samedi 20 février 2010

Hernández Pla : les taureaux "coffres-forts"

Ils étaient magnifiques ces Hernández Pla à la teinte grise, allant du sombre au clair, parfois parsemés de blanc. Bajitos et aux armures toujours astifinas, ils apparaissaient tels des joyaux pour l'aficionado lambda, et cauchemardesques pour les professionnels taurins. On gardera de ces descendants de Sainte-Colombe l'image de taureaux sérieux, charpentés, terriblement armés et vêtus de pelages extraordinaires. Mais les Hernández Pla ont changé de mains ces dernières années, et le sort de l'abandon est la seule attention qui leur a été réservée. En piste, ils étaient assez irréguliers ces derniers temps tout en restant rares, car les toreros vedettes semblaient bien peu motivés à les affronter. Ils étaient difficiles, impropres à toute lidia moderne comme il y a deux ans à Céret, où ils furent âpres et avares de déplacements au troisième tiers. Gardiens de leur fierté, ils étaient apparus tels des coffres-forts inaccessibles.

Mais l'histoire se souviendra surtout d'un soir de l'été 2004 dans ce même coin du Vallespir, quand six pensionnaires de Hernández Pla menèrent la vie dure aux représentants de l'humanité en piste. Ce fut une véritable guerre, et les hommes eurent la chance d'avoir à la tête de leur armée un haut-gradé répondant au nom de Luis Francisco Esplá. Ce soir-là, nous vîmes des tercios de piques intenses et d'une rare violence, si bien que trois picadors finirent la course à l'infirmerie. Les charpentes et la puissance de ces taureaux sauvages avaient mis en déroute la cavalerie. Une tempête dans le ruedo ! Au troisième tiers, les gris avaient baissé d'intensité pour la plupart et s'avéraient imprévisibles, les hommes jouaient dès lors à pile ou face à chaque muletazo. Cependant, deux des six Hernández Pla avaient laissé entrouverts leurs coffres-forts. L'un d'entre eux destiné à Fernando Robleño possédait une charge vibrante sur la corne gauche, et le petit madrilène sut faire passer de l'émotion avec cette bête en aucun cas docile. Cette tarde pleine d'émotion et d'intensité fut éprouvante. Luis Francisco Esplá, Gómez Escorial et Fernando Robleño avaient affronté ce soir-là des taureaux sauvages que certains estimeront frappés d'obsolescence. Le ruedo cérétan s'était transformé en champ de bataille et était devenu par la même occasion un cercle magique de lutte et d'incertitudes. Ce jour-là ne s'effacera jamais dans les mémoires, car pouvoir ne serait-ce qu'admirer des Fernando Palha et des Hernández Pla en quelques heures, cela laisse simplement rêveur.
Les apprentis toreritos en devenir peuvent dormir tranquilles, les Hernández Pla appartiennent désormais au passé, et le souffle froid de leur sauvagerie est sur le point de cesser. Mais ce 11 juillet 2004 à Céret restera gravé, les Santa Coloma alliés au ciel sombre venaient de faire trembler la terre pour une dernière démonstration de force et de puissance avant de retourner à l'état de cendres. Quoi de plus magnifique qu'un taureau de combat ?

Florent

(Photos : Toros de Hernández Pla combattus à Céret le 13 juillet 2008)




2 commentaires:

  1. Erant présent à cette course de 2004, je confirme entièrement tes propos. Elle restera gravée longtemps dans ma mémoire (j'aimerai bien avoir le dvd de la course) , au meme titre que le premier lot de Raso de Portillo de Parentis et la course de Rocio de Camara de Vic avec Millan, Rodriguez et Ramos. Pour ces 3 courses, les toros n'étaient pas "modernes" et n'avaient pas besoin de pique andalousse.
    Frédéric.
    Ps: as tu pris ton abonnement à Tierras Taurinas ?

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  2. "capitan" d'hernandez - pla un taureau pour l'histoire. madrid 1979. plusieurs minutes sous le peto.incroyable. je n'y étais pas mais je l'ai vu : à l'époque tendido cero était dirigée par marivi romero. et alors ? elle avait monté une séquence de la pelea de ce taureau avec en B.O. la musique de..." superman" ! inoubliable.
    que ce nom disparaisse et j'ai l'impression que mes illusions s'effacent. palimpseste de la bravoure.
    bien à toi.

    ludo

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