samedi 20 février 2010

Parentis l'authentique

Jonchée au coeur d'un mois d'août riche en rendez-vous taurins, la Feria de Parentis est longtemps restée au second plan. Pourtant, on y cultive depuis des décennies un amour pour la tauromachie authentique et à l'ancienne, celle où le taureau est la pièce maîtresse. Par ailleurs, les arènes du nom de Roland Portalier (ancien Maire de la Ville) qui ont été inaugurées en 1927 ont une capacité de 4 000 places avec l'un des plus grands ruedos du Sud-Ouest. Même si elles peuvent paraître propices à des spectacles taurins majeurs (corridas de toros) c'est de novilladas dont il est question dans ces lieux, les corridas formelles ayant seulement parsemé ces longues décennies de Toros racontées par Jean-Pierre Fabaron, récemment disparu, dans un ouvrage intitulé "La peur aux trousses: histoire taurine de Parentis-en-Born" et paru en 2000.
Parentis qui fut chère à Jean-Pierre Darracq "El Tío Pepe" proposera cette année encore deux novilladas issues d'élevages réputés : Prieto de la Cal et Moreno de Silva. Le triomphalisme et le conformisme sont laissés de côté, mais cela n'est pas bien grave car ici, l'important est d'avoir des taureaux sauvages et encastés, avec des hommes courageux qui sauront les affronter.

Serge Villetorte, de l'Association des Aficionados de Parentis, évoque cette aventure ainsi que la pérennité de l'optique torista dont il est question.

Florent Moreau : Nous allons peut-être commencer par une présentation du parcours de votre association dans l'organisation des courses à Parentis.

Serge Villetorte : Durant les années 1980, à l’initiative de plusieurs aficionados locaux, nous avions créé à Parentis une section de l’ANDA et suite à des divergences sur le fonctionnement de l’Association Nationale nous avons créé l'ADA (Association des Aficionados de Parentis) en 1989. A notre demande, la Ville a instauré dès cette année là sa commission taurine et a retenu Alain Lartigue comme organisateur des novilladas (qui se déroulaient le 14 juillet et le premier dimanche d'août). En 1996, nous sommes à l’origine avec d’autres membres de la CTEM de la feria de la Sen Bertomiu qui a fusionné les deux rendez-vous en une seule feria début août. En 2005, nous nous sommes lancés dans l’organisation de la feria avec Alain Lartigue comme professionnel à nos côtés. Actuellement, notre association compte près de quarante-cinq membres.

F.M : Comme vous l'avez dit, vous avez une optique de la tauromachie au travers de "la défense du toro de combat", et je crois savoir qu'il y a eu de nombreuses réussites ces deux dernières décennies.

S.V : En effet, et plusieurs fois d'ailleurs, des novilladas ont reçu divers prix récompensant le meilleur lot de la saison (Prix de l’ANDA, Prix de la FSTF, Prix de l’Union des Clubs Taurins Paul Ricard...) De grands lots de novillos ont marqué l'histoire de nos arènes. Durant les vingt dernières années, on retiendra les lots de Passanha en 1993, de El Sierro en 1994, Ramón Flores en 1997, Fernando Palha en 1998 , Escolar Gil en 2000 ou encore Barcial en 2002. On peut également citer une impressionnante novillada de Tabernero de Vilvis en 2003 qui a donné beaucoup d'intérêt aux aficionados. Celle de Pablo Mayoral en 2005 étant pour moi la plus complète. Et ces dernières années, la course de Robert Margé en 2006 et bien évidemment les deux crus de Raso de Portillo de 2007 et 2008.

F.M : La liste est très fournie ! Et s'il ne fallait garder qu'un seul souvenir ?

S.V : Cela serait très difficile, mais je dois avouer que les deux premières novilladas de Raso de Portillo m'ont beaucoup marqué de par leur combativité extraordinaire. Le point d'orgue a été la rencontre entre Alberto Lamelas et un grand novillo de cet élevage en 2007, cet exemplaire aurait par ailleurs mérité un tour de piste posthume. Ce ne fut pas le cas, mais il restera gravé dans les mémoires pendant longtemps.

