jeudi 20 mai 2010

La ferraille carcassonnaise résonne encore...

Combattus lundi dernier, les six novillos de Moreno de Silva avaient dû entendre l'appel de leurs frères de sang lancé le 22 août 2009 à Carcassonne. Palma del Río n'est pourtant pas la porte à côté par rapport à la cité audoise, et il doit bien y avoir des centaines de lieues de distance entre les deux.
Mais cet appel était fort, car l'arène portative trembla pendant deux heures quarante-cinq d'effroi et de panique. Le regard du splendide Diano en disait long au moment où une cuadrilla sans honneur décida de le puntiller de dos. La puissance et la caste de celui-ci avait dit aux hommes en piste que ce n'était pas la "der des der" de Moreno de Silva. Ainsi, les hommes habitués à un modèle de lidia uniforme auraient d'autres occasions de livrer des leçons de "sin vergüenza torera".

Quand les Pereda ou les Juan Pedro se retrouvent au sol après la première pique, cela les rassure. En revanche, quand les Moreno de Silva sont toujours debout à parcourir le ruedo avec deux ou trois bajonazos dans le corps, cela a de quoi effrayer un escalafón entier ainsi que des régiments d'élèves d'écoles taurines standardisées. Moreno de Silva ? « Des ganaderías comme celles-ci ne devraient pas exister » disait Paco Chaves à l'issue de son camouflet lundi à Las Ventas. C'est lassant d'entendre de pareils discours, mais sachant que Chaves ne sait pas toréer et affronte les 98 % de ses novilladas dans des pueblos bien gentils (il sera en revanche à Céret cet été), comment lui en vouloir ? Même s'il devrait songer à de sages résolutions et à une reconversion... Mais qu'auraient fait les vedettes de l'escalafón novilleril face à cette course de Moreno de Silva ? Qu'auraient fait ces Daniel Luque ? Rubén Pinar ? Cayetano Rivera Ordóñez ? Tous ceux qui n'ont jamais affronté un seul toro digne de ce nom dans leur carrière. Le lot de Moreno de Silva comportait trois exemplaires nés en mai 2007, donc ayant trois ans tout juste ! Mais face à ces jeunes novillos, c'est toute une profession qui aurait choisi la sortie par la petite porte, le « courage fuyons ! » et le « vamos a tomar el olivo » !

Lundi, on a tout de même eu la chance de voir un homme extraordinaire en piste, Domingo Navarro ! Les bregas et les quites qu'il réalisa furent salvateurs pour plus d'un de ses collègues en piste. Mais face à ces Moreno de Silva, qui à part Esplá des grands jours ? Le Fundi ? Rafaelillo et quelques autres ?
Là est le problème gravissime de la profession à l'heure actuelle : le modèle de lidia n'est adapté qu'à un seul type de toro, celui qui "collabore" comme diraient certains ! La lidia des mansos, des toros âpres et encastés, tout cela est malheureusement obsolète, et ils se contenteront de prendre l'échappatoire et d'énoncer la même phrase d'impuissance à la fin des combats face à ces adversaires retors : "Lo siento, pero es que el toro no ha servido."

Les Moreno de Silva ont développé beaucoup d'attitudes différentes ce lundi à Las Ventas, avec de la puissance, de la sauvagerie, de la bravoure (notamment le premier à la pique), de la caste, mais aussi de la mansedumbre, du genio et parfois de la noblesse. Deux novillos n'étaient toujours pas à terre alors que les trois avis fatidiques venaient de sonner. Ce soir, Paco Chaves, Miguel Hidalgo et Antonio Rosales vont encore faire des cauchemars en repensant à cette course, tout comme Moreno Muñoz lorsqu'il repense à Diano avant d'aller se coucher... Dans tous les cas, cette course fut un point positif au niveau de l'expérience de ces novilleros, car ils ont pu apprendre qu'il n'existait pas un seul type de toro !

C'est légitime d'en vouloir aux hommes qui ont fait le paseo de cette course de Moreno de Silva, à l'exception de Domingo Navarro... Mais ils sont loin d'être les seuls coupables, car c'est un escalafón entier qui refuse de voir la réalité de ces courses là.

"Cada toro tiene su lidia", dicton désuet...

Florent

2 commentaires:

  1. Buenas noches monsieur,desde mi punto de vita,la novillada de Carcassonne fue mejor,aunque la de el Lunes pasado en Madrid me encnato. Un saludo.
    Kaparra

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  2. A mí también me gustó mucho más la de Carcassonne.

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