mardi 27 octobre 2009

Prix symboliques à la temporada 2009

En matière de corridas et de novilladas avec picadors, la temporada française a atteint son terme depuis plus d'un mois. Il est donc l'heure de dresser un bilan concernant cette saison écoulée. C'est ainsi que j'ai décidé de demander à une quinzaine de personnes leur avis concernant ce qui s'est passé dans nos ruedos. Seize personnes au total (provenant de : Aire-sur-l’Adour, Bayonne (2), Beaucaire, Béziers, Bordeaux, Carcassonne, Dax, La Rochelle, Mont-de-Marsan, Montpellier, Nîmes, Perpignan (2), Tarbes et Vic-Fezensac) ont "voté" afin de décerner des prix symboliques et évidemment subjectifs qui semblent toutefois être assez représentatifs. Toutes les "ovations" et tous les "pitos" cités sont mentionnés dans cette sorte de palmarès. En voici le contenu :

Meilleur matador de toros : Sergio Aguilar

Meilleur novillero : Juan del Alamo

Meilleur lot de toros (à égalité et dans trois registres différents) : Manuel Assunçao Coïmbra du 11 juillet à Céret, Fuente Ymbro du 19 juillet à Mont-de-Marsan, Ana Romero du 8 août à Bayonne

Meilleur lot de novillos : “Flor de Jara” du 30 mai à Vic-Fezensac (Mention aux Joaquín Moreno de Silva du 22 août à Carcassonne)

Meilleur toro : “Clavel Blanco” n°38 negro 610 kg (né en septembre 2004) de la ganadería María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, combattu par le matador Domingo López-Chaves lors de la corrida-concours d’Arles le 11 septembre

Meilleur novillo : “Diano” n°5 negro entrepelado bragado de la ganadería Joaquín Moreno de Silva, combattu par le novillero Moreno Muñoz le 22 août à Carcassonne

Meilleure faena : Sergio Aguilar face au cinquième Fuente Ymbro le 19 juillet à Mont-de-Marsan

Meilleur tercio de piques : Rafael López pour sa prestation face au toro de Prieto de la Cal lors de la corrida-concours d’Arles

Prix à la placita : Carcassonne


Ovations (dans le désordre) :

- A José Pedro Prados « El Fundi » pour ne jamais avoir baissé les bras dans des moments très difficiles.
- A Luis Francisco Esplá pour l’ensemble de sa carrière.
- A Camarito de Palha combattu lors de la corrida-concours de Vic-Fezensac.
- A Aguardentero de Prieto de la Cal combattu lors de la corrida-concours d’Arles.
- Au novillo Chinchoso de Flor de Jara combattu en quatrième position à Vic-Fezensac.
- Au lot de Dolores Aguirre d’Alès.
- Aux lots de novillos de Joselito à Garlin, Escolar Gil à Saint-Sever, Adolfo Martín à Dax et Baltasar Ibán à Mont-de-Marsan.
- A l’équipe médicale de Carcassonne.
- A la tenue de la corrida-concours d’Arles.
- A l’Association des Aficionados de Parentis pour l’organisation et la tenue de leur novillada-concours.
- Au picador « El Pimpi » pour l’ensemble de sa saison.
- A la famille Yonnet.
- A Alain Bonijol.
- A Saint-Perdon.
- A Orthez et aux arènes qui luttent dans l’optique d’une programmation originale et authentique.
- Aux matadors : Alberto Aguilar, David Mora, Diego Urdiales, Luis Bolívar, Morenito de Aranda, Paco Ureña, Rafaelillo, Raúl Velasco, Sébastien Castella.
- Aux novilleros : “Califa de Aragua”, Daniel Martín, Juan Carlos Rey, Mario Diéguez et Thomas Joubert “Tomasito”.


Pitos (dans le désordre) :

- A Juan Pedro Domecq pour l’ensemble de son œuvre.
- A Simon Casas et à la ville de Nîmes pour l’ensemble de leur œuvre.
- Aux organisateurs de Palavas-les-Flots.
- A Román Pérez pour l’ensemble de son œuvre.
- Au président de l’Observatoire pour ses trop fréquents changements de veste.
- A l’escalafón novilleril composé en trop grande partie de novilleros conformistes et sans personnalité.
- A Ismael González de la cuadrilla de Juan Bautista pour son manque de respect envers le taureau de combat.
- Aux taurinos qui insultent les présidents de courses tentant de faire front au populisme ambiant.
- A Béziers pour sa temporada.
- A Dax pour sa temporada et son originalité toujours plus frappante dans le choix des lots.
- A la famille Leal pour la pantalonnade offerte le jour des Miuras à Carcassonne.
- A Juan José Padilla pour une blessure douteuse qui ne l’empêcha pas de toréer en pleine possession de ses moyens trois jours plus tard.
- A la sous-afición qui se délecte de « parodies de tauromachie ».
- Aux Zalduendos de Nîmes et Mont-de-Marsan.
- A Francisco Javier Sánchez Vara.
- Aux présidences laxistes.
- Au manque de professionnalisme parfois à la limite de l’acceptable.
- A Carlos Guzmán pour sa pléthorique prestation parentissoise.
- A Miguel Angel Perera et à tous les apôtres du « destoreo ».
- A Julio Aparicio pour sa prestation dacquoise.
- A la cabale menée contre Orthez.

