jeudi 23 décembre 2010

A Jean-Jacques Baylac...

Jean-Jacques Baylac est décédé mercredi dernier des suites de ce que l'on appelle pudiquement une longue maladie. Jusqu'au bout, il est resté l'emblématique président du Club Taurin Vicois, en montrant son attachement pour le Toro et l'authenticité de la corrida. Passionné, tel est le terme approprié afin de définir ce gersois qui aura fait beaucoup de sacrifices pour la tauromachie de verdad, cette dernière le remerciant en l'aidant à combattre son mal physique. Cette année encore, on put apercevoir son sourire et son oeil affectif pour le Toro, notamment à Céret en juillet dernier, où une grande corrida d'Escolar Gil fut offerte à l'aficionado qu'il était. Avec en plus de cela le brindis d'Alberto Aguilar lui rendant hommage. Le jeune Alberto ne s'y est pas trompé en offrant la mort de "Cuidadoso" à Monsieur Baylac, car cela nous rappelle qu'à Vic, l'homme n'est pas pour autant ignoré même si le Toro occupe une place prépondérante. C'est bien à Vic-Fezensac que des matadors comme Alberto ou Sergio Aguilar ont vu leurs carrières relancées il y a de cela moins de trois ans, avec la reconnaissance unanime des aficionados présents.
Jean-Jacques Baylac vouait un culte pour le Toro, tout en respectant les hommes qui affrontent cette bête mythique. La mise en scène de ce "combat" pendant des années le rendait fier, mais il restait humble. Lui même affirmait cette année encore "à Vic, nous ne sommes pas le centre du monde". Pour ma part, je remercie à titre posthume Jean-Jacques Baylac, car c'est grâce à des personnes comme lui que je dois mon afición. Il faut pour cela rappeler que Vic-Fezensac est l'arène pionnière en France en matière de corridas de toros-toros. Jean-Jacques s'est inscrit dans la lignée de cette tradition vicoise dans le but de préserver cette corrida authentique et intégrale, celle qui se déroule en trois tiers, celle qui respecte le Toro. Un remerciement, car s'il n'y avait pas en France une arène comme Vic-Fezensac, l'afición a los toros ne serait probablement pas si belle, et elle n'aurait pas autant de force. Une force conférée par le respect qui est octroyé au Toro Roi dans ces lieux.
Jean-Jacques Baylac aimait le Toro, à la fois au campo et dans l'arène. Le souvenir de cet homme nous rappellera à l'avenir le côté taurin (au bon sens du terme), humain et chaleureux qui nous aura donné mille raisons de préférer Vic-Fezensac à Nîmes un week-end de Pentecôte. J'ai eu la chance d'échanger avec lui à plusieurs reprises cette année, qui fut sa dernière, et en début de saison, il m'avait confié "Si un jour la corrida vérité disparaît, alors la corrida mensonge n'en aura plus pour longtemps". Monsieur Baylac est parti à l'heure où la corrida que l'on aime vit encore, à l'heure où les Garapito, les Velonero, les Camarito, les Clavel Blanco sillonnent toujours les ruedos, ce genre de toros qui nous filent des frissons et donnent justement une force supplémentaire que l'afición n'aurait pas si le toro était resté au statut de collaborateur secondaire. La fin de la corrida vérité, Jean-Jacques Baylac ne la connaîtra pas, alors que ceux qui restent auront peut-être un jour le désarroi d'assister à cette fin. Pour l'heure, les toros sont encore là, les hommes valeureux pour les combattre également, nous n'avons donc dans l'immédiat pas de soucis à nous faire. La mort de Jean-Jacques Baylac nous affecte car il était l'un des piliers de la corrida vérité en France. Et le cru 2011 de la Feria de Vic-Fezensac aura une saveur particulière.

Reposez en paix Monsieur Baylac.

Florent

(Image de l'hebdomadaire Semana Grande : Jean-Jacques Baylac)

vendredi 17 décembre 2010

Vapeurs éthyles jaunâtres dans le champ de vision

"Puisque l'élevage de Dolores Aguirre s'est fortement adouci ces dernières années, cela peut être une très bonne chose en vue de sa présence à Dax en 2011".

Rien n'est inventé dans cette phrase, il s'agit simplement de propos émanant d'un groupement de clubs taurins du Sud-Est. Et au vu du titre, vous comprendrez certainement duquel il est question. Cette phrase, bien qu'elle soit assez courte, nous apprend un certain nombre d'informations. La première d'entre elles affirme que les toros de Dolores Aguirre ont clairement changé ces dernières années, ils ne sont plus des foudres de guerre et paraissent désormais édulcorés. Étonnantes déclarations ! En tous cas, je n'irai pas jusqu'à prendre un ton inquisiteur en mettant en cause l'excès de consommation de boisson anisée. Cependant, le problème est de savoir si l'on voit les mêmes courses que certaines personnes qui s'illustrent en remettant des prix en fin de saison. Inutile de disserter sur les toros de Dolores Aguirre, car l'on sait très bien qu'ils démontrent fréquemment en piste caste et poder. On rappellera pour cela les deux exemples les plus récents en France : Alès en 2009 et Orthez en 2010, et l'on peut même ajouter si l'on veut la course incomplète (cinq toros) combattue à Madrid au mois de mai dernier. Dolores Aguirre adouci ? Cela n'est pas une réalité que l'on peut affirmer.
La seconde information de cette déclaration tient quant à elle dans l'amalgame, et ressemble à une formule mathématique du style : "si les toros de Dolores Aguirre se sont adoucis, alors cela correspond merveilleusement à Dax qui a l'habitude de présenter des toros adoucis et sans sauvagerie". Cette démonstration implicite montre ainsi que le principe de la corrida commerciale est parfaitement cautionné par cette diaspora de clubs taurins, et elle est une bonne chose. Aussi, si l'on guette le palmarès 2010 de ces clubs taurins, on s'aperçoit que sont primés les lots de Robert Margé de Palavas et Daniel Ruíz d'Arles, alors que le corridón de José Escolar Gil de Céret est pour sa part ignoré. Comment défendre alors une tauromachie authentique lorsque l'on récompense à l'inverse sa piètre illustration commerciale ? Pour finir sur ce point, c'est le sourire en coin que l'on relève dans le même palmarès une récompense pour la décoration des arènes d'Arles au cours de la corrida goyesque du 11 septembre dernier. A croire que si l'an prochain, une arène de la région Languedoc-Roussillon ou PACA venait à installer des guirlandes électriques au-dessus de son toril, elle pourrait elle aussi postuler à un prix en fin de saison... Même si les toros auront été absents.

Florent

(Image : La boisson anisée incriminée)

mardi 30 novembre 2010

Toros en Kleiningrad

Fin novembre, le comité central de la commission taurine d'Orthez a annoncé les élevages retenus pour la journée taurine de juillet 2011. Il s'agit d'une novillada d'Aurelio Hernando (encaste Veragua) et d'une corrida de Dolores Aguirre, répétée après le grand succès de cette année. C'est tôt novembre pour annoncer les choix de la saison suivante, mais cela montre l'attachement et la passion des organisateurs envers le taureau qui est l'élément essentiel de la corrida. Il est ainsi probable que cette journée soit fort intéressante, surtout lorsque l'on connaît la caste habituelle des Aguirre. Et pour ce qui est de l'élevage d'Aurelio Hernando, on a pu voir cette saison la réussite de l'originalité avec la passionnante novillada de Javier Gallego (même encaste) à Céret.
Angel Nieves, Adolfo Rodríguez Montesinos, Saltillo... Ces trois élevages sortis des sentiers battus ont été présentés à Orthez par la nouvelle commission taurine, et même si les résultats furent divers, les organisateurs ont eu le mérite de les sortir de l'ombre. Car très souvent ailleurs, pour ne pas dire toujours, on préfère se casser la gueule avec un élevage commercial qui fait combattre entre dix et vingt corridas par an plutôt qu'avec un élevage méconnu et loin d'être marqué par la mode de la tauromachie unique et aseptisée.
Et pour cette raison, j'ai du mal à comprendre les personnes qui passent leur temps à fustiger le président de cette Commission, Xavier Klein. Heureusement qu'il y a des types comme lui actuellement au niveau des organisateurs, car il est un personnage qui dit ce qu'il pense, et qui montre que le taureau est l'élément central de la corrida. A Orthez, ils ont su démontrer cette année qu'ils étaient capables de faire sortir plus de toros intéressants en une journée avec un petit budget que Mont-de-Marsan en cinq avec des moyens incomparables.
Le mérite revient ainsi à ceux qui basent leur programmation sur des choses concrètes, c'est-à-dire les toros, plutôt que sur des spéculations. On pense à l'exemple de José Tomás qui devait être l'attraction de la Madeleine 2010. Et au final, il n'y eut ni José Tomás ni caste. Avant de monter des bodegas vendant des bières à trois euros, peut-être qu'il est préférable de penser au toro. Commencer par balayer devant sa porte peut également être une bonne chose. En tous cas, le déklein n'est pas près d'arriver.

Florent

mardi 23 novembre 2010

Le souvenir de Blanquet

Les temps changent, certains appellent cela une évolution, mais l'on peut quand même se poser certaines questions. Car cette année aura été marquée par la volonté des éleveurs français de s'ouvrir au marché et d'élever des taureaux pour les figuras. Il ne s'agit pas d'élever un taureau sauvage, puissant et combatif, mais plutôt un animal collaborateur, noble, et qui permettra des faenas propices au triomphe des figuras. Il convient donc d'évacuer l'idée d'élever un taureau de combat, mais plutôt une bestiole qui permettra le succès de l'homme, c'est-à-dire le point d'ancrage de la corrida commerciale. Ils ont vu Cuvillo réussir dans cette branche, avec des taureaux qui offrent des faenas artistiques tout en étant la plupart du temps terriblement... absents lors du premier tiers. Ils ont vu Cuvillo, ça leur plaît, et du coup, ils veulent tous faire comme Cuvillo. Malheureusement, ces derniers temps, les élevages français qui font encore saliver l'aficionado a los toros sont devenus de plus en plus rares.
Pourtant l'an dernier, nous avons eu Blanquet comme espoir. Blanquet, un taureau au pelage blanc tacheté de noir, appartenant à l'élevage d'Hubert Yonnet, et combattu un jour de corrida-concours historique à Arles. Il fut mal lidié, et il passa quelque peu inaperçu entre Clavel Blanco de María Luisa et Aguardentero de Prieto de la Cal, deux taureaux d'exception ! Malgré tout, Blanquet est resté dans la rétine, car il était un taureau magnifique de présence et d'armures, et parce qu'il était encasté, parce qu'il a pris quatre piques, même s'il n'était ni simple ni impossible. Exigeant, c'est une évidence. Au souvenir de Blanquet, taureau de combat par excellence, de chez Yonnet, et parce qu'il reste encore un peu de fierté au sein du campo français...

Florent

mardi 16 novembre 2010

Quarante ans

Quarante ans aujourd'hui. 16 novembe 1970. L'hebdomadaire Hara-Kiri écrivait en Une "Bal tragique à Colombey-les-Deux-Eglises : un mort ". Le sacrilège ! Le blasphème ! La censure, vite ! La censure ! Un tel titre, c'est porter atteinte à la mémoire de l'appel du 18 juin 1940, et au système de la cinquième République... De nos jours encore, ce sont les pages les plus glorieuses de l'histoire du personnage ciblé par cette Une qui sont restées. Le reste, il est convenable de ne pas l'évoquer. Et pourtant ! Que penser du sang sur les mains ? De l'affaire Ben Barka ? Des évènements de la rue de Charonne ? Du Service d'Action Civique ? Entre autres histoires que le gaullisme se garde d'évoquer aujourd'hui.
Cette Une, même si certains l'ont trouvée choquante à l'époque, est en quelque sorte un symbole de la liberté d'expression. De là, j'ai de fortes considérations envers les libres penseurs, que ce soit au niveau de la tauromachie, ou n'importe quel autre sujet. Cette Une fête ses quarante ans aujourd'hui, et pour ce qui est de la liberté d'expression, il est difficile de dire si les choses ont réellement avancé. Car il en reste un grand nombre pour lesquels les penseurs libres doivent être matraqués...

