lundi 31 août 2009

Perdre un ami

Je sais très bien que certains voient la vie en rose, tombent amoureux d'un molinete, d'un desplante, d'un redondo, d'une simple passe de pecho. Ceux-là qui vont à Dax, affectionnent le déodorant Miguel Angel PererAxe. Ceux-là, ils aiment aussi Castella, le Roue libre, et les Daniel Ruíz ! Oui les Daniel Ruíz ! Ces gros rondouillards qui se cassent souvent la gueule. Mais ils te diront que c'est normal, car l'émotion et les "biennn" doivent rester rares. Pour mieux apprécier la tauromachie, il faut savoir se contenter de peu, afin de mieux savourer. Ils s'en moquent que neuf "toros" sur dix soient faibles, puisque le dixième sera soso. Ils profiteront donc à fond de ce dernier, afin de pouvoir vociférer des "biennn", ou alors gueuler "indultooo" au moment opportun. Ils ne se prennent pas la tête, ils aiment ça tout simplement. Et ils voient la vie en rose !


Quant à moi mon cher, sache que je la vois en gris à défaut de broyer du noir depuis quelques temps. Et tu as ta part de responsabilité là-dedans. Tu as dû remarquer que je tirais souvent la gueule dernièrement, blazé, l'oeil sombre, triste, défait. Moi qui venais de perdre l'amour, j'étais en train de réaliser qu'il allait m'arriver une autre déconvenue, en amitié cette fois-ci. Je devais l'enterrer elle, ne plus y penser, ne plus la revoir. Désormais, c’est toi que je ne veux plus revoir ! Vendredi 7 août, c'était l'heure de l'apéro dans le Gers. Pour votre part, vous étiez tous au grand complet à Bayonne, pour boire le Rosé Tomás. Alors que j'étais tranquille, dépaysé, j'ai reçu une première claque lorsqu'à midi, tu m'envoyas un message m'indiquant que vous veniez d'accorder un tour de piste posthume à un eral. Cela m'a fortement affecté, même si cela aurait dû me laisser de marbre. Car tu étais également au palco il y a quatre ans lorsque vous indultâtes ce pauvre petit Santafé Martón gacho à l'excès et pouvant de ce fait, se sucer les cornes. Vous l'indultâtes, ils l'indultèrent ! Chose pire qu'un adultère. Cela avait déjà mis plusieurs barrières à notre amitié, et tu ne t'arrêtas pas en si bon chemin. Le samedi 8 août, alors que je me réveillais à peine d'une longue nuit passée dans les bras des Darré vicois, tu m'envoyas de nouveau : "otra vuelta para un buen eral de Jalabert". Perdre un ami ! C'est sûr que cela fait mal, mais on finit toujours par s'en remettre. Et puis c’est moins grave que l'amour. Je t'avoue toutefois avoir pris un sacré coup au moral ce week-end là, mon amitié ayant été cocue. Une chance pour toi que j'eusse préféré le Gers et le Born à la Côte Basque. Je n'ose même pas imaginer ce qui se serait passé si j'avais été là. Avec Carlos Guzmán, vous étiez devenues mes deux têtes de turc du week-end.

Une semaine plus tard, nous étions embarqués pour un week-end gris. Car comme je te l'ai dit, c'est désormais comme cela que je vois la vie. En ce jour de l'Assomption, j'ai un mauvais pressentiment. Je suis seul en gare de La Rochelle, il est six heures, je fume la cigarette du condamné. J'espère ne pas avoir à croiser ce douloureux souvenir dans quelques heures à Bayonne. Pourvu que la novillada finisse assez tôt, pourvu que ce foutu TGV arrive en retard. Car mon cher j'avais espoir, pour que notre amitié renaisse ce samedi 15 août. Malheureusement, tu t'es encore laissé aller. Je suis arrivé trop tôt, et par ta faute, la novillada a fini trop tard. Tu as eu trop de clémence envers ces deux novilleros qui étaient toujours épée en main à respectivement dix-huit et vingt minutes de faena. Le troisième avis ne sonnant jamais. Tu as préféré sauver ces deux jeunes du fracaso réglementaire plutôt que de voir une amitié renaître de nouveau. Au final, j'arrivai aux arènes trop tôt, afin de te rejoindre là haut. Le dernier Fernay allait tomber, mais je sentais comme un malaise, je n'aurais pas dû être là. Si tu avais appliqué le règlement, je n'aurais pas senti ce malaise, cette absence, lorsqu'en contemplant l'abîme des tendidos bajos depuis les gradas, j'ai croisé le regard de mon amour perdu. Ce petit regard méfiant, et hop trente secondes plus tard, elles étaient parties elle et mon ex future belle maman. Notre amitié était à ce moment-là totalement enterrée. J'avais face à moi l'ami que tu n'es plus, et quelques mètres plus bas, cet amour perdu. J'allais devoir te supporter jusqu'au lundi midi.

Mais c'était aussi ma faute qui sait, peut-être aurais-je dû prendre le train de midi, afin d'arriver tout juste pour les Bañuelos du soir. Cela m'aurait évité les 47 degrés de ton coche, ainsi que ton mauvais vin navarrais. Aussi, je n'aurais point eu l'air chancelant et le visage suffocant en arrivant à Lachepaillet pour dix-huit heures. Mais c'était ainsi ! Cette course de Bañuelos fut grise, noire pour notre afición. Du moins pour la mienne, car avec ce genre de course, je suis sûr que tu aurais pu être l'auteur d'un miraculeux mouchoir bleu. Car on ne sait jamais, cela peut toujours arriver. Même aux gens biens... Regarde François Capdeville !


Le lendemain, alors que ma soirée avait été hantée par tous ces souvenirs et notre amitié dépassée, nous changeâmes de décor. Sur la route menant à Bilbao, je repensais à notre périple chez Raso de Portillo, et à cette période où j'avais encore la conscience tranquille. Mais c'est du passé. Voici Bilbao ! Ciel gris sable noir, pour le Fundi une année noire. A sa place, la maison Chopera nous envoya Antonio Barrera qui resta en-dessous de son lot de La Quinta. Sergio Aguilar était semble-t-il un peu emprunté ce jour-là, mais qu’importe, il y avait cette dimension supplémentaire que ce matador apporte. Et puis Iván Fandiño, la grande surprise du jour ! Je ne l’avais jamais vu aussi vaillant et appliqué. Il reçut une oreille totalement méritée.
Quant aux La Quinta, on les rêvait braves, couillus, encastés ! Ils furent nobles pour la plupart. Tant pis, c’était quand même une course intéressante ! Rappelle-toi aussi mon cher compagnon cette aire d’autoroute après Eibar… Le reste, toi seul le sais. Mais c’est vrai que c’était bien Bilbao, notre amitié refaisait surface de nouveau !

Enfin le lundi, nous allâmes à Dax pour terminer ce week-end initialement mal engagé. Nous y allâmes pour voir les Adolfo Martín et rien d’autre ! Adolfo Martín… Car il faut continuer dans la conception de la vie en gris. Le Pays Basque était loin, les cicatrices se refermaient de nouveau, et puis il y avait ces Adolfos ! Le week-end est allé crescendo. Les petits saltillos étaient irréprochables d’armures, manquaient un peu de trapío. Mais ils possédaient de la noblesse et un réel fond de caste. Notez-le bien, car c’est assez rare pour ces lieux ! Javier Cortés et Patrick Oliver ont essayé, mais cela fut monotone. On vît un Daniel Martín assez brouillon face au premier. Avant que ne sorte le quatrième ! El Dani commit l’erreur de le faire très peu piquer. Le pensionnaire d’Adolfo arriva entier à la muleta et, au premier cite, le novillero reçut une terrible rouste avec cornada à la clé. Daniel Martín a peu de chances de devenir une figura, aussi, il n’écrira probablement jamais de dictionnaire taurin. Mais ce lundi matin à Dax, en l’espace de dix minutes, il a donné à lui seul les définitions de sangre torera, de pundonor, d’envie, de courage. Il s’est battu comme un lion, c’était émouvant, beau à voir. A l’estocade, il se jeta comme un mort de faim sur l’Adolfo, récoltant un nouvel accrochage. L’oreille accordée fut l’une des plus grosses octroyées cette année. L’ovation avant le départ à l’infirmerie de Daniel Martín était elle aussi touchante. Le week-end se terminait sur une note très positive avec cette course d’Adolfo et la leçon de pundonor de Daniel.

