vendredi 20 août 2010

Future poussière

Je n'y comprends probablement rien. Avoir vingt ans à peine, aller voir des courses de Moreno de Silva ou de Coquilla, c'est aux dernières nouvelles être un "intégriste malsain". En revanche, il paraît que faire une photo de classe devant un amphithéâtre romain avant une "course" de Daniel Ruíz, cela fait davantage "défenseur de la tauromachie". Il paraît également – selon certaines sources douteuses – qu'il faut être modéré lorsque l'on est aficionado, et accepter tout ce qui sort en piste à n'importe quel endroit. Avec cela, on pourrait faire un livre des "inepties entendues ici et là" à la fin de chaque temporada. Ce soir d'août, j'ai préféré le stylo au clavier pour décrire mon ressenti. J'ai pensé à toutes ces choses qui s'en vont les unes après les autres faisant de la tauromachie une peau de chagrin. J'ai pensé à ces belles arènes d'Arnedo qui ne sont maintenant que poussière. La chose taurine y sera désormais célébrée dans l'antre d'une salle omnisport figée au milieu d'un complexe sportif. J'ai pensé à Carcassonne aussi, où je désirais retourner après le millésime de l'an passé. Jusqu'au moment où l'on a appris la triste nouvelle : point de novilladas avec des élevages qui nous font rêver, mais plutôt une corrida de toros qui n'en a que le nom, organisée par des affairistes. Carcassonne ce week-end ? Hors de question. Pour des raisons diverses, Arnedo et Carcassonne n'ont plus de raison d'être pour l'aficionado a los toros, car leurs nouveaux chemins mènent tous les deux à la normalisation de la tauromachie. Espérons qu'il n'y aura pas d'autres arènes à enterrer à l'avenir.

Depuis le début de la temporada, je me suis habitué à entendre "pauvre cheval" au moindre batacazo. Désormais, ces quelques mots systématiques n'agressent plus mes oreilles car je n'y fais plus attention. Ils sont de plus en plus ces gens qui vont aux arènes (je n'ose pas employer le terme "aficionados") et qui sont pris de panique et de compassion dès qu'ils aperçoivent un bourrin mordre la poussière. Par contre, cela ne les choque en rien de voir des dizaines de fois par an des lots entiers de toros se faire charcuter à la pique, puis exécuter par des bajonazos que les critiques taurins les plus "modérés" qualifieront d'"efficaces". Les "spectateurs" continueront à avoir de la pitié pour les canassons, tout comme ils continueront à vociférer comme des cinglés lorsqu'ils n'auront pas eu leurs quotas d'oreilles et de sorties en triomphe. Ceux-là siègent partout, que ce soit à Dax, à Nîmes, à Vic et ailleurs. Il faut s'y habituer.

L'autre jour je suis allé à Parentis pour les Moreno de Silva. J'ai bien évidemment pensé à "Diano" numéro 5, combattu l'an dernier à Carcassonne. Et puisque c'était Parentis, j'ai également remémoré l'émouvant souvenir du numéro 79 de Raso de Portillo sorti dans ces lieux en 2007. Au moindre souvenir de ces magnifiques bêtes à cornes qui nous ont mis la chair de poule et la larme à l'oeil, on parvient à oublier quelques instants à quel point le monde taurin est pourtant affligeant. Ce coup-ci, les Moreno de Silva de Parentis avaient une fort belle présence. Malheureusement, ils ont quasiment tous été exécutés d'entrée de jeu, à la pique. Cela ne détériora pas la caste de certains d'entre eux, mais il y aura toujours ce goût amer et ce sentiment d'inachevé devant des lidias bâclées sans queue ni tête. Toutefois, on sort content de ce genre de courses, car on y a vu malgré tout le Toro que l'on aime, en faisant abstraction des hommes et des attentats perpétrés au premier tiers. Cette course était intéressante et entretenue de bout en bout, c'est le principal.

Et puis il y eut les Coquilla de Sánchez-Arjona une semaine plus tard à Roquefort. Cette novillada ne fut pas passionnante dans son intégralité, mais certains des bichos combattus ont fièrement porté les couleurs de leur encaste en voie d'extinction. Je garderai pour ma part un excellent souvenir du premier Coquilla. Il était sérieux, bien présenté et il est vrai peu armé, mais c'est le type de l'encaste Coquilla. De la caste, il en avait beaucoup à revendre ! Il reçut deux piques assassines selon la règle, alors qu'il envoya la cavalerie à terre au premier assaut. Le Coquilla fut peut-être suelto ou manso par la suite, mais il possédait une caste rare, un gaz inouï et du poder ! Quelle merveille ! Inutile de préciser que le novillero qui l'affronta fut totalement débordé. Mais il essaya tout de même ce novillero en question : Gómez del Pilar. Pas comme son compagnon Esaú Fernández, stakhanoviste du derechazo profilé accompagné du braillement "hey ! hey ! hey !". Insupportable. Fernández ne fit absolument rien du deuxième Coquilla, lui aussi intéressant. Tué à la pique, il fut manso con casta, et c'est là qu'intervient le dicton "cada toro tiene su lidia". Mais Esaú Fernández n'en avait visiblement rien à secouer, puisque ses contrats sont déjà signés et assurés depuis le début de la saison.
Face au troisième, Alberto López Simón demanda à la présidence d'abréger le premier tiers au bout d'une pique, alors que la caste du Coquilla aurait très bien pu en supporter une ou deux autres. Le bicho fut d'une noblesse intéressante, car pas imbécile comme on le voit trop souvent avec le monoencaste. Beaucoup furent dans un état de délectation devant le toreo alluré, profilé et décroisé de López Simón, lui gueulant "biennn" et "olééé" du début jusqu'à la fin de la faena. C'est alors que le Coquilla finit par soulever le novillero qui ne domina à aucun instant. Heureusement pour lui, cet accrochage fut sans conséquences. Pauvre jeune, avec tant d'admiration de la part du public et de son entourage, il fallut que ce soit le novillo qui vienne lui rappeler qu'il n'était qu'un novillero vert et superficiel. Les trois autres Coquillas furent moins intéressants et il n'est pas nécessaire de s'étendre sur leurs lidias.

Cependant, on est désormais convaincu qu'il reste de la caste chez les Coquilla, chez les Moreno de Silva, chez les Coïmbra, chez les Escolar Gil, chez les Dolores Aguirre et bien d'autres encore... Espérons simplement que l'on aura encore de nombreuses occasions d'admirer ces fiers combattants.

Florent

1 commentaire:

  1. Merci bien pour votre commentaire, Florent. C'est tout-à-fait juste ce que vous avez écrit sur notres novillos. Nous venons de publier notre commentaire sur cette course dans notre blog et en bref nous publierons des photos de cette après-midi a Roquefort. Amicalement, Javier Sánchez-Arjona Voser

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