Florent

mardi 9 novembre 2010

Le tribut des modestes

C'était au mois de juin 2008. Le monde des toros avait les yeux rivés sur José Tomás qui sortait à deux reprises par la Grande Porte de Las Ventas, la sélection espagnole de football devenait championne d'Europe. L'atmosphère était donc à la fête, et personne ne s'attendait à un drame dans l'arène. Mais il en est souvent ainsi, car les accidents les plus graves surviennent là où on ne les attend pas, et les victimes sont souvent les plus modestes.
Par ailleurs, quiconque foule un ruedo connaît les risques qui en découlent. Ici, il ne s'agit pas de mettre deux ou trois cent euros sur la table comme au casino, il ne s'agit pas non plus de mettre en jeu sa crédibilité comme dans un débat politique. Non, dans l'arène, c'est leur vie que les hommes mettent au prix fort. Au mois de juin, dans la banlieue de Madrid, le nombre de courses est incalculable et il va de pair avec tous les saints-patrons que l'on fête à cette période. De l'autre côté de l'aéroport de Barajas, à Torrejón de Ardoz, il y avait une novillada le 23 juin 2008, du fer d'Antonio San Román. Le banderillero Adrián Gómez, récent membre de la cuadrilla du Fundi, venait compléter l'équipage d'un novillero modeste, Miguel Luque.
Je me souviens de ce soir là, et des terribles images de l'accident du banderillero qui étaient en ligne sur un site d'information taurine. On y voyait son effroyable accrochage face au cinquième novillo de l'après-midi, avec également l'inquiétude sur les visages, due au caractère gravissime de l'accident qui venait de se produire. Adrián Gómez venait d'être désarticulé de manière irrémédiable. Dans cette galerie d'images, il y avait également un cliché pris environ trente minutes plus tard, montrant le novillero Rubén Pinar, le sourire aux lèvres, quittant en triomphe les arènes de Torrejón de Ardoz. Pour ma part, j'avais trouvé ça déguelasse, mais là n'est pas le débat. Aussi, ce sont souvent des hommes modestes qui payent de leur vie le tribut des toreros dans l'arène. La semaine dernière, Adrián Gómez est mort, après deux ans d'une souffrance physique et morale inimaginables et difficiles à surmonter, il est donc légitime de lui rendre hommage.

Florent

(Photo de Juan Pelegrín : Adrián Gómez à Las Ventas)

mardi 26 octobre 2010

Estampes

C'est par ce terme, pas si banal que ça dans la vie de tous les jours, qu'on a l'habitude de désigner les toros qui en imposent le plus, de par leur trapío, leur taille, leurs amures. Une estampe, c'est un ensemble harmonieux, un taureau de combat dans toute sa splendeur, celui pour lequel on est là, sur les gradins.
Le 16 octobre dernier à Saragosse, "Nerviosillo", premier toro de Partido de Resina de l'après-midi, donna cette impression. Agé de six ans à un mois près, imposant, charpenté, cornalón, il était magnifique. Il y avait comme une grande illusion quand il galopa dans tous les sens à son entrée en piste. Puis à la pique, il fut discret, avant de démontrer de nouveau son poder lors du deuxième tiers. Raccompagnant aux tablas Juan José Padilla après chaque paire, et semant la panique. Ensuite, peu de choses, à l'image de ce que fut cette course. Agés de six ans, la majorité des Pablo Romero ont plié au moins une fois les "mains" après la première pique. Manque de forces, mais également de caste. Pourtant, il y eut des signes positifs lors de cette course, laissant présager la récupération de cet élevage presque enterré au début des années 2000, et dont tout le monde s'accordait à dire qu'il appartenait au passé. Paraît-il que cette année, à Madrid, les Pablo Romero ont été d'une très bonne tenue lors de la corrida du 25 avril. N'ayant pas vu cette corrida là, il semble difficile de donner un avis, même si tous les présents s'accordent à dire que cela a été un succès. Tant mieux, car en alliant à leurs magnifiques plumages un ramage encasté, fier et plein de poder, les Pablo Romero pourraient de nouveau faire des étincelles, et revenir au premier plan.

Florent

(Photo du site officiel de Las Ventas : "Impulsivo", cinqueño de Partido de Resina combattu en deuxième position le 25 avril dernier)

mercredi 13 octobre 2010

Prix symboliques à la temporada 2010

Sur les mêmes principes que l'an dernier, quatorze personnes ont donné leur avis sur la saison française écoulée. Comme vous le remarquerez, Céret occupe une place conséquente dans ce "palmarès". Et au vu de ce qui s'y est passé, tout cela est fort logique. Voici le contenu de ce "palmarès" 2010 :

Meilleur lot de toros : José Escolar Gil du 11 juillet à Céret (Mention à la corrida de Dolores Aguirre du 25 juillet à Orthez)

Meilleur lot de novillos : Joaquín Moreno de Silva du 8 août à Parentis-en-Born et El Tajo du 18 avril à Garlin

Meilleur matador de toros : Desierto (Mentions à Rafael Rubio "Rafaelillo", Sergio Aguilar et Alberto Aguilar)

Meilleur novillero : Desierto (Mention à Mario Alcalde)

Meilleur toro : "Cuidadoso", cinquième toro de José Escolar Gil combattu à Céret le 11 juillet

Meilleur novillo : "Oye Mucho", sixième novillo de Fidel San Román combattu à Céret le 11 juillet et "Oracundo", quatrième novillo de El Tajo combattu à Garlin le 18 avril

Meilleur tercio de piques : "Espiao", premier toro de Coïmbra combattu le 10 juillet à Céret, picador : Juan José Esquivel

OVATIONS :
- A Céret, son association, ses areneros...
- A Parentis
- Aux picadors Juan Luis Rivas hijo et Luis Antonio Vallejo "El Pimpi" malheureusement disparus cette année
- A la corrida d'Alcurrucén du 6 août à Bayonne
- A la tenue et au déroulement de la novillada de Javier Gallego (encaste Veragua) à Céret le 10 juillet, avec les novilleros Sergio Flores et Mario Alcalde
- A la tenue d'une novillada d'encaste Coquilla à Roquefort-des-Landes
- A Rafaelillo pour son combat face au cinquième Miura d'Arles le 4 avril
- A "Fosforito" de Pagès-Mailhan combattu lors de la corrida-concours du mois d'août à Vic-Fezensac
- A la corrida de Prieto de la Cal combattue à Saint-Martin-de-Crau le 25 avril
- Aux banderilleros Domingo Navarro et Manolo Linejo
- Aux présidences de Céret et d'Orthez

PITOS :
- Aux bénéficiaires, complices et défenseurs de la corrida commerciale (organisateurs, ganaderos, toreros, mais également "critiques" et photographes taurins)
- A Aignan pour son indigne lot de Rehuelga
- A Carcassonne pour son changement de cap

dimanche 10 octobre 2010

La supercherie des analyses

En me baladant ce matin sur la blogosphère taurine, j'ai découvert sur le blog de Velonero les résultats des analyses de saisies de cornes pour la saison 2009. En effet, les résultats ont été publiés par l'Union des Villes Taurines de France le 8 septembre 2010, soit presque un an après la fin de la temporada 2009 !
Aussi, on peut émettre diverses réserves quant à ces analyses, car elles ne représentent qu'une minorité des toros combattus sur le sol français, et l'on ne sait pas par qui ont été combattus les toros concernés, simplement identifiés par leurs numéros dans les analyses. Pendant deux heures et des poussières, votre serviteur a tenté de compléter ces analyses en ciblant les toros concernés par ces résultats. Et la première chose que l'on peut dire est qu'il est impossible de trouver un critère représentatif dans ces analyses.
En 2009, 68 corridas ont eu lieu en France. L'UVTF a fait des analyses sur 29 d'entre elles, et l'Association des Aficionados Cérétans (à sa seule initiative) sur deux d'entre elles. Ce qui nous fait moins de la moitié des corridas françaises analysées. En plus de cela, seuls deux toros ont subi une expertise à chaque corrida en question. Voilà pourquoi tout cela n'est pas représentatif.
Pour démontrer un seul exemple, on peut se fier à la corrida de Hoyo de la Gitana du 17 août 2009 à Dax où les deux toros examinés ont été déclarés intacts. Pourtant si les souvenirs sont bons, d'autres toros combattus ce jour-là avaient été fortement protestés (l'un étant même changé) pour leurs armures. La seule chose qui se dégage réellement de ces résultats pour la saison 2009, c'est bien évidemment en ce qui concerne l'élevage de Miura... Pour le reste, tout est plutôt vague.

SAISON 2009 EN FRANCE

Corrida de Pagès-Mailhan du Dimanche 29 mars à Vergèze (pas d'analyses, ville ne faisant pas partie de l'UVTF)

Corrida de Domingo Hernández du Vendredi 10 avril à Arles :
Quatrième toro. "Pepinero" n°91 negro 500 kg (né en janvier 2005) combattu par Sébastien Castella (une oreille) (Pas de perte de substance)
Cinquième toro. "Treinta y nueve" n°120 negro 530 kg (né en janvier 2005) combattu par Juan Bautista (silence) (Pas de perte de substance)

Corrida de Miura du Dimanche 12 avril à Arles :
Premier toro. "Gorrero" n°40 castaño bragado 680 kg (né en janvier 2004) combattu par Juan José Padilla (ovation) (Perte de substance sur deux cornes)
Deuxième toro. "Bienmirado" n°66 castaño bragado 620 kg (né en décembre 2003) combattu par Rafaelillo (ovation après deux avis) (Perte de substance sur deux cornes)

Corrida de Victorino Martín du Lundi 13 avril à Arles :
Premier toro. "Pellero" n°103 cárdeno bragado 520 kg (né en décembre 2003) combattu par Antonio Ferrera (ovation) (Pas de perte de substance)
Deuxième toro. "Muchamiel" n°150 negro entrepelado 510 kg (né en avril 2004) combattu par "El Cid" (silence) (Pas de perte de substance)

Corrida de Juan Pedro Domecq du Samedi 1er mai à Palavas (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de Santiago Domecq du Samedi 8 mai à Palavas (pas d'analyses, arènes classée en troisième catégorie par l'UVTF)

Corrida de Dolores Aguirre du Samedi 23 mai à Alès (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de Palha du Dimanche 24 mai à Alès (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)

Corrida de Miura du Mercredi 27 mai à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)
Corrida de Zalduendo du Jeudi 28 mai à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)
Corrida de Garcigrande du Vendredi 29 mai à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)
Corrida mixte de Parladé du Samedi 30 mai (matin) à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)
Corrida de Jandilla et Vegahermosa du Samedi 30 mai (après-midi) à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF – sont toutefois à noter les choses suivantes quant au premier toro de l'après-midi pour "El Juli" : "Espartero" n°21 negro chorreado 460 kg (né en juin 2005), la course ayant lieu au mois de mai 2009...)

