vendredi 24 juillet 2009

Sergio Aguilar en figurón !

Parfois le matin en me levant, je me prends à rêver d’ouvrir mes volets et d’apercevoir dans la rue, Sergio Aguilar toréer ! De le voir tirer des naturelles de face, en silence, afin de mieux apprécier son temple et son élégance ! Le cadre des arènes de Mont-de-Marsan était certes moins intime le dimanche des Fêtes de la Madeleine, mais le plaisir lui ne fut pas moins intense !
Quant à la course de Fuente Ymbro que l’on vit sortir en ce jour, je désirais prendre du recul par rapport à elle et attendre un peu avant d’en parler. Car lorsqu’on l’évoquera une fois la saison terminée, on se dira probablement que c’était une des meilleures cette année. Une tarde de toros ! Avec des Fuente Ymbro qui ont apporté de l’intérêt, surtout de par leur diversité. On vit des piques, des lidias, des faenas. Une corrida complète avec un lot très digne des lieux !
A la pique, c’est surtout le troisième toro de l’après-midi – âgé de six ans – qui apporta beaucoup d’émotion, en poussant en brave lors de trois rencontres avec le picador. Luis Bolívar eut ensuite des difficultés à affronter ce Toro exigeant et tout de même compliqué au dernier tiers. Le sixième Ymbro était également exigeant mais dans une autre mesure. Face à lui, le colombien affirma son métier et tira de belles séries.
Il y eut donc ces deux toros, loin d’être des bonbons. Il y eut aussi un premier bronco mais loin d’être impossible, et un quatrième, noble mais dévorant le torero régional. Puis il y eut deux toros doux et nobles avec lesquels Sergio livra un véritable récital. Ce type est différent des autres, mais qu’est-ce qu’il est torero dans ses attitudes ! Quelle classe il possède ! C’est peut-être le torero qui marque le plus mon attention depuis quelques années. Il offrit ce dimanche au Plumaçon de magnifiques naturelles, de face bien entendu, de superbes entames de faena, et de grands moments à la cape. Et il sut donner de l’air à ses deux adversaires. On le connaissait vaillant, très courageux, voire suicidaire, et on saura à l’avenir qu’il est également artiste, grand torero et matador de toros de première catégorie. Preuve en est avec les deux grandes estocades qu’il porta et qui firent rouler au sol ses deux Fuente Ymbro. Vraiment : merci Sergio !
Moi qui ai rêvé de le voir toréer depuis ma fenêtre, je dois m’incliner et reconnaître que ce dimanche 19 juillet, Julien Lescarret a eu plus de chance que moi. Il était en effet aux premières loges pour assister à ça !

Florent

(Photo de François Bruschet : Sergio Aguilar à Céret)

L'apologie du mal

Les montois ont-ils eu une prémonition en peignant les arènes du Plumaçon en orange il y a deux ans ? Avaient-ils prévu d'avance le changement de municipalité et donc de commission taurine ? Car la nouvelle teinte des arènes correspond parfaitement aux idées de l'actuel président de la CTEM. Ce dernier qui rappelons-le, avait déclaré cet hiver vouloir un indulto. Rien que ça !

Aussi, la corrida de ce samedi à Mont-de-Marsan provenait du fer de Victoriano del Río. On aurait pu croire à un remake d'un évènement récent survenu dans les Landes. Moqueurs, les membres de la Peña Escalier 6 vînrent aux arènes intégralement vêtus d'orange. Un joli détail !

On aurait pu s'attendre à des bichos sosos et bêtes, justes de forces. Mais ce ne fut pas le cas et l'histoire ne se répéta point ! On assista au contraire à une course correcte. Avec trois Toros de Cortés et trois Victorianos, bajitos, au trapío et aux armures convenables malgré quelques cornes suspectes. Il y eut parmi eux un très bon toro, le premier, que l'on vit à la pique mais à côté duquel Julio Aparicio passa totalement. Sébastien Castella apparut mieux que d'habitude, vaillant et templé. Il reçut trois oreillettes après des estocades moyennes. Manzanares proposa quant à lui quelques détails éparpillés face au sixième, Julio Aparicio en donna également à la cape. En revanche, la lidia est loin d'être le point fort des hommes présents en piste ce samedi...
" Le Retour de Desgarbado : Otra vez será "

Florent

mercredi 22 juillet 2009

Cheminot, forain et routier

Vendredi 17 Juillet : Quai numéro 2 de la Gare de Collioure, Pyrénées-Orientales. Il est 5 heures 45 du matin. Et je suis bien le seul pèlerin à attendre le train en provenance de Cerbère. Direction : Mont-de-Marsan !

