samedi 21 août 2010

Le monopole du coeur

J'avais commencé à écrire cet article il y a deux ou trois mois peut-être. Et je n'ai jamais eu le temps, ni l'envie, de le terminer. Le mois d'août touche à sa fin et j'ai relu ce brouillon afin de voir si mon point de vue avait changé par rapport au sujet en question. Au final, le temps s'est écoulé, mais les idées sont restées. Tout s'est déroulé comme prévu.

Je n'ai pas la mémoire exacte quant à ce point là, cela devait être au début de l'épizootie de la langue bleue (vers 2004). Je me rappelle avoir lu noir sur blanc, des mots issus de la bouche d'Alvaro Conradi (ganadero de La Quinta, qui sortait des courses à Céret et dans quelques autres arènes à cette époque là). Il avait déclaré "être l'un des derniers ganaderos intègres face à l'impitoyable mundillo". Cette phrase est restée, et je m'en suis souvenu le soir de la corrida de La Quinta envoyée à Mont-de-Marsan en 2009, avec des exemplaires d'un gabarit ridicule, loin de ce que l'on avait pu connaître quelques années auparavant de cet élevage d'origine Santa Coloma-Buendía. El Juli était au cartel ce jour-là. Le virage qu'a pris cette ganadería depuis deux ou trois ans est quand même étrange.
Un virage peut-être pas, un retour en arrière sûrement. Avec ce type de toro sorti par La Quinta, on en revient aux bêtes fétiches de l'encaste Santa Coloma que s'arrachaient les figuras dans les années 1960-1970, et qui avaient comme vertu une noblesse franche et sans difficultés, ainsi qu'un gabarit très commode pour les toreros. Ce lot montois m'a inquiété, tout comme le toro sorti à la corrida-concours de Vic cette année, sans race, sans sauvagerie, sans puissance, sans saveur. Et je me suis aperçu au fur et à mesure que La Quinta sortait de plus en plus souvent en novillada. Et pas dans des pueblos où se joue "le salaire de la peur" comme dirait l'autre ! Mais avec des novilleros du haut de l'escalafón habitués à combattre du Domecq-Núñez à longueur de temporada. Et puis j'ai constaté, et je n'ai pas été le seul, qu'El Juli allait combattre quasiment toute la camada de La Quinta cette saison. Le 17 août , il y avait à Dax une corrida de ce fer pour Curro Díaz, El Juli et Perera. Tu parles d'un geste ! Le résultat était connu d'avance pour cette cité thermale qui n'a pas besoin de corridas goyesques pour proposer des corridas grotesques. L'élevage de La Quinta a ainsi doucement changé de cap ces dernières saisons, les fundas ont fleuri, et l'intégrité face au mundillo a été bradée. El Juli et son entourage sont passés par là, et cette ganadería n'a désormais plus d'attrait pour l'aficionado a los toros. Retour en arrière, sélection renouvelée, adieu à la caste et à la puissance, bonjour la noblesse ingénue. El Juli en a fait un élevage commercial, et La Quinta a du coup rejoint Ana Romero au rang d'élevage d'encaste Santa Coloma convoité par les "figuras".

En parlant d'El Juli, il lui suffit de prendre son lot habituel de Domecq-Núñez (Garcigrande, Daniel Ruíz, Cuvillo, Zalduendo... Je ne vais pas étendre la liste) ainsi qu'Ana Romero et La Quinta pour que l'afición naïve (de manière générale) déclare que son torero favori prend tout type de toro et est capable d'en faire ce qu'il veut ! Pourtant, il est inutile de se plonger dans les archives pour démontrer le contraire.
El Juli est le meilleur selon cette afición qui a l'habitude de garder les yeux fermés. Il a certainement envie de passer à la postérité, et il possède une technique que les autres n'ont pas, il faut le reconnaître. Mais pour ce qui est de la sincérité, c'est un autre débat. Combien de faenas circulaires et interminables menées avec le pico ? Combien de coups d'épée en prenant le périphérique ? Malgré tout cela, il reste le numéro un (je n'ai jamais aimé cette appellation) pour beaucoup. A Séville au mois d'avril, il avait laissé son toro aller seul à la pique à plusieurs reprises, montrant des défauts d'attention dans la lidia, ce qui ne l'empêcha pas de couper deux oreilles et de recevoir le prix (attribué par des personnes officiellement compétentes) à la meilleure estocade après un coup d'épée pourtant lointain...