Corrida de José Escolar Gil du Samedi 30 mai à Vic-Fezensac :
Premier toro. "Chulito" n°60 negro entrepelado bragado (né en février 2005) combattu par Rafaelillo (division d'opinions) (Pas de perte de substance)
Troisième toro. "Vinatero" n°28 cárdeno bragado (né en octobre 2004) combattu par David Mora (sifflets après deux avis) (Pas de perte de substance)

Corrida-concours du Dimanche 31 mai (matin) à Vic-Fezensac (corrida-concours, donc pas d'analyses)
Corrida de Robert Margé du Dimanche 31 mai à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)

Corrida de Fidel San Román du Dimanche 31 mai à Vic-Fezensac :
Premier toro. "Forastero" n°36 negro (né en novembre 2003) combattu par Diego Urdiales (ovation après avis) (Pas de perte de substance)
Troisième toro. "Zapito" n°5 negro (né en octobre 2003) combattu par Mehdi Savalli (silence) (Perte de substance sur une corne)

Corrida de Domingo Hernández et Garcigrande du Lundi 1er juin à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)

Corrida de La Quinta du Lundi 1er juin à Vic-Fezensac :
Premier toro. "Golfino" n°40 cárdeno bragado (né en octobre 2004) combattu par Luis Francisco Esplá (applaudissements) (Pas de perte de substance)
Deuxième toro. "Soguerito" n°71 cárdeno claro bragado (né en octobre 2004) combattu par Rafaelillo (ovation après avis) (Pas de perte de substance)

Corrida d'Aimé Gallon du Dimanche 14 juin à Mauguio (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de Miura du Vendredi 19 juin à Istres (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de Torrehandilla du Samedi 20 juin à Istres (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de Adelaída Rodríguez du Samedi 20 juin à La Brède (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de Baltasar Ibán du Dimanche 21 juin à Aire-sur-l'Adour (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de José Escolar Gil du Dimanche 21 juin à Istres (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida du Scamandre du Samedi 4 juillet à Saint-Gilles (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de Domingo Hernández et Garcigrande du Dimanche 5 juillet à Eauze (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)

Corrida de Coïmbra du Samedi 11 juillet à Céret (arène classée en deuxième catégorie par l'UVTF, analyses à l'initiative de l'ADAC)
Premier toro. "Rendado" n°11 negro mulato meano listón 530 kg (né en février 2005) combattu par Frascuelo (applaudissements) (Perte de substance sur une corne)
Deuxième toro. "Desprotegido" n°14 negro 530 kg (né en février 2005) combattu par Fernando Cruz (silence après avis) (Perte de substance sur une corne)

Corrida de Celestino Cuadri du Dimanche 12 juillet à Céret (arène classée en deuxième catégorie par l'UVTF, analyses à l'initiative de l'ADAC)
Premier toro. "Podador" n°23 negro 590 kg (né en février 2005) combattu par Fernando Robleño (silence) (Pas de perte de substance)
Troisième toro. "Sombrillo" n°36 negro 620 kg (né en février 2005) combattu par David Mora (ovation après avis) (Perte de substance sur une corne)

Corrida d'Hubert Yonnet du Vendredi 17 juillet à Lunel (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)

Corrida de La Quinta du Vendredi 17 juillet à Mont-de-Marsan :
Quatrième toro. "Polluelo" n°6 cárdeno bragado (né en février 2005) combattu par El Fundi (silence) (Pas de perte de substance)
n°719 (Pas de perte de substance) (Aucun toro ne portait le numéro 719 lors de cette course)

Corrida de Victoriano del Río et Toros de Cortés du Samedi 18 juillet à Mont-de-Marsan :
Deuxième toro (fer de Cortés). "Jarretero" n°145 negro (né en septembre 2004) combattu par Sébastien Castella (une oreille) (Pas de perte de substance)
Troisième toro (fer de Victoriano del Río). "Barbazul" n°4 negro (né en octobre 2004) combattu par José María Manzanares (silence) (Perte de substance sur une corne)

Corrida de Los Bayones et Abilio Hernández du Dimanche 19 juillet à Châteaurenard (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)

Corrida de Fuente Ymbro du Dimanche 19 juillet à Mont-de-Marsan :
Deuxième toro. "Libertador" n°201 negro bragado (né en mars 2005) combattu par Sergio Aguilar (une oreille) (Perte de substance sur deux cornes)
Quatrième toro. "Hurón" n°88 negro listón (né en septembre 2004) combattu par Julien Lescarret (ovation) (Pas de perte de substance)

Corrida de Samuel Flores et Manuela Agustina López Flores du Lundi 20 juillet à Mont-de-Marsan :
Troisième toro (fer de Manuela Agustina López Flores). "Peina Grandes" n°13 negro (né en août 2003) combattu par Salvador Vega (ovation après avis) (Pas de perte de substance)
Quatrième toro (fer de Manuela Agustina López Flores). "Canario" n°2 negro (né en août 2003) combattu par Enrique Ponce (deux oreilles après avis) (Perte de substance sur deux cornes)

Corrida de Zalduendo du Mardi 21 juillet à Mont-de-Marsan :
Deuxième toro. "Osadía" n°1 negro (né en octobre 2004) combattu par Miguel Angel Perera (silence) (Pas de perte de substance)
Quatrième toro. "Jinete" n°160 negro (né en avril 2005) combattu par El Juli (silence) (Perte de substance sur une corne)

Corrida de Palha du Samedi 25 juillet à Beaucaire (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de Victorino Martín du Dimanche 26 juillet à Beaucaire (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de Adolfo Rodríguez Montesinos du Dimanche 26 juillet à Orthez (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)
Corrida de La Campana du Dimanche 26 juillet à Saint-Vincent-de-Tyrosse (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)

Corrida de El Pilar du Vendredi 7 août à Bayonne :
Deuxième toro. "Campanero" n°125 negro chorreado listón 537 kg (né en janvier 2005) combattu par José Tomás (ovation) (Pas de perte de substance)
Cinquième toro. "Sombrero" n°166 castaño 544 kg (né en octobre 2004) combattu par José Tomás (une oreille après deux avis) (Perte de substance sur deux cornes)

Corrida de l'Astarac (propriété de Jean-Louis Darré) du Vendredi 7 août à Vic-Fezensac :
Troisième toro. "Bonito" n°92 negro (né en avril 2005) combattu par Fernando Cruz (silence) (Perte de substance sur une corne)
Quatrième toro. "Gers" n°88 negro (né en avril 2005) combattu par Francisco Javier Sánchez Vara (bronca après avis) (Perte de substance sur deux cornes)

Corrida de Ana Romero du Samedi 8 août à Bayonne :
Deuxième toro. "Cortito" n°31 cárdeno salpicado 528 kg (né en janvier 2005) combattu par Sergio Aguilar (une oreille) (Pas de perte de substance)
Troisième toro. "Corchaíto" n°14 cárdeno claro 527 kg (né en décembre 2004) combattu par Luis Bolívar (une oreille) (Pas de perte de substance)

Corrida d'Aimé Gallon et d'Antonio Palla du Samedi 8 août aux Saintes-Maries-de-la-Mer (pas d'analyses, arène classée en troisième catégorie par l'UVTF)

Corrida de Miura du Dimanche 9 août à Bayonne :
Quatrième toro. "Dativo" n°36 cárdeno 605 kg (né en janvier 2005) combattu par El Fundi (applaudissements après deux avis) (Pas de perte de substance)
Cinquième toro. "Bravio" n°29 cárdeno 584 kg (né en décembre 2004) combattu par Javier Valverde (deux oreilles) (Perte de substance sur une corne)

Corrida de Santiago Domecq Bohórquez (quatre toros) et Ana María Bohórquez (deux toros) du Jeudi 13 août à Béziers (pas d'analyses, l'UVTF expliquant que les toros tirés au sort provenaient de deux fers différents, pourtant issus de la même maison. Des analyses malgré la présence de deux fers différents dans une affiche ont pourtant été récurrentes durant cette saison 2009. Dans son communiqué du 8 septembre 2010, l'UVTF désigne le nom de Salvador Domecq pour cette corrida du 13 août 2009 à Béziers, alors que l'élevage était celui de Santiago Domecq)

Corrida de Antonio Bañuelos du Jeudi 13 août à Dax :
Premier toro. "Lucero" n°66 negro 516 kg (né en mai 2005) combattu par Uceda Leal (silence) (Pas de perte de substance)
Deuxième toro. "Mecanico" n°23 negro 502 kg (né en mars 2005) combattu par Juan Bautista (silence) (Pas de perte de substance)

Corrida de Robert Margé du Vendredi 14 août à Béziers :
Quatrième toro. n°28 colorado 540 kg (né en mai 2005) combattu par Sébastien Castella (ovation après deux avis) (Pas de perte de substance)
Sixième toro. n°100 castaño bragado meano ojinegro 505 kg (né en avril 2005) combattu par Sébastien Castella (une oreille)(Pas de perte de substance)

Corrida de Daniel Ruíz du Vendredi 14 août à Dax :
Premier toro. "Artesano" n°14 castaño 504 kg (né en février 2005) combattu par Enrique Ponce (ovation) (Pas de perte de substance)
Deuxième toro. "Sudanés" n°37 chorreado en verdugo listón 520 kg (né en novembre 2004) combattu par El Juli (deux oreilles) (Pas de perte de substance)

Corrida de Antonio Bañuelos du Samedi 15 août à Bayonne :
Deuxième toro. "Señorito" n°88 negro listón 532 kg (né en mai 2005) combattu par José María Manzanares (applaudissements) (Pas de perte de substance)
Troisième toro. "Atornadillo" n°85 negro listón 496 kg (né en avril 2005) combattu par Miguel Tendero (une oreille) (Pas de perte de substance)

Corrida de Valdefresno du Samedi 15 août à Béziers :
Premier toro. "Marqués" n°135 tostado 560 kg (né en janvier 2005) combattu par César Jiménez (silence après avis) (Pas de perte de substance)
Sixième toro. "Buscador" n°144 negro 570 kg (né en février 2005) combattu par Mehdi Savalli (une oreille après avis) (Perte de substance sur une corne)

Corrida de Los Bayones et Abilio Hernández du Samedi 15 août à Dax :
Deuxième toro (fer de Los Bayones). "Marismeño" n°51 negro 518 kg (né en mai 2005) combattu par Sergio Aguilar (silence) (Perte de substance sur une corne)
Quatrième toro (fer de Abilio Hernández). "Cuba" n°116 negro 546 kg (né en mai 2005) combattu par Iván Vicente (silence après avis) (Pas de perte de substance)

Corrida de Miura du Dimanche 16 août à Béziers :
Troisième toro. "Gorrero" n°73 negro bragado meano corrido 603 kg (né en janvier 2005) combattu par Julien Lescarret (une oreille) (Perte de substance sur deux cornes)
Quatrième toro. "Despencero" n°14 colorado salpicado 586 kg (né en décembre 2004) combattu par Juan José Padilla (deux oreilles après avis) (Pas de perte de substance)

Corrida de El Pilar et Moisés Fraile du Dimanche 16 août à Dax :
Quatrième toro (fer de El Pilar). "Bellotino" n°116 negro bragado meano corrido listón 528 kg (né en décembre 2004) combattu par Julio Aparicio (bronca) (Perte de substance sur une corne)
Cinquième toro (fer de El Pilar). "Mirado" n°193 castaño oscuro 502 kg (né en février 2005) combattu par El Cid (vuelta) (Pas de perte de substance)

Corrida de Hoyo de la Gitana du Lundi 17 août à Dax :
Troisième toro. "Monaguillo" n°1 negro entrepelado 527 kg (né en juillet 2005) combattu par Julien Lescarret (silence) (Pas de perte de substance)
Quatrième toro. "Monaguillo" n°8 negro bragado meano axiblanco 531 kg (né en août 2004) combattu par Rafaelillo (ovation) (Pas de perte de substance)

Corrida du Samedi 5 septembre à Bayonne (pas d'analyses, El Juli affrontant seul des toros de Puerto de San Lorenzo, Ana Romero, Victoriano del Río et Toros de Cortés)

Corrida de Valdefresno et Fraile Mazas du Dimanche 6 septembre à Bayonne :
Premier toro (fer de Valdefresno). "Buscatriunfos" n°108 negro 520 kg (né en novembre 2004) combattu par Enrique Ponce (silence) (Pas de perte de substance)
Deuxième toro (fer de Valdefresno). "Liria" n°1 negro 535 kg (né en février 2005) combattu par Juan Bautista (une oreille) (Pas de perte de substance)

Corrida-concours du Vendredi 11 septembre à Arles (corrida-concours, donc pas d'analyses)

Corrida de Jandilla du Samedi 12 septembre à Arles :
Troisième toro. "Zumbón" n°88 negro 540 kg (né en novembre 2004) combattu par José María Manzanares (ovation) (Pas de perte de susbstance)
Quatrième toro. "Delto" n°93 negro bragado listón 520 kg (né en octobre 2004) combattu par Julio Aparicio (bronca) (Pas de perte de substance)

