lundi 12 avril 2010

Les corridas-concours au purgatoire

Cinq ! C'est le nombre de corridas-concours qui ont eu lieu l'an dernier en Europe. Cinq c'est très peu, surtout quand on compare par exemple ce nombre avec celui des corridas goyesques ! Ces dernières n'étant pour la plupart du temps que des festivals taurins maquillés.
Rien qu'en France, les deux concours proposés en 2009 se sont avérés être de grandes réussites. On se souviendra encore longtemps de Clavel Blanco de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, de Camarito de Palha combattu à Vic ou encore d'Aguardentero de Prieto de la Cal.

La semaine dernière, la corrida-concours d'Arles n'a pas été la copie conforme de l'édition précédente où l'on avait pu admirer Clavel Blanco, un taureau d'anthologie. De ce fait, les espoirs étaient placés très hauts pour ce rendez-vous du 3 avril 2010. Mais l'histoire ne s'est pas répétée car la corrida est une science inexacte faite de beaucoup d'incertitudes. Certains parleront pudiquement de déception pour la dernière en date.
C'est là qu'intervient l'arme à double tranchant des corridas-concours : soit c'est une réussite et l'on a hâte d'assister à la suivante, soit c'est une déception, et les puits de science constateront alors que la camada et l'histoire des élevages se résument au seul toro présenté le jour du concours. En suivant ce raisonnement, on peut donc dire que l'élevage de María Luisa était le meilleur en septembre dernier et le pire depuis ce samedi 3 avril ! Absurde.

Les corridas-concours et les occasions d'y assister sont rares, et c'est pour cela qu'il faut s'armer de patience dans ce genre de courses. Le but recherché n'est pas une faena avec des oreilles à la clé mais bien une lidia intégrale. Pour ce qui est de la corrida de samedi dernier, le jury a su avec raison ne pas remettre de prix, car il n'y eut rien d'exceptionnel dans le ruedo, tant au niveau des hommes que des toros.
Certains auraient aimé remettre le prix au meilleur picador à Luis Miguel Leiro pour sa prestation face au toro de Manuela Agustina López Flores. Mais il fut justement déclaré desierto par le jury. Comment aurait-on pu en effet attribuer un prix à un picador qui n'aura fait que poser la puya sur le dos du toro juste avant de l'enlever ? Quittant le ruedo sous une grande ovation sans avoir piqué !

Aucun prix ne fut attribué et les aficionados eurent un goût amer à la sortie des arènes. Et cela se comprend, comment ne pas être déçu après avoir vu des exemplaires de María Luisa et de Dolores Aguirre quasiment invalides et de peu de race ? Un López Flores mansote et sans fixité ? Un La Quinta assez intéressant à la pique puis totalement éteint ensuite ?
Les seuls toros qui donnèrent de l'émotion furent ceux de Prieto de la Cal et de Flor de Jara. Le premier, jabonero, déborda les hommes en piste de par sa sauvagerie et laissa une impression de taureau authentique. Quant à l'exemplaire de Flor de Jara, sa lidia fut semée d'embûches. Il ne s'employa que très peu en trois piques et apparut arrêté au second tiers, les hommes commençant à poser les banderilles une à une plutôt que par paires. C'est alors qu'à la quatrième tentative, Domingo Navarro partit tel un « banderillero hara-kiri » face au Buendía et posa une paire por dentro entre le toril et le bicho. Un terrain impossible où il fut violemment soulevé... La corne rentrant au niveau de la chaquetilla.
Après avoir imaginé le pire scénario pour le banderillero, le public pardonna à Luis Bolívar une faena prudente et aidée de la voix, face à un Flor de Jara mobile mais au danger sournois.
La seule oreille d'un après-midi dont on espérait meilleure issue fut concédée au colombien. Mais cette récompense ne masquera pas les hérésies de lidia commises tout le long de l'après-midi, comme les deux épées atravesadas de Javier Valverde face au toro de Dolores Aguirre pour ne citer qu'elles. Malgré tout, on vît tout de même quelques moments dignes d'une corrida de toros, ce qui est plutôt rare actuellement ! On retiendra donc le magnifique Prieto de la Cal, ainsi que le pundonor d'un homme : Domingo Navarro, qui aurait pu faire les frais d'une dramatique cornada après une pose de banderilles suicidaire.

Espérons que les occasions de voir des corridas-concours seront croissantes, car la lidia y est décomposée comme elle devrait l'être plus souvent. Mais l'on ne peut pas avoir à chaque fois une course exceptionnelle comme celle du 11 septembre 2009. Et fort heureusement ! Sans incertitudes, la corrida n'aurait aucun charme.

Florent

(Photo d'Anthony : Botella de La Quinta)

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