Vous l'avez lu partout, vous le lisez, et vous le lirez encore : les présidents qui refusent d'attribuer des oreilles à El Juli sont des cons qui n'ont rien compris à la tauromachie. Et ceux qui n'apprécient pas son toreo ainsi que son attitude face au toro sont jugés encore plus cons ! Difficile ensuite de parler de tolérance.

Pour ma part, l'une des dernières fois que je vis toréer El Juli, c'était cette année à Mont-de-Marsan. Face à des petites bestioles de Garcigrande. Voir ce torero "affronter" de tels adversaires, c'est un peu comme si un joueur de Ligue 1 mettait un tacle à un apprenti footballeur de douze ans. Quelque chose d'impossible à cautionner ! Mais cela ne choque pas grand monde. El Juli qui domine sans difficultés des bêtes taillées pour le prêt-à-toréer, après tout, c'est peut-être ça le fantasme suprême de l'aficionado a los toreros.

Officiellement, il donne chaque après-midi une "leçon de tauromachie", et son élevage (El Freixo) rentrera bientôt dans l'histoire (trois vueltas posthumes en une novillada à Captieux !). Tout le monde est en admiration devant El Juli, à l'exception de quelques "cons". Mais est-ce que cette suprématie aveuglément affirmée est un bien pour la tauromachie ?

Florent

7 commentaires:

  1. Le Juli est le plus grand danger que la tauromachie actuelle n'ait jamais porté.

    Qui vient nous tuer à petit feu le Santa Coloma.

    Quand on dit que le mal est à l'intérieur, il en incarne le plus grand symbole.

    Qui plus est à Dax mardi dernier, il s'est passé quelque chose de symboliquement grave en fait, plutôt qu'un triomphe.

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  2. el juli ces qui ce type je n'ai jamais eu l'occasion de le voir!!!

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  3. Comme bien souvent, je partage totalement ton opinion, cher Florent.
    Je me souviens d'une novillada historique à Roquefort en 2003 ou 2004 (je ne sais plus) ou les novillos avaient pris 20 piques(les piqueros rampaient jusqu'aux burladeros pour se protéger). Il y avait eu 2 vueltas incontestables et incontestées. Je pense que la dérive de cette ganaferia a commencé au Moum avec la course présidée par M. Garzelli (jadis défenseur du toro de combat avant de devenir promoteur du toro moderne préconisé par son patron du Vieux Boucau). Ce jour là, les cornes étaient en pinceaux et le sieur Garzelli distribuaient les oreilles, que personne ne demandait, à ses amis (Fundi). Par la suite, sur les multiples lots présentés, en particulier à Bilbao, aucun toro n'avait relevé le niveau. Le reste, tu l'as parfaitement exprimé et il est inutile de le conter.
    Bien à toi.
    Frédéric.

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  4. c'etait en 2003 la fameuse novillada de roquefort!!!

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  5. Florent,
    Vous vous posez des questions sur la triste transformation des La Quinta ? Je connais bien les gens de cette ganaderia et je peux assurer que les choix, aujourd'hui, n'appartiennent plus au père Conradi mais aux deux fils. Ils ont une vision totalement différente du toro : ce sont des senoritos, des gens d'affaire. S'il ne tenait qu'au père, pas une bête ne porterait de fundas, mais les fils sont farouchement pour. Ils ne vivent pas à la finca de Hornachuelos mais "à la ville". Des espagnols modernes quoi. Je ne dirai pas des petits cons parce que c'est plus compliqué que ça, mais, quand même, presque des petits cons. Voila pourquoi les La Quinta n'ont pas fini de vous (nous) décevoir.
    Cordialement

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  6. c'est clair,net et précis,BRAVO!!!

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  7. Le juli est probablement le plus grand technicien, mais son manque de sincérité, le type de bétail qu'il combat, et son insupportable julipié, le rendent détestable à souhait.

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