mercredi 14 juillet 2010

La piste aux étoiles

Alors qu'ailleurs, les ferias se succèdent au rythme des faenas banales, du toreo longiligne et des toros affligeants, Céret de Toros a montré un visage bien différent de ce que l'on peut voir presque partout actuellement. Cette édition 2010 fut d'un niveau exceptionnel et laissera aux aficionados présents le souvenir de quelques courses épiques au coeur d'un Vallespir où la sauvagerie du taureau de combat souffle encore. J'aurai l'occasion d'y revenir plus amplement.

Espião, premier pensionnaire de l'élevage portugais de Manuel Assunçao Coïmbra, fera désormais partie de ces souvenirs qui rassurent votre afición parfois désespérée et exaspérée à la vue des banalités rencontrées aux quatre coins du monde taurin.
Sous une chaleur lourde, un ciel orageux et menaçant, était annoncé Espião, numéro 34, negro bragado meano listón, 550 kilos, né en décembre 2005. Il était digne du Toro de Madrid, du Toro de Bilbao, bien loin du "Toro de Casas" mais tout simplement Toro de Céret. Un toraco, charpenté et terriblement armé. L'émotion mit peu de temps à arriver sur la piste cérétane, Espião entra sur scène abanto et réservé. Mis en suerte par Rafaelillo à la première rencontre, il alla envoyer sur la lune et telle une plume la cavalerie menée par le picador Juan José Esquivel. Le toro portugais fut puissant et brave. Au moment où la cavalerie retourna sur terre, deux rangées de tablas se brisèrent. Batacazo monumental. Indescriptible. A la deuxième rencontre, Espião amena le cheval jusqu'au centre du ruedo avec bravoure, poder, caste. Fiereza es belleza ! Au final, quatre piques d'une intensité énorme et une émotion unique pour cette temporada qui a pourtant commencé depuis longtemps !

Que c'est beau la fiereza, la puissance, la caste ! N'en déplaise à certaines dames effrayées, insultant Alain Bonijol ainsi que les peones qui n'étaient pas intervenus alors que le cheval était à terre depuis une fraction de seconde tout au plus. Allez-y ! Pleurez ! Insultez ! Mais ne vous inquiétez pas, vous aurez beaucoup d'occasions de voir des corridas modernes, où les toros dociles respecteront la hiérarchie des toreros du haut de l'escalafón. Les six toros-sosos mourront de six bajonazos, et les trois toreros sortiront en triomphe dans la satisfaction générale. Ce qui est peu ordinaire semble vous choquer, mais que c'est beau un batacazo !

Espião était un véritable taureau de combat. Mobile, encasté et peu évident, il eut face à lui un matador aguerri et put être mis en valeur au cours d'une faena brève et intense. Trois séries droitières et une de la gauche dignes d'un grand combat. Rafaelillo tua mal mais peu importe, car l'émotion était totale. Céret, la piste aux étoiles.

Florent

(Photo de François Bruschet : "Espião")

8 commentaires:

  1. 2 jours de bonheur total. On est loin du toro moderne appelé de ses voeux par le président de l'ONCT dont l'omniprésence au callejon avec son sourire provocateur m'a plutot gené. J'ai un peu de mal à comprendre que l'on accepte sa présence compte tenu de son dénigrement permanent de l'aficion torista à travers ses écrits. Autre point: Bonijol. S'il ne viendrait à l'idée de personne de contester la qualité de ses chevaux et donc de son travail , je serai beaucoup plus réservé, pour ne pas dire autre chose, sur son attitude en piste. Qu'il est pénible de le voir sauter dans le ruedo dès que son cheval est à peine bousculé, qu'il est désagréable de le voir tirer le toro par la queue en toute impunité devant un aguacil passif, qu'il est insupportable de le voir se ballader dans le ruedo et de donner des conseils au picador. Mis à part ceci, Ceret de toros 2010 restera un cru inoubliable et vive Ceret 2011.

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  2. Le mono sabio est là pour défendre picador et cheval. C'est ce qu'a fait bonijol.Demander ne serait ce qu'au picador si c'est désagréable...

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  3. Que du bonheur durant ces 2 jours
    Bien, la novillada de javier Gallego et le pundonor de Flores et 4 épées, aucun descabello...Moments inoubliables ce grand novillo, les escolar et ces tercios de pique certe pas toujours donnés correctement, mais il fallait une bonne dose de technique et d'équilibre pour rester sur le cheval et piquer.Pour moi c'est ça la corrida, pas un pack de saucisses imbéciles.Maintenant, si les toreros n'ont pas su résoudre les problèmes et difficultés face à tous ces toros compliqués dans l'ensemble, total respect pour accepter de se mettre devant, ce qui n'est pas l'apanage des figuras- vedettes à 80 passes chorégraphiques assénées au fil des "Grandes" ferias .Donc il va falloir reformater le disque dur et revenir à la réalité du toreo moderne ....dans quelques jours.Et le DD il pourra reprendre ses photos par le petit trou de la lucarne.A Ceret ce sont les toros qui ont fait sauter les planches et il était pas fier derrière ce grand trou!!