Corrida de Victoriano del Río et Toros de Cortés du Samedi 12 septembre à Dax :
Premier toro (fer de Victoriano del Río). "Jarretero" n°66 negro chorreado listón 542 kg (né en octobre 2004) combattu par Enrique Ponce (une oreille après avis) (Pas de perte de substance)
Troisième toro (fer de Victoriano del Río). "Canario" n°43 negro bragado meano corrido listón 538 kg (né en août 2005) combattu par Sébastien Castella (une oreille après avis) (Pas de perte de substance)

Corrida de Valdefresno et Fraile Mazas du Dimanche 13 septembre à Arles :
Deuxième toro (fer de Valdefresno). "Lironcito" n°71 negro meano 545 kg (né en novembre 2004) combattu par Juan Bautista (ovation) (Pas de perte de substance)
Cinquième toro (fer de Fraile Mazas). "Cigarro" n°34 negro 525 kg (né en mars 2005) combattu par Sébastien Castella (applaudissements) (Perte de substance sur une corne)

Corrida de Victorino Martín du Dimanche 13 septembre à Dax :
Troisième toro. "Espabilao" n°31 cárdeno oscuro 470 kg (né en février 2005) combattu par David Mora (silence) (Pas de perte de susbstance)
Quatrième toro. "Verderón" n°135 cárdeno oscuro 469 kg (né en décembre 2004) combattu par El Fundi (applaudissements) (Pas de perte de substance)

Corrida d'Hubert et de Françoise Yonnet du Jeudi 17 septembre à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)
Corrida de Garcigrande du Vendredi 18 septembre à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)
Corrida de Juan Pedro Domecq du Samedi 19 septembre (matin) à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)
Corrida de El Pilar et Moisés Fraile du Samedi 19 septembre (après-midi) à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)
Corrida de Victoriano del Río du Dimanche 20 septembre (matin) à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)
Corrida de Valdefresno et Fraile Mazas du Dimanche 20 septembre (après-midi) à Nîmes (pas d'analyses, arène ne faisant pas partie de l'UVTF)

Florent

mardi 5 octobre 2010

Entre autres bras d'honneur à l'afición

"Il faut éliminer les présidents de ce genre"
C'est par ces propos que le propriétaire de l'élevage de Garcigrande a condamné hier le président de la corrida d'Ubeda, non loin de Jaén. Ce dernier ayant refusé de gracier le troisième exemplaire de l'après-midi, après une pétition insistante du public... et du callejón bien évidemment. A ces invectives disproportionnées, on ne saurait que trop conseiller à cet éleveur industriel d'en faire de même (c'est-à-dire éliminer) avec son cheptel, en envoyant le tout à l'abattoir ou en mettant par exemple le feu à sa propriété.
Garcigrande, Daniel Ruíz et même La Quinta. Ces noms sont revenus sans cesse durant la saison française écoulée, illustrant parfaitement l'écrasante majorité des corridas commerciales et peu originales face aux rares corridas sérieuses. Des corridas dites "formelles", il y en eut soixante-quatorze cette année en France. Et parmi celles-ci, un très grand nombre étaient dénuées d'intérêt pour l'aficionado a los toros. En témoignent ces pluies d'oreilles, ces vueltas posthumes sans critères et ces sorties en triomphe ridicules de certains mayorales. La tauromachie est prisonnière d'un système économique, composé d'empresas, de toreros et de ganaderos. En parlant des toreros que l'on désigne par le terme "figuras", il faut noter dans leur attitude quelque chose de similaire aux esclaves affranchis de l'Antiquité. C'est-à-dire qu'une fois qu'il n'ont plus à affronter le taureau de respect, ils ne font rien pour croiser de nouveau sa route. Pire encore, ce n'est pas qu'ils n'ont plus à affronter cet adversaire car ils ont gravi les échelons. Simplement, ils n'ont jamais été obligés de le faire grâce à la protection dont ils ont été les objets. C'est le cas pour les frères Ordóñez, le fils Manzanares et même El Juli dont les "gestes" restent relativement rares quoi qu'on en dise. Une fois rentrés dans le peloton de la corrida commerciale, rares sont ceux qui désirent en sortir et voir de temps à autres un horizon et un taureau différents. Cette saison a donc un goût amer, car les omniprésentes corridas commerciales n'ont pas été les seules à porter atteinte à la tauromachie. L'exemple le plus frappant est bien évidemment celui d'Aignan où les bouts des cornes ressemblaient à des pièces de monnaie.

Malgré tout, certains sont enthousiastes et se montrent satisfaits de leurs saisons commerciales, même s'ils ont sorti des horreurs portant le fer de Daniel Ruíz et de Garcigrande. C'était indéfendable, mais ils sont contents, surtout à Dax. Pour finir, on peut simplement dire que les aficionados se trompent rarement. En attestent les deux meilleurs lots de la saison française, sortis à Céret (Escolar Gil) et à Orthez (Dolores Aguirre), où l'on a vu des toros complets, exigeants et qui donnèrent de l'émotion. Cette réussite n'est pas étonnante, car à Céret comme à Orthez, c'est l'afición qui parle à l'heure de composer les affiches. Une afición que beaucoup n'ont pas malheureusement, préférant à cela le juteux critère commercial.

Florent

(Ce cliché a été pris par un ami à Céret, et je ne suis pas en mesure d'affirmer si ce geste était volontaire ou naturel, il sert juste à illustrer cet article)

dimanche 3 octobre 2010

Le maître-nageur

Un symbole plus qu'autre chose. Il y a deux ou trois jours, l'élite présumée de la torería actuelle s'est manifestée dans le but de défendre la tauromachie. Mais au fond, cette cohésion n'est-elle pas avant tout une réaction contre une possible "abolition des privilèges" ? Quelques heures plus tard à Madrid, il y avait des toros de Torrealta, sans rien de fantastique, pour la deuxième corrida de la feria d'Automne. Plutôt bien armés c'est vrai, mais loin d'être des estampes. Ni sauvagerie ni bravoure, plutôt une caste diplomatique. Et puis il y avait Juan Mora, quarante-sept bougies, dont quasiment trente passées en tant que matador de toros. Ses deux adversaires n'étaient ni des foudres de guerre ni des bonbons, même si le second était faible. De la main droite, Mora donna plusieurs muletazos accrochés, sans intérêt. Mais comme c'est de la gauche que l'on torée, c'est de ce côté qu'il fit des choses à la fois rares et remarquables. Tout au plus deux ou trois muletazos inattendus, beaux, lumineux et sans fin. Aussi, il est le seul matador de la profession à avoir dans la main l'épée de vérité dès le début du troisième tiers. Et de cette manière, on le vît porter à chaque fois une estocade soudaine, étonnante, succédant immédiatement à une dernière série de muletazos. Le plus beau coup d'épée fut celui porté face à son deuxième opposant : "en todo lo alto". Des illuminations gauchères et des estocades fulgurantes. Trois oreilles à Las Ventas, peu importe le nombre. Surtout un symbole. Un type proche des cinquante ans, humble, venu triompher dans des lieux où quasiment tous les autres, et surtout les plus arrogants, se sont noyés cette saison.

Florent

(Photo de Juan Pelegrín : la sortie en triomphe de Juan Mora)

mardi 28 septembre 2010

Sur l'utilité des alguazils dans une arène

Alguazils ou alguacilillos, c'est selon votre préférence. Des plumitifs d'un autre genre en quelque sorte. Leur rôle est de faire respecter le règlement en piste et dans le callejón, tout en gardant une certaine courtoisie. En théorie, ils sont le "bras armé" de la présidence, sans pour autant être une autorité "judiciaire" dans la corrida.
Pourtant, un passé très récent est là pour nous montrer que ce rôle est uniquement théorique. Car à quelle tâche les alguazils s'affairent-ils ces derniers temps dans la majorité des arènes de France et d'Espagne ? Bien souvent, leur unique utilité est de remettre les trophées aux toreros. Curieusement et de manière de plus en plus récurrente, on les voit également être les complices des hommes en piste en faisant par exemple retarder l'entrée du train d'arrastre à la mort du taureau. L'objectif étant bien évidemment de faire plier la présidence devant les pétitions d'oreilles et parfois même devant les invectives venant du callejón.
Les alguazils devraient en principe avoir un rôle de coopération avec la présidence. Dans le cas contraire, ils deviennent peu à peu leurs bourreaux en réalité. Aussi, on a récemment pu voir divers alguazils arborer fièrement sur leurs tenues un signe ostentatoire revendiquant un certain Observatoire... Mais cela est-ce bien nécessaire ?
En revanche, on ne voit quasiment jamais ces personnages intervenir lors des piques traseras, rectifiées, carioquées. On ne les voit pas non plus bouger le moindre orteil lorsqu'arrive la ronde des enterreurs ou bien l'heure des épées retirées du corps du taureau depuis le callejón alors que la bête est encore debout. La chose la plus préocuppante est bien évidemment celle du premier tiers, car le callejón est devenu orphelin de quelqu'un qui pourrait dire ce qui ne va pas. Un taureau massacré au premier tiers et victime d'une mauvaise lidia, cela ne profite ni au torero ni à l'aficionado, dommages collatéraux.
Je dis cela en partie par provocation, mais je préférerais pour ma part voir deux types qui connaissent le règlement ouvrir le paseo à bicyclette plutôt que deux autres montés sur de grands canassons mais qui ne sont là que pour faire de la figuration.

Florent

lundi 27 septembre 2010

Espiao et la Sainte-Epine

Pas plus tard qu'hier, on m'a informé d'une dépêche concernant la Cobla Mil.lenaria, l'orchestre catalan qui joue chaque année durant Céret de Toros. Sur les ondes de Ràdio Arrels, antenne radiophonique en langue catalane qui émet depuis Perpignan, divers antis-taurins auraient tenté de faire pression sur la Cobla en invoquant le fait que la tauromachie espagnole et la Catalogne sont incompatibles. A cette question, le représentant de la Cobla Mil.lenaria a simplement répondu que si des personnes n'aimaient pas la corrida, elles étaient libres de ne pas s'y rendre. Peut-être que ces quelques braves gens ont cru en la puissance de leur lobby du côté français, mais ils ont dû s'égarer.

Le samedi 10 juillet dernier à Céret, il était en revanche impossible de s'égarer pour l'aficionado. J'ai depuis ce jour-là repensé maintes fois au premier Coïmbra de l'après-midi. Car quand j'ai vu ce toro sortir en piste, je n'avais pas encore ressenti une telle intensité lors des vingt premières courses qui ont précédé Céret dans ma temporada. Un peu comme si ailleurs on nous avait menti... Un peu comme si ailleurs on ne s'était pas senti concerné par ce qui sortait en piste. Avec Espiao, il n'y avait pas de doute à avoir, on avait là un Señor Toro. Un taureau de combat digne de ce nom, tant de par son physique que de par son comportement. C'est subjectif, mais je pense que son tiers de piques a été le meilleur moment de ma temporada. Un moment d'authenticité, de sauvagerie, de puissance, de combativité et d'émotion. Le cheval de Bonijol a décollé très haut dans le ciel à la première rencontre avec Espiao. Quatre piques au total pour un type de taureau que l'on voit rarement en résumé. Pourtant, je pense que c'est avant tout ça un taureau de combat, mais cela n'engage que moi. Je me suis levé et j'ai applaudi, en sachant que je garderai très précieusement ces quelques images en tête.

En 2010, ils ont interdit la tauromachie en Catalogne espagnole. Et la feria de l'année, c'est en Catalogne qu'elle a eu lieu. A Céret, l'un des derniers fiefs du taureau de combat par excellence, avec une arène modeste, dont le diamètre du ruedo ne dépasse pas les trente mètres. La feria fut quant à elle unique et d'un niveau incomparable avec ce que l'on vu ailleurs cette saison. Tant de souvenirs pour une feria de deux jours. Il y avait Espiao, la Cobla Mil.lenaria, et la Santa Espina...