Hélas, il y avait cette triste musique à la con sur les bords de l’Adour en quittant Dax. Cela me rappelait que notre amitié en avait pris un coup. Le douloureux passé ressurgissait également. Quant à toi camarade, toi seul comprendras certaines choses. Camarade ! Compagnon de cendrier ! Car s’il reste quelque chose à notre amitié, ce ne sont bien que des cendres. Samedi, j’irai à Carcassonne pour voir les gris de Moreno de Silva. Non je ne suis pas aigri, je vois simplement la vie en gris et dorénavant, je ne me nourris plus que de cendres.

Un abrazo fuerte.

Florent

mardi 25 août 2009

Couloir tragique

En raison des évènements survenus ce dimanche à Carcassonne, je vais évoquer dès à présent les novilladas audoises avant de revenir sur les courses de Bilbao et Dax.

Espartero de Miura portait le numéro 15. Agé de trois ans et dix mois comme ses cinq frères, il arborait un pelage cárdeno claro typique de bon nombre de pensionnaires de Zahariche. Ce novillo – taureau de quatre ans à deux mois près – nous a rappelé que la tauromachie était imprévisible. Et pourtant… La course avait commencé comme l’on pouvait s’y attendre, avec un premier Miura moderne, noble et de peu de forces. El Califa de Aragua, très bon banderillero, fut pourtant mis en difficultés à cause du fort vent marin qui soufflait sur les bords de l’Aude. Il fut vaillant et après une bonne entière, reçut une oreille. On pouvait dès lors penser que les Miuras allaient s’avérer collaborateurs et que les novilleros allaient passer un après-midi agréable.

Mais arriva Espartero, le fameux numéro 15. Il entra telle une bombe dans le ruedo audois. Puis il sauta… Et le drame arriva une première fois. Espartero souleva l’alguazil Christian Baile, le propulsant dans les airs et lui infligeant une cornada à la cuisse. Les personnes présentes dans le callejón tentèrent alors d’évacuer l’homme commotionné. Et puis… Espartero sauta une seconde fois quelques secondes plus tard, au même endroit. Tout le monde réussit à aller en piste, excepté Christian Baile, qui cette fois-ci fut livré à lui-même face au Miura. Juste sous nos yeux, nous assistâmes à un film d’épouvante. Espartero percuta de plein fouet le pauvre alguazil et l’encorna fortement au bas ventre, l’emportant sur plusieurs mètres. Le drame venait de se produire. Une véritable tragédie, une malencontreuse suite de coïncidences et de malchances. Car Espartero sauta exactement au même endroit que la première fois, il portait le numéro 15, tout comme l’exemplaire de Moreno de Silva qui encorna Juan Carlos Rey à la cuisse la veille. Il était le second novillo de l’après-midi, comme le numéro 15 de la veille. De plus, il portait le fer de Miura, un élevage adouci cette dernière décennie mais dont on connaît le « lourd passé ». Bien que je ne goûte pas aux superstitions, il s’agissait là d’un véritable cumul de coïncidences. Christian Baile fut donc évacué tant bien que mal, sous l’effroi. Car tout le monde était conscient de la gravité de l’accident. A l’heure où j’écris, l’alguazil est toujours entre la vie et la mort.

Avec un tel drame, le reste de la novillada est évidemment anecdotique. Mais cette dernière devait aller jusqu’à son terme, chacun d’entre nous le sait. Suite à l’évacuation de l’alguazil, Espartero fut assassiné à la pique. Mais le public choqué par l’accident ne put réellement mesurer cela. Le manso de Miura arriva ainsi diminué au troisième tiers et ne proposa que des demies passes à l’expérimentée muleta de l’arlésien Marco Leal. Ce dernier venant à bout d’Espartero d’un bajonazo transperçant… Puis la course fut interrompue. Peu de monde savait ce qui se passait dans le bloc opératoire. En revanche, tout le monde redoutait l’annonce d’un éventuel décès. Christian Baile put être transféré à l’hôpital. Une fois les installations médicales de nouveau opérationnelles, la novillada put reprendre, après une heure et quarante minutes d’interruption.

Se disant qu’aucun autre drame de cette ampleur ne pouvait arriver ce soir-là, Santiago Naranjo décida d’aller accueillir le troisième Miura a portagayola. Pourtant, le jeune colombien faillit lui aussi payer le lourd tribut de la fiesta brava. Il eut le réflexe vital de se coucher lorsque le train de Miura arriva pour le percuter. Un peu comme s’il s’était agenouillé à une centaine de mètres de là sur la voie ferrée du train Corail Bordeaux – Nice dont on entendait le bruit depuis les tendidos. Ce troisième Miura était haut, charpenté, comme ses congénères. Disons aussi que ce lot avoisinant les quatre ans était impressionnant, mais armé vers le bas. De ce fait, ils furent envoyés en novillada, ne pouvant sortir à l’âge de quatre ans en corrida de toros au vu de leur port de tête. Pajareño – le troisième – s’avéra difficile, gardant la tête haute au troisième tiers et collant le colombien. Naranjo passa par ailleurs près de l’accrochage à plusieurs reprises. Mais il fit front tant bien que mal. Il coupera ensuite l’oreille du sixième, éteint et de peu de parcours à la muleta, alors que la nuit était déjà tombée sur la cité carcassonnaise. Le quatrième était le plus compliqué du lot. Face à lui, Aragua connut beaucoup de difficultés dans la lidia, mais il ne manqua pas de volonté, avant de flirter avec les trois avis. Ingrato, le toraco sorti en cinquième position, fut le seul du lot à pousser en brave à la pique. Il eut la chance de trouver face à lui El Pimpi qui une fois de plus, réalisa un premier tiers dans les règles. Ingrato eut en revanche moins de chance de se retrouver face à Marco Leal et le reste de sa cuadrilla qui, à eux tous, réalisèrent une pantalonnade sur laquelle je ne m’étendrai pas davantage. L’arlésien reçut deux oreilles de pueblo, caractérisant totalement sa tauromachie. Mais ce dimanche, suite au drame, cela restait d’une importance mineure.

