugais de Palha. Tous deux, ils en imposaient physiquement. Tous deux, ils étaient des toracos de combat comme on en voit de moins en moins. Tous deux, ils resteront dans les mémoires pour ces moments d'émotion qu'ils ont fait vivre au premier tiers. Mais tous deux, ils furent malheureusement incompris.

Dimanche 31 mai à Vic, Camarito était là, forçant l'admiration dès son entrée en piste. Tel un athlète body buildé, il avait l'air puissant, solide, robuste, incassable... Tous les qualificatifs relevant du combattant. Et cela se confirma à la pique, où Camarito alla quatre fois avec puissance. Il souleva la monture à la première rencontre, puis poussa ensuite à plusieurs reprises avec bravoure. Donnant à l'aficionado présent cette chair de poule dûe à son engagement total. On eut le droit à quelques secondes magnifiques, rares, extraordinaires...
Mais certains se sont limités à l'attente qu'eut Camarito avant de s'élancer à chaque pique. Plusieurs plumes définitives le répertorièrent même comme manso à partir de ce moment-là. Puis à la muleta, on voyait clairement que le Palha avait un réel allant. Mais face à lui il y avait Javier Valverde, ce qui veut tout dire. Ou plutôt rien du tout. Car l'on ne vit rien. Et en concept de tauromachie moderne lorsqu'un homme ne fait rien, c'est automatiquement parce que le taureau n'avait rien. Pourtant tu étais magnifique Camarito...

Ensuite, ce fut tout le contraire. Du taureau imposant, sauvage, imprévisible... On allait passer au taureau moderne domestiqué, et à la lidia planifiée. C'était un Victorino Martín, aux magnifiques armures veletas. Mais à la silhouette liposucée, telle une starlette ayant pris peur de ses rondeurs au printemps venu. Et la starlette eut sa lidia planifiée, comme jadis il y eut aussi l'économie planifiée.
Cela ressemblait à un plan de sauvetage pour la ganadería en question. Echec à Séville, échec à Madrid, il est possible de se rattraper en faisant bonne figure au concours de Vic devait se dire Victorino Martín. Le coup fut minutieusement préparé par Luis Bolívar et son ancien mentor (Don Victorino Martín en question). Tout comme le Palha, le Victorino alla quatre fois au cheval. S'y rendant certes spontanément à chaque fois, mais se faisant épargner par un picador complice du plan. De plus, le Victorino ne se défendit point, à l'image de l'élevage ces dernières saisons.
A la muleta, il fut noble. Et Luis Bolívar tout juste revenu de blessure montra qu'il avait tout de même du métier et qu'il connaissait bien les toros de son ancien mentor. Il reçut une oreille généreuse après une épée basse.
Un grade au-dessus de la faena d'infirmier, on a aujourd'hui eu le droit à une lidia d'infirmier. Mais de nombreux adeptes de la masturbation intellectuelle, aveugles devant le combat de Camarito, vous diront que la lidia du Victorino était un modèle du genre.

Auparavant, c'est un Miura qui ouvrit cette corrida-concours. Il fut piqué à trois reprises, sans passion. Difficile au troisième tiers, Fernando Robleño l'affronta en guerrier usé. Le quatrième de Cebada Gago était également échu à Robleño... mais il resta malheureusement inédit.
Inédit fut aussi le pensionnaire de Escolar Gil, qui envoya à l'infirmerie un Javier Valverde sans cesse sur le reculoir.
Et il y avait un dernier toro de Fuente Ymbro, aux armures très suspectes, qui nous permit de démasquer la supercherie. En déroute dans la lidia de ce jandilla, la cuadrilla de Luis Bolívar n'eut pas la même sérénité que pour le schéma prévu d'avance face au Victorino Martín.

Pour le reste, on vit beaucoup de bajonazos, une fois n'est pas coutume me direz-vous. Le prix fut partagé entre Camarito de Palha et Baraquero de Victorino Martín. Chacun fera sa propre interprétation.

Camarito, c'était un taureau dont on rêve et que l'on n'oublie pas. Baraquero, vous en verrez des dizaines comme lui d'ici cet été, n'appartenant pas forcément au même encaste et au même fer que Victorino Martín. Pour vous prouver le souvenir que vous laissera l'un mais pas l'autre, constatez que l'on qualifie le premier par son nom Camarito, et le second par son enseigne "le Victorino", comme s'il s'agissait d'une banalité.


Florent

(La photo de Camarito est de Laurent L.)

lundi 8 juin 2009

Crochet du droit au cinquième round

L’après-midi suivant la brillante novillada de Flor de Jara, la première corrida formelle de la saison du sud-ouest était proposée dans l’enceinte vicoise. Une première un peu tardive qui aurait normalement dû se faire au mois d’avril à Aignan, avec là aussi des toros de Escolar Gil. Mais plusieurs facteurs conditionnèrent l’annulation de cette dernière affiche.