A propos de la Santa Espina, Louis Aragon écrivait ceci en 1941 dans son recueil "Le Crève-Coeur" :
"Je me souviens d'un air que l'on ne pouvait entendre
Sans que le coeur battît et le sang fût en feu
Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre
Et l'on savait enfin pourquoi le ciel est bleu"


Florent

(Photo de François Bruschet : "Espiao" de Manuel Assunçao Coïmbra)

lundi 20 septembre 2010

"Nîmes légalise l'afeitado" ANDA 2005

Une photo d'un ami, prise le samedi 18 septembre à Nîmes en fin de matinée. Elle représente le sixième "???" de Moisés Fraile destiné à Daniel Luque. Quelques heures après avoir reçu ce cliché, j'ai fait un tour des médias relayant cette course. Et je suis tombé sur quelque chose de somptueux :

"Toros de El Pilar/Moisés Fraile, bien présentés".

Bien présentés, bien présentés, bien présentés, bien présentés, bien présentés.... Ces mots liés à cette image n'ont depuis pas cessé de résonner dans ma tête.

A tous ceux qui desservent la tauromachie, par pitié, cassez-vous.

Florent

dimanche 19 septembre 2010

La caste qui s'en va

Arles, vendredi 10 septembre. Espartero, Sevillano, Mataindia, Aceituno et Alguacil étaient cinq toros de La Quinta, correctement présentés dans l'ensemble, mais détenteurs des tendances actuelles de leur élevage, à savoir sosería et manque de caste. Quoique l'on pourra émettre des doutes quant au dernier qui fut lidié de manière médiocre et devînt arrêté à la muleta.
Au vu des sorties des toros de La Quinta durant cette saison, il n'y avait pas beaucoup d'espoirs à avoir quant au lot d'Arles. Mais c'était sans compter sur Mesonero, le troisième exemplaire du jour, qui montra qu'il restait encore un peu de caste dans cet élevage. Immatriculé au numéro 56, cárdeno claro et estimé à 500 kilogrammes, il fut l'arbre cachant la forêt. Par trois fois il alla à la pique et montra une certaine bravoure, même s'il lui arriva de sortir seul. Puis à la muleta, il s'avéra encasté, avec de la transmission. Ce n'était pas un grand toro mais un toro intéressant, face auquel Alberto Aguilar fut brouillon, accéléré, malgré le courage et une certaine envie. La caste de Mesonero remporta la partie. Au final, les deux oreilles accordées furent généreuses, tout comme le tour de piste posthume. En oubliant quelques instants la tournure commerciale prise par La Quinta, on s'est tout de même aperçu qu'il restait dans les tiroirs de cet élevage un fond de caste intéressant, car tout ne s'efface pas du jour au lendemain. Mais si le but est de supprimer ce genre de toros au sein de cette ganadería simplement pour le plaisir des figuras, alors on peut se dire que c'est bien dommage. Casta ! Casta ! Ne t'en va pas !

Florent

jeudi 16 septembre 2010

Concours sans critères

Aucune montera levée au ciel, aucun hommage, aucune pensée émue, pas même une minute de silence. Luis Vallejo "El Pimpi" venait pourtant de mourir un jour auparavant à Salamanque. Il était l'un des meilleurs picadors du moment, et le fait de saluer sa mémoire n'avait visiblement traversé aucun esprit. C'est comme ça, El Pimpi est mort, la vie continue, à Arles comme ailleurs. C'est triste, mais rien dans l'atmosphère ne laissait penser à la mort du picador. Lors de cette corrida-concours à Arles, ses confrères n'ont par ailleurs jamais fait honneur au premier tiers, à leur castoreño et donc à leur métier.
Pourtant, on avait prédit ici et là que la corrida-concours baptisée pour l'occasion "Toros de France" rentrerait à coup sûr dans l'histoire. On allait assister à un remake du concours vicois du mois d'août ! C'est d'ailleurs ce sentiment qui m'a effleuré. Car toute la saison, les éleveurs français ont surfé sur la vague de l'indulto d'un becerro-novillo (âgé de trois ans et zéro mois) de Tardieu à Saint-Martin-de-Crau, sur le panier d'oreilles laissé par les Margé aux figuras à Palavas, et sur l'euphorie procurée par le concours vicois du mois d'août. Je n'étais à aucun de ces trois évènements, mais les médias compétents ont affirmé qu'il s'agissait au travers de ces faits historiques de la plus grande saison jamais connue des éleveurs français. La corrida-concours "Toros de France" de ce dimanche 12 septembre était ainsi le point d'orgue de la saison !
Mais d'entrée, il était difficile de croire en la publicité faisant la promotion d'une course "assurément historique", et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, trois toreros-banderilleros étaient annoncés au cartel et l'on pouvait plus ou moins savoir que les toros allaient être économisés pour le deuxième tiers afin que les hommes brillent bâtonnets en main au travers de diverses poses acrobatiques. Ensuite, le sérieux était définitivement enterré quand le speaker arlésien annonça qu'il fallait envoyer la pique de tienta après la deuxième rencontre au cheval.
Il faisait beau et chaud, et les ombres caressant l'amphithéâtre romain étaient jolies à voir. Pour le reste, on gardera bien peu d'images en tête de cette corrida-concours à l'issue comique qui ne passera pas à la postérité. En voici un récit désordonné.

En deuxième position, il y avait un toro de Gallon, sérieux, jabonero et aux armures veletas. Malheureusement, le bicho sembla accuser à la fois son poids et son encaste (Juan Pedro Domecq). Faiblissime, il ne fut quasiment pas piqué en deux rencontres et s'allongea à plusieurs reprises sur le sable, sous le regard du mexicain Israel Tellez. Quelques minutes plus tard, je me tournais en regardant au travers des gradins en ferraille la rue parallèle aux arènes, et j'y vis une image étrange. Le Gallon était allongé sur une remorque tirée par un tracteur, recouvert d'une bâche couleur vert militaire, seuls dépassaient ses cornes et son frontal couleur savon. La remorque avançait dans l'ombre, le genre d'image que rêvent d'immortaliser les pères Larrieu et Bartholin. Pendant ce temps là, l'exemplaire de Christophe Yonnet avait fait son apparition en piste, il était décasté et juste de forces, et surtout minuscule pour une corrida-concours. Il passa l'arme à gauche après un hyper-bajonazo de Mehdi Savalli. Puis vînt le toro de l'Astarac, lourd et peu armé. De la puissance avec un batacazo au premier tiers, puis les illusions s'envolèrent. Enfin, en sixième position, il y eut un toro de Piedras Rojas (propriété de Patrick Laugier), totalement arrêté au troisième tiers, après avoir été mal piqué et mal lidié. Pourtant, on aurait bien du mal à croire à un lien de cause à effet.

Deux toros restent à évoquer : Tardieu et Robert Margé. Le premier était dans le type Núñez, fin et bien armé. Il reçut trois piques en venant promptement et poussa à divers degrés. Ensuite, il y eut le deuxième tiers, puis le troisième, avec des hachazos et un comportement bronco et sur la défensive. Difficile de primer un tel toro bien qu'il ait été prompt à la pique.
L'autre était de Robert Margé, sorti en cinquième position. En fin de compte, c'était le toro le plus intéressant, ce qui ne veut pas dire le plus brave et le plus encasté. Ce qui ne veut pas non plus dire qu'il fallait à tout prix lui remettre le prix au meilleur toro. Il s'appelait "Bourgogne", était âgé de cinq ans bien sonnés, et pesait 610 kilos. Il entra en piste totalement arrêté, comme un corralero, et c'est même un subalterne d'Israel Tellez qui alla donner les premiers capotazos. Le Margé reçut trois piques administrées par le picador local Gabin Rehabi. Ce dernier fit la vuelta avec Tellez à la mort du toro et reçut le prix au meilleur picador à l'issue de la course. Avec ces deux informations, les absents peuvent donc penser à une grande prestation du picador. Pourtant, il y eut un cite avec le cul de cheval, plusieurs piques traseras, rectifiées, pompées et carioquées. "Bourgogne" sortit à chaque fois seul du cheval après des poussés inégales. Mais l'on ne peut pas dire qu'il ait été bien piqué. Et le seul élément positif de la prestation du picador fut de franchir la ligne pour aller chercher le Margé à la troisième rencontre. A la muleta, le toro fut à la fois noble, exigeant, difficile et au danger sournois. Devant cet adversaire à géométrie variable, le mexicain Tellez manqua de métier mais mit du coeur à l'ouvrage et montra plusieurs gestes agréables, c'est l'essentiel.

Le soleil était parti à la mort du toro de Piedras Rojas, et le speaker fît son retour en annonçant ceci "prix au meilleur toro décerné à l'exemplaire de Robert Margé, prix au meilleur picador décerné à Gabin Rehabi, prix au meilleur lidiador non attribué". La décision de remettre le trophée à Robert Margé fut fortement conspuée, certains ayant préféré le toro de Tardieu. Pourtant, le mieux était de déclarer tous les prix "desiertos". Mais quand on sait qu'à l'issue de la corrida-concours du mois d'avril, le jury n'attribua aucun prix, il semblait alors improbable pour l'organisation d'avoir programmé deux corridas-concours sans lauréats.

Florent

mardi 14 septembre 2010

Goyesque ou Grotesque ?

Je voyais la scène d'assez loin depuis une rue adjacente. C'était une heure avant le paseo, quand ils se sont regroupés sur le parvis des arènes d'Arles afin de "défendre la tauromachie". Quatre heures après, on venait d'assister au paroxysme de la corrida commerciale. Une corrida historique paraît-il ! Exceptionnelle ! Dix oreilles, c'est vraiment magnifique ! Comme plusieurs fois par an, je vais voir ce type de courses sans aucune attente, juste pour me conforter dans ma position vis-à-vis de la corrida.
Ce samedi, le mayoral de l'élevage de Daniel Ruíz est sorti en triomphe avec El Juli et Bautista. Pourtant, les animaux issus de cet élevage sortis en piste n'avaient rien en commun avec l'appellation "taureau de combat". Ils étaient nobles, dociles et sans aucun vice, certains étaient faibles, et aucun d'entre eux n'inspirait à la beauté du taureau de combat. Dire que certains éleveurs français sont à la recherche de ce type d'animal pour en faire une activité lucrative, cela fait mal au coeur. Dans tous les cas, l'élevage de Daniel Ruíz a depuis longtemps fait le choix entre l'afición et l'argent.
Rien d'historique ce samedi à Arles, simplement une corrida commerciale à la couverture goyesque sur un revêtement ensablé teint de bleu et de noir. Nous étions le 11 septembre. Un an auparavant, nous étions beaucoup moins à assister à la corrida-concours qui vît l'extraordinaire histoire de Clavel Blanco. Trapío, caste, poder, bravoure, puissance... C'est tout de même mieux que anovillado, sospechoso de pitones, soso y flojo.
Samedi à l'issue de cette foire aux oreilles, je me suis dit qu'il manquait le clou du spectacle à ce type de course, à savoir la grâce de l'un des "ersatz de taureau de combat" présentés en piste. Et puis je me suis demandé si tous les gens qui s'étaient rassemblés devant les arènes une heure avant le paseo se reconnaissaient en tant qu'aficionados au travers du spectacle goyesque qui leur fut proposé. Si c'est le cas, c'est grave.
Et puis j'ai repensé à Clavel Blanco, à Camarito, à Diano, à Mimoso, à Espiao et aux autres. Le ciel était bleu, tout allait mieux, ils m'avaient servi d'antidépresseurs.

Florent

mercredi 8 septembre 2010

Trouble fête

Ce cliché est compréhensible : Alcurrucén, élevage à la réputation commerciale ces dernières temporadas.

Son côté ultra-productif en a pour le coup fait une ganadería de garantie selon les toreros. Seulement voilà, les choses ne se perpétuent pas indéfiniment. Pourtant, je lisais l'an dernier l'interview de l'un des frères Lozano dans une revue taurine espagnole, et il affirmait qu'il allait faire combattre (les trois fers confondus : Alcurrucén, El Cortijillo, Lozano Hermanos) un total de 500 bêtes pour l'année 2009. Un chiffre astronomique qui vient confirmer le statut d'élevage commercial possédant des bêtes vouées à la tauromachie moderne. Cette année, l'élevage n'est pas en reste. D'après mes calculs, Alcurrucén (les trois fers confondus) a pour l'instant fait lidier 89 toros en corrida formelle et 25 novillos en novillada piquée, sans compter les "spectacles" dits "mineurs".