vendredi 23 octobre 2009

Etranges similitudes

En regardant le dernier volet de l’émission « Signes du Toro » (consacré à la Feria des Vendanges nîmoise), chacun a pu apprécier une phrase qui fera date dans l'histoire de la tauromachie. Une phrase issue de la bouche de Joël Jacobi, grand penseur taurin des XXème et XXIème siècles et tenant de la théorie néo-moderne de la tauromachie. En pleine délectation devant la faena d'Enrique Ponce face une chose de Jean-Pierre Domecq, Monsieur Jacobi se lance dans une envolée lyrique et s'extasie : « Ce n’est presque plus de la corrida, c’est une démonstration de ce que serait la tauromachie dans un monde sous contrôle, sans violence, ni imprévu : un délice ! »
Le philosophe évoque dans cette phrase le grand problème de la tauromachie à l'heure actuelle. Mais de manière paradoxale, il s'en réjouit ! Il ne doit par ailleurs pas être le seul à raisonner ainsi. Car ils sont même majoritaires ceux qui aujourd'hui pensent que l'on va aux arènes pour voir un torero donner une faena, couper des oreilles, et pourquoi pas sauver la vie de son adversaire lors d'une séance d'hystérie collective !
Si Monsieur Jacobi considère que le prévisible est un délice, que doit-il alors penser du domaine de l'imprévu ? Par peur de contredire notre maître à penser, je redoute d'affirmer que la quintessence de la tauromachie provient justement de l'imprévu ! Mais j'erre sûrement dans l'erreur, et Joël Jacobi me remettra dans le droit chemin. Je dois être un ignare moi qui cette année, ai vécu les meilleurs moments de ma temporada grâce à ce foutu "imprévu"...
Je n'en citerai qu'un seul, fier, magnifique, à la couleur noire abyssale et répondant au nom de Clavel Blanco, le plus grand ! Un imprévu sorti de nulle part un soir du mois de septembre en Arles. Un taureau qui a rappelé à tous les présents que la tauromachie c'était aussi et surtout : l'inconnue, l'appréhension, la trouille, le risque, la caste, le poder, la bravoure, et tout simplement : l'émotion ! Je n'irai pas jusqu'à dire que Clavel Blanco m'a fait oublier les deux courses au résultat prévisible qui suivirent, mais on n'en est pas loin. Simplement, après avoir vu un tel TORO, le reste est bien futile...
Il y avait donc deux autres courses ! Totalement différentes sur le papier mais comprenant au final de bien étranges similitudes. D'un côté Arles avec une corrida goyesque et un prélude d'une trentaine de minutes digne du Puy du Fou. De l'autre Dax, pour une clôture de temporada au sein d'un cadre fleuri et avec dans les tribunes toute l'intelligentsia taurine du Sud-Ouest réunie. Au total six matadors de toros, avec pour chacun un concept très différent de la tauromachie. Aparicio jouant dans le registre du fantomatique, El Fundi dans celui du guerrier meurtri. Matías Tejela est commercial, Alberto Aguilar lui est un jeune matador prometteur de par sa vaillance et sa fraîcheur. Manzanares est artiste face à des taureaux doux alors que David Mora essaye de l'être avec des adversaires imposant le respect.
Les points communs ne venaient donc pas des hommes ! D'Arles, on retiendra une démonstration de toreo de salon offerte par Manzanares face à un taureau docile. De Dax, on se souviendra de la vaillance et de l'envie d'Alberto Aguilar malgré une saison blanche dûe à une blessure. Les similitudes venaient donc du bétail ! D'un côté Jandilla, de l'autre Victorino Martín. Deux élevages qui se rejoignent aujourd'hui en fin de compte. Des taureaux collaborateurs en général, deux piques pour les Domecq, deux pour les Albaserrada, un taux de faiblesse quasi-identique ! Seule grande différence, la morphologie. Aussi, les sixièmes taureaux de chaque envoi nous ont montré que récemment encore, il n'y avait rien à voir entre Jandilla et Victorino. Un Jandilla on ne peut plus soso pour Manzanares, et une alimaña d'antan de Victorino pour David Mora. Une alimaña une seule, tel un arbre qui cache la forêt. Car le rapprochement est de plus en plus flagrant entre ces deux choses pourtant fondamentalement différentes. Imaginez la tauromachie dans un monde sous contrôle, sans imprévu : un calice ?
Florent
(Photo de A. P. : un Victorino Martín devuelto à Beaucaire)