Mais avant d’arriver dans le chef-lieu des Landes je vais connaître un bon nombre de péripéties, le voyage promet d’être long ! 5 heures 55, le train entre en Gare de Collioure, il ira jusqu’à Narbonne. Le jour se lève peu à peu et nostalgique, je contemple les Albères au fond, et je me dis que c’est beau la Catalogne quand même ! Je repense à Céret de Toros, à ses Coïmbras, et à Brasao, le troisième d’entre eux !
L’affiche du soir à Mont-de-Marsan est quant à elle alléchante. On y annonce des La Quinta pour El Fundi, El Juli et Juan Bautista. Vers 7 heures à l’arrivée à Narbonne, je commence à y croire… Non loin de la voie ferrée, j’aperçois deux lapins se bondir sur la gueule. Je me dis alors que c’est bon signe pour ce soir. Si les conejos ont le fighting spirit, si les Coïmbras l’ont eu, alors les La Quinta l’auront aussi ! A coup sûr ! Pour revenir aux lapins, je crois qu’ils auraient largement fait l’affaire pour un petit gueuleton de midi.

Je n’ai que le combat en tête. Car c’est ce que l’on s’attend à voir avec des La Quinta et ces trois hommes en face. Trois ! Comme le nombre de changements qu’il y aura dans mon périple. Le premier à Narbonne où il fait beau et frisquet, le second à Toulouse Matabiau où il pleut, et le troisième à Bordeaux Saint-Jean où il ne fait guère meilleur ciel. Pourtant il y a du monde à Bordeaux. Un point de ralliement pour la plèbe avec probablement parmi elle des bobos qui voudront un jour où l’autre se faire une idée de l’aventure taurine en allant à Pamplona copier pâlement l’expérience d'Ernest Hemingway. Ca leur prendra un de ces quatre comme l’envie de pisser. On aura en revanche moins de chance de les voir à Céret.
Quatorze heures : Mont-de-Marsan arrive enfin ! Il y a de la flotte et du vent. Cernes aux yeux, clope au bec. J’aurais certes été moins con si j’avais obtenu le permis de conduire à la fin du mois de juin. Mais ma conduite était paraît-il trop encastée ce jour-là. Et puis je ne vais pas cracher sur la SNCF qui, ce vendredi 17 juillet, m’a permis d’arriver à l’heure. Comme le disait Desproges : « à quoi bon faire un bras d’honneur aux chemins de fer quand on perd son bras de fer sur les chemins de l’honneur ? »
Un ami vient me chercher à la Gare. La discussion commence, avec une première mauvaise nouvelle. « Alors, tu es allé voir les toros aux corrales ? Et ces La Quinta ? » C’est froidement que mon hôte me répondit « Et bien, décevants. Novillos… Tu vois ce que je veux dire ? »

Je sais bien que l'on ne peut pas prévoir à l'avance et que l'habit ne fait pas le moine ! Par contre, cela me gonfle d’entendre que présentés ainsi, les La Quinta sont parfaitement dans le type Buendía et qu'ils ne peuvent être mieux physiquement sous peine d'être classés hors du type. Et il y a beaucoup de personnes qui se cachent derrière ce discours à la mode, qui n’est autre qu’une excuse bidon. Selon ces taurinos et le plus étrangement du monde : pour chaque encaste, plus le toro est petit et bonito, plus il est dans le type... Les Quinta de ce jour étaient certes dans le type d’une corrida pour vedettes des années 1950–1960. Mais est-ce un prétexte suffisant ? Car on a vu des La Quinta charpentés, armés et impressionnants ces dernières années... Et cela ne les a pas empêchés d’être braves et encastés.