F.M : Cette année, vous allez présenter une course de Prieto de la Cal, une ganadería qui est déjà venue à plusieurs reprises à Parentis. Mais plus que de simples répétitions, ne s'agit-il pas surtout d'une histoire épique ?

S.V : Je me souviens comme si c’était hier de la venue des Prieto de la Cal en 1988. C'était l'apocalypse en piste, une véritable guerre ! Les novillos cherchaient l'homme en permanence… Cette année, il nous a semblé intéressant de promouvoir cet élevage, qui à l’opposé de « la domecquisation ambiante » est bien sorti en 2009 notamment à Saragosse. D’autre part, nous avons constaté la mauvaise lidia dont a fait l’objet le superbe novillo jabonero du concours de l'an dernier à Parentis. Nous avons donc voulu donner une autre occasion de voir cet élevage avec cette fois-ci un lot complet. A noter qu’avec Prieto de la Cal, nous recevrons également Moreno de Silva auteur d’une formidable saison 2009 avec le meilleur lot de novillos lidié à Madrid…

F.M : Ces dernières années, on a souvent associé le tandem Parentis/Raso de Portillo, mais d'où est venue l'idée de présenter cet élevage méconnu ?

S.V : C’est le fruit des circonstances de la situation sanitaire avec le phénomène de la tuberculose et de la langue bleue. Quand nous avons été obligés de restreindre nos achats aux seules zones ouvertes en Espagne (Campo Charro), nous avons souhaité chercher ailleurs et à ce titre nous sommes allés chez Raso de Portillo près de Valladolid où les novillos nous plaisaient beaucoup et correspondaient parfaitement à ce que nous recherchions. Ensuite nous avons connu les grandes réussites de 2007 et 2008, avant la déception de 2009, où la course a manqué de poder et de caste. Malheureusement, l'élevage a perdu la carte verte depuis l'été dernier.

F.M : Quelle est selon vous la place octroyée aux novilleros à Parentis ?

S.V : Il s'agit pour eux de courses plus que sérieuses. Tous savent qu’ici ils trouveront un adversaire (et non pas un collaborateur) réel, redoutable et intègre. Compte tenu du fait que les soi disant « meilleurs toreros (surprotégés) » refusent de venir affronter ce genre de bétail, ce sont souvent des novilleros plus modestes qui viennent démontrer ici leur vaillance et leurs capacités. A ce sujet, ces dernières années ont été marquées par les prestations d’Alberto Lamelas. Même s'il n'est pas un grand muletero, ce garçon a démontré qu'il était un être extraordinaire de courage et de pundonor. Contrairement à ce que l’on peut penser, Parentis a vu aussi défiler de très bons professionnels ces dernières années (Robleño, Bolivar, David Mora, Talavante...)

F.M : Quelle est votre position vis-à-vis de la situation actuelle de la corrida ?

S.V : Elle rejoint les récents propos de mon ami Jean-Jacques Baylac (Club Taurin Vicois) qui résument parfaitement la situation. Presque partout, on veut nous imposer des « taureaux » issus du "monoencaste" dont on veut qu'ils "servent" et aient simplement le statut de faire-valoir. Pour nous, c’est l’inverse, avec la recherche de la caste et de la bravoure en revalorisant le tercio de varas. Si nous ajoutons à ça le fait d’aller dénicher ces ganaderias souvent oubliées… Vous voyez nous sommes décidément très différents, mais nous le revendiquons plus que jamais !

F.M : Et pour conclure, l'objectif est sûrement de continuer le plus longtemps possible avec cette volonté ?

S.V : Oui bien sûr, mais encore faut-il avoir à l’esprit que nous ne sommes que des bénévoles. A ce titre, notre ambition est simple, nous préférons jouer « les premiers rôles en deuxième division plutôt que les derniers en première ». Dans une arène comme la notre, l’humilité doit toujours être la première des vertus.

Florent

1 commentaire:

  1. Parentis est à mes yeux, avec Céret, la plazza la plus sérieuse de France. Je ne doute pas que les organisateurs nous proposeront cette année des lots qui correspondent à nos attentes.
    Frédéric.

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