Bien qu’il s’agisse d’un accident et même si la victime n’était pas un acteur de la lidia, Espartero a rappelé que chaque taureau portait la mort au bout de ses cornes. Il a rappelé ô combien la fiesta brava est parfois tragique, dramatique, injuste. Mais c’est aussi pour cela qu’elle est belle…

Florent

(Photo de Christophe : "Espartero")

vendredi 21 août 2009

Taureaux dociles, monde hostile

6 Antonio Bagne-uelos 6

Soit deux heures et demie en prison pour les aficionados a los toros. Ou bien quelques gouttes de plus dans l'entonnoir estival des aficionados a los toreros. Un entonnoir dont ces derniers ne se plaignent pas, même si ils assistent plus souvent à des caídas de toros qu'à des corridas de toros. Avec des taureaux faire-valoir durant des tardes qui ne font que forger notre désespoir. Là où l'homme ne gagne que très peu en gloire et où personne ne redoute la chose qui va sortir du long couloir noir. A mort les espoirs, bonjour les déboires !
Il n'y a pas eu de miracle en ce jour de l'Assomption à Bayonne. Bien que les deux fois précédentes, nous assistâmes à deux grandes courses des fers de Joselito et Valdefresno. Ce 15 août 2009, c'était des Bañuelos, ou plutôt Bagne-uelos, un élevage parmi tant d'autres qui envoya ce coup-ci un lot globalement correct de présentation malgré des charpentes diverses. Les six sujets étaient dociles, pas agressifs, et ils manquaient terriblement de caste et de chispa. Pour couronner le tout, ils furent mal lidiés par des cuadrillas impardonnables au vu de leur expérience. Julio Aparicio était là car il fallait initialement ouvrir le cartel à Morante de la Puebla, je crois que c'est tout. Manzanares a déçu, toréant avec un pied à San Sebastián, l'autre à Irún, et la main à Bayonne ! Quant à Miguel Tendero, c'est celui qui a réalisé les meilleurs gestes de la tarde. Pas bien dur me direz-vous ! Mais il a toutefois manqué d'envie, a été conformiste, et même populiste... Ca leur aurait plu pour le dimanche des Fêtes.
Taureaux sans âme, picadors de superette, magnifiques bajonazos. Une tarde vide annoncée comme Corrida de l'Art, pourtant toréer ce n'est pas seulement se regarder dans un miroir, ils devraient le savoir.
Et lorsque quelqu'un proteste un bajonazo, il peut se voir menacé d'exclusion des tendidos ! Plus besoin de jeter des bouteilles en piste pour être viré. Plus simple, insistez sur les bajonazos ! Et quand quelconque torero affronte son adversaire précautionneusement à plusieurs mètres de distance, là non plus vous ne pouvez rien dire. On vous rétorque qu'il faut aller devant avant de parler.

Les anti-taurins ne sont pas ceux que l'on croit...

Florent

vendredi 14 août 2009

L'aficionado est un pigeon

Il faut avouer qu'il est plaisant de consulter tous les soirs, de mars à octobre, le portail internet mundotoro afin de connaître les résultats bruts des corridas et novilladas qui se sont célébrées aux quatre coins de la Péninsule Ibérique.
Cependant, je n'irai pas jusqu'à dire que cette chose commise il y a plus de dix ans par la famille Domecq a changé ma vie. Au contraire, il est des jours où je m'en passerais bien. Tenez par exemple, ce jeudi 13 août 2009 !
Vers dix-neuf heures, je lis que le président de la corrida de Gijón "ne sait pas compter" car il a refusé d'accorder une oreille à Miguel Angel Perera. Quel drame national ! A dix-neuf heures trentre cinq minutes et trente trois secondes précisément, je reçois un SMS d'un ami présent aux arènes de Béziers - il lui en a fallu du courage ! - énonçant (j'aurais pu dire "dénonçant") ceci : "Second toro de Ponce puntillé en pleine faena sans estocade. Lot de Santiago Domecq lourd, cornicorto, faible et sans caste". Remarquons toutefois que cette situation est rentrée dans les moeurs et que de ce fait, elle est devenue banale voire peu choquante...
Mundotoro n'est pas monté dans mon estime à dix-neuf heures en glosant sur une présidence qui venait de refuser une oreille. Mais une heure et demie plus tard, c'est la désolation ! A propos de la corrida biterroise, le portail des frères Domecq nous dit : "Enrique Ponce, por su parte, escuchó una ovación tras caer el que hizo cuarto". Moi qui pensais que ce quatrième avait été puntillé en piste ! Qui croire ? Aussi, on a peu d'informations sur le lot de Santiago Domecq. C'est sûrement qu'il a dû être brillant ! Constatez qu'en général, dès qu'une course de la famille sort "floja y faltando de casta", on la découvre avec stupéfaction sur le portail familial annoncée comme "noble y de buen juego".

Je dis ça mais ce n'est sûrement pas la première fois que c'est arrivé et ce n'est pas la dernière que cela arrivera ! Ces gens-là préfèrent inculper les présidences refusant des oreilles plutôt que de dénoncer leurs propres toritos chétifs desquels ils sont fétichistes. Ils continueront tout de même à s'offusquer de Las Vegas et publieront d'autres communiqués de Simon Casas... Ce dernier qui, en critiquant Don Bull, ne fait rien d'autre que de dénoncer son reflet d'Outre-Atlantique. Car messieurs, vous n'avez pas besoin de prendre l'avion et de changer de continent pour voir des parodies de corridas de toros. Vous avez déjà un large choix du printemps jusqu'en automne, de Nîmes à Marbella. Non, vous n'avez vraiment pas besoin d'aller aux States pour voir des choses où le taureau est accessoire et où l'argent est le mot d'ordre.

Au fait, merci pour la désinformation.

Florent

jeudi 13 août 2009

Bayonne vu par El Cachetero (Corrida des Fils de Don Eduardo Miura Fernández du Dimanche 9 août)

IL EXISTE ENCORE DES MIURAS

Bayonne. Dimanche 9 Août. Temps couvert. Degré hygrométrique élevé. Trois quarts d’arène. Toros de Miura (« Zahariche », Lora del Río, Séville) pour José Pedro Prados “El Fundi”, Javier Valverde et David Mora. Président : Jacques Oxandaburu assisté de messieurs Robin et Siberchicot.

Une anthologie de la casa MIURA ce dimanche, avec le miura à l'ancienne, le miura « classique » et le miura « moderne », tant du point de vue physique que du point de vue moral. Il y avait même le miura novillo (le premier de décembre 2005), du moins au vu de la pancarte et du programme, une erreur on l'espère, qui ne manquera pas de donner lieu à polémiques. Un lot bien présenté en général, cardeños, avec trois exemplaires à rallonge.

El Fundi, relevant juste de sa chute de cheval et d'une raclée récente, n'était pas au mieux de sa forme, arborant un splendide coquard. « Lesnero » (numéro 91, cárdeno, 554 kilos, naissance annoncée en décembre 2005 ?) s'affiche d'entrée comme un digne représentant de la maison. Gris comme un chartreux, long comme un jour sans femmes, teigneux comme un chartreux sans femme, il fait sonner l'étrier lors des deux rencontres, en sortant quelque peu amélioré, mais conservant quelques beaux restes dans l'usage du hachazo rageur. Les trois paires de banderilles sont posées avec sérieux voire avec grande qualité pour la troisième. Désarmé et poursuivi au capote, on ne sent pas le pourtant brave Fundi dans les meilleures dispositions pour entamer les hostilités. Le débordement de caste conquérante, la violence des assauts, qui en d'autres circonstances ne l'auraient guère laissé insensible question pundonor, représentaient sans doute trop pour sa convalescence. C'est certes bien dommage pour le plus « miura » du lot, celui qu'on aurait aimé le voir toréer, mais malgré sa vergogne habituelle, Fundi préféra jouer son joker et l'expédier d'une lame habile mais toutefois contraire.
José Pedro Prados Martin accueille le quatrième « Dativo » (numéro 36, cárdeno, 605 kilos, né en janvier 2005) avec la même prudente circonspection, deux assauts avec poussées spasmodiques, en révèlent le tempérament bravito, qu'il confirme lors des trois honnêtes poses de banderilles. Les trois premières séries droitières témoignent de la desconfianza du belluaire. Mais l'on sent le feu poindre sous la cendre, les gestes s'assurer, l'âme se gonfler, et, en dépit d'un toro qui se refuse à humilier et se ballade tête haute, le passage à gauche autorise trois séries superbes, puis une dernière en derechazos templés, composant une faena des plus honnêtes, de celles qui vous aident à relever le chef. L'estocade est portée dans les règles, avec sincérité, mais selon les canons du regretté Lagartijo, Dieu le bénisse ! Et puisque l'on parle de Dieu, c'est à cet instant que débuta le calvaire du Fuenlabrador. Avec un petit coup de pouce du destin, la lame eut pu être funeste. Que nenni ! Le Fundi eût la mauvaise inspiration de choisir l'option descabellesque, dont la caste et la vitalité du bestiau aidant, il usa et abusa jusqu'à dix fois, se faisant bousculer au passage par un toro qui l'obligea par une dernière ballade le long de la moitié des tablas à boire le calice jusqu'à la lie (pas l'hallali). Injuste certes pour l'effort méritoire de l'homme, son courage et sa sincérité qui eussent mérité une oreille valeureuse, mais ainsi va la vie... Division d'opinion entre les aficionados applaudissant et les animalistes bellant.