« Corrida de Toros », le spectacle que l’on a vu ce samedi à Vic méritait bien un tel qualificatif. Cependant, le lot de Escolar Gil n’était pas dans la lignée de ceux de l’an passé. Ce coup-ci, les saltillos ont été âpres et difficiles. Le quatrième d’origine Santa Coloma se démarqua du reste du lot en offrant un grand jeu à la muleta. Il eut les honneurs d’un tour de piste posthume discutable. Mais dans l’ensemble, on eut l’impression de voir une corrida dure et parfois sournoise, à l’image du cinquième toro qui envoya un énorme crochet du droit au visage du peón Agustín Serrano au sortir d'une paire de banderilles. Moment d’effroi, le banderillero faisant les frais d’un coup de corne au menton. Mais les conséquences de cet accrochage auraient pu être bien plus graves.

Un peu comme à Alès la semaine précédente, le chef de lidia Rafaelillo toucha un premier adversaire très compliqué, une difficulté que ne sembla pas mesurer une partie du public vicois qui s’attendait peut-être à une faena standard d’un minimum de cinquante passes.
Le quatrième Escolar Gil était d'un tout autre tonneau, faisant l’avion dans la muleta. Rafaelillo l’affronta avec les moyens qu'on lui connait, en guerrier qu’il est. Le combat atteignit son point culminant lors d'une belle série de naturelles données à ce très bon santacolomeño. Une entière perpendiculaire permit à Rafaelillo d'obtenir une oreille. La présidence accorda aussi un tour de piste à la dépouille de l’Escolar qui fut pourtant discret au premier tiers.
Face au lot le moins évident, Sergio Aguilar assura le minimum. Notamment au second qui manquait de caste. Sergio fit preuve d'un hiératisme et d'un courage qui lui sont habituels. Il abrégea face au cinquième, tardo et difficile.
David Mora complétait l’affiche. Ce matador que l'on avait pu voir à deux reprises l'an passé à Céret sembla hors du coup. Ne respectant pas les décisions du palco au troisième. Il fit assassiner le sixième à la pique et douta ensuite muleta en main. Il quitta la plaza sous les sifflets mais le sourire aux lèvres... On attendait bien mieux de sa part.


Florent

samedi 6 juin 2009

Le temps des fleurs

Changement de décor. Nîmes n'est plus. Révolu le bitume envahi par la gnôle et la pisse qui vous collent les souliers. Désormais place au Gers, à sa verdure vallonnée, au Fezensac, et à Vic bien évidemment !
Oublions le jeudi noir nîmois. Tournons-nous plutôt vers ce samedi matin fleuri. Car l'entrée en matière vicoise se faisait avec les Flor de Jara. Un nom exotique ! Mais il ne s'agissait en aucun cas d'une découverte et le CTV n'avait rien inventé. Car cet élevage n'est autre que celui de Bucaré que vous avez pu admirer l'été dernier à Céret, Mont-de-Marsan et Saint-Perdon.

Puis Aragona retentit et les novilleros défilèrent, la course commença.

A première vue, les Flor de Jara pouvaient parfois impressionner de par leur présence physique. Mais au fond, certains d'entre eux possédaient de l'or sur chaque corne.
Malheureusement et malgré la vaillance, aucun des trois novilleros n'eut la main verte pour de si jolies fleurs.
On eut le droit à un joli bouquet. Les anciens Bucarés allèrent seize fois à la pique, s'y défendant diversement. Quant au jeu des novillos, on peut dire que le premier était court de charge et manquait de forces, que le second était noble et que le dernier se prêtait au jeu temporairement. Mais que dire des troisième, quatrième et cinquième !
Je pense notamment à "Chinchoso" (signifiant "emmerdeur") le mal nommé, sorti en quatrième position. Il était brave et c'était à mes yeux la plus belle fleur du jour. Mais Javier Cortés ne sut la cueillir et se contenta simplement de la regarder passer avec splendeur, passivement. Auparavant, le novillero madrilène s'était montré vaillant avec le premier, mais sans passion.

Puis, il y eut ensuite l'étonnant Juan Carlos Rey. Courageux, engagé et très décidé, il obtint l'unique oreille de la matinée face au second après un labeur presque exclusivement gaucher. Seul bémol, le novillero semble utiliser la voix autant que le tennisman Richard Gasquet lorsque celui-ci frappe ses coups droits.
Et arriva Alguacilero, le cinquième Flor de Jara, qui fut lâchement exécuté par la cuadrilla de Rey. Pourtant, les conditions de lidia étaient parfaites. La piste était en bonne état, et les lignes du tercio de piques étaient là, pas encore inspirées par les narines de Richard Gasquet justement. Au troisième tiers, Alguacilero avait la bouche fermée et possédait des ressources malgré le sévère traitement infligé. Hélas, Juan Carlos Rey ne sembla pas motivé, conspué à cause d'une lidia désastreuse. L'afición eut un goût amer en voyant Alguacilero repartir entier...