Dix-huit heures, je suis un peu crevé du voyage mais je résiste. Le paseo débute famille Soldeville en tête, il pleut. Avec une telle affiche, on ne s’attend pas à un demi défi mais bien à un corridón ! Il en fut pourtant tout autrement. On vit un petit lot de La Quinta ce vendredi. Prenant huit piques et manquant parfois de forces. Il comprenait cependant au moins quatre novillos à triomphe ! Et c'était loin d'être un mauvais lot. Mais était-ce digne d'une corrida de toros ?
Ce n'était pas inintéressant, mais décevant. Même si je préfère voir El Juli avec ce type de bêtes plutôt qu'avec des Zalduendos ou autres choses Domecqtisées. Simplement lorsque l'on voit annoncé El Juli avec des La Quinta, on s'attend au haut de la camada, pas aux fonds de tiroirs.

Ce vendredi, cela m'a fait du mal de voir le Fundi en état de convalescence. Peu en confiance, il ne banderilla pas, connaissant beaucoup de difficultés tout le long de la lidia. C'était sûrement prématuré pour José de reprendre l'épée aussitôt. Le quatrième offrait de nombreuses possibilités et dans un autre état physique, on aurait probablement vu quelque chose de la part du Fundi.
Au milieu du cartel, il y avait El Juli ! Un torero à la muleta puissante qui étala ses talents d'horloger face au second, arrêté et manquant de race. Le Juli multiplia les pendules et autres passes sans grand effet. Il n'arriva pas à convaincre et tua d'une vilaine atravesada "Al Julipié"... bien entendu.
Porteur d'armures abîmées, le cinquième fut monopiqué comme le second. A la muleta, il s'avéra être un taureau mobile à la charge désordonnée. C'est donc en torero dominateur que le Juli canalisa très bien sa charge, pour ensuite lui faire boire l'étoffe rouge. Tiens ! Il ferait un bon cheminot à la SNCF ce Juli. Puis la faena s'accélèra, le public entrant dans un état d'excitation, une sorte de Grand Huit. Tiens ! Il ferait un bon forain ce Juli. Puis vînt le silence au moment de l'estocade. Nouveau Julipié pour une épée trasera, il a l'air d'aimer la quatre voies. Tiens ! Il ferait un bon routier ce Juli. Deux oreilles. Il a été parfait techniquement, il a fait passer le train et on se doit de saluer sa prestation même s'il a davantage accéléré que ralenti le taureau. Et puis ce n'était pas la tête de camada... Trop facile !
Le troisième homme était le français Jean-Baptiste Jalabert qui ne passera pas à la postérité puisqu'il passa à côté de deux taureaux mobiles et nobles, malgré deux bons débuts de faena. Le reste : je ne m'en rappelle plus. Ou plutôt : je n'ai pas envie de m'en rappeler ! Car lorsque l'on n'a pas de respect pour le taureau, on n'a pas le droit à la reconnaissance. C'est sans vergogne et passif que l'arlésien laissa un de ses subalternes puntiller dans le dos le troisième La Quinta de l'après-midi. Une superbe image d'honneur et d'afición...

J'aurais bien aimé voir El Juli essayer de se démener face à Brasao de Coïmbra ou même face au cinquième La Quinta que s'envoya Rafaelillo à Vic au mois de juin. Cela aurait été différent de ce vendredi... Et lorsqu'il aura arrêté sa carrière, El Juli se reconvertira peut-être en cheminot, en forain ou en routier. Peu importe, car je pensais qu'il avait onze années d'alternative. Et cette corrida aurait dû être un défi, pas une novillada (peu) piquée avec un encaste rarement affronté.

Florent

jeudi 16 juillet 2009

La marmite cérétane

Jamais je n’aurais pensé quitter Céret ainsi, déçu et avec un goût amer. Mais sans être mauvaise langue, on pouvait s'attendre à une part de déception. Car qui n'est pas resté perplexe cet hiver à l'annonce des élevages retenus pour l'édition 2009 de Céret de Toros ?

Si l'on fut réjoui par la présence assurée des Sánchez-Fabrés, on ne savait en revanche pas quoi penser des inconnus Coïmbras et des redoutables Cuadris. Redoutables ces derniers ! Mais pour le manque de caste qu'ils affichent depuis quelques temps. Et je ne sais pas quelles ont été les motivations de l'ADAC, hormis celle d'avoir le nom "Cuadri" sur le tableau de chasse.