Javier Valverde ne fait pas partie de ceux qui remplissent les arènes en France, surtout avec des aficionados de verdad. Son premier adversaire, « Espartero » (numéro 62, cárdeno coletero, 552 kilos, né en décembre 2004) bien présenté, témoigne des qualités, ou des défauts, selon les points de vue, du miura moderne, mansote, il témoigne de l'ingénuité et de la faiblesse d'un enfant de chœur après une intense activité goupillonnesque. Il choit d'entrée, fait vuelta de campana à la seconde passe et prend deux picotazos. Javier est un gentil garçon, un peu simple, qui ne s'émeut guère de la leçon de capoteo par véroniques que lui inflige David Mora au quite, conclue par une demie de gala. Après un début sérieux, la faena uniquement droitière se décompose, avec le toro : le maestro ne toque pas et surtout ne court pas la main, donnant des sorties limitées qui lui ramènent le toro dans les babouches. Une timide tentative à gauche se solde par un échec. Une lame habile et basse, certains malveillants évoquant feu Ordoñez, d'effet spectaculaire et immédiat ouvre la voie à la division d'opinion, qui se conclut par un non lieu chahuté. Vuelta du redoutable.
Il fut presque convainquant avec le cinquième, « Bravio » (numéro 29, cárdeno, 584 kilos, né en décembre 2004) qui passe bien à droite et à gauche, se montre mansote au cheval, sortant seul, y revenant, poussant anarchiquement et prenant somme toute une forte dose. Après des banderilles allant du meilleur au pire, notre bicho se porte allègrement, avec franchise et béatitude, on eût cru un Domecq, animé de telles bonnes intentions. La faena, jolie, sans plus, exclusivement droitière, conclue par une estocade douteusement latérale, est récompensée, sans que personne ne l'ai requis, de deux oreilles absolument incompréhensibles. Bis repetita placent : rebronca !

L'homme de la journée, gominé à souhait, magnifique et baroque comme une cathédrale catalane, ce fût le beau David Mora. « Tenito » (numéro 47, cárdeno oscuro, 561 kilos, né en février 2004) très typé miura, long comme un jour sans pain s'avère aussi faible que difficile (l'un allant sans doute de pair avec l'autre). Il chahute la cavalerie sur deux piques dont la seconde abondamment carioquée. Le genio s'affirme durant le tercio de banderilles. Deux séries à gauche aguantées et valeureuses, sont suivies d'une série à gauche vite abrégée, le toro avisé ne passe pas. Il ne passera plus. L'exercice est bref mais intense. David a tiré les dix passes que ce toro pouvait chichement consentir. Bonne estocade.
Il existe pourtant une justice immanente pour ce jeune homme qui transpire la classe torera. Elle prend la forme de « Maquilero » (numéro 81, cárdeno, 623 kilos, né en février 2005) superbissime sujet accueilli par une magnifique série de véroniques de cérémonies. Un grand brave qui prend trois piques, renversant la cavalerie au premier rendez-vous, encaissant un énorme puyazo au second, et y revenant, gourmand au troisième avec les mêmes heureuses résolutions. Deux splendides paires de banderilles de Felix Jesús Rodríguez (salut). Brindis très sympathique à son piquero, Antonio Prieto. Maquilero est de cette noblesse qu'on aime, avec une charge violente, âpre et pourtant franche, tout en gardant ce gros zeste de sentido miurano, qui le préserve de toute imbécillité. En un mot c'est l'anti-Desgarbado. Cinq séries templées, aguantées et serrées se succèdent. Trois à droite, deux à gauche. Mais gare à l'inattention, au relâchement ou à l'extraño, la corne revient vite au sortir d'une passe insuffisamment tirée, ou sur une rafale de vent qui dévie l'étoffe. Un régal de roi conclut par une estocade de bonne facture. Une oreille de poids (surtout au regard de l'intermède valverdien)

"El Cachetero"

P.S : Quant à la naissance du premier taureau de Miura, veuillez consulter l'article du site Campos y Ruedos.

Bayonne vu par El Cachetero (Corrida de Doña Ana Romero du Samedi 8 août)


Ne possédant malheureusement pas le don d'ubiquité, je ne pouvais pas être présent à Bayonne le week-end dernier en même temps que Parentis-en-Born. Vous avez eu un "aperçu" de ce qui s'est passé à Parentis avec la novillada-concours et les Raso de Portillo. Aujourd'hui, El Cachetero nous propose deux reseñas de Bayonne, avec les courses d'Ana Romero et de Miura.



LA ROMERIA

Bayonne. Samedi 8 Août. Temps couvert, degré hygrométrique élevé. Moitié d’arène.Toros de Doña Ana Romero (Alcalá de Los Gazules, Cadix) pour Julien Lescarret, Sergio Aguilar et Luis Bolívar. Président : Alain Paulini assisté de messieurs Hiribarren et Doyhenard.

Les absent avaient tort et il est fort dommage que les corridas les plus intéressantes des ferias du sud-ouest (mais c’est également vrai pour le reste de la planète taurine) soient ainsi délaissées au profit des cartels plus… médiatiques et bien souvent plus lassants.Bayonne avait fait l'effort et pris le risque des santacolomas « lights » d'Ana Romero. Un lot particulièrement bien présenté, dans le type de la maison, déclinant finesse des lignes, armures astifinas et robes cardeñas comme il convient à la quête du jeune ganadero Lucas Romero qui veut renouer avec les mythiques Buendías des années 60 que les figuras de l'époque se bousculaient pour se confronter avec leur piquant si... suave. Un lot très équilibré de 511 à 549 kg – qui comportait un taureau de presque six ans – et qui a posé d'énormes problèmes au débarquement, avec cornadas lors des manejos.

Le premier Algecireño (numéro 101, cárdeno, 518 kilos, né en décembre 2004) fin de type, astifino, prit deux piques légères en bravito, après une ouverture de Julien Lescarret par véroniques de bonne facture. A noter un quite de Sergio Aguilar de grande qualité. Aux banderilles, Morenito d'Arles posa deux paires valeureuses et salua. Le régional de l'étape – Julien Lescarret – entreprit de s'imposer face à un taureau encasté, plutôt faible et quelque peu tardo par deux séries droitières un tantinet éloignées, puis par quatre séries à gauche d'honnête facture certes, mais où il ne réussit jamais à prendre réellement l'ascendant, demeurant à mon sens en-dessous d'un taureau qui allait a mas. Epée tombée. Applaudissements à l'arrastre. Oreille un tantinet généreuse pour Lescarret.
Le quatrième Algarrobo (numéro 83, cárdeno oscuro, 511 kilos, né en décembre 2004) très faible, entre en piste distrait, gazapón et mansote. Deux picozatos confirment la mansedumbre et la faiblesse. Après deux séries de derechazos décousus, le passage à gauche est sanctionné par un avertissement sans frais. Le taureau se décompose ensuite interdisant toute lidia « moderne ». Dans son sein par quatre fois le fer a repassé. Salut au tiers du sympathique concurrent. Julien Lescarret sera le seul à sortir à pied.