Enfin, l'arlésien Tomasito montra pour sa part quelques beaux gestes. Mais il sembla manquer d'expérience pour ce genre de rendez-vous. En particulier à l'épée. Son premier adversaire était très bon, son second progressivement désintéressé par les leurres. Mais c'est ce dernier qui obtint une vuelta posthume. Pour l'ensemble du lot dira-t-on ensuite. Pourtant, c'est bien Chinchoso qui méritait le tour d'honneur et les fleurs...

Vuelta finale du mayoral.


Florent

vendredi 5 juin 2009

Le premier anti-taurin de France

Nîmes est peut-être la première arène du monde et du cosmos. Mais ce jeudi 28 mai 2009 vers 19 heures 30, j’ai eu une autre certitude. En levant les yeux au ciel surplombant l’amphithéâtre romain, j’étais sûr d’une chose : Simon Casas est le premier anti-taurin de France.
Et je dis cela ni par polémique ni par provocation. Car je me pose réellement la question suivante : peut-on concilier afición et organisation de tels spectacles ?

Tout d’abord, vous me rétorquerez qu’est-ce que je foutais à cette course de Zalduendo du jeudi 28 mai. Pour faire vite, je vous dirai juste que j’étais bien décidé à y aller de mon plein gré, dans un esprit masochiste avec une optique d’auto-flagellation.

Occis les Miuras de la veille, place était faite aux corridas toreristas pour le reste de la Feria. Des spectacles qui devraient logiquement porter le nom de « corridas de toreros ».
Je ne vais pas m’étendre sur ce qui s’est passé en piste ce jeudi 28 mai car la course n’avait aucun intérêt. Mais j’ai vu six bestioles de Zalduendo sans une once d’agressivité, pourvues d’une effrayante et épouvantable docilité, rendant le spectacle terne. Il y eut peut-être sept oreilles, deux sorties en triomphe par « la porte des consuls », et il y avait peut-être au cartel Julio Aparicio, El Juli (qui en ce jour était davantage « El Roue Libre ») et Sébastien Castella. Mais il y avait surtout sur le sable de l’amphithéâtre romain un spectacle indéfendable.

Alors parfois pour se donner bonne conscience, on se dit que l’on a juste à ignorer et à ne pas aller voir ces courses. Aujourd’hui, j’ai une conviction supplémentaire : la tenue de celles-ci est une insulte à l’afición et au taureau de combat.

Florent

jeudi 4 juin 2009

Six Miuras dans le vent

L’affiche annonçait six taureaux de Miura pour Juan José Padilla, Rafaelillo et Juan Bautista. Cependant, elle ne mentionnait pas les « arreglados » pratiqués moins de vingt-quatre heures avant la course. Car ils n’étaient vraiment pas jolis à voir aux corrales ces six Miuras. Ils étaient pile le nombre : six, achetés par une société commerciale possédant les arènes de Nîmes.
Plus ou moins bien rafistolés, ils sont finalement tous sortis en piste afin de composer l’ersatz de corrida torista du cycle.
Des carences en forces et en caste, certaines armures explosées aux premiers contacts avec les planches. Chouette la Miurada ! Et en plus, ils ont été mal lidiés. La palme revenant aux sagouins de picadors de Jean-Baptiste Jalabert.

Six Miuras dans le vent donc et dix mille spectateurs présents : l’affaire était rentable !
Après son officielle « luxation de l’épaule droite » contractée à Alès, Juan José Padilla réapparaissait à Nîmes… trois jours plus tard ! Son premier Miura tout juste « arreglé » s’est avéré très compliqué. Un lien de cause à effet ? Au quatrième taureau, le « cyclown » a joué son numéro habituel. Notamment aux banderilles où il partit à plusieurs reprises d’une trentaine de mètres afin de clouer les bâtonnets allègrement. Bizarre pour quelqu’un qui souffre d’une luxation de l’épaule. La suite relève du vu et du revu. Oreille justement refusée à Super-Padilla par la présidence.
Après sa belle prestation alésienne avec les Dolores Aguirre, on avait envie de revoir Rafaelillo. Son premier taureau était invalide mais il ne fut pas changé. En effet, les sobreros coûtent cher en période de crise ! Mais c’est au cinquième que l’on admira de nouveau la vaillance du murciano. Rafael est allé se mettre devant ce Miura arrêté et sur la défensive, sans tricher. Mais son labeur a été moins apprécié par la populace que celui de Padilla.
Enfin, c’est Juan Bautista qui complétait l’affiche. Touchant les deux Miuras souche Domecq du lot, l’arlésien a par moments essayé de faire du Padilla, sans réussite. Une mauvaise passe pour lui.

Des rafales, du Mistral et une légende noire qui s’éloigne.

Florent