Les chiffres impressionnent. Mais il y a autre chose de récurrent chez Alcurrucén ces derniers temps. A savoir un comportement plus âpre et exigeant que par le passé. On peut même se demander si cet élevage n'est pas en train de prendre le même chemin que celui emprunté par Cebada Gago il y a une quinzaine d'années maintenant. Avant de prendre l'"autre" chemin, l'élevage de Cebada était convoité par des toreros tels que Manzanares père, Espartaco ou Emilio Muñoz... A peine dix ans après, on le voyait presque à chaque course entre les mains de matadors comme Padilla, Encabo ou Antonio Barrera. A l'instar de Cebada Gago, on peut réellement se demander si Alcurrucén prendra le même chemin. Mais il est difficile de répondre à une telle question.

A la vue de nombreux toros combattus cette année, on peut être sûr que les vedettes de l'escalafón ne se battront pas à l'avenir pour affronter les Alcurrucén. Dernier exemple en date, Bilbao. Pas de vedettes au cartel, un lot redoutablement présenté, exigeant, parfois âpre, parfois difficile, souvent avec du gaz et du moteur. Il y avait également un danger sourd pesant cet après-midi là. Car certains pensionnaires s'arrêtèrent en plein milieu des muletazos pour regarder l'homme. On accepte cela venant de l'élevage d'Alcurrucén. Cependant, s'il avait été question d'une ganadería aspirante, beaucoup auraient conseillé à l'éleveur de mener son cheptel à l'abattoir.
Pourtant, les Alcurrucén n'ont rien d'impossible. Mais ils ont des exigences qui font qu'aucune erreur n'est permise face à eux, et la plupart du temps, ce ne sont pas des bonbons, loin de là.

L'un des toros les plus intéressants vus dans les ruedos cette saison fut justement un exemplaire d'Alcurrucén. C'était à Bayonne le vendredi 6 août, et le protagoniste s'appelait "Tamborilero", âgé de plus de cinq ans et demi. Ceci explique en partie cela, mais cela ne peut être une explication unique, car certains cuatreños combattus cette année dégageaient des difficultés similaires. "Tamborilero", parfaitement dans le type Núñez avec le port altier haut, sautait à la gorge de quiconque s'approchait de lui à son entrée en piste. Il avait un comportement de fuyard, puis de roublard lorsque les hommes s'approchaient de lui. Il ne poussa pas à la pique et préféra se défendre en faisant violemment sonner les étriers. Ensuite, il fut âpre tout en possédant une charge parfaitement exploitable au troisième tiers. Toutefois, le danger fut permanent. Face à lui, Matías Tejela apparut honnête et courageux. Pour ma part, je ne l'avais jamais vu aussi sincère face à un toro.

Au cours de leurs nombreuses sorties dans des grandes arènes cette année, les Alcurrucén ont souvent affiché un caractère bien plus exigeant qu'auparavant. Et d'ores et déjà, on a pu constater que les "figuras" avaient commencé à les éviter. Et peut-être qu'à l'avenir, les Alcurrucén iront troubler la fête face à des matadors plus modestes. Il faudra ainsi regarder de manière attentive les affiches où cet élevage apparaîtra l'an prochain.

Florent

mardi 31 août 2010

Saveur cendrier

Ils ne sont pas venus.

Il était tentant d'aller jusqu'à Bilbao ce dimanche 29 août pour assister à la corrida de José Escolar Gil. Un élevage source de nombreuses satisfactions après la corrida de Céret un mois auparavant. Et puis cette affiche, avec le Toro comme élément central. Du coup, la question ne se posait plus. Il fallait aller à Bilbao, pour son toro caractéristique, et pour cette corrida d'Escolar.
Malheureusement, raconter cette course, c'est un peu faire le récit d'une aventure qui n'a jamais commencé. Le ciel était bleu, il y avait des nuages, du vent, ainsi que cet air frais caractéristique de cette atmosphère océanique. A chaque fois survient la même impression de l'autre côté des Pyrénées, comme si le public et les hommes en piste limitaient la corrida au troisième tiers. La règle ici, envoyer deux fois le toro au cheval, quelle que soit l'administration des piques, et qu'importe la nécessité d'une troisième rencontre. Matías González est probablement l'un des meilleurs présidents actuellement en Europe. Mais comment peut-on juger de la force d'un toro en sortant un mouchoir blanc alors que la deuxième rencontre avec la cavalerie n'est pas terminée ?

Ce dimanche, les Escolar ont été décevants, ils manquaient de caste et de forces. Il faut également souligner que certains – si ce n'est pas la majorité d'entre eux – ont été lidiés de manière catastrophique. Le public de troisième tiers venu assister à la course en était-il conscient ? Rien n'est moins sûr. L'histoire d'une belle tarde de toros n'a jamais commencé. Tous les Escolar avaient quatre ans. Tous étaient nés en décembre 2005. Le premier de l'après-midi ne poussa pas à la pique et eut le droit comme les autres à ses deux rations de "pique trasera". Quant au moral qui suivit, il était décasté, se laissait toréer, mettait parfois la tête dans la muleta, mais ne montrait aucun signe de caste et aucun vice. On vît face à lui El Fundi donner des passes, des passes, et encore des passes. Le matador tant apprécié ne semble plus rien avoir à prouver, et ce fut consternant de le voir ainsi. Ce n'était pas la seule fois cette année. Il tua d'une épée superlativement basse. Le quatrième toro de l'après-midi était le plus beau en présentation. Il fut le seul à montrer de la bravoure lors de la première rencontre avec le picador. Là-encore, le refrain de la pique trasera était entonné. Pire encore, entre l'entrée de "Campanillero" en piste et la fin du premier tiers, El Fundi lui-même, peu en confiance, lui donna environ cinquante capotazos. Le toro était donc inédit, inutile de détailler la suite. Sur les courriers officiels, il n'a "pas servi". C'était peut-être le toro le plus intéressant de l'après-midi.

Le deuxième lui non plus ne poussa pas à la pique. Ensuite, il garda la tête haute tout le temps, car les piques traseras ne semblent pas régler le port de tête. En face Rafaelillo, le plus célèbre des "seconds couteaux actuels". Mais si l'on s'y penche de plus près, il est l'un des seuls matadors de l'escalafón à pouvoir conjuguer le verbe "mettre la jambe". Il a mis la jambe à droite en début de faena, pour donner un, puis deux, puis trois muletazos très exposés et courageux. Il s'est fait soulever sur une dizaine de mètres, sans mal physique, mais avec un dégât matériel. Car la taleguilla fut quasiment sciée en deux. Revenu en "blue jean's" pour affronter le cinquième, il fut volontaire, mais moins sincère que lors de son premier combat. Ce cinquième Escolar était mansote et n'inspirait rien de merveilleux.

Et puis il y avait Morenito de Aranda, dont le premier adversaire fut exécuté à la pique et en ressortit invalide. Comment après un tel matraquage au premier tiers, un matador peut-il dédier la mort de son toro au public ? Et pire encore, essayer de faire une vuelta de son propre chef ? Une vuelta justement rejetée par le public. Le sixième était quant à lui clairement invalide et aurait dû être changé, se couchant même en début de faena ! Malgré tout, Aranda insista, alors que tout le monde lui suppliait d'arrêter. On dira ensuite qu'il donna des gestes élégants, malgré les conditions physiques de son adversaire. Pour ma part, je me fous totalement de ces gestes élégants, ses deux toros étaient invalides pour deux raisons différentes et il n'y avait rien à voir. Aucun succès ne peut être cautionné après deux combats de la sorte. Double ovation dans une arène de première catégorie pour un matador qui a affronté deux toros invalides. Je vous épargne mon avis là-dessus.

Triste fin. Les Escolar n'avaient ni puissance, ni caste, ni bravoure, ni sauvagerie. Le néant à la pique. La seule chose à retenir fut l'attitude de Rafaelillo face au deuxième, auquel il tira trois ou quatre muletazos de vaillantasse, réellement sincères et courageux.

On me dira que je subis l'effet d'optique du ruedo cérétan. Malgré tout, il me semble quand même que le lot d'Escolar Gil combattu à Céret était plus joli et plus harmonieux de présentation. Quant au comportement, ce fut encore autre chose...
Je suis allé à Bilbao, pour voir sortir au cas où des petits frères de "Mimoso", entre autres toros illustres de cette ganadería. Au final, ils ne sont pas venus. C'est quand même bizarre, car je l'ai senti dès le combat du premier "Cartelero". Ses cornes étaient bien vite astillées, comme deux cigarettes qui venaient s'effriter. Des Escolar de Bilbao nous n'avons rien vu, exceptées leurs carcasses grisâtres venues se consumer dans le cendrier de Vista Alegre.

Florent

dimanche 22 août 2010

Moreno of Silver

Un an déjà. Carcassonne. 22 août 2009. Il devait être aux alentours de dix-neuf heures vingt. Juan Carlos Rey était parti à l'hôpital après avoir reçu une cornada face au deuxième novillo. Valentín Mingo aurait dû combattre le sixième Moreno de Silva si le règlement avait été respecté. Mais au final, c'est le colombien Moreno Muñoz qui dut s'en charger.
Et puis, Diano, numéro 5, negro entrepelado bragado est entré en piste. Avec une telle caste et une telle puissance qui ont fait que tous les hommes se sont rangés dans le callejón dans l'attente d'un tercio de piques destructeur. Six, sept, huit rencontres avec un cavalier laissé seul en piste, et dix impacts de piques placés n'importe où et n'importe comment. Le picador était seul à tenter d'assassiner Diano, alors que tous les autres types habillés de lumière regardaient passivement l'attentat derrière le burladero. Je me souviens avoir gueulé contre le manque de professionnalisme ce soir-là, et je n'étais pas le seul. Rarement j'avais vu une telle déroute pour des hommes dans un ruedo. Et malgré les dix piques, Diano était encore-là, brave et encasté, un novillo de bandera. Il avait encore beaucoup de fond au troisième tiers, mais ne fut jamais mis en valeur. Il fut estoqué de manière pitoyable et n'eut pas le droit au tour de piste posthume, alors que la question ne se posait même pas, era un novillo de vuelta ! Si on s'en rappelle encore aujourd'hui et que le souvenir n'est pas près de s'effacer, c'est que c'était beau de voir un toro se mettre en valeur tout seul.

Florent

(Photo de François Bruschet : juste avant que Diano ne rentre dans le ruedo carcassonnais...)

samedi 21 août 2010

Le monopole du coeur

J'avais commencé à écrire cet article il y a deux ou trois mois peut-être. Et je n'ai jamais eu le temps, ni l'envie, de le terminer. Le mois d'août touche à sa fin et j'ai relu ce brouillon afin de voir si mon point de vue avait changé par rapport au sujet en question. Au final, le temps s'est écoulé, mais les idées sont restées. Tout s'est déroulé comme prévu.