vendredi 16 octobre 2009

L'oeil du mensonge

2009 : l'année des crises ! Tel est le constat que l'on peut dresser alors que l'automne est déjà présent et que les courses se font de plus en plus rares. Il y eut tout d'abord la crise annoncée, à savoir celle de l'économie. Cette dernière s'est répandue au secteur taurin, notamment de l'autre côté des Pyrénées. Mais, ce n'est pas la seule crise que le milieu a dû subir...

N'avez-vous pas en effet remarqué que l'escalafón novilleril était en pleine paupérisation ces derniers temps ? On en redéfinirait même le terme de "novillero". Aujourd'hui un novillero, c'est un jeune homme désirant devenir matador de toros en suivant une ligne conforme et le modèle de ses idoles. Le but étant à chaque novillada de tirer le plus de muletazos possibles. Fort heureusement, il existe des exceptions !

Quant à la masse de novilleros conformistes que l'on a du mal à distinguer, on se dit qu'à défaut d'avoir de la personnalité, ils ont au moins le don de rester humble. Malheureusement, ce n'est pas tout le temps le cas. Regardez cet exemple...

Le 12 juillet dernier, il y avait une novillada de Sánchez-Fabrés à Céret. Une course assez décevante avec des novilleros comme bien souvent sans grande personnalité. Je me rappelle vaguement du mexicain Mario Aguilar qui ne fit rien si ce n'est tirer des passes face à un second adversaire possédant une bonne corne gauche. Mais c'est fréquent après tout, jusque là pas de quoi crier au scandale !
C'est récemment que cette novillada qui ne passera pas à la postérité m'est revenue à l'esprit. Et pour tout vous dire, je suis littéralement tombé sur le cul lorsque j'ai lu l'auto-critique de Mario Aguilar sur cette matinée cérétane ! Savourez !

"Allá sí que fue lo contrario, la novillada, de Sánchez Fabre, salió dura y pesó en promedio 600 kilos, fue de lo más grande que he estoqueado en Europa y para malas salió complicada. Pude haber cortado una oreja; sin embargo, me costó trabajo matarlo, de lo contrario corto dos orejas".

Pas besoin de traduire, je pense que vous aurez compris. Sachez juste que le novillo le plus lourd de l'envoi ce matin-là pesait 570 kilos ! Sachez aussi qu'il n'y eut aucune faena de deux oreilles, encore moins de la part de Mario Aguilar.

Novilleros ou aveugles ?


Florent

vendredi 9 octobre 2009

Huis clos


L'autre jour, j'ai assisté à un truc sans queue ni tête dans une capitale de province de Castilla-y-León. A Soria plus précisément un dimanche du mois d'octobre, il était midi. A Soria, il y a une jolie plaza d'environ cinq mille places répertoriée en deuxième catégorie. Cependant, elle n'a absolument aucune valeur sur l'échiquier taurin.

L'autre jour à Soria, je me suis demandé qu'est-ce que je foutais-là. Car pour un évènement d'une telle ampleur, c'est vraiment la première question que j'étais en mesure de me poser. A l'affiche, six taureaux de Cantinuevo pour Juan Luis Pizarro, Mamerto López Díaz et Raúl Velasco.

L'autre jour à Soria, il y a avait donc ces fameux Cantinuevo, issus de râclures d'élevages descendant des "encastes" dominants. Ils s'appelaient Matón, Corremontes, Gafote, Barbaliso, Arrinconado, Organismo, et avaient tous pour point commun d'appartenir à la race de l'ersatz du taureau de combat. Une chance pour le ganadero de voir ses bovidés combattus en catimini. Tous ces déchets marqués du 6 faisaient vraiment peine à voir, mal faits, difformes, décastés.

L'autre jour à Soria, j'ai vu deux types qui n'avaient rien à faire là. Juan Luis Pizarro (céleste et or) et Mamerto López Díaz (violet et or) pour ne pas les citer. C'est sans mal que ces deux-là peuvent postuler à une reconversion. Mais les vainqueurs du jour, c'était pourtant eux. Leurs pathétiques prestations ayant la chance d'être couvertes par l'anonymat.


