jeudi 3 juin 2010

Bison Buté - Feria de Vic

Vic-Fezensac. Dimanche 23 mai 2010. 10 heures du matin. "Vous avez un nouveau message du Guide Bison Buté. Aujourd'hui, un Mirage 4 vous attend à quelques encâblures de Vic, départ immédiat pour Nîmes afin de vous délecter des balais des Juan Pedro Domecq et des ballets de Javier et Morante, à défaut de la voix d'Estrella Morente".
Malheureusement, la rédemption n'avait pas sonné, et il était hors de question de suivre la voix du Bison Buté qui nous conseillait le veau de la Pentecôte à Nîmes. Là-bas, les irréductibles et farouches défenseurs de l'art du troisième tiers vous diront qu'à Vic (même s'ils n'y sont jamais allés, il leur paraît suffisant de se fier à la légende) "ne sortent que des aurochs et des bisons intoréables, vieux de six ans et plus, et qui envoient toute leur énergie au tercio de pique pour s'arrêter net ensuite". La légende et les clichés continueront à vivre, tout comme dans leur tête restera longtemps le coup de la chaise, que leur idole artiste ne rééditera pas face à un Dolores Aguirre par peur du Père-Lachaise.

Pentecôte à Vic 2010. Aucun tercio de piques pour le souvenir, même si Dedalito le premier novillo de Flor de Jara avait laissé de bons présages de par sa bravoure. Pas de batacazos, ni de sauvagerie, ni de véritable puissance offerte par les trente cornus qui ont défilé pendant trois jours sur le sable vicois. En revanche, nous fûmes gâtés pour ce qui est des piques traseras, les cavaliers semblant plus aptes au théorème de Pythagore qu'à celui du Picador qui exclut la carioca et la pique trasera.
La novillada du samedi a été fade et longue, la corrida-concours véritablement assommante. Les toros âgés de Victorino ont montré une belle façade, c'est tout, et ils ont eux aussi été exécutés en règle au premier tiers. Agé de quarante-cinq ans et accidenté à de nombreuses reprises l'an passé, El Fundi nous a fait de la peine, bien qu'il toucha plusieurs adversaires nobles et parfaitement toréables. Que dire des quatre représentants français, novilleros et matadors, qui ont pour leur part inspiré à la pitié et à la compassion. David Mora nous a rappelé le dicton "aux innocents les mains pleines", touchant un bon toro d'Escolar et se contentant de l'accompagner. Mora eut de la chance de sortir de cette course indemne, car le sixième, affublé d'un problème de vue à l'oeil gauche, aurait pu l'envoyer dans les airs lorsqu'il toréa de cape en regardant les tendidos.
Merci à Sergio Aguilar, à Rafaelillo et à Alberto Aguilar, grâce à qui nous pouvons dire "Habemus matadores de toros". Le premier a démontré un sang froid hallucinant et un toreo pur, de face, la jambe en avant et sans ornements, malgré des adversaires compliqués et arrêtés. Le second a lui aussi confirmé sa très bonne période avec un courage hors norme et un répertoire à l'ancienne. Enfin, le troisième cité, Alberto Aguilar, a montré qu'il fallait être fier dans un costume de lumières, tout en respectant la lidia et le toro de bout en bout. Ce petit torero (par la taille) a fait passer beaucoup d'émotion, et il est un excellent banderillero, comme en témoigne son magnifique por dentro face au cinquième toro de Palha. Les toros portugais ont quant à eux confirmé leur comportement très aléatoire, jouant ce coup-ci dans le registre de la "noblesse encastée" malgré leurs gabarits réduits et leurs cornes épointées ou explosées. Car c'est vrai qu'au niveau des armures, cette Feria de Vic fut loin d'être irréprochable, notamment lors de la corrida-concours, où l'on vit également des bovins âgés d'à peine quatre années civiles.
Pour finir, on peut souligner le côté ridicule des "rayas" distantes l'une de l'autre de soixante centimètres à peine. Que dire aussi des vueltas posthumes accordées...

Je ne sais plus de quelle course il s'agissait, mais un voisin de tendido désirait voir un toro recevoir une pique de plus, c'est alors que quelqu'un lui rétorqua gentillement "Va à Céret". Lundi 24 mai. 18 heures 50. Le sixième Victorino trépasse. Vic-Fais-Ton-Sac. C'était l'heure de s'en aller.

Florent

(Photo d'un courageux collègue : le veau de la Pentecôte à Nîmes)

7 commentaires:

  1. Perso, j'ai crû reconnaître plusieurs fois une voix pleine d'humour - avec un fort accent chat ranté - qui s'époumonnait en "Indulto, Indulto", pendant cette concours historique. Et même avant le golletazo de Fundi, la veille,à son premier noble à souhait, mais que le futur jubilado ne voulut voir que arrastré.
    Sérieux, je suis inquiet pour les mêmes raisons que toi, Florent, mais pour d'autres, aussi et surtout, dont personne ne parle, et que je vais aborder sur mon blog.

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  2. J'avais lu sur Vic, mais j'attendai ta reseña pour me faire un avis définitif. Et bien maintenant, je suis convaincu d'avoir bien fait de ne pas aller dans le Gers pour pentecôtes. Sur le papier cela ne me tentait pas, trouvant même la programmation quelque peu redondante en rapport à des années précédentes, surtout sur le plan animal. Bien entendu, disant cela à des amis, j'étais considéré comme un pisse froid. Maintenant que c'est passé, je me permets d'émettre quelques rictus lorsqu'ils me racontent ce qu'ils y ont vu. Les dérives que tu décris ne sont pas nouvelles à Vic, et ce n'est pas quelques toros nous ayant laissé de bons souvenirs qui doivent occulter cette réalité. Je crains que là aussi, ces dérives soient de plus en plus redondantes.
    Lionel

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  3. Triste ce manque de piques, et le peu de soins accordés à la suerte de varas.

    Maxime

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  4. Le must a été atteint hier à Captieux: 3 vueltas!!!
    A quand une course avec 6 vueltas ???

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  5. Pas d'indulto, à Captieux? Seulement 3 vueltas, et pas de grâce? Quel manque de goût, ce palco...
    J'imagine mal comment sur les trois gatitos primés le palco n'ait pas cédé à l'attendrissement jusqu'à l'odieux et commercial indulto de merde

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