samedi 10 avril 2010

Chronique de quelques naturelles éternelles

Accompagnés de deux arcs-en-ciel parallèles, les nuages étaient sombres lorsque tomba Pescador, le sixième Miura. Il fut un « pêcheur » victime d'un pêché, celui du bajonazo de gala commis par Mehdi Savalli. Bien après, un prix au meilleur matador fut remis en piste à Rafaelillo. Et c'est alors que la foule ayant copieusement rempli l'amphithéâtre d'Arles commença à siffler cette décision, atteinte d'un chauvinisme préférant remettre cette récompense à Savalli.

Le lendemain, on put lire dans la presse locale (et même dans celle dite « spécialisée ») des titres flatteurs pour la ganadería de Miura, affirmant que l'on avait vu des toros conformes à la légende. Pourtant, les six prirent un total de treize piques sans bravoure ni sauvagerie, et ils furent généralement compliqués au troisième tiers sans pour autant être dignes d'une tarde cauchemardesque pour les hommes en piste. Pour ma part, je trouve cela assez drôle d'imaginer quels auraient été les titres si la course avait porté le fer de Palha. On aurait alors sans doute pu lire des choses telles que « Moruchada de Palha » ou encore « Petardo del ganado de Joao Folque ». Mais puisqu'il s'agissait d'un lot de Miura et que certains croient toujours au Père Noël, on a apparemment vu des bêtes venues du fond des âges, et possédant une sauvagerie exceptionnelle !

Mais ce dimanche ne fut pas celui de la résurrection des terribles toros de Miura, plutôt celle du toreo ! Et pour vous rassurer, sachez que ce n'est pas Juan José Padilla qui l'a ressuscité ! Il y eut en effet un anticyclone sur Arles, le torero de Jerez passant le Rhône avec un panier garni de banderilles à cornes passées, et de toreo bruyant sentant fort la magouille. Ce savant alliage passa sans émotion face au premier qui ne comportait aucun vice, alors que le quatrième s'avéra bien plus compliqué. C'est avec ce second que Jean-Joseph comprit quels étaient les dangers du toreo fuera de cacho. Car à force de toréer avec le pico et de faire des ponts d'un mètre cinquante entre lui et la muleta, le toro eut parfois tendance à choisir l'homme ! Padilla en fit le constat et baissa pavillon. Mehdi Savalli fit lui aussi cette expérience en laissant souvent le choix entre le pico de sa muleta et son corps. L'arlésien fut cependant vaillant, mais tout aussi populiste et piètre tueur.

C'est donc Rafaelillo, accablé par la plèbe en fin de course, qui offrit les moments les plus honorables. Certes il ne voulut pas voir son premier adversaire et alla chercher l'épée d'entrée de jeu, mais il se surpassa d'une manière extraordinaire face au cinquième ! Ce toro répondant au nom d'Intruso était le pensionnaire de Miura fraîchement débarqué quelques jours avant la course afin de remplacer un de ses congénères mort dès l'arrivée aux corrales. Ce Miura de substitution, sans queue et aux cornes astillées, provoqua une panique sans nom lors du premier acte et arriva très difficile à la muleta, la tête haute !

Devant également lutter contre le vent et la flotte, Rafaelillo l'amena au centre de l'ovale, puis récolta d'entrée des avertissements ! Intruso lui sautant à la gorge à plusieurs reprises. Et Rafael prit alors la muleta à gauche... avança la jambe, tout en restant de face, et tira ces quelques naturelles dont on ose à peine rêver la nuit car elles nous paraissent impossibles, improbables. Mais sous la pluie et le vent tournant, il tira ces foutues naturelles d'une autre époque, d'un autre monde ! Il y avait de quoi se délecter avec des « olés » de vérité !
Rafael continua dans la même voie cette faena marquée par un courage inégalable, si bien que la corne d'Intruso finit par lui entailler le visage sur une passe de la droite. Mais le public ne sembla pas réaliser qu'avec cet surexposition face à la bête, Rafael aurait pu en un rien de temps se retrouver tel Le Dormeur du Val, allongé avec deux trous sur le côté. La mort fut longue et le matador n'eut qu'un tour de piste en guise de récompense. Mais peu importe, car à défaut d'une Miurada d'antan, nous avions retrouvé le goût du toreo de vérité.

Florent

(Photo de François Bruschet : Rafaelillo face à Intruso de Miura)

2 commentaires:

  1. Trois séries de naturelles(si j'ai bien compté)venues on ne sait d'ou,d'une grande beauté
    qui valaient à elles seules les 3 oreilles de R.Perez le matin.
    manolo

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  2. Rafaelillo a été guerrier, comme peu savent ou veulent l'être. Avec courage, sincérité et pundonor!! Honte à ceux qui l'ont sifflé après son premier toro (il n'y avait rien à voir en face de cette alimana) et double honte à ceux qui l'ont, à nouveau, sifflé lors de la remise du prix au meilleur lidiador de la tarde(le jour où Savalli sera un lidiador n'est pas encore arrivé !!!). Sans doute les mêmes qui, le matin, demandèrent trois oreilles pour le toreo illusionniste de R. Perez ....

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