Le second Cortito (numéro 31, cárdeno salpicado, 528 kilos, né en février 2005) prend ses deux piques benoîtement mais sans réelle classe, puis trois banderilles baclées. Panique dans la confrérie péonesque, après qu'un des syndiqués fusse désarmé et poursuivi jusqu'aux palissades. La caste du bicho suinte, épicée d'une once de sentido, mais amoindrie par des problèmes de carburation. Cortito colle un Sergio Aguilar qui après une entame brillante, des séries aérées et racées dont les premières citées de loin, témoignent de ses qualités d'aguante, de temple et de dominio. A la longue toutefois, ce noblito acidulé le colle de plus en plus. Quatre manoletinas engagées concluent gaiement une lidia de qualité et de finesse. Estocade engagée et contraire. Oreille tout à fait méritée. Applaudissements à l'arrastre.
Le cinquième Corbeta (numéro 18, cárdeno claro, 549 kilos, né en novembre 2003) est accueilli par une série de véroniques particulièrement allurées dans lesquelles il enfourne ses antérieurs. Cette mansedumbre est confirmée à la lance (grattouillages et sonnerie d'étriers). Banderilles baclées (Sergio devrait penser à renouveler son petit personnel). Manso, certes, mais con casta ! Y que casta ! Après ouverture par trincheras et doblones de luxe, deux séries droitières, qualité extra, fines et templées. La noblesse du toro servie par son gaz se révèle après deux séries à gauche plus laborieuses, la charge est plus rugueuse et violente. Et puis, c'est la révélation. Sergio découvre qu'en lui laissant la muleta sous le mufle en fin de passe, le toro embiste, répète, et répète encore indéfiniment à ras de terre : du lait et du miel pour un émule de Jose Tomás ! Deux séries superbes de classe (toro et torero) qui eussent fait rugir Las Ventas et se pâmer la Maestranza. Final en trincheras et doblones de catégorie. Un pinchazo sincère suivi d'une excellente épée. Oreille incontournable. Applaudissement à l'arrastre.

Le troisième Corchaíto (numéro 14, cárdeno claro, 527 kilos, né en décembre 2004) est joliment accueilli par Luis Bolívar et s'avère bravito et particulièrement noble. Après deux contacts symboliques avec le uhlan de service et banderilles quelconques, le colombien l'entreprend façon Rincón, de loin, ce qui convient parfaitement au cornu. C'est après que les choses se compliquent, non pas du fait de l'animal, mais de celui de Monsieur Luis, qui certes sait toréer, mander, citer, templer et tout et tout, mais qui le fait à une telle distance, dans un tel « décroisement » permanent, que l'émotion, autant que l'esthétique ne peut qu'en souffrir. En revanche, le garçon sait manier le fer, après avoir très consciencieusement cadré la bête : une estocade engagée, décomposée et ralentie ou l'on peut presque ouïr le chuintement de l'acier contre le cuir. Oreille. Applaudissements à l'arrastre.
Le dernier larron Alfarero (numéro 75, cárdeno oscuro, 534 kilos, né en décembre 2004) se fait piquer et surpiquer lourd. On devine Bolívar sans réelle envie initiale. Le hic, c'est que le toro, lui, a envie. Au début, il ne le sait pas encore, mais l'appétit venant en mangeant, et en dépit du menu proposé par l'homme avec les mêmes condiments qu'avec son premier adversaire, abus de pico, toreo télescopique mais superbement cadencé d'une muleta de soie, Alfarero devient Alfaroméo, et se découvre des chevaux sous le capot. Vient alors une succession inlassable de charges investies, museau dans le sable. Toro mexicain qu'ils disent les caciques ! Un geste déplaisant du maestro pour réclamer la musique. Bientôt ils demanderont les trophées !Après un final en porfía, l'exercice indispensable paraît-il, une autre excellente estocade, soigneusement mitonnée. A n'y rien comprendre... Comment peut-on s'engager autant et aussi sincèrement à l'épée, après avoir autant usé et abusé du pico ? Peut-être un style ? Dernière oreille. Derniers applaudissements à l'arrastre.

Tercios de piques plutôt soignés. Un après-midi vraiment intéressant. Public sérieux et attentif. Un cierge à allumer à Sainte-Colombe, patronne des petits gris.

"El Cachetero"

Baignade interdite... novillada-concours de Parentis-en-Born

La veille des Raso de Portillo, il y avait à Parentis une novillada-concours mettant en compétition des élevages issus de divers encastes.
Cette course s'avéra être une réussite tant sur la forme que sur le fond car l'on vît une remarquable présentation, avec des novillos dans le type. Il y eut en plus de cela une volonté de respecter l'intégrité du taureau et de sa lidia.
Les aficionados sont donc sortis satisfaits de cette novillada. Tout comme les organisateurs qui en ayant proposé quelque chose de différent, ont pu afficher le No Hay Billetes !

Devant ces novillos de respect, les trois jeunes novilleros ont dû rester sérieux et se montrer lidiadores le plus possible. Nous verrons qu'ils réussirent cette tâche diversement... Je vais donc évoquer un par un les bichos sortis en piste, mais dans le désordre ! En allant de celui qui m'a le plus plu à celui qui m'a le moins convaincu :

« Bibillo » (numéro 14, cárdeno bragado, né en janvier 2006) de Joaquín Moreno de Silva. Combattu en troisième position par Francisco Ramón Pajares.

Le vainqueur du jour ! Un novillo joli, bien fait, léger, sans excès qui entra vif dans le ruedo parentissois. Après un bon passage à la cape de Pajares, il fut mis trois fois en suerte face au picador Miguel Angel Herrero. Malheureusement, le Moreno de Silva n'eut pas une lidia adéquate, fut mal piqué en général, tout en poussant ou se défendant diversement. Second tiers médiocre. A la muleta, Bibillo fut un novillo noble et encasté, sans aucune sosería. Alluré, Francisco Pajares lui donna des passes sans pour autant dominer son sujet, restant en-dessous des possibilités du Moreno de Silva. Mise à mort en trois temps avec un bajonazo sin puntilla final... Tour de piste du novillero. Ovation à l'arrastre et prix logiquement remporté par cet exemplaire. On peut toutefois regretter de ne pas l'avoir totalement vu au premier tiers.

« Cometero » (numéro 55, cárdeno bragado, né en juin 2006) de Partido de Resina. Combattu en première position par Daniel Martín.

C'est ce novillo de Pablo Romero qui donna le plus de satisfaction à l'aficionado à la pique. Superbement présenté, le gris alla en effet promptement au cheval à quatre reprises et à chaque fois plus loin. Le picador Mario Herrero fit une chute impressionnante à la première rencontre, le Partido de Resina venant avec puissance à chaque assaut. Hélas, il ne poursuivit pas les banderilleros au deuxième tiers. Au troisième, il fut maniable mais brusque dans ses embestidas. Face à lui, Daniel Martín - le novillero qui m'a le plus convaincu - démontra vaillance et assurance, malgré quelques enganchones. Il tua d'une entière atravesada et d'un descabello. Applaudissements pour Daniel Martín. Ovation à l'arrastre.

« Carasucio » (numéro 37, jabonero, né en février 2006) de Prieto de la Cal. Combattu en deuxième position par Julián Simón.

Quel dommage ! Car ce novillo de Veragua fut totalement inédit ! Littéralement sabordé par Julián Simón et sa cuadrilla. Cela commença par quatre très mauvaises piques, les banderilleros suivant ensuite dans la lignée de l'apathie générale. Pourtant le Prieto avait encore du jus à la muleta, mais le manque de métier et d’ambition de Julián Simón nous privèrent de ce joli jabonero. Un énorme bajonazo pour finir… Silence au novillero. Applaudissements à l’arrastre.

