samedi 31 juillet 2010

Interrogations sur la déraison

Lire, voir, entendre, écouter, interpréter. Malgré cela, il en est de certaines choses dites ou écrites qui s'avèrent impossibles à comprendre. Et parmi elles, deux énigmes pouvant aisément se multiplier : qu'est-ce qu'une "présentation démagogique" ? Qu'est-ce qu'une "novillada de luxe" ?

Je repensais ainsi à ces deux novilladas qui se sont célébrées en Béarn la semaine passée, dans un intervalle de quelques heures, à Garlin puis à Orthez. Evoquer ces deux courses en les mettant sur le même plan est impossible, car ce serait "comparer l'incomparable". Mais on peut cependant trouver diverses similitudes et points communs entre elles. Tout d'abord, elles ont posé plus de questions qu'elles n'ont apporté de réponses.
Garlin, fidèle à sa ligne de conduite, nous proposa d'assister à une course avec un élevage bien connu, et des novilleros plus ou moins en vogue. Au final, les pensionnaires du Conde de Mayalde sont sortis avec une noblesse tendant à la sosería, sans ardeur, et avec une faiblesse récurrente selon les novillos. Le seul exemplaire réellement intéressant pour l'aficionado a los toros fut mal exploité, car laissé cru après une monopique. Il déborda de ce fait le novillero mexicain Arturo Saldívar, peu en vue ce jour-là. En fin de compte, les novillos de Mayalde, tous monopiqués, n'ont pas été étincelants, à l'instar des novilleros. Et alors que chacun s'apprêtait à regagner ses pénates, après avoir rencontré des fortunes diverses, voilà que le mayoral s'immisça en piste afin de saluer sous l'ovation... d'une dizaine de spectateurs !
Marchons sur la tête ce sera mieux, mais pourquoi appelez-vous cela une "novillada de luxe" ? "Un lot d'une douceur et d'une grandeur déconcertantes" ? Au mois d'avril dans les mêmes lieux, Joselito avait lui aussi salué après le combat de ses six novillos, qui eux furent réellement honorables, d'où un salut justifié. Si la ligne de conduite d'une arène reste la même dans l'organisation des courses, à quoi bon tirer à chaque fois les mêmes conclusions, quel que soit le résultat ? Car c'était Garlin ? Peut-être, mais personne ne doit tomber dans l'impasse et céder au superfétatoire. Faire saluer un mayoral après une telle course est quelque chose d'hypocrite, tout d'abord pour l'élevage, mais également pour celui qui prendra connaissance de ce salut final, qui eut lieu un soir de juillet dans un petit village du Béarn. Si c'est cela un lot de luxe (certains l'ont dit ou écrit), à quel niveau se placent les exigences de leur afición ? Que ce soit à Garlin ou ailleurs.