Et le résultat fut à la hauteur des maigres espérances ce dimanche 12 juillet ! Un jour où : Cuadri, ce fut le vide en six lettres. Une grande déception pour clôturer ces deux jours de Toros. Car il y eut peu d'intérêt et de caste en piste. Pourtant, le premier avait fait illusion en poussant au cheval en deux rencontres. Mais l'on déchanta lorsqu'il s'éteignit rapidement dans les leurres de Fernando Robleño. On trouva ce dernier matador quelque peu ressuscité comparé à ses dernières prestations. Il obtint l'unique oreille de la feria après un labeur vaillant, exposé mais manquant d'émotion, faute aux carences de caste du quatrième exemplaire de Cuadri. Sergio Aguilar resta discret face au lot le moins évident, composé d'un impressionnant et dangereux réserve de Fidel San Román et d'un Cuadri vite arrêté. Et il y avait David Mora, qui venait en remplacement de Joselillo blessé la veille à Pamplona. Le torero fortement gominé resta profilé et fuera de cacho face aux quelques embestidas du troisième aux cornes abîmées. Le sixième était en revanche superbe de présentation. Mais il eut le droit à une lidia désastreuse, défaillante et déficiente de la part de la cuadrilla de Mora. Le toro s'arrêta certes vite et développa du sentido, mais peut-on pardonner cet incroyable manque de professionnalisme ?
A la fin de la course, le boucher pouvait être content de la masse de viande récupérée. Les aficionados quant à eux sortirent déçus. Une étrange manière de clôturer une feria dite "du Toro".

Mais la grande satisfaction du week-end, ce fut le samedi. On ne savait quoi espérer des bichos portugais de Coïmbra. Mais ce fut une véritable Corrida de Toros ! Avec des fauves, très armés, pas excessifs en poids, mobiles, solides et puissants. En face, on vit des hommes par intermittence...
Rendado le premier Coïmbra, annonça la couleur à la pique, poussant très bien et amenant la cavalerie jusqu'au centre du ruedo à la deuxième rencontre. Fauve imposant aux assauts violents, il dépassa Frascuelo au troisième tiers. On ne put voir le vétéran torero qu'à la cape cet après-midi - avec le quatrième - car il abdiqua rapidement muleta en main.
Echu à Fernando Cruz, le deuxième toro du lot fut le moins porteur d'intérêt, vite court de charge et arrêté. Alors que l'on aurait bien aimé voir le cinquième, un toraco au pelage castaño oscuro, la présidence décida de le remplacer de manière prématurée. Mais l'on ne polémiquera pas davantage. Sortit à la place un dangereux et avisé sobrero de Fidel San Román qui n'arrangea pas les affaires de Fernando Cruz.
Pour sa présentation en France en tant que matador, Morenito de Aranda toucha le meilleur lot. Son premier fut brave en quatre piques spectaculaires. Et il garda beaucoup d'allant à la muleta, avec de la mobilité et de la caste. Brasao donna du jeu, mais Morenito resta globalement en-dessous malgré les efforts. Le sixième Coïmbra fut assassiné à la pique et s'avéra être le plus docile du lot. Il eut le droit à un tour de piste posthume assez généreux. Morenito de Aranda s'octroyant ensuite une vuelta de son propre chef en compagnie du mayoral.
Soulignons aussi que l'on vit quelques très bons tiers de banderilles ce samedi, avec trois saluts de banderilleros. Et qu'importent les vueltas plus ou moins justifiées d'hommes ou de toros, on vit une très belle course !

Entre ces deux corridas au résultat final très différent, il y avait le dimanche matin la fameuse novillada de Sánchez-Fabrés. Une course peut-être trop attendue...
Décevants à la pique, les Coquillas étaient hauts, lourds et peu armés. L'intérêt vînt surtout en deuxième partie de course, avec deux Sánchez-Fabrés et un remiendo de Pilar Población sorti en cinquième. Le fond de caste et parfois de noblesse des bêtes fut assez mal exploité par les novilleros, manquant de métier mais aussi d'envie. On vit également ce matin-là un attentat au premier tiers, avec l'assassinat impuni du sixième novillo. Quant aux jeunes : Mario Aguilar tira des passes, Fernando Tendero fut le plus méritant, et Javier Cortés fut dépassé par les évènements.

Il y eut donc un peu de tout cette année dans la marmite cérétane. Et notamment du décevant, ce qui n'est pourtant pas habituel ici.

Florent