« Bello » (numéro 29, negro mulato bragado meano, né en novembre 2005) de Salvador Guardiola Fantoni. Combattu en quatrième position par Daniel Martín.

Faute de carte verte, cet exemplaire de Guardiola Fantoni remplaçait le Barcial initialement prévu. Et ce Guardiola fut l’estampe du jour ! Agé de trois ans et neuf mois, c'était un toro physiquement. Il reçut certes cinq piques – ce qui est rare de nos jours en corrida ou novillada – mais sans s’employer et en sortant seul. Il garda de la mobilité au dernier tiers malgré un léger manque de race. Face à lui, Daniel Martín s’entêta à toréer par le haut au lieu de dominer par le bas. Vaillant mais averti à de nombreuses reprises, Martín nous proposa un labeur accroché et assez brouillon face à un Guardiola qui permettait beaucoup de choses sur le côté droit. Suite à tous ces avertissements, il y eut la sanction ! Une grosse voltereta au moment de placer le taureau pour l'estocade. Daniel Martín s’en tira avec un léger puntazo au mollet gauche et quelques points de suture à l'arcade. Il resta toutefois en piste et tua péniblement. Silence après deux avis. Novillo-Toro applaudi à l'arrastre.

« Avortón » (numéro 6, colorado listón, né en janvier 2006) de Alonso Moreno de la Cova. Combattu en cinquième position par Julián Simón.

J’ai envie de dire que ce superbe novillo colorado se tua malheureusement d’entrée avec une vuelta de campana ! Diminué, il reçut ensuite quatre piques en se défendant peu et en sortant seul. Déjà peu en vue lors de son premier combat et subissant des enganchones dès le début de sa faena, Julián Simón préféra abréger face à ce novillo tardo et diminué. Deux pinchazos puis une entière trasera et tendida. Silence pour Julián Simón ainsi qu'à l'arrastre du Moreno de la Cova.

« Decorado » (numéro 83, negro, né en février 2006) de Coquilla de Sánchez-Arjona. Combattu en sixième position par Francisco Ramón Pajares.

Un vrai Coquilla ! Fin, léger et peu armé. Il sembla affublé d'une boiterie et d'un évident manque de forces. Pourtant, il poussa bien lors de la première rencontre avec le picador Jesús del Bosque. Les deux autres piques furent en revanche décevantes. Seulement deux paires de banderilles. Francisco Pajares qui avait effectué un tour de piste à l'issue de son premier combat montra à nouveau de l’allure, tout en étant terriblement fuera de cacho et profilé face à ce Coquilla fade et noble. Le tout alla a menos. Mise à mort en cinq temps. Silence après avis, et silence à la dépouille de ce novillo docile.

On assista en résumé à un véritable concours, avec un total de 23 piques. Ce qui est peu fréquent ! Le prix au meilleur novillo fut selon moi logiquement attribué au Moreno de Silva. En revanche, les prix à la mise en suerte et à la meilleure pique furent plus contestables. Décernés à Pajares et à Miguel Angel Herrero qui officièrent au troisième, ils auraient dû à mon avis être attribués à Daniel Martín et Mario Herrero pour leur travail face au Partido de Resina. Car ce fut bien le meilleur tercio de piques de l'après-midi. L'image peut par ailleurs témoigner de son intensité...

Florent

(Photo de Yannick Olivier : l'exemplaire de Partido de Resina lors de la première rencontre avec le picador)

samedi 8 août 2009

Bic-Fezensac au stylo Vic

N'étant pas spécialiste des comices agricoles, je ne m'étendrai pas vraiment sur la course vue hier à Vic-Fezensac. Les toros gersois de l'Astarac (propriété de Jean-Louis Darré) étaient très lourds, au trapío mal fait, et en conséquence : tardos, arrêtés et décastés. Sauf le cinquième plus joli de type qui poussa en brave lors de trois rencontres avec le picador El Pimpi. Le seul moment de tauromachie de la soirée !

Pour le reste, on vît un Sánchez Vara tel qu'on le connaît, c'est-à-dire "faux-vaillant". Avec banderilles à cornes passées et toute la panoplie. Il quitta les arènes sous les sifflets après un gros échec à la mort au quatrième. Julien Miletto donna trois bons muletazos face au second qui s'arrêta aussi vite. Puis le nîmois recula d'entrée face au cinquième et n'arriva jamais à se hisser à la hauteur de ce toro, brave à la pique, puis compliqué mais pas impossible à la muleta. Enfin, Fernando Cruz toucha en premier lieu un boeuf charolais et comme ses compagnons de cartel, ne put montrer grand chose.

Après ça, une longue nuit est bien méritée !

Florent

vendredi 7 août 2009

Pélerinage à Lodosa

Il y en a certains pour qui l'aventure taurine c'est : se lever au petit matin d'un jour du mois de mai, boire un café, se rendre Gare de Lyon voie B, afin de sauter dans le TGV Méditérranée. Direction le sud, cette contrée bordée de cyprès : Nîmes, Némausus pour les intimes.
Confortablement installés, le temps passe assez vite pour eux, impatients de voir le tryptique à ne pas manquer : Juli, Castella, Perera.
Cependant, cela les lassera au fil du temps, et ils définiront petit à petit la corrida comme un spectacle où l'on a mal au cul car on est mal assis et où l'on s'ennuie fermement.

Notre escapade de ce mardi 4 août fut quant à elle totalement différente. Et pour tout dire, incomparable ! Nous étions déjà venus à Lodosa l'an dernier, au fin fond de la Navarre. Et bien que la novillada proposée il y a un an manqua cruellement de forces et de caste, nous eûmes tout de même envie de retourner ici, car l'ambiance était très sympathique et l'endroit nous avait plu.
Aussi, la route est très jolie pour accéder à Lodosa, un village spécialisé dans le Piquillo (piment) et situé au coeur d'un paysage vallonné et aride.

Ce coup-ci la course fut d'un tout autre genre, bien plus intéressante que l'an passé. Tant grâce à ce qui se passa en piste qu'humainement parlant. Car côté humain, ce fut peut-être la meilleure course de la saison. Avec des gens très chaleureux qui vous nourrissent et vous "rincent" du début jusqu'à la fin de la novillada, de manière à sortir la panse pleine des arènes ! Mais nous n'étions pas les seuls français présents ce jour-là. Derrière nous, il y avait trois aficionados avertis venus de Mont-de-Marsan et qui n'avaient pas atterri là par hasard.

Dans ces coquettes arènes et au milieu de cette superbe ambiance, nous vîmes une intéressante novillada, bien que très inégale. Elle était issue du fer de El Risco, un élevage de sang Domecq provenant de la région de Salamanque. Il y avait là des trapíos très divers, allant du becerro au novillo, mais possédant tous sans exception de remarquables armures astifinas. Quant au comportement, il y eut un peu de tout. Deux premiers manquant de forces et deux derniers manquant de race sans toutefois être inintéressants. Puis un brave ! Le troisième. Et un manso, le quatrième.