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  4. J'ai amené un ami espagnol à Ceret, voir la corrida des Coimbra. Un ami de La Algaba, 65 ans, ancien picador, père picador, grand-père picador, avec peto, sans peto, aucun gringalet comme ceux de maintenant. Il n'avait jamais vu la cuadra de Bonijol. Il n'avait jamais vu Ceret. Il dit que ces chevaux de plus en plus légers, c'est de la bêtise. Déja que les piqueros actuels montent très mal à cheval, mon copain, il a trouvé que lorsque le canasson prend la charge du toro, il bouge trop et trop tôt pour que l'homme puisse bien placer sa pique. Et pourquoi Bonijol va parler aux piqueros ? Pour leur dire comment placer le cheval, comment "faire" tout court ! Mon copain il a pas aimé les bouches des chevaux grand'ouvertes parce que les piqueros leur tirent sur le mors comme des abrutis (tienen miedo). Mon copain il a pas trouvé bon que ces chevaux se penchent tellement sous la charge du toro, ce qui augmente considérablement la pesée de la pique. Il pense que, du haut de leurs canassons monumentaux, les picadors plaçaient mieux leurs puyas, il pense que ces petits chevaux mobiles, à force de tourner et de gigoter, ça agrandit la blessure. Mon copain de La Algaba, il est resorti tout perplexe. Je lui ai traduit les commentaires entendus aux bars autour de la plaza. Il a été encore plus perplexe mon espagnol " ils parlent de caste pour ces Coimbra ? Ils savent ce que c'est la caste ? Moi j'ai vu de la violence, rien que de la mansedumbre et de la violence". Nada. Six carcasses a bouffer à la cataplana.
    Ca alors, figurez vous que je pensais un peu comme lui, avant de l'amener à Ceret...

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  5. Je pense qu'il faut parfois savoir rester humble, et essayer de trouver des différences de comportement entre chaque toro. Votre "nada. six carcasses à bouffer à la cataplana" est à mon avis trop arrêté et définitif. Pourtant, c'est vrai qu'il y a eu de la mansedumbre dans cette corrida de Coïmbra, mais je ne pense pas avoir vu comme vous une mansada totale et violente. Le premier est sorti abanto, s'est allumé à la pique, puis il a été encasté et difficile à manoeuvrer à la muelta. Le deuxième a lui aussi été très en vue à la pique, mais il a reçu de fortes doses et s'est arrêté net à la muleta. Le troisième, soso et de peu de race. Le quatrième manso et compliqué. Le cinquième manso et violent. Le dernier manso... Mais avons-nous vu une mansada intégrale ? Je ne le pense pas pour ma part. En tout cas,cela change du lot de corridas habituelles que l'on voit partout, car cela a été très intéressant !

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  6. L'ami de La Algaba , il prefere voir revenir les chevaux de Fontecha, ou alors il aime les cathédrales du Pimpi, avec himself au quite coleando et un cheval pas en danger du tout comme (vu en debut de saison...)
    ça se discute??

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  7. Maintenant que les 2 arènes torista ont livré leur verdict, le résultat est clair et édifiant pour l'aficionado a los toros: Ceret est vainqueur par KO. Il est temps que Vic se pose enfin les bonnes questions. D'un coté, nous avons Ceret qui ne fait aucun compromis sur les encastes et la présentation, de l'autre coté, nous avons Vic qui s'est engegé lentement, mais surement vers un torisme soft, abordable pour les figuras(exemple: Alcurucen dans la concours, présence de Bautista). Il est intéréssant de constater que les gradins de Vic se vident un peu plus chaque année, alors que ceux de Ceret se remplissent sans, pour etre honnete, afficher un lieno absolu. A l'heure ou les budgets de chaque aficionado se serrent,que croyez vous que celui ci fera l'an prochain. Les organisateurs vicois étaient présents à Céret, j'espère que de voir le bonheur des aficionados, lors de cette féria, les obligera à une très sérieuse remise en cause.

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  8. Vous savez, moi je n'ai fait que rapporter içi les réactions du copain de La Algaba. Faut le comprendre aussi ! A son age, il n'avait jamais vu une cuadra de picar aussi légère, aussi mobile, vous vous rendez compte de la révolution ? Tout ce qu'il dit n'est pas à nier. Moi même, je n'ai pas envie de revoir les chevaux de Fontecha, d'Herail ou autres dresseurs de "panzers". Mais quand même... Et que savons nous, tous autant que nous sommes qui n'avons jamais donné la moindre puya, le cul sur une selle ?
    Humble, Florent... C'est mon vieil espagnol qui porte un jugement sur les Coimbra, pas moi ! Je crois être humble, Florent, à mon age... Mais qui peut prétendre être humble, à partir du moment, seulement, où nous écrivons içi ?
    Cordialement

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