Je n'ai pas la mémoire exacte quant à ce point là, cela devait être au début de l'épizootie de la langue bleue (vers 2004). Je me rappelle avoir lu noir sur blanc, des mots issus de la bouche d'Alvaro Conradi (ganadero de La Quinta, qui sortait des courses à Céret et dans quelques autres arènes à cette époque là). Il avait déclaré "être l'un des derniers ganaderos intègres face à l'impitoyable mundillo". Cette phrase est restée, et je m'en suis souvenu le soir de la corrida de La Quinta envoyée à Mont-de-Marsan en 2009, avec des exemplaires d'un gabarit ridicule, loin de ce que l'on avait pu connaître quelques années auparavant de cet élevage d'origine Santa Coloma-Buendía. El Juli était au cartel ce jour-là. Le virage qu'a pris cette ganadería depuis deux ou trois ans est quand même étrange.
Un virage peut-être pas, un retour en arrière sûrement. Avec ce type de toro sorti par La Quinta, on en revient aux bêtes fétiches de l'encaste Santa Coloma que s'arrachaient les figuras dans les années 1960-1970, et qui avaient comme vertu une noblesse franche et sans difficultés, ainsi qu'un gabarit très commode pour les toreros. Ce lot montois m'a inquiété, tout comme le toro sorti à la corrida-concours de Vic cette année, sans race, sans sauvagerie, sans puissance, sans saveur. Et je me suis aperçu au fur et à mesure que La Quinta sortait de plus en plus souvent en novillada. Et pas dans des pueblos où se joue "le salaire de la peur" comme dirait l'autre ! Mais avec des novilleros du haut de l'escalafón habitués à combattre du Domecq-Núñez à longueur de temporada. Et puis j'ai constaté, et je n'ai pas été le seul, qu'El Juli allait combattre quasiment toute la camada de La Quinta cette saison. Le 17 août , il y avait à Dax une corrida de ce fer pour Curro Díaz, El Juli et Perera. Tu parles d'un geste ! Le résultat était connu d'avance pour cette cité thermale qui n'a pas besoin de corridas goyesques pour proposer des corridas grotesques. L'élevage de La Quinta a ainsi doucement changé de cap ces dernières saisons, les fundas ont fleuri, et l'intégrité face au mundillo a été bradée. El Juli et son entourage sont passés par là, et cette ganadería n'a désormais plus d'attrait pour l'aficionado a los toros. Retour en arrière, sélection renouvelée, adieu à la caste et à la puissance, bonjour la noblesse ingénue. El Juli en a fait un élevage commercial, et La Quinta a du coup rejoint Ana Romero au rang d'élevage d'encaste Santa Coloma convoité par les "figuras".

En parlant d'El Juli, il lui suffit de prendre son lot habituel de Domecq-Núñez (Garcigrande, Daniel Ruíz, Cuvillo, Zalduendo... Je ne vais pas étendre la liste) ainsi qu'Ana Romero et La Quinta pour que l'afición naïve (de manière générale) déclare que son torero favori prend tout type de toro et est capable d'en faire ce qu'il veut ! Pourtant, il est inutile de se plonger dans les archives pour démontrer le contraire.
El Juli est le meilleur selon cette afición qui a l'habitude de garder les yeux fermés. Il a certainement envie de passer à la postérité, et il possède une technique que les autres n'ont pas, il faut le reconnaître. Mais pour ce qui est de la sincérité, c'est un autre débat. Combien de faenas circulaires et interminables menées avec le pico ? Combien de coups d'épée en prenant le périphérique ? Malgré tout cela, il reste le numéro un (je n'ai jamais aimé cette appellation) pour beaucoup. A Séville au mois d'avril, il avait laissé son toro aller seul à la pique à plusieurs reprises, montrant des défauts d'attention dans la lidia, ce qui ne l'empêcha pas de couper deux oreilles et de recevoir le prix (attribué par des personnes officiellement compétentes) à la meilleure estocade après un coup d'épée pourtant lointain...

Vous l'avez lu partout, vous le lisez, et vous le lirez encore : les présidents qui refusent d'attribuer des oreilles à El Juli sont des cons qui n'ont rien compris à la tauromachie. Et ceux qui n'apprécient pas son toreo ainsi que son attitude face au toro sont jugés encore plus cons ! Difficile ensuite de parler de tolérance.

Pour ma part, l'une des dernières fois que je vis toréer El Juli, c'était cette année à Mont-de-Marsan. Face à des petites bestioles de Garcigrande. Voir ce torero "affronter" de tels adversaires, c'est un peu comme si un joueur de Ligue 1 mettait un tacle à un apprenti footballeur de douze ans. Quelque chose d'impossible à cautionner ! Mais cela ne choque pas grand monde. El Juli qui domine sans difficultés des bêtes taillées pour le prêt-à-toréer, après tout, c'est peut-être ça le fantasme suprême de l'aficionado a los toreros.

Officiellement, il donne chaque après-midi une "leçon de tauromachie", et son élevage (El Freixo) rentrera bientôt dans l'histoire (trois vueltas posthumes en une novillada à Captieux !). Tout le monde est en admiration devant El Juli, à l'exception de quelques "cons". Mais est-ce que cette suprématie aveuglément affirmée est un bien pour la tauromachie ?

Florent

vendredi 20 août 2010

Future poussière

Je n'y comprends probablement rien. Avoir vingt ans à peine, aller voir des courses de Moreno de Silva ou de Coquilla, c'est aux dernières nouvelles être un "intégriste malsain". En revanche, il paraît que faire une photo de classe devant un amphithéâtre romain avant une "course" de Daniel Ruíz, cela fait davantage "défenseur de la tauromachie". Il paraît également – selon certaines sources douteuses – qu'il faut être modéré lorsque l'on est aficionado, et accepter tout ce qui sort en piste à n'importe quel endroit. Avec cela, on pourrait faire un livre des "inepties entendues ici et là" à la fin de chaque temporada. Ce soir d'août, j'ai préféré le stylo au clavier pour décrire mon ressenti. J'ai pensé à toutes ces choses qui s'en vont les unes après les autres faisant de la tauromachie une peau de chagrin. J'ai pensé à ces belles arènes d'Arnedo qui ne sont maintenant que poussière. La chose taurine y sera désormais célébrée dans l'antre d'une salle omnisport figée au milieu d'un complexe sportif. J'ai pensé à Carcassonne aussi, où je désirais retourner après le millésime de l'an passé. Jusqu'au moment où l'on a appris la triste nouvelle : point de novilladas avec des élevages qui nous font rêver, mais plutôt une corrida de toros qui n'en a que le nom, organisée par des affairistes. Carcassonne ce week-end ? Hors de question. Pour des raisons diverses, Arnedo et Carcassonne n'ont plus de raison d'être pour l'aficionado a los toros, car leurs nouveaux chemins mènent tous les deux à la normalisation de la tauromachie. Espérons qu'il n'y aura pas d'autres arènes à enterrer à l'avenir.

Depuis le début de la temporada, je me suis habitué à entendre "pauvre cheval" au moindre batacazo. Désormais, ces quelques mots systématiques n'agressent plus mes oreilles car je n'y fais plus attention. Ils sont de plus en plus ces gens qui vont aux arènes (je n'ose pas employer le terme "aficionados") et qui sont pris de panique et de compassion dès qu'ils aperçoivent un bourrin mordre la poussière. Par contre, cela ne les choque en rien de voir des dizaines de fois par an des lots entiers de toros se faire charcuter à la pique, puis exécuter par des bajonazos que les critiques taurins les plus "modérés" qualifieront d'"efficaces". Les "spectateurs" continueront à avoir de la pitié pour les canassons, tout comme ils continueront à vociférer comme des cinglés lorsqu'ils n'auront pas eu leurs quotas d'oreilles et de sorties en triomphe. Ceux-là siègent partout, que ce soit à Dax, à Nîmes, à Vic et ailleurs. Il faut s'y habituer.

L'autre jour je suis allé à Parentis pour les Moreno de Silva. J'ai bien évidemment pensé à "Diano" numéro 5, combattu l'an dernier à Carcassonne. Et puisque c'était Parentis, j'ai également remémoré l'émouvant souvenir du numéro 79 de Raso de Portillo sorti dans ces lieux en 2007. Au moindre souvenir de ces magnifiques bêtes à cornes qui nous ont mis la chair de poule et la larme à l'oeil, on parvient à oublier quelques instants à quel point le monde taurin est pourtant affligeant. Ce coup-ci, les Moreno de Silva de Parentis avaient une fort belle présence. Malheureusement, ils ont quasiment tous été exécutés d'entrée de jeu, à la pique. Cela ne détériora pas la caste de certains d'entre eux, mais il y aura toujours ce goût amer et ce sentiment d'inachevé devant des lidias bâclées sans queue ni tête. Toutefois, on sort content de ce genre de courses, car on y a vu malgré tout le Toro que l'on aime, en faisant abstraction des hommes et des attentats perpétrés au premier tiers. Cette course était intéressante et entretenue de bout en bout, c'est le principal.

Et puis il y eut les Coquilla de Sánchez-Arjona une semaine plus tard à Roquefort. Cette novillada ne fut pas passionnante dans son intégralité, mais certains des bichos combattus ont fièrement porté les couleurs de leur encaste en voie d'extinction. Je garderai pour ma part un excellent souvenir du premier Coquilla. Il était sérieux, bien présenté et il est vrai peu armé, mais c'est le type de l'encaste Coquilla. De la caste, il en avait beaucoup à revendre ! Il reçut deux piques assassines selon la règle, alors qu'il envoya la cavalerie à terre au premier assaut. Le Coquilla fut peut-être suelto ou manso par la suite, mais il possédait une caste rare, un gaz inouï et du poder ! Quelle merveille ! Inutile de préciser que le novillero qui l'affronta fut totalement débordé. Mais il essaya tout de même ce novillero en question : Gómez del Pilar. Pas comme son compagnon Esaú Fernández, stakhanoviste du derechazo profilé accompagné du braillement "hey ! hey ! hey !". Insupportable. Fernández ne fit absolument rien du deuxième Coquilla, lui aussi intéressant. Tué à la pique, il fut manso con casta, et c'est là qu'intervient le dicton "cada toro tiene su lidia". Mais Esaú Fernández n'en avait visiblement rien à secouer, puisque ses contrats sont déjà signés et assurés depuis le début de la saison.
Face au troisième, Alberto López Simón demanda à la présidence d'abréger le premier tiers au bout d'une pique, alors que la caste du Coquilla aurait très bien pu en supporter une ou deux autres. Le bicho fut d'une noblesse intéressante, car pas imbécile comme on le voit trop souvent avec le monoencaste. Beaucoup furent dans un état de délectation devant le toreo alluré, profilé et décroisé de López Simón, lui gueulant "biennn" et "olééé" du début jusqu'à la fin de la faena. C'est alors que le Coquilla finit par soulever le novillero qui ne domina à aucun instant. Heureusement pour lui, cet accrochage fut sans conséquences. Pauvre jeune, avec tant d'admiration de la part du public et de son entourage, il fallut que ce soit le novillo qui vienne lui rappeler qu'il n'était qu'un novillero vert et superficiel. Les trois autres Coquillas furent moins intéressants et il n'est pas nécessaire de s'étendre sur leurs lidias.

Cependant, on est désormais convaincu qu'il reste de la caste chez les Coquilla, chez les Moreno de Silva, chez les Coïmbra, chez les Escolar Gil, chez les Dolores Aguirre et bien d'autres encore... Espérons simplement que l'on aura encore de nombreuses occasions d'admirer ces fiers combattants.