Entre plusieurs Gin Kas, on vit un novillero de Castellón, répondant au nom de Diego Lleonart. Ce dernier tira les passes face à un faible premier puis fut totalement à la déroute face à son second adversaire. Manso, ce bicho mit à la rue picadors, banderilleros et novillero. Au calvaire de Lleonart s'ajoutèrent deux échecs épée en main. Comme quoi la tauromachie, ce n'est pas seulement donner des passes à des taureaux dociles se laissant faire. Car c'est aussi résoudre les difficultés de ses adversaires en se montrant lidiador, au plus grand étonnement de Diego Lleonart.
Le mexicain Angelino de Arriaga, seul novillero du jour vu en France, démontra qu'il avait beaucoup de métier et d'expérience. Malheureusement, il fit également étalage de la face pueblerina qui compose son toreo. Il reçut une oreille à l'issue de son premier combat, après une grande estocade qui valait à elle seule le trophée octroyé.
Et puis il y a toujours du charme dans ces novilladas de village ! Aujourd'hui la curiosité, c'était le novillero navarrais Javier Antón, qui possède par ailleurs des capes avec les deux revers roses. Très vert, manquant cruellement d'expérience et de technique, c'est pourtant lui qui attira mon attention. Car malgré ces impressionnantes carences, le jeune Antón alla tout de même affronter ces deux adversaires, croisé, de face, en allant jusqu'au bout de ses moyens. Le combat était pour lui perdu d'avance face au brave troisième qui poussa longuement en deux fortes piques. Malgré cette défaite annoncée, le navarrais ne baissa pas les bras. Et je préfère voir ça plutôt que des Román Pérez toréant froidement avec certes de la technique mais sans aucune âme. Javier Antón fut pour sa part mille fois plus intéressant. Sans les armes suffisantes pour toréer en novillada piquée, le jeune a joué sa vie à chaque passe, compensant le manque de métier par le coeur, los cojones et l'afición ! C'était émouvant à voir ! Et il fallait en avoir pour se risquer face à ces cornes astifinas qui pouvaient à tout moment l'envoyer dans une ambulance sur la pénible mais belle route vallonnée menant à Estella. Javier Antón obtint une et une oreille que l'on ne saurait contester, ainsi que le prix au triomphateur. Il porta lui aussi une grande estocade au dernier de l'après-midi. Ce novillero ne fera probablement pas carrière, mais en piste, il a du coeur, du courage et de l'afición, et c'est peut-être ça le plus important !

Nous reviendrons sûrement à Lodosa, là où les jeunes brunes au teint bronzé sont magnifiques, là où les jeunes du village s'envoient de l'eau sur la gueule au soleil pendant la lidia des novillos... Là où la convivialité est reine et où il y a quoi qu'on en dise, de l'afición.

Florent

dimanche 2 août 2009

Le chemin d'Orthez

Dimanche 26 juillet : 8 heures 30. Le réveil sonne, la nuit fut courte. Céret, Mont-de-Marsan, Santander et Cabanillas ont contribué à un mois riche en toros. Aujourd’hui c’est au tour d’Orthez, où il est annoncé une novillada de Angel Nieves et une corrida de Adolfo Rodríguez Montesinos.

Sur la route menant aux arènes du Pesqué, à moitié éveillé, je mesure la difficulté qu’il y a à organiser une course de taureaux, quelconque soit-elle. Cependant, il existe plusieurs échelles de difficultés à l’intérieur de la première. Car il y a de multiples façons d’aborder la chose quand on organise une corrida sans être soi-même une « entreprise ».
La première consiste selon moi à botter quelque peu en touche. En s’entourant de professionnels et en se faisant recommander un élevage déjà vu et plus ou moins en vogue. La deuxième hypothèse, c’est partir à l’aventure !
Si la première situation se solde par un échec, on se dira sans remords que l’on a écopé des fonds de tiroirs d’un élevage à « camada » et que l’an prochain, on recommencera avec un autre. Dans le deuxième cas en revanche si on se casse la gueule, les répercussions sont autres et paradoxalement beaucoup plus injustes. On subit alors les reproches de l’originalité et de l’innovation.

Pour les orthéziens dimanche dernier, il s’agissait de la deuxième hypothèse. Bien que je ne considère pas la journée taurine présentée comme un échec. Les résultats finaux de cette dernière n’étaient certes pas à la hauteur de ce que l’on pouvait espérer, mais il serait dommage de n’en retenir que les côtés négatifs. Le fiasco étant réservé selon moi, uniquement à ceux qui ne tentent rien.
Car ils en ont eu du courage ces organisateurs avec leur modeste budget de présenter dans une même journée deux élevages inédits et quasiment inconnus. Pour monter ce rendez-vous placé sous le signe de l’encaste Santa Coloma, il leur a fallu en plus du courage, des ganas et de l’afición, beaucoup d’afición ! Et quoi qu'il en soit, on ne peut se borner à cette première journée. Et espérons qu'il y en ait d'autres.

L’aventure qui avait débuté l’an dernier a réellement pris son envol à onze heures ce dimanche. Avec le paseo de la novillada de Nieves. Presque deux heures plus tard, les impressions étaient mitigées. Car on vit un lot réservé et arrêté duquel ressortit cependant un noble deuxième novillo face auquel José María Arenas ne sut faire front.
L’autre novillero, Juan Carlos Rey, a pour sa part davantage convaincu, démontrant avec sa vaillance un sens plus développé de la lidia que son compagnon de cartel. Mais si je devais garder un moment fort de cette matinée, ce serait pour moi l’annonce au micro par le président de la commission taurine du désir de respecter la lidia. Pour synthétiser en quelques mots, ce serait : « Nous présentons quelque chose de nouveau, mais nous n'oublions pas pour autant le sérieux et l'éthique nécessaires au déroulement de la course ». Et on a en effet assisté à une novillada très sérieuse de par sa tenue, malgré le manque de caste des San Martín.

L’après-midi, il y avait ce fameux lot de Montesinos ! Une corrida qui est sortie au moins soixante fois des chiqueros sur le web depuis cet hiver ! On en aurait presque oublié que cet élevage se présentait en France.
Le premier taureau de la tarde me fit lointainement penser de par son physique à un Vaz Monteiro de la cuvée cérétane 2002. Et il symbolisait à lui tout seul les déboires et les difficultés connus par la commission dans l’organisation de sa journée depuis cet hiver. Au final ce dimanche 26 juillet, il y eut davantage de toros de la liste complémentaire que de titulaires. Les orthéziens avaient rêvé de ce très joli Coquilla, de Guapetón le numéro 103, ou encore de Navajero le numéro 87. Ils durent au final se contenter d’autres toros, dont ce faible semental sorti en premier mais qui possédait une soixantaine de passes dans le ventre. On aurait évidemment aimé voir ce bicho avec du trapío et des kilos en plus. Il eut en conséquence une lidia légère et s’avéra docile dans la muleta d’un Iván Vicente alluré qui s’octroya un tour de piste de son propre chef. Ce dernier fut en revanche sifflé une heure plus tard, après avoir sabordé dans tous les tiers le seul taureau d’origine Felipe Bartolomé du lot : Miñoto. Un superbe tío en pointes et au pelage noir luisant soutaché de blanc (bragado), qui resta inédit même si on put l'entrevoir un instant à la pique. Inédit ! Mais étrangement classé « dans un ensemble décasté » par la plupart des critiques présents.
Si Iván Vicente n’est pas dans son meilleur moment, on peut malheureusement en dire autant pour Fernando Cruz, qui toucha deux toros demandant un combat sérieux et ne permettant pas d'erreurs. Hélas, lorsque celles-ci s’accumulent et que le diestro recule en doutant dès les premières passes, les affaires prennent une autre tournure et se compliquent sérieusement. Fernando Cruz en a fait la cruelle expérience ce dimanche à Orthez.

