mercredi 7 avril 2010

"L'humanité est un cafard, la jeunesse est son ver blanc" Pierre Desproges

Papa, je me souviens encore d'il y a presque quinze ans, un jour de début de Printemps quand tu proposas à ton jeune fils d'aller voir une course de taureaux non loin de là où nous vivions à l'époque. C'était en Arles pour une Miurada, et c'était également une découverte pour toi. J'allais être pris de passion pour ce truc hors du commun qu'est la corrida.
J'avais six ans à ce moment-là et comme tout gamin de cet âge, tout apparaissait beau et tout le monde était "gentil", loin des soucis auxquels chacun sera confronté à l'avenir. Je te remercie encore...

Ce vendredi 2 avril à 1h30 du matin, la nuit est froide et pluvieuse sur La Rochelle. Et les temps ont changé, car le monde alentour est moins chouette qu'on ne peut l'imaginer à l'âge de six ans. Tout petit, j'avais déjà décelé en Arles une sorte de ville glauque, mais je devais sûrement me tromper. Tard dans la nuit, j'allais faire la route pour y retourner.

A 11 heures, le premier paseo de la feria fut donné avec une novillada non piquée de Patrick Laugier. Elle fut noble avec un fond de race intéressant, mais que vît-on en face ? Des jeunes manquant de métier ou pire de personnalité... Seul le petit mexicain José Marí parvînt à retenir mon attention, car lui semblait savoir que l'envie est primordiale lorsque l'on est novillero. Il a obtenu une oreille fort méritée, tandis que d'autres ont eu la même récompense et se sont crus à un niveau exceptionnel malgré des prestations sans envie, sans mettre la jambe une seule fois, et de peu de personnalité... Pourtant, il y avait de quoi faire en face ! Et la culture la plus connue de ces jeunes gens parut être celle du bajonazo... A un moment de cette course matinale, le président a justement refusé l'octroi d'une oreille, et un type non loin de moi a commencé à l'invectiver en lui criant "donne-lui l'oreille, sale facho !"... Ambiance !

Arles montrait un visage ensoleillé, mais ce côté glauque et endeuillé ressortait quelque peu. Elle allait vraiment s'avérer dramatique, froide, venteuse et vulgaire sur les coups de cinq heures et demi de l'après-midi. En effet, le spectacle des Domingo Hernández m'est apparu insoutenable et m'a fait mal au coeur.
Qui étaient ces gens plébiscitant des oreilles à tout-va ? Pourquoi n'arrêtaient-ils pas de s'engueuler les uns et les autres malgré leur adhésion à cette corrida commerciale ? Que faisaient-là ces jeunes filles superficielles gueulant "Allez Sébastien" ou "Sébastien te quiero" ? Sûrement en mal d'émotions masculines.
Pour tout vous avouer, j'avais comme l'envie de me casser et d'aller me promener sur les bords du Rhône, car toute cette ambiance malsaine et répulsive avait comme un arrière-goût de pisse, vous me pardonnerez l'expression. Mais je n'avais jamais vu un public autant vide d'afición s'entredéchirer, quoique le cru de Béziers 2005 était pas mal non plus... Je crois bien que ce vendredi 2 avril 2010, le terme de "vomitoire des arènes" n'a jamais aussi bien porté son nom, je vous laisse imaginer la suite.
Toute cette atmosphère allait presque me faire oublier le défilé sordide des six Domingo Hernández, afeités jusqu'au trognon, et qui dans pas mal d'endroits ne seraient même pas sortis en novillada piquée. Mais on me dira que ce sont les lois du marché !

Certains et certaines ont voulu voir Sébastien, et ils ont vu Sébastien... se faire bouffer par des novillos. El Juli a survolé l'après-midi de par sa technique, tout en restant profilé et totalement fuera de cacho, avec des Julipié au bout du compte. Dommage qu'on ne puisse que rarement admirer son dominio devant de véritables adversaires.
Quant à Marco Leal, il prenait l'alternative mais ce ne fut vraiment pas son jour de gloire. La preuve en est avec sa première tentative d'estocade au taureau du doctorat, quand il loupa le bicho et planta son épée dans le sable arlésien. Là-aussi, les plus objectifs me rétorqueront qu'il visait la cruz du toro. Je leur payerai pour ma part un petit séjour chez Optic 2000 si j'en ai les moyens à la fin de la temporada.
Ce fut un pauvre spectacle, indigne, imprésentable, faisant pitié par dessous tout. Mais en fin de compte, on peut pourquoi pas se dire que tous ces gens à l'afición restreinte ont après tout les corridas qu'ils méritent.

Papa, cela fait quelques temps que tu n'as pas vu de course. Mais on y retournera bientôt dans un autre contexte, où l'on ne se souciera guère des gens aux alentours, mais bien de la course de taureaux qu'il y aura en piste. Cela me rappellera mes six ans, et cela ne sera pas aussi ignoble que ce que j'ai pu voir en Arles ce vendredi. Papa, je rentre bientôt à la maison, mais ce monde en réalité si funeste n'apparaît pas aussi simple et magique que lorsque l'on est encore un gamin. Pourtant il faut grandir, pas comme les toros de ce jour qui eux étaient restés becerros.

Florent

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