mercredi 14 avril 2010

Entre deux bajonazos : Feria d'Arles

Un dimanche matin venu, à moitié éveillé, il m'apparut fort agréable d'entendre la sempiternelle phrase « mais tu as qu'à y aller toi devant ! ». Cette maxime devrait nous couper dans notre élan et dans l'esprit critique que nous pouvons avoir, même si ce dernier est mal vu et devrait être interdit pour certains qui affirment que l'on ne peut donner d'avis sur ce qui se passe dans le ruedo si l'on n'y est jamais soi-même descendu.
Je ne connais pas personnellement l'auteur de cette sentence qui me fut lancée au visage sur un ton procédurier. Mais je peux toutefois vous dire que celle-ci venait d'une personne présente au palco de la novillada, qui arrêta entre autres le deuxième tiers à la seconde paire et accorda des cartilages auriculaires malgré des pétitions minoritaires. Une présidence technique pour pas cher, mais peut-être « devrais-je y aller moi devant » avant de pouvoir dire quoi que ce soit. Oui c'est vrai, y aller devant ? Mais quant à vous le règlement ? Rime facile, futile, le mieux étant d'agir dans l'indifférence et de manière subtile.

On me fit grief de ne pas avoir goûté aux prestations des toreros locaux Román Pérez et Juan Bautista, et a fortiori à celle de Matías Tejela qui selon un site d'information taurine de premier rang aurait réalisé en Arles un faenón ! Oui un faenón ! Mais qu'il s'agisse d'un faenón ou non, je mets toutefois à votre disposition deux clichés du sixième toro de Puerto de San Lorenzo face auquel l'immense et le génialissime Matías Tejela aurait réalisé une faena tellurique et tutoyant les anges ! Ce « toro » portait le nom de « Pitillo », ainsi que le numéro 93, accusait 500 kilogrammes sur la balance et naquit quelque part dans le Campo Charro au mois de décembre 2005, et aussi il avait les cornes af.... (passage censuré !)
Pitillo, toro aux armures particulièrement astifinas (rires) sortit juste après que deux oreilles eussent été accordées à Juan Bautista à la suite d'une faena anodine devant un collaborateur faible et docile. S'il fait mieux, Matías coupera le rabo à coup sûr ! Ou alors indul.. (nouvelle censure). Pitillo, ce bovin qui aurait pu participer à la course de réjon matinale (prononcez « régeon » c'est ainsi qu'ils le disent) s'avéra porteur des caractéristiques de l'encaste Atanasio-Lisardo, avec de la mansedumbre mais également une charge vibrante. Durant le faenón en question, la distance entre Tejela et Pitillo était tout à fait comparable à la longueur d'une perche de l'athlète Jean Galfione, et le toreo fut bien moins profond que le bajonazo concluant cette affaire populiste. Tout cela était superficiel, à l'inverse de ma charmante voisine de tendido qui sauva cet après-midi dont la chute fut on ne peut plus comique, mais les yeux et la voix douce de cette jeune femme me firent heureusement oublier le reste... ou presque ! En ouverture, El Juli réalisa une faena de tentadero face à un novillo de Domingo Hernández remplaçant le titulaire du Puerto de San Lorenzo qui s'était blessé lors de la mise en chiqueros. Pourtant, les sobreros annoncés sur le sorteo distribué à l'entrée des arènes étaient du Puerto de San Lorenzo et d'Antonio Palla. Comment ce Domingo Hernández avait donc pu atterrir dans le six de départ ? Un mystère !

La veille au matin, il y eut une course d'Ana Romero, peut-être victime de l'hiver, car manquant de forces et de caste. Le troisième était un parfait carretón pour le toreo de salon, noble et avançant à deux à l'heure. Román Pérez, en survêtement milk-shake à la fraise et or coupa deux oreilles à ce toro cárdeno après une bonne faena. C'est ainsi que j'étais sensé voir la prestation du torero arlésien. Paraît-il que ça faisait cuistre d'y trouver un toreo fuera de cacho, raide et profilé, ponctué d'un bajonazo à faire hurler le tendido siete. Mais il s'agissait d'Arles et non de Madrid, cette faena historique achevée d'une estocade entière (peu importe son emplacement) passant à la postérité au travers de larges sourires et d'une liesse générale ! La troisième oreille octroyée au dernier toro permit à Román Pérez un triomphe total après là encore une épée vraiment basse. Un peu de vérité ne pouvait pas faire de mal... Et l'on eut pour cela Rafaelillo le soir venu. Pour en finir avec cette matinée tronquée, je ne saurais vous évoquer les prestations d'Antonio Ferrera et de Joselito Adame. Je suis juste en mesure de vous dire que l'on a pu voir le premier courir dans tous les sens pour un maigre résultat et le second se fondre dans l'anonymat. Quant aux tercios de varas, ils se résumèrent à des piques traseras, une et demie maximum pour chaque toro. Tout cela n'est pas vraiment réjouissant... Sauf pour les agriculteurs du triomphalisme selon qui seules les longues faenas et les morts brèves (peu importe l'endroit où est placée l'épée) ont de l'importance. Vaya afición !

Florent

3 commentaires:

  1. J'ai déniché dans un bouquin la réponse à cette fabuleuse maxime, " allez-y donc vous même! Au cinéma, et muet de préférence ! "
    Quel courage ce Tejela ! Les armures sont impressionnantes !

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  2. Je n'étais pas au "faenon" de Tejela(j'avais piscine),mais il est certain qu'il avait dû refiler sa perche de J.Galfione à R.Perez devant le careton de A.Romero.A quelle distance aurait-il toréé les Miuras l'après-midi ?
    "Fuera de cacho","trasera","bajonazo" mais enfin vous n'y pensez pas!C'est quoi ces gros mots ?
    L'essentiel,c'est...le....triomphe .Pour le reste,c'est pas la honte qui va les étouffer.
    manolo

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  3. tu te doutais bien que de faire la complète à Arles te ferait du mal )))

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