Si la commission s'est aventurée à présenter deux élevages, elle a également pris des risques en choisissant un matador inconnu de ce côté des Pyrénées : Raúl Velasco. Bien leur en a pris, car ce fut la note la plus positive du jour. Face au meilleur du lot, le troisième, le madrilène démontra qu'il n'avait pas repris les trastos pour rien il y a deux ans et qu'il avait eu raison d'être patient. Pour un torero dont c’était la troisième corrida de la saison (la deuxième la veille à Cabanillas), la prestation donnée fut plus qu’honorable ! Raúl Velasco signant de jolis détails et ne perdant jamais la face devant ce troisième, âgé de cinq ans. Il domina son sujet avec calme et envie et reçut l'unique oreille du jour, méritée.
Velasco eut en revanche moins d’options face au sixième qui se défendit sous le fer. Il n’eut d’autres recours que de s’exposer et d’attendre les maigres assauts du Montesinos. Mais pouvait-il mieux faire ? Je ne le pense pas. Et cette première en France aurait très bien pu être la dernière pour lui. Mais il fut à la hauteur du rendez-vous et au vu de cette corrida, il mérite d'être répété en France bien plus que ses deux compagnons de cartel. Espérons que les organisateurs français n'en décideront pas autrement.

Si l’on devait résumer globalement cette course, on dira que le lot était inégal de par son jeu, mais qu’il lui manquait tout de même la caste et le piquant espérés. Mais c’est ainsi ! Et ce sont les risques connus et encourus lorsque l’on choisit la voie de l’originalité.
De cette journée, je retiendrai la forme que je trouve plaisante, avec une novillada piquée matinale et une corrida l’après-midi, avec à chaque fois un prix à la meilleure pique.
Sur le fond, on resta un peu sur notre faim, il est impossible de le nier ! Mais je suis tout de même content d’avoir découvert ces deux élevages que je ne connaissais guère. Car il est très intéressant de voir des ganaderías inconnues, cela forge l’afición. On apprend autant que le ganadero qui doit mesurer son évolution, autant que le matador qui doit s’adapter à ce taureau méconnu.

Amis orthéziens : ceci n’était pas un échec. Mais simplement le début de votre aventure.

Florent

samedi 1 août 2009

D'Angleterre jusqu'en enfer




L’Angleterre ou Santander ? Car on ne peut le nier, il existe de nombreuses similitudes en matière de paysage entre cette España verde et la Grande-Bretagne.
Aussi, il est bon de respirer l’air frais avant d’arriver à Santander, tout en longeant cette magnifique côte Atlantique. On aurait pu se croire en Angleterre. Tenez ! Arrêtez-vous une seconde et prononcez Santander à l’anglaise. Du style : « Santandeuw » ! Ca pourrait le faire. Mais il n’en est rien, l’Espagne à quelque chose en plus. Il est bon aussi de sentir l’ambiance de la rue avant la course et d’admirer ce superbe Coso de Cuatro Caminos. L’Espagne m’envahit. Malheureusement quelques minutes plus tard, c’est l’Angleterre qui ressurgit. Tout cela à cause de ces peñas qui me font davantage penser à un stadium qu’à une plaza de toros. Tant pis, je suis tout de même charmé par ce lieu, à mi chemin entre la Principauté des Asturies et le Pays Basque. Où il nous fut proposée une corrida de Cebada Gago. Un élevage qui, avant le toro de la concours vicoise et l’épizootie de la langue bleue, m’avait donné un très bon souvenir. A Floirac ! Là-aussi aux frontières des terres taurines. Tiens donc, ça sonne faux tout ça !

Le coup d’envoi est donné à dix-huit heures trente. Une fois les temps réglementaires et additionnels terminés soit cent-vingt minutes plus tard, j’ai l’impression qu’en matière de caste, les Cebada ont donné leur langue aux chats. Joliment présentés, on ne les vit que très peu s’employer face aux bulldozers de Fontecha qui faisaient office de chevaux de picadors. Ensuite, on eut trois type de toros. Avec pour commencer un classique ces derniers temps : le décasté ! Ce fut le cas du premier et du troisième. On eut aussi deux bichos dangereux et compliqués : cinquième et sixième. Puis deux maniables sans qu’il n’y ait de quoi sauter au plafond : le second et le quatrième. Un encierro aussi varié que les hommes qui l’affrontèrent. Avec pour commencer Juan José Palidia, alias le « cyclown de Jerez ». Un type qui a troqué la vaillance pour le beauf. Il se comporta en ce jour tel un hooligan de la tauromachie. Mais étrangement, cela a plu à l’assistance et notamment aux peñas, possédant autant d’afición qu’un bœuf musqué des terres froides. Je ne me doutais point qu’ici dans ces arènes exquises, on pouvait avoir un goût paradoxal pour la vulgarité, pour les séries intégrales de molinetes, et pour les desplantes qui vous donnent envie de gerber ! Mais ce n’est pas grave. Et la plèbe entonna « Padilla ! Padilla ! Padilla ! illa ! illa ! ». Pour ma part, ce fut plutôt ma pesadilla. Autrement dit : mon cauchemar. Vous me direz peut-être que je suis sévère. Mais je viens d’être autant si ce n’est plus respectueux envers Padilla en quelques lignes qu’il ne l’a été lui avec ses toros ce vendredi.
Et ce même public tout acquis à la cause de la tauromachie de supermarché alla même jusqu’à siffler le pourtant valeureux Luis Bolívar, ce dernier se démenant et donnant les moments les plus sincères face à un lot peu évident.
Entre temps, il y avait Javier Valverde. Un homme qui tire des passes comme s’il était à Douvres et ses adversaires au port de Dunkerque. Se croiser et toréer pour de vrai, ce n’est pourtant pas la mer à boire. Lui doit voir cela autrement, son nombre de contrats ne baissant pas pour autant. Que faire ? Santander, souvenir amer. Et ce malgré cette magnifique place de taureaux. Je reviendrai.

Le lendemain, soit le samedi 25 juillet 2009, nous sommes bien loin de Santander. Et il n’y a point de supporters pour saluer une prestation mortifère de J.J.P, faute de J.P.P.
Non, nous sommes au plus profond de la Castille, à Cabanillas del Campo ! Près de Guadalajara. Le thermomètre affiche quarante degrés. Sur le terrain vague où sont installées les arènes portatives, il me semble qu’une bouteille d’eau où un petit tinto de verano valent cent fois plus qu’une place en barrera pour une corrida commerciale nîmoise.
Les taureaux de ce samedi étaient eux aussi issus de la branche commerciale : des Alcurrucén ! Avec des bêtes allant de quatre à six ans, du cornicorto suspect au véritable tío très armé. Ils étaient à une exception près très charpentés pour une arène de cette catégorie. Cette place en fer avait par ailleurs moins de charme que le Coso de Cuatro Caminos. Cependant, on y retrouva une afición qui fait toujours plaisir à voir. Une afición qui sait être sérieuse, protestant vivement les cariocas, ne demandant pas d’oreilles superflues, conspuant un Miguel Abellán parti pour dédier le taureau qu’il venait de faire assassiner à la pique. Oui, il y avait dans cette campagne aride, des restes d’afición ! Il y avait aussi des restes de gloires novilleras. Avec Miguel Abellán qui, l’espace de quelques instants, fit ressurgir des gestes qu’on lui croyait perdus. Mais dans l’ensemble, il resta discret et prudent.
En parlant de gloire novillera, il est vrai que l’on espérait beaucoup du mexicain Joselito Adame lorsqu’il était à ce niveau. Aujourd’hui, on le retrouve avec peine chaque fois moins attrayant et toujours plus soporifique. Quel dommage ! Et puis il y avait Raúl Velasco, qui allait jouer gros le lendemain à Orthez. A Cabanillas, c’est lui qui donna les meilleurs moments de l’après-midi, face à un sixième toro âgé de six ans, exigeant. Mais il sut faire front, et perdit malheureusement les trophées acquis à cause d’un échec à l’épée.

Hier Santander. Ce soir, disons adieu à Cabanillas et à la Castille. Nous rentrons en France. Hendaye : il est cinq heures du matin. Orthez : nous serons là pour onze heures.

Florent