samedi 1 mai 2010

Torhéros

Ailleurs qu'à Aguascalientes, d'autres se jouent la vie d'une manière différente et on les appelle belluaires, gladiateurs, vaillantasses tout au plus... C'est ainsi qu'ils sont qualifiés ces matadors faisant partie de cette sorte d'escalafón parallèle, ceux pour qui le danger en piste n'est pas artificiel. On pense au Fundi, à Rafaelillo, aux deux Aguilar et à quelques autres... Leur place dans l'actualité est inexistante depuis la blessure de José Tomás samedi dernier. Et ils n'ont que rarement les récompenses à la hauteur de leur mérite et de leur engagement.
Depuis une semaine la terre s'est arrêtée de tourner, quasiment tous s'émeuvent exclusivement de la blessure de leur icône, faisant passer à un plan plus que secondaire l'arrimón de Rafaelillo à Séville, du Fundi dans les mêmes lieux, ou encore d'Alberto Aguilar à Saint-Martin-de-Crau. Respectivement face à des Miura et à des Prieto de la Cal peu évidents, ces trois là ont réalisé des efforts notables rapportant... tout au plus un salut au tiers, un tour de piste sans oreille, alors que d'autres récoltent des montagnes de trophées pour des faenas devant des partenaires collaborateurs et propices au toreo post moderne.

Toréabilité ? Triomphabilité ? N'est-ce pas ce que cherche l'entourage de José Tomás et notamment ses veedores lorsqu'il s'agit de mettre minutieusement de côté quelques lots en début de saison. Samedi, de l'autre côté de l'Atlantique, José Tomás a été pris par un de ces "toros" qui aurait dû lui permettre le triomphe, un de ceux qui étaient destinés à "servir". Le mythe propulsé dans les airs, la fémorale arrachée... Et ce toro qui dès le lendemain aura une réputation de dur, de dangereux, d'avisé... sans que l'on puisse une seule seconde imaginer l'hypothèse d'une erreur technique pourtant avérée par des images qui ne trompent pas. José Tomás aurait pu aller à Séville, histoire de jouer la "competencia", mais il se rendit au Mexique et rencontra cet animal qui de potentiel faire-valoir est passé au statut de "dangereux criminel" du fait de la grave cornada. Mais on allait en apprendre bien plus quelques jours plus tard.

En effet, c'est le 27 avril qu'un quotidien régional publia l'interview accordée par "celle" qui organise les corridas à Mont-de-Marsan. A propos de la blessure de José Tomás à Aguascalientes, la grande dame a affirmé ceci : "On ne doit surtout pas oublier que l'on parle d'un être exceptionnel ! Tout autre que lui serait mort"
J'avais oublié... José Tomás est un dieu, une icône, et il semblerait impossible de survivre à une telle blessure, puisqu'elle est unique. Chère madame, allez leur dire que "tout autre serait mort" à Gil Belmonte (Fréjus 1998) à Curro Sierra (Séville 2004) ou encore à Arturo Saldívar (Santa Cruz del Retamar 2009) pour ne citer qu'eux... Ils ont survécu, même si le deuxième cité a dû mettre un terme à sa carrière à l'âge de dix-huit ans des suites de sa blessure. Inutile de parler davantage de l'icône et d'émettre une quelconque critique à son encontre car c'est un coup à se faire traiter d'anti-tomasiste ou pire encore de "négationniste de l'art taurin".
Mais avouez toutefois que le fait d'affirmer qu'un seul être humain est capable de survivre à un coup de corne à la fémorale est un argument marketing assez malsain.
En revanche, que Rafaelillo ou Alberto Aguilar aient mis tout leur coeur et leur corps dans le combat face à des toros de respect, cela n'a apparemment rien "d'exceptionnel". Pourtant, certains affrontent des taureaux de combat, alors que d'autres se mettent devant des taureaux pouvant également blesser mais ayant cependant une vocation à la toréabilité et aux embestidas bêtes et répétitives...

Aussi, jetez un coup d'oeil aux prix à la Feria de Séville ! Et vous verrez qu'on a l'impression que le jury n'a délibéré que sur deux ou trois courses tout au plus, allant même jusqu'à décerner le prix à la meilleure estocade au Juli ! Alors que ce dernier ne porta que des épées plus ou moins traseras en prenant le périphérique comme il sait le faire... En voyant les avis sonner une semaine plus tard face aux Miura, Rafaelillo s'est jeté dans les cornes pour mettre une entière on ne peut plus engagée face au dernier toro de la Feria. Qu'importe, ils ont préféré tout donner au Juli qui a peut-être réalisé des bijoux techniques cape et muleta en mains face à ses adversaires, mais de là à lui donner le prix à la meilleure estocade, ce serait restreindre la feria à quatre ou cinq corridas seulement... En oubliant les prestations d'Oliva Soto face aux Conde de la Maza et de Rafaelillo face aux Miura.