Florent

mercredi 11 août 2010

"Ils me font peur"

Chaque mois d'août ressemble à une route interminable, où l'on ne sait pas à quel endroit il va se finir, et encore moins quel jour on pourra rentrer chez soi. Sur le plan taurin, ce mois annonce la fin prochaine de la saison, et il est celui qui a le goût le plus improbable. En août, on peut en effet assister à divers spectacles taurins pour lesquels on aurait juré ne jamais aller en début de saison. Chaque année, le temps qui l'accompagne s'avère parfois maussade et frisquet, et chaque jour qui le compose est en réalité une nouvelle route.
Villeneuve-de-Marsan, mardi 3 août. Escapade improbable, champêtre, et folklorique. Une novillada avec picadors est annoncée dans ce village possédant une petite arène en forme de fer à cheval. En compagnie de Saúl Jiménez Fortes, Thomas Dufau et Mathieu Guillon – les jeunes du coin – composent le cartel face à un élevage d'origine Domecq de quatrième ou cinquième génération, soit du desecho. Son nom (pour ne pas le citer) : Martínez Gallardo, inconnu au bataillon. A l'entrée de la petite arène, des jeunes distribuent des mouchoirs blancs à tous les spectateurs en leur demandant de les agiter à la mort de chaque novillo. Tel un pisse-froid venu gâcher la fête, vous êtes contraints de justifier le refus de ce cadeau. De cette novillada, il faudra tout de même souligner les pointes intactes que portaient les petits novillos d'origine Marquis de Domecq, et citer le novillero Jiménez Fortes, très intéressant de par son registre et auteur de magnifiques estocades. Pour le reste, il fallut constater les dégâts semés par une grande partie de l'encaste Domecq au sein de la cabaña brava. Car en ce jour, on vît avant tout des bêtes sans une once de caste. "Malgré six oreilles coupées et deux sorties en triomphe" rétorqueront certains. Par ailleurs, heureusement que les spectateurs locaux avaient des mouchoirs en papier dans les mains plutôt que des vuvuzelas afin de plébisciter les oreilles. Dans le cas contraire, je pense que je ne serais plus là pour vous le raconter. A la sortie des arènes, alors que nous buvions un coup d'après-course avec un ami montois, un homme d'une soixantaine d'années vînt nous apostropher en nous disant ceci "Vous savez jeunes gens, il y a plus de dix ans ici, ils ont mis une novillada de Prieto de la Cal qui avait fait fuir tous les hommes en piste. Ils avaient peur, moi aussi j'ai eu peur, et je n'aime pas avoir peur quand je vais aux arènes. Samedi, il y a des Prieto de la Cal à Parentis, peut-être qu'ils ont changé, mais en tout cas ils me font peur, je ne les aime pas. Je préfère aller à Soustons ce week-end, pour aller voir Thomas Dufau face à des novillos de Bañuelos qui je l'espère serviront, un peu comme les Martínez Gallardo de ce soir. Car on s'est régalé quand même, n'est-ce pas ? Six oreilles, c'est fantastique pour Villeneuve !".
Le samedi en question, les diverses routes menant de Bordeaux à Parentis étaient bouchées, et il fut difficile de se frayer un chemin pour arriver à l'heure à la novillada de Prieto de la Cal. Au final, ce fut une déception, car les Veraguas manquèrent cruellement de mobilité, de caste et de sauvagerie. Aucun des six pensionnaires de Prieto ne nous fît frissonner, alors que l'on aurait aimé voir ces carcasses recouvertes pour la plupart d'un pelage couleur savon faire vaciller la cavalerie, et démontrer de la caste, du poder et de la sauvagerie en piste. Ils n'ont fait peur à personne, un peu comme ces novillos de Miura, nobles et manquant parfois de forces, vus la semaine auparavant à Hagetmau. En revanche, les Alcurrucén de Bayonne ont été passionnants de par leurs difficultés, bien plus que les pensionnaires de Cuvillo combattus la veille dans les mêmes lieux. La semaine se termina sur une bonne note avec la course de Moreno de Silva à Parentis. Bien que massacrée à la pique, elle fut fort intéressante. J'aurai l'occasion d'y revenir.
L'appréhension et la peur dans une arène font partie du jeu, car la corrida est un spectacle où il existe un danger, même si certains intervenants et spectateurs tendent parfois à l'oublier. Sans cette sensation de danger, l'émotion serait moindre, et la corrida n'aurait probablement plus lieu d'être. Qu'est-ce qui vous fait le plus peur ? Votre passion pour la tauromachie ou la vie quotidienne ?
Le dimanche 1er août, en quittant Hagetmau quelques heures après la course de Fuente Ymbro, les gyrophares d'une ambulance éclairaient la sombre nuit landaise. A côté de celle-ci, un vieil homme allongé sur un brancard, percuté par une voiture qui avait pris la fuite. Inerte, il allait arrêter de souffrir quelques instants plus tard. Comme quoi, la réalité de la vie de tous les jours est bien plus effrayante et cruelle que celle des ruedos.

Florent

samedi 31 juillet 2010

La mémoire des sorteos

Comme on a pu le constater ces derniers temps, la ganadería portugaise de Palha est probablement la plus irrégulière du circuit, avec des temporadas en dents de scie. Ce week-end, j'ai dû renoncer à une escapade prévue du côté d'Azpeitia (Pays Basque espagnol), afin d'y voir les corridas de Dolores Aguirre et Palha. Cependant, on m'a informé il y a quelques minutes à peine du sorteo des toros de Palha qui y seront combattus cet après-midi. Après vérification, j'ai pu constater une nouvelle fois que les sorteos avaient de la mémoire... Cette fois-ci, c'est au tour du toro "Espadilho" et de son destin qui le mena de Vic-Fezensac à Azpeitia en passant par le Portugal.

Vic-Fezensac – Dimanche 23 Mai 2010 – Toros de Palha pour Morenito de Aranda, Alberto Aguilar et Mehdi Savalli
Ordre de sortie des Toros :
1. "Espadilho" n°607 negro mulato listón (né en novembre 2005)
2. "Camarito" n°539 negro (né en août 2005)
3. "Raposo" n°571 negro mulato (né en septembre 2005)
4. "Carpeteirado" n°569 negro (né en septembre 2005)
5. "Bandeirito" n°620 negro (né en décembre 2004)
6. "Trombón" n°504 negro mulato listón (né en août 2005)

Avant cette course vicoise qui fut intéressante, un avis figurait sur la porte principale des arènes "Le toro "Espadilho" de Palha s'est blessé durant l'apartado et a dû être remplacé par "Santanero" n°557 negro (né en septembre 2005)"

Azpeitia – Samedi 31 Juillet 2010 – Toros de Palha pour Rafaelillo, Alberto Aguilar et Javier Cortés
Ordre de sortie des Toros :
1. "Cartilho" n°619 negro (né en novembre 2005)
2. "Guitarrinho II" n°605 negro (né en novembre 2005)
3. "Formoso" n°510 negro mulato (né en août 2005)
4. "Raposón" n°665 negro mulato (né en janvier 2006)
5. "Espadilho" n°607 negro mulato listón (né en novembre 2005)
6. "Babosillo" n°590 negro bragado corrido (né en octobre 2005)
Sobrero de Palha : "Peluquero" n°508 negro (né en août 2005)

Moins de soixante-dix jours après sa blessure (armures ? pattes ? coup de corne d'un congénère ?) durant l'enchiqueramiento aux arènes de Vic-Fezensac, "Espadilho" a pris place parmi les six toros de Palha qui seront combattus cet après-midi à Azpeitia... Chacun se fera sa propre opinion.

Florent

(Photo : un Palha à Alès en 2009)

Interrogations sur la déraison

Lire, voir, entendre, écouter, interpréter. Malgré cela, il en est de certaines choses dites ou écrites qui s'avèrent impossibles à comprendre. Et parmi elles, deux énigmes pouvant aisément se multiplier : qu'est-ce qu'une "présentation démagogique" ? Qu'est-ce qu'une "novillada de luxe" ?

Je repensais ainsi à ces deux novilladas qui se sont célébrées en Béarn la semaine passée, dans un intervalle de quelques heures, à Garlin puis à Orthez. Evoquer ces deux courses en les mettant sur le même plan est impossible, car ce serait "comparer l'incomparable". Mais on peut cependant trouver diverses similitudes et points communs entre elles. Tout d'abord, elles ont posé plus de questions qu'elles n'ont apporté de réponses.
Garlin, fidèle à sa ligne de conduite, nous proposa d'assister à une course avec un élevage bien connu, et des novilleros plus ou moins en vogue. Au final, les pensionnaires du Conde de Mayalde sont sortis avec une noblesse tendant à la sosería, sans ardeur, et avec une faiblesse récurrente selon les novillos. Le seul exemplaire réellement intéressant pour l'aficionado a los toros fut mal exploité, car laissé cru après une monopique. Il déborda de ce fait le novillero mexicain Arturo Saldívar, peu en vue ce jour-là. En fin de compte, les novillos de Mayalde, tous monopiqués, n'ont pas été étincelants, à l'instar des novilleros. Et alors que chacun s'apprêtait à regagner ses pénates, après avoir rencontré des fortunes diverses, voilà que le mayoral s'immisça en piste afin de saluer sous l'ovation... d'une dizaine de spectateurs !
Marchons sur la tête ce sera mieux, mais pourquoi appelez-vous cela une "novillada de luxe" ? "Un lot d'une douceur et d'une grandeur déconcertantes" ? Au mois d'avril dans les mêmes lieux, Joselito avait lui aussi salué après le combat de ses six novillos, qui eux furent réellement honorables, d'où un salut justifié. Si la ligne de conduite d'une arène reste la même dans l'organisation des courses, à quoi bon tirer à chaque fois les mêmes conclusions, quel que soit le résultat ? Car c'était Garlin ? Peut-être, mais personne ne doit tomber dans l'impasse et céder au superfétatoire. Faire saluer un mayoral après une telle course est quelque chose d'hypocrite, tout d'abord pour l'élevage, mais également pour celui qui prendra connaissance de ce salut final, qui eut lieu un soir de juillet dans un petit village du Béarn. Si c'est cela un lot de luxe (certains l'ont dit ou écrit), à quel niveau se placent les exigences de leur afición ? Que ce soit à Garlin ou ailleurs.

Puis Orthez le lendemain matin, avec un lot de Saltillo d'une "présentation démagogique" selon certaines plumes (ou claviers). Là aussi, je dois vous admettre (et je ne suis sûrement pas le seul) que je ne suis pas en mesure de décrypter une telle expression. "Démagogique", laissons ce terme inquisiteur de côté. Car les Saltillo étaient d'une présentation variable, avec un avacado et maigre premier aux armures impressionnantes, en passant par les deuxième et troisième, sérieux et possédant des carrosseries fortes, pour finir avec un quatrième moins avacado que le premier, et un cinquième charpenté. Pour cet élevage en reconstruction, cette novillada ne fut pas une réussite, avec un premier exemplaire faible et très avisé, trois suivants plutôt âpres et un dernier plus abordable que le reste. Les tercios de piques du deuxième (quasiment inédit au troisième tiers faute de novillero expérimenté) et du cinquième furent intéressants, mais l'on n'assista pas à une novillada satisfaisante, simplement à une expérience ganadera, s'avérant très dure pour les deux novilleros. A l'issue des quatre premiers combats, on pouvait même se demander si le fait d'offrir le cinquième novillo était une chance ou un supplice ! Car ce fut dur, très dur ce matin là !
Le terme "adversité" reflétant le mieux cette novillada. C'est vrai, Juan Carlos Rey laissa le deuxième inédit, mais au vu de son expérience et de la trouille qu'il démontra, cela ne pouvait en être autrement. Son deuxième adversaire rentra vivant aux corrales après la sonnerie des trois avis. A ce propos, le président – Olivier Barbier – fut critiqué ultérieurement pour avoir respecté le règlement à la lettre ! Ce qui est pourtant demandé à quiconque lorsqu'il monte au palco !
Vu l'engagement de Juan Carlos Rey au descabello (il n'osa pas porter un deuxième coup d'épée à son adversaire) face à un novillo qui avait toujours la tête en haut, il était obligatoire et raisonnable de ne pas laisser de temps aditionnel, car un départ du descabello vers les tribunes se faisait sentir et approchait à grands pas au vu des coups de tête du Saltillo et de l'implication de Rey. Mais à quoi bon tirer à boulets rouges sur un président qui respecte le règlement ?
Malheureusement, cela ne s'arrête pas là... Après plusieurs essais infructueux du puntillero, il fut décidé de renvoyer le novillo aux corrales... sous une grande ovation ! Comme s'il avait été gracié ! Alors qu'il ne montra aucun signe de bravoure et de caste, que pouvait être cette ovation quasi-unanime hormis un signe de compassion envers la bête ? La bronca à Juan Carlos Rey était logique et inévitable, mais pour ce qui est de l'ovation au novillo, cela reste incompréhensible.
Aussi, à la mort du cinquième, la présidence n'accorda pas une oreille peu plébiscitée sur les gradins, à tort ou à raison, cela ne changera pas le cours de l'histoire. En revanche, honorer le mayoral de l'élevage (qui avait déjà quitté les arènes à ce moment-là) à l'issue d'une telle course est très contestable, car cela pouvait se faire ultérieurement et avec une assistance réduite. Le simple fait de programmer un élevage inédit est déjà un honneur pour celui-ci, mais faire saluer l'un de ses responsables sans qu'il n'y ait eu de succès est plutôt malsain, car il y a toujours des efforts à accomplir avant de recevoir les lauriers.

Parfois, plutôt que de s'éterniser dans un triomphe usurpé, il vaut mieux quitter la scène et se tourner vers l'avenir.

Florent

(Photo de Campos y Ruedos : novillo de Saltillo dans les corrales de Saint-Sever)