L'autre jour à Soria, j'ai vu un troisième type qui n'avait rien à faire là. C'est sans aucun problème que ce dernier a été au-dessus de ses opposants et de ses compagnons de cartel. Mais à cause d'un "effet inverse", c'était peut-être lui le perdant. Sa bonne prestation risque malheureusement de ne pas passer à la postérité. Le peu de monde présent retiendra tout de même que face à deux boeufs tout autant insipides que les quatre autres, Velasco a montré que l'on pouvait faire un minimum. Lui a réalisé un double arrimón. Avec ces deux espèces non identifiées, il est allé prouver sa témérité et ses capacités. Mais quel écho ce nouvel effort aura-t-il ?


Triste huis clos.


Florent

samedi 3 octobre 2009

Premier tiers au cimetière

Arnedo était belle à cinq heures moins le quart sous un doux soleil d'automne. Elle paraissait éternelle mais pourtant, ses heures étaient comptées. Bientôt, cette charmante demoiselle au teint bronzé perdra son âme, son cœur, son centre névralgique : sa Plaza de Toros !
Une plaza rendue célèbre par l’institution en matière de novilladas qu’est le Zapato de Oro. Malheureusement, certains ont décidé de l'injuste trépas de la petite arène. Tout cela pour la "remplacer" par un bloc de béton érigé en plein cœur d'un complexe sportif et qui une fois terminé portera le nom peu élégant de "Arnedo Arena". Le Zapato de Oro survivra, mais plus rien ne sera comme avant...

Il n'était pas cinq heures et Arnedo nous remplissait déjà la tête de contresens. Car à quoi bon troquer un tel joyau contre une vulgaire masse de ciment ? Vendredi, Arnedo enterrait sa plaza dans le cadre de l'ultime novillada du Zapato de Oro. Mais ce n’était pas le seul enterrement auquel nous allions assister en ce jour. En effet, les trois premiers novillos (à savoir premier titulaire, premier bis et second) de José Cruz Iribarren (du Daniel Ruíz…) souffraient d’une invalidité affligeante. Le tout premier semblait même être atteint de la maladie de Creutzfeldt-Jakob ! Quelle tristesse ! Avec l’au revoir à la plaza, on était également entrain de dire adieu à l’espèce du taureau brave. Mais avouons toutefois que l’on a de plus en plus l’habitude d’enterrer ce dernier.

Puis vînt le troisième, baptisé Alocado. Alocado ! Un fou, un taré, un barge qui allait faire oublier ses trois limaces de frères l’ayant précédé. Alocado n’avait pas Creutzfeldt-Jakob ! Lui, c’était une erreur génétique ! Diablement encasté, il sema d'entrée la panique dans le but de tout casser. Plusieurs mètres de planches volèrent alors que la cavalerie explosa littéralement quelques instants plus tard lors d’une première rencontre.
On avait en piste un taureau de respect, possédant poder, bravoure et caste ! Et comme tout bon camé du tercio de piques qui se respecte, je rêvais déjà des deuxième, troisième, quatrième et pourquoi pas cinquième rencontres avec la cavalerie ! On était parti pour voir un beau tercio de piques…
Alors que le personnel de piste relevait la monture secouée lors de la première rencontre, le président de la course sortit le mouchoir blanc, limitant à une pique ce premier tiers ! Le pire dans l’histoire, c’est que cela ne sembla choquer personne. Comme s’il s’agissait d’une norme tout à fait légitime. Après tout, le tercio de piques on s’en fout ! Point barre !

Pourtant, Alocado avait suffisamment de forces pour retourner au moins une ou deux fois au cheval. Par ailleurs, le théorème quasi-mathématique qui veut que « chaque taureau devra recevoir autant de piques que ses forces l’exigent » aurait dû être respecté. Mais il est depuis bien longtemps considéré comme obsolète. Ce qui compte : c’est la muleta ! On dût donc se contenter de cet unique batacazo monumental et de la caste vive du José Cruz au troisième tiers… Un novillo brave et encasté face auquel le jeune Esaú Fernández ne perdit pas les papiers (ce qui est pourtant assez rare à notre époque face à ce type d'adversaire). Fernández coupa deux oreilles et reçut le Zapato de Oro promis au triomphateur du cycle. Aussi, un tour de piste fut accordé à la dépouille d’Alocado... un novillo inédit en réalité.

Pour le reste, on eut dans l'ensemble un lot sérieusement présenté et donnant un jeu très inégal. Avec pour finir un petit sobrero encasté de Baltasar Ibán. Quant aux deux autres novilleros du jour, on saura à l'avenir qu'il faut compter sur la vaillance d'Ignacio González mais qu'il faut en revanche oublier Christian Escribano qui n'est qu'un de plus.

Arnedo elle, ne sera bientôt plus que poussière. Alors que le premier tiers lui, est malheureusement déjà sous terre...

Florent