mercredi 21 juillet 2010

L'hégémonie cérétane

Sous le ciel orageux d'un soir de juillet, Céret venait de nous faire oublier quasiment toutes les arènes de la planète taurine, s'il est encore possible de l'appeler ainsi. Céret la catalane, la torista, la magnifique, venait de nous démontrer en l'espace de deux jours qu'il y avait encore des taureaux de combat sur cette terre ainsi que des hommes valeureux pour les affronter. Le bonheur était à Céret le temps de cette feria pour le souvenir... Quatre courses, vingt-deux bichos combattus, et des images qui resteront longtemps dans nos mémoires.

On se souviendra de cette novillada de Javier Gallego (encaste Veragua) composée de trois jaboneros sur quatre exemplaires. Elle fut imposante, âpre et difficile. Condesito le deuxième novillo de la matinée, fut puissant et combatif face à la cavalerie en recevant un total de cinq piques. Cinq piques pour un novillo sans qu'il n'y ait de génuflexions ultérieures. Alors que pour beaucoup d'élevages du Campo Bravo, on vous explique qu'il faut limiter le premier tiers à une petite pique afin d'économiser les forces des toros avant le troisième tiers, une ineptie. Sérieux adversaires, les Gallego ne furent pas propices à la tauromachie moderne, mais ils étaient une possibilité de forger le métier des novilleros au cartel. Occasion que Sergio Flores et Mario Alcalde surent exploiter à merveille. Tension, envie, maladresse, courage, pundonor, tout était dans l'esprit de ce que doit être une novillada. On retiendra cette magnifique estocade de Sergio Flores qui venait pourtant de recevoir un coup de corne aux parties sensibles, ce coup d'épée engagé méritait à lui seul l'oreille accordée. Quant à Mario Alcalde, on se souviendra de ses quelques naturelles de face et de sa volonté de bien faire. Une novillada d'ouverture sous le signe du renouveau. Un élevage inédit, deux novilleros courageux et volontaires, voilà un retour aux valeurs fondamentales de la novillada.

On se souviendra aussi de la matinée du dimanche, fade et longue sous un soleil brûlant. Mais au bout d'une novillada de peu de relief, c'est le dernier novillo qui vînt sauver la course. Oye Mucho un impressionnant exemplaire de Fidel San Román reçut quatre piques avec bravoure, partant du toril à la dernière rencontre, quelque chose de plutôt rare actuellement ! Plus toro que novillo, Oye Mucho déborda Arenas d'entrée de jeu à la muleta. Brave et encasté, il mourut debout sous l'ovation avant d'être honoré d'un tour de piste posthume.

On se souviendra de cette corrida mouvementée avec les toracos portugais de Coïmbra. Deux tiers de piques venus d'une autre époque, avec mention à Espiao combattu en premier par Rafaelillo. On se rappellera du métier démontré par le petit matador de Murcie, de diverses broncas à l'encontre de piques assassines et de la mansedumbre de plusieurs toros de Coïmbra. Sauvagerie, mansedumbre, puissance, caste, bravoure, il y eut de tout et à divers degrés lors de cette course. Cette corrida de Coïmbra passionnante du début jusqu'à la fin sut nous rappeler à juste titre que la corrida était avant tout un combat.

Mais le meilleur fut pour la fin avec la grande corrida de José Escolar Gil. On pouvait avoir des doutes sur cet élevage après les sorties de Vic-Fezensac et de Saint-Sever. Toujours encastés, les pensionnaires asaltillados d'Escolar ont animé ce qui sera sans doute la corrida de l'année en France. Avec deux toros nobles et abordables (les premier et quatrième), deux alimañas d'antan (les deuxième et troisième), un exemplaire brave et encasté le cinquième, puis un dernier toro encasté mais très mal exploité par un Joselillo dépassé. Il y eut plusieurs tiers de piques exceptionnels, deux paires de banderilles extraordinaires du subalterne Manolo Linejo face à un toro pourtant très difficile, et des combats toujours mouvementés et pleins d'émotion. Robleño obtint une sortie en triomphe après avoir résolu les deux équations les plus simples alors que Joselillo fut complètement débordé. Quant à Alberto Aguilar, il totalisa trois tours de piste. Tout d'abord auteur d'un combat épique, courageux et sous haute tension face au deuxième, il réalisa devant le cinquième une grande faena. Piqué à quatre reprises, Cuidadoso fut brave, encasté et exigeant. En tant que jeune torero mort de faim, Aguilar fut courageux et offrit des muletazos d'une grande intensité. Cependant, il tua mal et sa récompense fut limitée à des vueltas fleuries sous l'ovation. Un grand après-midi de Toros débuté par une autre ovation, celle offerte aux areneros ayant évacué illico les quelques décérébrés venus s'enchaîner au centre de la piste.

Au pied des Albères, Céret est une forteresse imprenable où nous pouvons encore profiter des joies de la corrida intégrale, celle qui se déroule en trois tiers et qui vous passionne de bout en bout. Heureux est l'aficionado qui aura trouvé à Céret son bonheur pour toute une temporada.

Florent

(Photo d'un ami : Le sixième toro de José Escolar Gil, au pelage d'une grande rareté : cárdeno claro capirote en negro)

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