Puis Orthez le lendemain matin, avec un lot de Saltillo d'une "présentation démagogique" selon certaines plumes (ou claviers). Là aussi, je dois vous admettre (et je ne suis sûrement pas le seul) que je ne suis pas en mesure de décrypter une telle expression. "Démagogique", laissons ce terme inquisiteur de côté. Car les Saltillo étaient d'une présentation variable, avec un avacado et maigre premier aux armures impressionnantes, en passant par les deuxième et troisième, sérieux et possédant des carrosseries fortes, pour finir avec un quatrième moins avacado que le premier, et un cinquième charpenté. Pour cet élevage en reconstruction, cette novillada ne fut pas une réussite, avec un premier exemplaire faible et très avisé, trois suivants plutôt âpres et un dernier plus abordable que le reste. Les tercios de piques du deuxième (quasiment inédit au troisième tiers faute de novillero expérimenté) et du cinquième furent intéressants, mais l'on n'assista pas à une novillada satisfaisante, simplement à une expérience ganadera, s'avérant très dure pour les deux novilleros. A l'issue des quatre premiers combats, on pouvait même se demander si le fait d'offrir le cinquième novillo était une chance ou un supplice ! Car ce fut dur, très dur ce matin là !
Le terme "adversité" reflétant le mieux cette novillada. C'est vrai, Juan Carlos Rey laissa le deuxième inédit, mais au vu de son expérience et de la trouille qu'il démontra, cela ne pouvait en être autrement. Son deuxième adversaire rentra vivant aux corrales après la sonnerie des trois avis. A ce propos, le président – Olivier Barbier – fut critiqué ultérieurement pour avoir respecté le règlement à la lettre ! Ce qui est pourtant demandé à quiconque lorsqu'il monte au palco !
Vu l'engagement de Juan Carlos Rey au descabello (il n'osa pas porter un deuxième coup d'épée à son adversaire) face à un novillo qui avait toujours la tête en haut, il était obligatoire et raisonnable de ne pas laisser de temps aditionnel, car un départ du descabello vers les tribunes se faisait sentir et approchait à grands pas au vu des coups de tête du Saltillo et de l'implication de Rey. Mais à quoi bon tirer à boulets rouges sur un président qui respecte le règlement ?
Malheureusement, cela ne s'arrête pas là... Après plusieurs essais infructueux du puntillero, il fut décidé de renvoyer le novillo aux corrales... sous une grande ovation ! Comme s'il avait été gracié ! Alors qu'il ne montra aucun signe de bravoure et de caste, que pouvait être cette ovation quasi-unanime hormis un signe de compassion envers la bête ? La bronca à Juan Carlos Rey était logique et inévitable, mais pour ce qui est de l'ovation au novillo, cela reste incompréhensible.
Aussi, à la mort du cinquième, la présidence n'accorda pas une oreille peu plébiscitée sur les gradins, à tort ou à raison, cela ne changera pas le cours de l'histoire. En revanche, honorer le mayoral de l'élevage (qui avait déjà quitté les arènes à ce moment-là) à l'issue d'une telle course est très contestable, car cela pouvait se faire ultérieurement et avec une assistance réduite. Le simple fait de programmer un élevage inédit est déjà un honneur pour celui-ci, mais faire saluer l'un de ses responsables sans qu'il n'y ait eu de succès est plutôt malsain, car il y a toujours des efforts à accomplir avant de recevoir les lauriers.

Parfois, plutôt que de s'éterniser dans un triomphe usurpé, il vaut mieux quitter la scène et se tourner vers l'avenir.

Florent

(Photo de Campos y Ruedos : novillo de Saltillo dans les corrales de Saint-Sever)

3 commentaires:

  1. A noter cher Florent que la présentation "variable" était assumée, puisqu'il s'agissait de présenter la diversité des morphotypes de l'élevage.
    A noter aussi que l'appel du mayoral à la fin des Saltillos, n'a nullement été le fait de l'empresa, mais du public (encore) présent.
    A noter enfin que la dichotomie entre "novillada de luxe" et "présentation démagogique" (sic!) est le fait d'une certaine presse qui veut privilégier certains types de spectacles.
    En ce qui me concerne, Garlin et Orthez occupent des "créneaux" différents, ce qui ne s'oppose nullement à une recherche de qualité dans des voies différentes chez les deux empresas: complémentarité ou diversité plutôt qu'opposition ou compétition.
    N'oublions pas chez nos voisins et amis garlinois, l'extrême qualité qui bon an, mal an, avec les incertitudes des toros, dans leur ligne préside à leurs choix.
    Quant à Orthez, nous n'avons pas encore trouvé l'équilibre.
    Opposer ou comparer les deux est un non-sens.
    Les épingler au motif de la moindre imperfection le serait également, les intentions sont claires et respectables et tu le sais.
    En outre, il ne faut pas oublier qu'elles se battent pour leur survie, et la continuation d'une tradition taurine qui ait un sens.
    Ton article me laisse un goût amer.
    Mais ce n'est pas grave.
    Amitiés.

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  2. Moi je pense pas que c'etait un salut,c'etait une remise de prix par une peña et comme toute remise de prix qu'il y a eu ce matin la sa c'est fais en piste.
    Maintenant je trouve beaucoup d'aficionnados assez severe avec ce lot de Satillo et comme je te les diit sur place sa ma assez interesser,j'ai suivi avec attention et sa ne me generai pas de voir unautre lot dans quelque année pour voir si la progresion va dans le bonsens.

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  3. Pour avoir été au coeur du malentendu du mayoral je vais préciser la situation: un club taurin orthézien a souhaité (le matin même) remettre un prix (financier) aux deux novilleros. Etant chargé de l'annonce des prix, ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient remettre un prix à Rey et souhaitait le remettre au mayoral. Hors ma surprise, il n'était pas de mon ressort de contester, refuser ou critiquer cette décision (j'en étais pour tout dire choqué). J'ai donc appellé le mayoral non pour saluer mais pour que ce club lui remette le prix. Sur ce point, Florent nous sommes d'accord, c'était choquant. Mais que faire?

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