mardi 31 août 2010

Saveur cendrier

Ils ne sont pas venus.

Il était tentant d'aller jusqu'à Bilbao ce dimanche 29 août pour assister à la corrida de José Escolar Gil. Un élevage source de nombreuses satisfactions après la corrida de Céret un mois auparavant. Et puis cette affiche, avec le Toro comme élément central. Du coup, la question ne se posait plus. Il fallait aller à Bilbao, pour son toro caractéristique, et pour cette corrida d'Escolar.
Malheureusement, raconter cette course, c'est un peu faire le récit d'une aventure qui n'a jamais commencé. Le ciel était bleu, il y avait des nuages, du vent, ainsi que cet air frais caractéristique de cette atmosphère océanique. A chaque fois survient la même impression de l'autre côté des Pyrénées, comme si le public et les hommes en piste limitaient la corrida au troisième tiers. La règle ici, envoyer deux fois le toro au cheval, quelle que soit l'administration des piques, et qu'importe la nécessité d'une troisième rencontre. Matías González est probablement l'un des meilleurs présidents actuellement en Europe. Mais comment peut-on juger de la force d'un toro en sortant un mouchoir blanc alors que la deuxième rencontre avec la cavalerie n'est pas terminée ?

Ce dimanche, les Escolar ont été décevants, ils manquaient de caste et de forces. Il faut également souligner que certains – si ce n'est pas la majorité d'entre eux – ont été lidiés de manière catastrophique. Le public de troisième tiers venu assister à la course en était-il conscient ? Rien n'est moins sûr. L'histoire d'une belle tarde de toros n'a jamais commencé. Tous les Escolar avaient quatre ans. Tous étaient nés en décembre 2005. Le premier de l'après-midi ne poussa pas à la pique et eut le droit comme les autres à ses deux rations de "pique trasera". Quant au moral qui suivit, il était décasté, se laissait toréer, mettait parfois la tête dans la muleta, mais ne montrait aucun signe de caste et aucun vice. On vît face à lui El Fundi donner des passes, des passes, et encore des passes. Le matador tant apprécié ne semble plus rien avoir à prouver, et ce fut consternant de le voir ainsi. Ce n'était pas la seule fois cette année. Il tua d'une épée superlativement basse. Le quatrième toro de l'après-midi était le plus beau en présentation. Il fut le seul à montrer de la bravoure lors de la première rencontre avec le picador. Là-encore, le refrain de la pique trasera était entonné. Pire encore, entre l'entrée de "Campanillero" en piste et la fin du premier tiers, El Fundi lui-même, peu en confiance, lui donna environ cinquante capotazos. Le toro était donc inédit, inutile de détailler la suite. Sur les courriers officiels, il n'a "pas servi". C'était peut-être le toro le plus intéressant de l'après-midi.

Le deuxième lui non plus ne poussa pas à la pique. Ensuite, il garda la tête haute tout le temps, car les piques traseras ne semblent pas régler le port de tête. En face Rafaelillo, le plus célèbre des "seconds couteaux actuels". Mais si l'on s'y penche de plus près, il est l'un des seuls matadors de l'escalafón à pouvoir conjuguer le verbe "mettre la jambe". Il a mis la jambe à droite en début de faena, pour donner un, puis deux, puis trois muletazos très exposés et courageux. Il s'est fait soulever sur une dizaine de mètres, sans mal physique, mais avec un dégât matériel. Car la taleguilla fut quasiment sciée en deux. Revenu en "blue jean's" pour affronter le cinquième, il fut volontaire, mais moins sincère que lors de son premier combat. Ce cinquième Escolar était mansote et n'inspirait rien de merveilleux.

Et puis il y avait Morenito de Aranda, dont le premier adversaire fut exécuté à la pique et en ressortit invalide. Comment après un tel matraquage au premier tiers, un matador peut-il dédier la mort de son toro au public ? Et pire encore, essayer de faire une vuelta de son propre chef ? Une vuelta justement rejetée par le public. Le sixième était quant à lui clairement invalide et aurait dû être changé, se couchant même en début de faena ! Malgré tout, Aranda insista, alors que tout le monde lui suppliait d'arrêter. On dira ensuite qu'il donna des gestes élégants, malgré les conditions physiques de son adversaire. Pour ma part, je me fous totalement de ces gestes élégants, ses deux toros étaient invalides pour deux raisons différentes et il n'y avait rien à voir. Aucun succès ne peut être cautionné après deux combats de la sorte. Double ovation dans une arène de première catégorie pour un matador qui a affronté deux toros invalides. Je vous épargne mon avis là-dessus.

Triste fin. Les Escolar n'avaient ni puissance, ni caste, ni bravoure, ni sauvagerie. Le néant à la pique. La seule chose à retenir fut l'attitude de Rafaelillo face au deuxième, auquel il tira trois ou quatre muletazos de vaillantasse, réellement sincères et courageux.

On me dira que je subis l'effet d'optique du ruedo cérétan. Malgré tout, il me semble quand même que le lot d'Escolar Gil combattu à Céret était plus joli et plus harmonieux de présentation. Quant au comportement, ce fut encore autre chose...
Je suis allé à Bilbao, pour voir sortir au cas où des petits frères de "Mimoso", entre autres toros illustres de cette ganadería. Au final, ils ne sont pas venus. C'est quand même bizarre, car je l'ai senti dès le combat du premier "Cartelero". Ses cornes étaient bien vite astillées, comme deux cigarettes qui venaient s'effriter. Des Escolar de Bilbao nous n'avons rien vu, exceptées leurs carcasses grisâtres venues se consumer dans le cendrier de Vista Alegre.

Florent

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