Mais en tauromachie il faut absolument un classement sur des bases artistiques. Ceux qui s'envoient des Toros dignes de ce nom, ce sont des "modestes" victimes d'une situation inégalitaire.
Certains sont sortis, sortent et sortiront par la fameuse Porte du Prince car les toros auront "servi" et les triomphateurs auront été "a gusto". Alors que d'autres se jouent la vie d'une manière différente et on les appelle belluaires, gladiateurs, vaillantasses tout au plus...
Je pense à El Fundi tant de fois depuis vingt cinq ans, et à d'autres souvenirs éparpillés : Rafaelillo cette année à Arles, Sergio Aguilar à Vic-Fezensac, Alberto Lamelas à Parentis avec les Raso de Portillo, Alberto Aguilar un soir d'août à Vic...
Mais le désir du public actuel fait qu'ils vendent moins, et ils sont ainsi éclipsés par le Top 50 du toreo moderne établi sur ces bases artistiques et numéraires. Pourtant, ces simples belluaires n'auront quant à eux pas compté le nombre de fois où ils se seront jouée la vie. Car dans leur quotidien, il s'agit de mettre en jeu la leur avant d'aller chercher quelque triomphe qu'il soit. Ils sont éclipsés mais ils sont bien là, ils se jouent la vie et leur mérite est IMMENSE.

Florent

7 commentaires:

  1. Je partage tout à fait ton point de vue. Tant sur la cause de la blessure de tomas (erreur technique), que sur ta perception des critiques dont sont la cible ceux qui n'aiment pas le JT de 17 heure. Quand je pense que des aficionados qui prétendent être attaché au toro-toro se sont rendus vite à bayonne en août l'an passé pour le voir, alors que le même jour il y avait course à Vic.. Nous avions les dogmes des quelques pensées spirituelles, les dogmes politiques (l'écologie en est un actuellement très à la mode), et maintenant il y a le dogme torerista avec la personne de tomas... Mais la tauromachie, comme toi, je la préfère SANS José qu'avec SAN José...
    Lionel

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  2. Effectivement cette Miurada de Séville(entre autres courses) méritait un meilleur sort médiatique;trois toreros magnifiques,magnifiques d'engagement et de sincérité et un mano a mano mémorable entre Rafaelillo et son second Miura.Mais que voulez vous ,comme le dit si bien un autre site,JT est déjà une légende et il est difficile de lutter contre les légendes.Légende bâtit notamment à la San Isidro 2009 ou il a aussi montré qu'il pouvait être torero-gladiateur.
    manolo

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  3. Tu connais mon point de vue Flo!!!!!! et tu exagère!!!!!
    Tu devrais avoir un peu plus de respect pour Tomás!!!! Ne me le compare pas Toromachiquement parlant à Rafaelillo!!! Même si tu le mets devant des toros difficiles, Rafaelillo n'aurait qu'à se rabhiller...

    L'un avancerait tandis que l'autre reculerait. Et n'oublie pas, que Tomàs s'est gagné par le passé, son statut d'aujourd'hui!!!

    Rafaelillo au nombre de corrida où il participe à ce jour, peut ou pourrait prouver qu'il peut faire parti du haut de l'escalafon!!! Mais c'est pas en demandant lui même les oreilles (comme il en a l'habitude de faire) qu'il y arrivera!!!

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  4. C'est plutôt à toi de te rhabiller cher collègue au lieu de courber l'échine devant la déeesse José Tomás.
    Je sais bien que tu ne peux pas voir Rafaelillo en peinture, mais ce n'est pas une raison pour le rabaisser à un niveau auquel il n'est pas, en plus tu as dû le voir une ou deux fois au maximum en trois temporadas...

    Je finirai juste en te disant que je préfère voir 10 fois Rafaelillo plutôt qu'une fois José Tomás, ce que je dis est provocateur, mais vu que je préfère voir des TOROS en piste...

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  5. Je rabaisse Pas Rafaelillo!! Je le mets a sa place!!! Par contre, tu rabaisse Tomas!!!Bientot tu vas comparer Zidane et Patrice LOKO!!!!

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  6. Il n'était pas si mauvais que ça loko quand il était à nantes...

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  7. Chacun sa spécialité. Il ne font pas le même métier. Tout comme Zidane et Loko. L'un était meilleur en effeuillage l'autre en roulettes...

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